‹ La lutte scolaire en Belgique (volume 2)Chapitre 4 sur 47 · ÉDUCATEUR PUBLIC · texte numérisé non relu

ÉDUCATEUR PUBLIC

Tandis que ces projets s'élaboraient, on s'était mis activement à l'œuvre pour réorganiser l'enseignement, ruiné ou discrédité par le gouvernement hollandais.

Les libéraux profitèrent de leur avènement au ministère pour établir sur des bases laïques un enseignement secondaire et supérieur donné par l'Etat. Le clergé séculier et divers ordres religieux, de leur côté, ouvrirent de nombreux collèges, et l'épiscopat rétablit l'université de Louvain.

L'enseignement primaire, en 1830, était particulièrement défectueux et insuffisant. Pendant les années qui suivirent immédiatement la révolution, le gouvernement n'intervint qu'indirectement pour remédier à cette situation. Absorbé par d'autres soins, il se borna à répartir des allocations dont le total varia, suivant les budgets, de 300,000 à 800,000 francs. Les communes firent des dépenses plus importantes; elles créèrent ou agrandirent un certain nombre d'écoles. Mais la part du clergé et des catholiques dans le mouvement scolaire fut de beaucoup la plus considérable. A la fin de 1840, sur les 1143 écoles nouvelles qui fonctionnaient dans les 2500 communes du pays, plus des deux tiers étaient dues à leur initiative. Sur 5189 écoles primaires que comptait la Belgique à cette époque, ils en possédaient 2284, soit environ 44 pour cent, entièrement dirigées et soutenues par eux, sans compter les écoles subsidiées par l'Etat qui étaient

placées sous leur influence. Ce beau résultat avait été obtenu grâce aux encouragements des évêques, au zèle des curés, à la générosité des laïques. Chose significative, le nombre et la fréquentation des écoles avaient surtout augmenté dans les deux Flandres, c'est-à-dire dans les provinces où la religion a toujours exercé le plus d'empire : dans ces provinces, le progrès avait été, en dix ans, de 628 écoles, et, sur les 1528 écoles primaires qu'on y comptait à la fin de 1840, 928 appartenaient à l'enseignement libre catholique et ne recevaient aucun subside (i). Les évêques se préoccupaient, d'autre part, d'assurer le bon recrutement des maîtres : ils fondaient, sous leur autorité immédiate, des écoles normales pour les deux sexes et faisaient appel aux ordres religieux de femmes qui fournirent un grand nombre d'institutrices.

L'enseignement s'étendait et s'améliorait d'une façon rapide, sans aucun concours appréciable de l'Etat. Cependant une nouvelle interprétation de la pensée de nos constituants au sujet du rôle de l'Etat en matière d'enseignement ne tarda pas à surgir (2). Les catholiques restaient convaincus que l'Etat n'a d'autre obligation que d'encourager l'initiative privée et de suppléer à son insufifisance, mais qu'il est tout à fait incompétent pour diriger lui-même un enseignement national. Les libéraux soutenaient que l'Etat est investi par la Constitution de la mission d'enseigner, d'établir et de diriger un enseignement public; quelques-uns,

(1) J. Sauveur, Statù/ïque générale de l'instruction publique en Belgique, dressée d'après les documents officiels, pp. XLIX et 185,

(2) Sylvain Balau, Soixantt-dix ans d'histoire contemporaine de Belgique, pp. 97, 98.

poussant plus loin leurs prétentions, allèrent jusqu'à affirmer que la liberté d'enseignement comporte simplement le droit pour chacun d'ouvrir des écoles, avec un droit égal pour le gouvernement d'écraser ces mêmes écoles sous la concurrence que ses ressources considérables lui permettent de leur faire. « Ne pouvant plus, écrivait en 1^37 M. Dechamps, soumettre les institutions d'instruction privée à la surveillance du gouvernement, on changea de route, et tous les efforts convergèrent dès lors pour écraser l'enseignement particulier sous la concurrence de l'enseignement gouvernemental. Tous les ans, à la discussion du budget de l'intérieur, la fraction libérale excitait une controverse irritante par des demandes sans cesse croissantes de subsides, dont elle voulait remplir les mains du gouvernement, de manière à ce qu'il pût récupérer sur l'enseignement, par ce moyen précuniaire, l'influence que la Constitution lui avait ôtée (i). »

