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II. — Les gaspillages scolaires

But des gaspillages scolaires. — Création d'écoles inutiles. — Nomination d'instituteurs parasites. — Accroissements insensés des budgets scolaires des communes. — Coût de l'enseignement officiel. — Traitements plantureux des instituteurs communaux. — Crise financière des communes. — Résistance des administrations locales. — L' « Autorité scolaire. » — La délation. — Les annulations. — Dilapidation des finances, des provinces et de l'Etat. — Accroissement de l'ensemble des dépenses scolaires. — L'emprunt. — Le déficit.

« Nous avons institué un système scolaire, s'était

écrié à la Chambre un haut dignitaire de la Loge,

M. le Hardy de Beaulieu; nous devons le soutenir. »

Et sans souci de la volonté que lui signifiait le pays.

le gouvernement se mit en devoir d'exécuter l'ukaze de la franc-maçonnerie. Il commença par mettre au pillage les caisses des communes, en leur imposant des charges scolaires exorbitantes, véritables contributions de guerre.

Le but poursuivi était double : d'une part, on avait chance, en fortifiant la machine gouvernementale, de décourager, à la longue, les contribuables catholiques, forcés de payer deux fois; d'autre part, on se vengeait des communes récalcitrantes en les ruinant, on les punissait de leur résistance en détruisant leur autonomie. Ce procédé, — on s'en rendait parfaitement compte dans les hautes sphères, — n'aurait pas pour résultat immédiat de peupler les écoles désertes; mais ainsi du moins il apparaîtrait aux yeux de tous que le gouvernement n'entendait pas reculer.

Saigner le pays aux quatre veines, pour le mieux combattre, tel fut donc le mot d'ordre de la politique scolaire maçonnique. Les communes furent désormais rançonnées, non pas à raison des nécessités réelles d'un service public, mais à raison des préférences et des sympathies que leurs habitants accordaient a l'enseignement libre. De nouvelles écoles furent décrétées précisément dans les communes où l'enseignement officiel était le plus abandonné, — véritables corvées, dont le caractère vindicatif n'était pas même dissimulé. Quant aux maîtres parasites, on vit leur nombre s'accroître à mesure que diminuait la population de leurs classes; ils devinrent des garnisaires ministériels, vivant aux frais des habitants. Bref, il sembla que le gouvernement eût pris pour maxime, que moins l'enseignement officiel était fréquenté dans

une commune, plus il importait d'y multiplier les dilapidations scolaires.

La presse catholique et les chefs de la Droite, dans leurs discours à la Chambre et au Sénat, firent connaître au pays, dans leur détail, ces splendeurs de la politique libérale. Tous les ans, lors de la discussion du budget de l'instruction publique, un véritable réquisitoire était ainsi dressé contre le gouvernement et ses effroyables gaspillages. A la Chambre, l'attaque était menée principalement par MM. Jacobs, Beernaert, Woeste, van Hoorde, Cornesse, van den Peereboom et Tack ; au Sénat, c'étaient surtout MM. Solvyns, Lammens, Casier qui harcelaient l'adversaire.

On nous permettra d'emprunter à ces exposés bourrés de faits quelques traits particulièrement saillants.

Un mot d'abord sur les écoles. La règle est qu'on en crée de nouvelles partout, même là où les écoles existantes sont plus que suffisantes. Là où une école suffit, on en établit une seconde. Là où une école mixte répond à tous les besoins, on ordonne aux communes d'ouvrir des écoles de filles, on prescrit l'établissement d'écoles gardiennes, d'écoles d'adultes. A Hoorebeke-Sainte-Marie, commune de moins de 1600 âmes, on exige deux écoles de filles, deux écoles de garçons et deux écoles gardiennes. A Oostakker, l'école officielle était mixte; elle avait 11 élèves, 9 garçons et 2 filles; le ministre ordonne à la commune de créer une école de filles. A Beveren, près de Roulers, il y a un élève à l'école officielle; le ministre impose d'office la construction d'une deuxième école. En Limbourg, la population scolaire des établissements

publics était autrefois de 25,000 élèves; elle est tombée en dessous de 5000; cela n'empêche pas le ministre de décréter la création de plus de cent écoles nouvelles.

