‹ La lutte scolaire en Belgique (volume 2)Chapitre 10 sur 47 · III. — Les comités scolaires catholiques · texte numérisé non relu

III. — Les comités scolaires catholiques

Initiative des évèques. — Les comités de paroisse. — Les comités de doyenné. — Les comités provinciaux.

Les évêques avaient dénoncé le danger, tracé le plan d'action. Il restait à l'exécuter.

On avait condamné les écoles officielles. Il fallait, si l'on voulait empêcher qu'elles fussent fréquentées, les remplacer par autant d'écoles catholiques, recruter pour celles-ci une légion d'instituteurs, leur assurer des ressources immenses.

Ici le rôle des évêques devait nécessairement se restreindre à une sorte d'initiative générale: ils devaient faire agir plutôt qu'agir par eux-mêmes. Mais, en cela encore, bien que leur main n'apparût pas dans l'accomplissement pratique de la tâche quotidienne, leur intervention ne laissa pas que d'être nécessaire et décisive.

Au lendemain du vote de la loi scolaire se trouvait

(l) Voy. Gouy, op. cit., p. 154.

déjà ébauchée l'organisation de l'enseignement catholique. Les comités de résistance qui avaient si vigoureusement conduit la campagne des premiers mois de 1879 ne s'étaient pas dissous; dès la fin de juillet, la plupart d'entre eux, se transformant en co?mtés scolaires, s'étaient mis à l'œuvre spontanément, sans attendre aucun mot d'ordre; dans toutes les provinces on avait commencé à recueillir des fonds et à préparer la création de nouvelles écoles libres. Les évêques intervinrent alors, chacun dans son diocèse, pour introduire plus d'ordre et de régularité dans le mouvement scolaire, pour créer des liens entre les diverses associations locales autonomes, pour en établir de nouvelles dans les endroits où elles faisaient encore défaut.

Leurs Instructions pratiques indiquaient au clergé paroissial la conduite générale à observer à cet égard. D'autres règlements sanctionnèrent la composition et les attributions des comités scolaires; ceux-ci se répandirent dans tout le pays et se subdivisèrent en comités de paroisse, de doyenné et de province; ils devinrent, avec les inspecteurs diocésains et cantonaux, les autorités dirigeantes de l'enseignement catholique.

A la base de cette organisation étaient placés les comités paroissiaux; ce furent eux qui accomplirent presque exclusivement le travail matériel de la création et de l'entretien des nouvelles écoles. Chaque curé choisissait dans sa paroisse quelques laïcs, ordinairement de cinq à dix, désignés par le zèle qu'ils avaient déjà montré pour les œuvres catholiques. Ainsi constitué, le comité, dont le curé faisait partie de droit, nommait son président, son trésorier et son secrétaire;

ces deux fonctions étaient souvent remplies par la même personne.

Les attributions des comités paroissiaux étaient nombreuses et variées. Faire comprendre aux parents qu'ils avaient le devoir d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques; multiplier dans ce but les visites à domicile et les sollicitations privées; combattre la pression du gouvernement et des administrations communales; répandre les brochures et les journaux favorables à l'enseignement libre; créer des caisses scolaires et aviser aux moyens de les remplir; construire, aménager et entretenir des écoles; payer et surveiller les maîtres: telle fut la tâche' des comités paroissiaux jusqu'en 1884. C'étaient eux aussi qui nommaient les instituteurs, à moins que l'école fût due à la générosité d'un fondateur qui se réservait ce droit. Les maîtres étaient ensuite présentés par l'inspecteur à l'évêque diocésain, qui les agréait.

Immédiatement au dessus des comités paroissiaux venaient les comités de doyenné. Le doyen en recrutait les membres parmi les adhérents de tous les comités paroissiaux du doyenné; lui-même en faisait partie de droit. Les comités de doyenné n'avaient pas, en général, d'attributions financières. Ils se bornaient à se rendre compte de l'état des écoles dans les diverses paroisses de leur circonscription, à contribuer par leurs avis à la bonne tenue de ces écoles, à résoudre les difficultés qui étaient au dessus de la compétence des notabihtés locales et à servir d'intermédiaire entre les associations paroissiales et les comités de province.

Ceux-ci se composaient généralement de vingt à trente membres, quelques-uns ecclésiastiques, la plu-

part laïques ; recrutés dans les divers arrondissements de chaque région, ils se réunissaient à époques fixes aux chefs-lieux de province. Des hommes poHtiques, des jurisconsultes etdes journalistes, des propriétaires et des industriels influents y figuraient à côté des représentants du corps enseignant. Le comité provincial du Brabant était présidé par AI. Malou ; il comprenait l'inspecteur ecclésiastique et l'inspecteur laïque de la province, un curé-doyen, neuf membres de la Chambre, trois sénateurs, plusieurs conseillers provinciaux et hommes de loi, en tout vingt-trois membres. Le comité d'Anvers se composait de vingt-six personnes, parmi lesquelles trois prêtres, deux inspecteurs, une dizaine de parlementaires et les président du conseil provincial. Le comité de Bruges, qui renfermait à peu près les mêmes éléments, délibérait sous la présidence du chevalier Ruzette, gouverneur révoqué de la Flandre Occidentale. Dans la province de Namur, le comité était présidé par le comte de Liedekerke-Beaufîort, membre de la Chambre; à Gand, il avait à sa tête l'évêque du diocèse, le vénérable Mgr Bracq.

Chacune de ces assemblées av^ait son bureau, siégeant au chef- lieu de la province et se réunissant fréquemiment pour l'expédition des affaires courantes. Plusieurs d'entre elles comprenaient des sections ou commissions spéciales pour l'étude des diverses questions scolaires. C'est ainsi que le comité du Brabant possédait une commission de jurisconsultes présidée par M. Malou et chargée d'examiner les questions litigieuses relatives aux nouvelles écoles; cette commission donnait des consultations pour la Belgique entière. A Namur, le comité se subdivisait en quatre

sections : 1° section législative, composée d'hommes de loi; 2" section d'hygiène, formée de médecins^ 3° section d'enseignement, comprenant des membres du corps enseignant; 4° section executive.

Outre l'étude des intérêts généraux de l'enseignement primaire, les comités provinciaux avaient dans leur domaine la correspondance avec les comités locaux de la région, la formation d'une caisse centrale, dont les fonds étaient répartis entre les écoles les plus nécessiteuses, enfin le soin des écoles normales diocésaines.

Auprès d'eux se trouvaient placés les inspecteurs provinciaux et cantonaux laïques, chargés d'examiner la partie technique de l'enseignement, et les inspecteurs ecclésiastiques, qui surveillaient, comme par le passé, l'éducation morale et religieuse.

Telle était cette organisation à la fois souple et forte, qui permit de concilier l'unité d'action et l'indépendance, l'initiative du clergé et celle des représentants des familles, le travail des paroisses et l'influence directrice de l'épiscopat. Toutes les classes de la société se trouvaient représentées dans ces cadres et appelées à exercer les fonctions pour lesquelles elles marquaient le plus d'aptitude. L'aristocratie, les professions libérales, la haute bourgeoisie dominaient dans les comités de province; le petit commerce, les artisans avaient fourni la plupart des membres des comités de paroisse ; et la diversité de ces éléments, loin d'altérer leur bonne harmonie, contribuait au contraire au succès de leurs efforts communs. Le recrutement avait d'ailleurs été des plus faciles ; car il existait partout quelques hommes prêts à se dévouer corps et âme à la cause de l'enseignement libre.

Page 1