« Si les libéraux, devait écrire plus tard un des leurs, M. Hymans, père du député actuel, s'étaient associés dès cette époque, s'ils avaient, avec leurs deniers, créé des écoles et formé des instituteurs et des institutrices, nous aurions probablement échappé aux longues" et ardentes querelles dont la Belgique a retenti pendant un demi-siècle et à de redoutables difficultés, qui ne sont pas encore aplanies. Alais ils co7nmirent la faute de s'en rapporter trop exclusive' ment aux pouvoirs publics (2). »

(1) Revue de Bruxelles, octobre 1837, p. 74.

(2) Hymans, La Belgique contemporaine, p. 107.

Ennemis nés de la liberté, il leur était pénible de penser qu'avant peu, si le mouvement scolaire continuait sa marche ascendante, la Belgique serait dotée, grâce à la liberté, d'un enseignement complet à tous les degrés; ils redoutaient de voir le clergé « accaparer l'éducation de la jeunesse. » Sous le prétexte que la liberté n'avait pas fait assez, ils conçurent un système qui devait enrayer ses progrès et commencèrent un mouvement en faveur de l'intervention directe de l'Etat dans l'enseignement primaire.

Les circonstances semblaient d'ailleurs justifier, à un certain point de vue, leurs réclamations. Si grands et si soutenus que fussent les efforts de l'initiative privée et des communes, ils ne se produisaient pas partout avec la même vigueur et le même succès. Il y avait des communes, des provinces même, où le clergé était moins écouté, l'administration locale plus négligente : l'enseignement y demeurait stationnaire ou progressait moins vite. Cette considération, sur laquelle insistaient les libéraux, était de nature à faire impression sur beaucoup d'esprits; elle amena bientôt le parti libéral tout entier et un grand nombre de catholiques à souhaiter que le pouvoir central intervînt avec modération pour relier par un plan d'ensemble les initiatives dispersées, pour les stimuler et, au besoin, suppléer à leur insuffisance.

A cette époque, les catholiques ne pouvaient pas prévoir que les écoles publiques payées des deniers de tous les contribuables seraient un jour revendiquées par les libéraux comme étant leurs écoles. Confiants dans la sincérité de leurs adversaires, un certain nombre d'entre eux abandonnèrent la thèse primitive

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de l'incompétence de l'Etat et se bornèrent à demander que l'éducation et l'instruction données dans les écoles publiques fussent fondées sur la religion. Telle fut la position prise par Mgr Van Bommel, évêque de Liège, dans un livre publié en 1839 et qui fit sensation dans le pays : L' Exposé des vrais principes eii matière d'instriictioii publique. L'évêque y reconnaissait à l'Etat le devoir de contribuer à la bonne éducation de la jeunesse et prêchait à cette fin l'alliance de l'Eglise et de l'Etat; il acceptait une extension plus grande de l'action de l'Etat, mais à condition que l'enseignement primaire eût un caractère religieux nettement accentué.

La balle fut prise au bond par le ministère libéral de 1840. Les ministres Liedts et Leclercq déclarèrent qu'à leur programme figurait une loi sur l'enseignement primaire, que cette loi se concilierait d'ailleurs « avec la plus entière liberté d'enseignement » et « offrirait aux pères de famille la plus complète garantie d'une éducation morale et religieuse; » qu'en effet « il n'y a pas d'éducation sans que l'on donne une direction, une instruction religieuses à la jeunesse. > Quelques catholiques manifestaient cependant des craintes légitimes : « Chacun, leur répondait M. Lebeau, est tellement convaincu de l'avantage qu'il y a d'associer d'une manière permanente et positive l'enseignement religieux et moral à l'instruction proprement dite, que vos craintes devraient s'effacer devant cette nécessité sociale comprise par tous les hommes de quelque portée d'esprit. »