Ces vexations étaient surtout fréquentes dans les campagnes; cependant bien des petites villes n'étaient pas traitées avec plus de ménagements. A Saint-Nicolas, on comptait, en 1880, 10 écoles neutres et 8 écoles catholiques. Dans les 10 classes officielles, il y avait 270 élèves, contre 2408 dans les 8 écoles libres; les premières pouvaient recevoir le triple d'élèves. Que fait M. Van Humbeeck? il ordonne l'érection : 1° d'une nouvelle école pour garçons; 2° d'une école centrale pour filles; 3° d'une section gardienne. A Enghien, il y avait en tout quatre petits garçons fréquentant l'école primaire communale. Le 31 mai 1880, le ministre de l'instruction publique prend un arrêté ordonnant la création d'une école gardienne. « Vu, disait l'arrêté, le rapport de l'inspection scolaire, d'où il résulte qu'une institution destinée à recevoir les enfants de 3 à 6 ans est indispensable à Enghien, etc.. (i). »

Mainte de ces constructions scolaires affichait un luxe insensé ou se faisait remarquer par ses dimensions absolument exagérées. Telle école primaire, située en rase campagne et presque vide d'élèves, comptait vingt fenêtres de façade au rez-de-chaussée. Au milieu des bruyères de la Campine, dans de

(i) M. Van Humbeeck alla jusqu'à soutenir eu pleine Chambre cette thèse incroyable que le nombre des élèves n'avait aucun rapport avec le développement des bâtiments d'écoles et que les constructions nouvelles pouvaient et devaient s'étendre en raison inverse de la diminution de la population scolaire. (Séance du 19 juin 1883.)

pauvres hameaux composés de quelques chaumières et éloignés de tout village important, s'élevaient de véritables palais scolaires, construits en matériaux de choix. A Bruges, le gouvernement édifia une école normale dont le coût dépassa un million et demi. Blankenberghe se vit doter d'une école primaire tellement vaste que, pendant la saison balnéaire, l'instituteur et l'institutrice y louaient des appartements; dans cette même commune, on éleva une école moyenne de 200,000 francs. A Grammont, le gouvernement imposa la construction d'une école primaire qui coiita plus de 300,000 francs.

De 1879 à 1884, il fut dépensé, rien que par les communes, plus de 26 millions en constructions scolaires.

Les nominations d'instituteur donnaient lieu à des abus encore plus révoltants. Elles se faisaient presque toujours d'office, la plupart des communes refusant de prêter la main au gaspillage éhonté de leurs deniers. Le gouvernement finit même par imposer ses instituteurs sans consulter les administrations communales jugées hostiles!

On vivait sous le régime du bon plaisir. Qu'on en juge par ces quelques exemples. A Zwevezeele, il y avait un instituteur pour deux enfants ; cela ne suffit pas ; le ministre nomme un sous-instituteur. A Oostroosebeke, il n'y avait qu'un enfant à l'école officielle . Il semblait qu'un instituteur dût suffire ; la commune le pensait ainsi. Elle se trompait, car le gouvernement lui en imposa un second. Et ce ne fut pas tout : l'unique élève quitta l'école, de telle sorte que les deux instituteurs passèrent désormais leurs journées à se regarder

A Opbrakel, village de 1750 âmes, l'école communale de garçons était vide ; dans l'école communale de filles, il y avait une fille étrangère à la commune. Or, il y avait, pour cette fille, un instituteur en chef, un sousinstituteur, une sous-institutrice. Le ministre nomma une seconde sous-institutrice. A Bruges, on nomma, au mois de novembre 1880, une douzaine de nouvelles institutrices et, notamment, une institutrice et six sousinstitutrices pour une école dont le local n'était pas encore construit !

Nous empruntons à un discours de M. Woeste cet édifiant tableau, dressé pour quelques communes de la Flandre Orientale et du Limbourg :

Essche-Saint-Liévin : 3 élèves — 2 instituteurs — i maîtresse d'ouvrase.

