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CHAPITRE VI

Bienfaits du radicalisme.

Pour combattre l'idée religieuse, les libéraux, on vient de le voir, ont heurté de front les intérêts vitaux du pays. Les libertés fondamentales inscrites dans la Constitution, liberté d'enseignement, liberté des opinions, liberté religieuse, ont été systématiquement foulées aux pieds : la loi, l'administration, le pouvoir judiciaire lui-même se sont ligués contre elles et restreignent quotidiennement les droits des catholiques. Le gaspillage de la fortune nationale, les appâts, la dissimulation, la pression la plus 'oarbare sont simultanément mis en œuvre pour étouffer l'enseignement libre. L'autorité locale est annihilée, l'autorité centrale se compromet, s'amoindrit sans cesse; l'arbitraire ministériel sévit comme en pays conquis (i). Les carrières officielles sont fermées aux catholiques qui professent ouvertement leur foi. Menacés, espionnés, terrorisés, la plupart des fonctionnaires participent à l'hostilité et à l'intolérance dont est animé le pouvoir à qui ils doivent leur place; ce qu'on leur demande avant tout, c'est d'être des fonctionnaires de combat.

(l) C'est ce qu'on appelait en haut style officiel : « ramener la Cort' stitution belge aux véritables principes de la Révolution française. »

des « anti-curés. » Un antagonisme profond divise les citoyens; la lutte, selon l'expression d'Emile de Laveleye, « s'est transportée au fond des consciences et s'impose aux populations dès l'enfance, et jusque dans les moindres villages (i); » elle a mis aux prises toutes les forces vives du pays, absorbé le meilleur de ses énergies; elle a transformé la Belgique en un vaste champ de bataille.

Cependant, les libéraux avancés ne se déclarent pas satisfaits : ils enragent de voir les catholiques fortifier sans cesse leurs positions; ils en veulent aux doctrinaires, ces pharisiens du libéralisme, de leur apparente tolérance religieuse en matière scolaire et du masque de neutralité dont ils voilent leur intransigeance. « La maçonnerie, écrit un organe radical, a vu ses tendances et ses aspirations méconnues par £i'ux qui avaieiit mission de stipuler au nom du progrès humanitaire et de réagir énergiquement contre les doctrines ultramontaines. Ce résultat négatif devait nécessairement refroidir le zèle des maçons convaincus et arrêter le magnifique élan qui nous a fait remporter la victoire en 1878 (2). » La Flandre libérale prêche la guerre au clergé; elle déclare, avec M. Laurent, que l'exclusion des catholiques des fonctions publiques est « une loi de notre société politique (3); » elle proclame la nécessité de combattre publiquement la religion :

« La première nécessité en cette matière, écrit-elle, est de former, au sein du corps électoral, un courant d'opinion nette-

(1) Revue de Belgique, décembre i88l.

(2) Journal de la Fraric-maçonnerie belge. <3) Flandre libérale, 10 avril 1880.

ment, franchement libéral, Itanchons le mot, anti-catholique. Le temps oli les libéraux devaient ou croyaient devoir protester de leur respect «^ pour la foi de nos pères > est définitivement passé. Cette arme est rouillée, usée, hors de service; elle n'est plus bonne désormais qu'à figurer dans un magasin d'antiquités. Qu'on ne se trompe pas sur notre pensée : nous ne disons pas qu'il faille insulter la religion et ses prêtres. Non, mais il faut se poser franchement en adversaires de leurs principes et de leurs doctrines. Tant que les libéraux ne manifestent pas ouvertement leur aversion pour leurs ennemis, ils n'ont pas une position franche. A quoi leur sert cette attitude équivoque? A rien. Ils ne font illusion à personne. De plus, ils froissent les convictions de la fraction la plus vivace, la plus ardente du parti. Celle-ci travaille mollement ou reste dans l'inaction, et l'armée libérale perd ses soldats les plus dévoués (i). >

« Nous irons jusqu'au bout! » s'écrie M. Bara, le soir des élections de i8So, et cette parole va être désormais le cri de ralliement des anticléricaux de toute nuance ; sous la pression des radicaux et des Loges, la persécution va redoubler de vigueur, toutes les libertés chères aux catholiques vont être attaquées et dénigrées avec une violence nouvelle, jusqu'au jour où le pays, excédé, secouera le joug qui l'opprime.

Mais l'auteur responsable, sinon l'artisan principal de cette recrudescence de politique sectaire restera, aux yeux de l'histoire, M. Frère-Orban. Dominant tout le cabinet par l'élévation de son esprit et l'étendue de son talent, le chef du parti doctrinaire eût dû, ne fût-ce que pour sauver son œuvre, contenir la fraction avancée de ses amis politiques; au lieu de cela, il leur abandonne, dès les premiers mois de 1880, les rênes du

(i) Flandre libérale, juin 1880.

gouvernement et il, les laisse précipiter le pays à la ruine. Il eût dû, ne fût-ce que pour épargner à son parti l'opprobre final de la coalition du dégoût, se refuser aux exigences nouvelles des radicaux; et, au contraire, il leur permet d'entrevoir le succès prochain de toutes leurs prétentions. Pour leur plaire, il leur accorde le letrait de la légation belge près du Vatican; il leur concède une nouvelle loi sur l'enseignement moyen ; il leur jette en pâture des mesures destinées à restreindre encore les libertés d'enseignement et des cultes; il leur sacrifie la plupart des droits reconnus à l'Eglise catholique. Cependant, leur programme démocratique l'effraie. Pour l'enrayer momentanément, le chef du cabinet place sous l'égide gouvernementale cette farce, grotesque et tragique à la fois, que fut l'enquête scolaire ; il appuie la prise en considération d'une enquête sur les couvents; il dépose un projet de loi sur l'instruction obligatoire ; il altère la sincérité du régime représentatif par tout un arsenal de lois électorales destinées à noyer l'influence catholique; il va jusqu'à concéder aux radicaux une loi électorale pour la province et la commune, et, de son propre aveu, il fait ainsi le premier pas vers le suffrage universel qu'il abhorrait.

Règne doctrinaire, larges concessions aux avancés, telle avait été, en résumé, la première période de la lutte scolaire. Prépondérance radicale, complicité doctrmaire, telles furent les traits généraux de la phase que nous allons esquisser.

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