M. Nothomb, arrivant au pouvoir en 1 841, reprit l'idée de ses prédécesseurs et, comme eux, répondit à

l'invitation de Mgr Van Bommel, en continuant à déclarer qu'il faut donner à l'enseignement primaire un caractère religieux en même temps que moral. Le dépôt d'une loi était devenu inévitable; les divergences ne portaient plus guère que sur la manière dont l'Etat interviendrait dans l'enseignement et sur le degré des garanties à accorder à l'instruction religieuse. L'opinion libérale se rattachait plutôt aux idées françaises : elle demandait qu'on fortifiât l'action du gouvernement dans l'enseignement. L'opinion catholique se rangeait à l'idée anglaise, au système de libre concurrence ; elle insistait surtout sur les garanties de l'éducation religieuse que la loi devrait donner aux familles (i).

n. — La loi de 1842; ses résultats.

Principales dispositions de la loi de 1842. — Son caractère transactionnel, ses avantages, ses dangers. — Application de la loi jusqu'en i865. — Progrès généraux de l'enseignement primaire, — Décadence de l'enseignement libre.

Des concessions qu'on se fit mutuellement naquit la loi de 1842. Ce fut une transaction consentie entre les deux partis et qui se présentait sous des dehors équitables. Les catholiques accordaient une intervention assez large de l'Etat, et en cela la loi allait plus loin que le projet de 1834; les libéraux se résignaient à l'intervention officielle du clergé. Les premiers acceptaient l'enseignement de l'Etat, les seconds l'enseignement religieux légal. La loi tenait compte

(1) Discours de M. Dechamps à la Chambre des représentants. (Annales parlementaires, 1849-1850, p. 1243.)

des faits et des droits préexistants, des intérêts variés qu'il fallait ménager; elle appelait tous les éléments sociaux à s'unir pour accomplir l'œuvre commune de l'instruction, et chacun y trouvait, avec des garanties sérieuses, un champ librem.ent ouvert L'action du pouvoir central y était admise, il est vrai, mais à un degré plus faible que dans aucune des législations du continent.

En vertu de la loi de 1842, chaque commune devait avoir sur son territoire au moins une école, mais elle pouvait se dispenser de la construire ou de l'entretenir, en traitant de gré à gré avec une école privée, qu'elle adoptait, ou en prouvant que l'enseignement libre suffisait chez elle aux besoins de la population ; en fait, les communes profitèrent peu de cette dernière faculté, tandis que l'adoption, qui assurait aux institutions privées des subsides, tout en leur laissant une certaine autonomie, devint un procédé des plus usuels.

Les autorités communales conservaient des pouvoirs très étendus sur leurs écoles. Elles statuaient sur leur régime intérieur, indiquaient le nombre d'écoles nécessaires dans la commune, désignaient les élèves admissibles à titre gratuit, votaient les sommes nécessaires pour la construction et l'entretien des bâtiments. Elles nommaient l'instituteur, fixaient son traitement, dont le minimum était toutefois réglé par la loi, le surveillaient et pouvaient lui infliger diverses peines, dont la plus grave était une interdiction de quatre mois, avec suppression des honoraires.

Le recrutement des instituteurs et des institutrices devait se faire à la fois par des écoles normales

relevant directement de l'Etat et par des écoles normales privées, auxquelles l'Etat accorderait Xagr dation. Cette clause, qui correspondait à l'adoption des écoles primaires et visait surtout les établissements fondés par les évêques, était une des plus essentielles de la loi; les catholiques avaient mis une insistance particulière à la faire passer. Les écoles normales agréées recevaient la visite des inspecteurs de l'Etat; elles avaient droit à des allocations du trésor public.

Dans les établissements normaux de l'Etat, l'instruction religieuse était confiée à des aumôniers. La commission chargée de délivrer des diplômes aux élèves-instituteurs sortis des écoles normales publiques ou agréées, comptait obligatoirement plusieurs membres ecclésiastiques; les matières religieuses figuraient au programme de l'examen.