Belcele :

Haesdonck :

Nieukerke :

Sleydinge :

Groote-Brogel :

Alken :

Hoesselt :

Hechteren :

Houthalen :

Meeuwen :

Paal:

Stevoort :

Heppen :

Wychmael :

— I institutrice.

Ces charges purement vexatoires imposées aux communes les plus pauvres faisaient monter les budgets scolaires dans des proportions invraisemblables.

Ainsi, à Bavichove et à Bellegem, il n'y a pas un seul élève dans l'école, et cependant la première

de ces deux communes est obligée de payer annuellement 2,950 francs pour l'enseignement, tandis que la seconde est forcée d'en dépenser 4,597. A Saint- Paul, à Hamme (Sainte-Anne) et à Belcele, les budgets scolaires pour 1882 s'élèvent respectivement à 3,591 francs 49, 3,200 francs et 5,971 francs 44, bien que les écoles de ces trois communes ne soient fréquentées par aucun élève. A Anseghem, l'école officielle comptait, en 1880, deux élèves; le budget s'élevait alors à 4,290 francs. En 1882, ces deux enfants cessent de suivre les cours, l'école est complètement vide ; c'est le moment de réduire la dépense. Mais le ministre veille au grain ; il inscrit d'office au budget de 1882 une somme de 5,384 francs 23, soit une augmentation de plus de mille francs !

Dans l'arrondissement de Courtrai, les dépenses scolaires s'élèvent, en 1882, à 2 1,379 francs 43 pour cinq communes dont les écoles officielles ne contiennent pas un seul élève ; elles atteignent 46, 1 2 1 francs 93 dans 14 communes qui ont ensemble 68 élèves dans leurs écoles.

En 1 881, le service ordinaire de l'enseignement primaire dans la Flandre Occidentale passe de 991,292 francs, chiffre de 1875, à 1,354,994 francs, et cela malgré une perte de 65,633 élèves; en d'autres termes, les dépenses de l'enseignement primaire, qui, en 1875, revenaient à 11 francs par élève, montent, en 1881, à 77 francs par tête, et les dettes des communes augmentent de près de 9 millions de francs.

En Limbourg,ilest établi par les documents officiels que l'enseignement public coûte, en 1880, 661,980 francs,, sans les dépenses extraordinaires ou indirectes ; or, les

écoles primaires ne sontfréquentées que par 4680 élèves et les classes gardiennes par 79 enfants ; il en résulte que chaque élève qui fréquente une école publique en Limbourg conte annuellevie7ît aux contribuables 141 francs 21.

Un relevé des écoles des deux Flandres qui sont les moins peuplées donne un total de 724 instituteurs, pour 432 élèves ; ces 432 élèves coûtent, en moyenne, chacun 2622 francs, les traitements globaux des maîtres s'élevant à 1,089.720 francs.

Et ce ne sont pas seulement les dépenses obligatoires et soi-disant normales qui sont majorées dans les budgets scolaires des communes ; celles-ci se voient tous les jours imposer d'office des dépenses légalement facultatives pour fournitures classiques, pour chauffage et entretien des locaux, pour aménagement de classes nouvelles, pour augmentation du traitement des instituteurs.

Il n'était pas d'interprétation arbitraire à laquelle on n'eût recours pour grossir sans cesse les émoluments de ces intéressants fonctionnaires. Le gouvernement ne se contentait pas des sommes qui leur étaient allouées par les communes dans les limites fixées par la loi; partout il les majorait, et, la plupart du temps, sans aucune espèce de fondement.

A l'école officielle de Lendelede, il n'y avait plus, en 1880, que trois élèves. La commune, qui, jusque là, entretenait un instituteur en chef à 1,520 francs et un sous-instituteur à iioo francs, crut de bonne administration de congédier le sous-instituteur. Cette décision parut inadmissible à l'autorité centrale. Le budget de Lendelede fut annulé et « réorganisé : ■» le traite-

ment de l'instituteur en chef fut porté à 2491 francs, le sous-instituteur fut rétabli et reçut 1225 francs; en y ajoutant 225 francs de frais divers, le budget scolaire s'éleva à 3941 francs, soit 13 13 francs par élève.