Les communes choisissaient librement entre tous les candidats diplômés sortis de ces diverses écoles. Elles ne pouvaient prendre des maîtres ou des maîtresses sans diplôme qu'avec une autorisation spéciale du ministère.

L'instruction morale et religieuse figurait obligatoirement au programme des écoles primaires communales. Elle était donnée dans chaque école par l'instituteur lui-même, conformément au culte professé par la majorité des élèves, et sous la surveillance et la direction des ministres de ce culte (i). Les enfants

(i) Cette clause, conforme à l'esprit et à la lettre de la Constitution, permettait aux dissidents d'avoir leurs écoles publiques partout où ils seraient en nombre suffisant ; ils en profitèrent, et dans plusieurs villes les protestants et les juifs ouvrirent des écoles payées par la commune «t par l'Etat. Mais, l'immense majorité des enfants étant catholiques, la morale et les dogmes de l'Eglise furent légalement enseignés dans

n'appartenant pas à la communion relis^ieuse dont faisaient partie la majorité des élèves étaient dispensés d'assister au cours de religion. Mais cette dispense n'avait nullement pour effet d'enlever au reste de l'enseignement l'atmosphère religieuse dont il était obligatoirement imprégné (i).

Un conseil de perfectionnement, où le clergé se trouvait convenablement représenté, était chargé de déterminer les méthodes et les livres scolaires. Les ouvrages destinés à l'enseignement moral et religieux, ainsi que les livres de lecture, devaient recevoir l'approbation spéciale des délégués épiscopaux.

Une double inspection devait assurer le bon fonctionnement de la loi : elle s'appliquait aux écoles adoptées et agréées, comme aux écoles normales oâicielles et aux écoles communales proprement dites. Le ministre de l'intérieur nommait des inspecteurs provinciaux et cantonaux, sur la présentation des députations permanentes de chaque province; ces fonctionnaires contrôlaient les écoles de leur ressort au point de vue de la partie technique de l'enseignement. Dans les mêmes circonscriptions, des délégués ecclésias-

presque toutes les écoles du pays. L'enseignement normal lui-même resta exclusi%ement catholique, le petit nombre des dissidents ne justifiant pas la création d'établissements ou de sections qui leur fussent spécialement destinés. (GoUY, op. cit., p. 24.)

(i) Sur ce point, la loi de 1842 était supérieure à celle qui est aujourd'hui en vigueur. Aux termes des circulaires ministérielles qui ont accompagné la mise à exécution de la loi de 1895, ^°^t enfant dont les parents en font la demande est dispensé d'assister au cours de religion, mais il suffit qu'un seul enfant obtienne pareille dispense pour que tout l'enseignement scientifique et même l'enseignement de la morale soit désormais non confessionnel.

tiques, choisis par l'évêque diocésain, inspectaient l'enseignement religieux et moral de l'école. Ils en rendaient compte aux évêques, qui chaque année se réunissaient pour présenter au gouvernement un rapport général sur l'état des choses et sur les améliorations qu'il serait possible d'y introduire.

Une autre disposition de la loi consacrait le droit du curé de la paroisse à visiter l'école aussi souvent qu'il le voudrait, pour diriger et surveiller l'instruction religieuse (i).

Une direction générale de l'instruction publique était érigée au ministère de l'intérieur. Des allocations devaient être portées tous les ans au budget de l'Etat, pour le traitement des inspecteurs et des autres fonctionnaires, pour l'entretien des écoles normales, et pour les subventions à accorder aux écoles communales ou adoptées et aux établissements normaux agréés. Les provinces intervenaient également dans