A Sleydinçhe, tous les enfants en âge d'école suivaient l'enseignement catholique, sauf quatre, dont deux garçons et deux filles, appartenant tous à la même famille, celle d'un fermier du très libéral châtelain de Moerbeke, M. Lippens, député de Gand. L'administration communale croyait avoir fait très largement les choses en allouant à l'école des garçons un budget de 1725 francs et à celle des filles un budget s'élevant au même chiffre. L'autorité centrale se montra plus libérale des deniers des contribuables : elle éleva le budget de l'école des garçons à 4275 francs et celui de l'école des filles à 4075 francs. Chacun des quatre petits fermiers de M. Lippens coûta dorénavant à la commune de Sleydinghe la modeste somme de 2087 francs 5o par an.

Pour grossir le traitement de ses pédagogues, l'autorité supérieure recourait aux prétextes les plus saugrenus.

L'école officielle de Thielrode comptait un élève, une fille, qui recevait l'instruction d'un maître et d'une maîtresse. Le premier touchait de ce chef un traitement de 1800 francs, plus 100 francs pour l'enseignement du catéchisme; on lui ajouta 200 francs pour... une école d'adultes qui ne fut jamais fréquentée que par lui-même. Quant à l'institutrice, elle touchait 1200 francs ; — si bien que l'instruction d'une seule petite fille coûtait à la commune, rien qu'en traitements, la bagatelle de 33oo francs.

A Burst, on nomme d'office une maîtresse de couture, — c'est la femme de l'instituteur, — bien que l'école officielle ne soit fréquentée que par trois garçons.

A Laerne, l'école officielle compte 22 élèves, filles et garçons, y compris les 4 enfants du maître; parmi la population scolaire masculine il y a de tout petits bambins encore en jupons. La place de sous-instituteur étant devenue vacante, le conseil communal la supprime au budget de 1880. M. Van Humbeeck s'empresse de la rétablir; il choisit pour cette fonction un des fils du maître d'école. Celui-ci, qui a trois fils, est laissé libre de confier la place à celui d'entre eux qui lui convient le mieux. L'aîné a 13 ans, mais il préfère son second fils, qui compte 12 années et qui usait encore ses culottes sur les bancs de l'école paternelle. Le ministre avait attaché à la place de sous-instituteur un traitement de 1200 francs: superbes débuts pour un jeune homme qui passait ainsi d'un bond du banc des élèves au pupitre du magister. Ce n'est pas tout. M. Van Humbeeck, qui tient à prouver qu'il affectionne ses maîtres, nomme encore la femme de l'instituteur aux fonctions de « maîtresse d'ouvrages manuels, » ce qui lui vaut 500 francs pour apprendre à tricoter à deux filles, dont l'une est la sienne propre. Cette tribu privilégiée de rongeurs émarge donc à concurrence de 3900 francs par an au budget de la commune de Laerne.

Rappelons encore le cas de la commune de Meulebeke, un des plus frappants, et qui fut souvent cité à la Chambre.

Les écoles officielles de cette commune de 9000 âmes contenaient, au début de 1880, vingt-cinq élè-

ves (i), tous dépendant, par leurs familles, du bon plaisir de l'administration centrale ou de certains industriels libéraux; de ces 25 élèves, quatre ont dépassé l'âge légal de 14 ans, onze ne l'ont pas atteint, puisqu'ils n'ont pas 6 ans; parmi les inscrits figure même une enfant née le 29 janvier 187g. Pour instruire cette intéressante génération, la commune a été contrainte de dépenser go,ooo francs en constructions scolaires; elle entretient quatre instituteurs et trois institutrices au traitement global de 10,500 francs ; l'ensemble du budget scolaire s'élève à 14,916 francs, ce qui constitue une dépense de près de 600 francs par élève. Cependant, M. Van Humbeeck juge la dépense insuffisante : il met l'administration communale en demeure de construire cinq nouvelles écoles. Ce n'est pas assez. L'instituteur en chef, appuyé par le gouverneur de la province, réclame des augmentations de traitement s'élevant à plus de 4000 francs, pour lui et les membres de sa famille qui collaborent à l'instruction des 25 bébés officiels. Or, voici le décompte de ce que la commune de Meulebeke avait déjà à payer à cette famille privilégiée :

Traitement de M. Théophile Viaene fr. 3,454.

— M. Prudent Viaene » 1,150.

— M"e Mélanie Viaene » 2,350.

— ]\/[iie Emilie Viaene -■> 1,000.

— M"*^ Marie Viaene » 700.

Ecole l — M. Théophile Viaene » 500.

d'adultes \ — M"« Mélanie Viaene » 500.

Total : fr. 9,654

(i) Les écoles catholiques de Meulebeke étaient fréquentées à lamême date par dofize cents enfants.

La commune refusa de satisfaire les ambitions nouvelles de ce clan coûteux. Sa résistance énergique eut partiellement raison des injonctions de l'autorité supérieure.

L'exemple de la famille Viaene ne resta pas isolé. A partir de 1880, on vit figurer aux Annales parlementaires d'innombrables pétitions d'instituteurs réclamant l'amélioraiion de leur sort : presque toutes demandaient que le revenu [sic) de ces rentiers du département de l'instruction publique fût fixe au lieu d'être calculé sur la population scolaire. M. Van Humbeeck finit par leur donner raison : un règlement du 3 1 décembre 1883 décida que les traitements des instituteurs seraient dorénavant gradués « en raison de l'importance de la population des communes. »

Ces dilapidations provoquaient une indignation générale dans une foule de communes. Blessés dans leurs convictions intimes, les contribuables se voyaient, d'autre part, gravement atteints dans leurs intérêts matériels. Pour subvenir aux dépenses nécessitées par les écoles vides et par les maîtres parasites, bon nombre de communes avaient été forcées de négliger des dépenses utiles ou même de créer des taxes nouvelles. L'état des trésors locaux devenait détestable; les souffrances de l'agriculture s'accentuaient chaque jour davantage; la rentrée des impôts était loin d'être aussi régulière qu'auparavant; des milliers de familles ne les acquittaient plus qu'avec peine, surtout dans les campagnes.

Mais ce n'était pas seulement dans les com-

munes rurales que régnait la gêne ; les plus grandes villes du pays, surtout celles qui étaient pourvues d'administrations libérales, voyaient le plus clair de leurs ressources servir à alimenter le gargantua scolaire (i). Il ressort des comptes des 21 communes du pays dont la population dépassait 20,000 âmes, qu'en une année, de 187g à 1880, les impositions communales furent majorées de 2,878,000 francs, tandis que les dépenses scolaires augmentaient de 3,250,000 francs. Dans dix de ces communes, le service de l'instruction publique dévorait, et même au-delà, tout le produit des impôts communaux, c'est-à-dire que les ressources naturelles de ces communes, seule base stable de leur existence financière, étaient confisquées soit volontairement, par la complicité d'administrations de parti, soit violemment, par une sorte de brigandage gouvernemental (2), Conséquence : les principales communes

(i) Nulle part, croyons-nous, les gaspillages scolaires n'atteignirent des proportions aussi fabuleuses qu'à Bruxelles. \J Etoile Belge elle-même signala des chiffres qui font rêver : tel instituteur gagnait en 1882 6,750 francs, tel autre 7,800, un autre 8,200, un quatrième 9,300. Un ménage dont le mari et la femme étaient directeurs d'école encaissait 13,100 francs ; un autre ménage se faisait annuellement 14,200 francs dans l'enseignement. Plusieurs instituteurs recevaient des « indemnités spéciales » pour des cours qu'ils ne donnaient pas ou pour des « travaux extraordinaires » de pure fantaisie; l'un d'eux se voyait allouer 1200 francs par an pour diriger une école israëlite supprimée quatre ans auparavant; ses émoluments montaient à un total de 9,900 francs. \J Etoile voulut bien reconnaître que ces traitements étaient « prodigieux » et « qu'on pouvait les qualifier d'abus. » {Etoile Belge, 20 février 1883.)

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