(i) Rappelons ces paroles de M. Nothomb, l'auteur principal de la loi de 1842, au sujet de l'intervention du clergé dans l'école communale : « L'intervention du clergé nous est nécessaire; elle ne peut être forcée, comme dans d'autres pays ; elle ne peut être que volontaire. Dès lors, elle doit être librement accordée, et pour l'être, il faut qu'elle soit honorable et efficace... Il ne peut y avoir d'école légalement constitue'e qu'à la condition de réunir l'enseignement moral et religieux à l'instruction proprement dite. Cette réunion n'est possible que par l'intervention volontaire du clergé.. . En se retirant le clergé peut /-^«t^r^ impossible l'existence légale de l'école. Il se retirera ou menacera de se retirer, chaque fois qu'il ne sera tenu aucun compte ou plutôt quand on persistera à ne tenir aucun compte de ses indications. Ce droit du clergé est très grand sans doute, mais il dérive de l'indépendance de la position que lui fait la Constitution de 183 1. La sanction par le clergé est donc dans ce droit incontestable d'abstention et dans les conséquences légales, souvent inévitables, de l'abstention même... » (Chambre des représentants, séance du 8 août 1842.)

les frais des écoles communales, mais leurs allocations, comme celles de l'Etat, étaient subordonnées à l'insuffisance des revenus locaux.

La loi ne changeait rien à la situation des écoles privées qui voulaient conserver leur indépendance. Elles continuaient à s'établir sans autorisation préalable, à fonctionner sans être a.ssujetties à la visite des inspecteurs; chacun pouvait y enseigner sans aucune condition particulière de capacité. Elles jouissaient toujours, en vertu de l'article 17 de la Constitution,^ d'une liberté sans limite.

Telle était, dans ses dispositions essentielles, la loi transactionnelle qui fut pendant trente-sept ans la charte fondamentale de notre enseignement public élémentaire. On a vu quelle large part d'influence elle laissait à chacune des parties contractantes. L'autonomie locale était respectée. Les particuliers voués à l'enseignement libre étaient favorisés par la clause de l'adoption. Les pères de famille avaient droit à des écoles publiques de leur communion religieuse partout où ils étaient assez nombreux; ailleurs ils avaient la faculté de faire dispenser leurs enfants de l'enseignement religieux, et tel était aussi le droit des libres-penseurs.

Le pouvoir central, étranger jusque là à l'enseignement primaire, devait y exercer à l'avenir une assez large influence par ses subsides, par ses inspecteurs et ses écoles normales, par le choix des programmes et le contrôle exercé sur les communes. Mais la loi ne l'autorisait pas à établir partout une uniformité nuisible et vexatoire; surtout elle ne permettait pas au gouvernement de sortir de sa sphère naturelle.

pour disputer aux familles et à l'Eglise la direction de l'éducation morale et religieuse donnée aux enfants.

Quant à l'Eglise catholique, elle trouvait des garanties légales tant dans le caractère religieux de l'enseignement et de l'examen imposé aux instituteurs, que dans les divers moyens de contrôle mis à sa disposition. Le clergé n'était plus seul maître dans les écoles libres qui profiteraient des avantages de l'adoption, mais en revanche il acquérait sur les écoles officielles des droits légaux et positifs. D'autres sûretés non moins appréciables pour les catholiques découlaient de l'esprit général de la nouvelle législation et des déclarations ministérielles sur la haute nécessité morale et sociale de l'éducation religieuse du peuple (i), déclarations applaudies par l'immense majorité des deux Chambres.

(l) € L'Etat, disait le rapport de la section centrale, ne doit pas, en fondant lui-même partout des écoles, établir une concurrence organisée avec les écoles existantes; il ne doit pas détruire, mais féconder; son action ne doit pas dominer; elle n'est que protectrice .. . L'école publique, fondée aux frais des contribuables, doit, pour être constitutionnelle, ne pas être hostile au vœu des populations mêmes. Or, nous connaissons des localités catholique?, des localités protestances ou juives, mais nous ne connaissons pas de localités rationalistes ou athées. L'école où manquerait l'enseignement religieux serait évidemment une école rationaliste. Les écoles rationalistes pourront exister sans doute, mais elles seront des écoles privées. :>

M. Nothomb accusa plus nettement encore le caractère religieux que la loi allait imprimer à l'enseignement primaire officiel ; « Pas d'enseignement, disait-il, surtout pas d'enseignement primaire sans éducation morale et religieuse. Et nous entendons par éducation religieuse l'enseignement d'une religion positive. Nous sommes tous d'accord sur ce principe, c'est notre point de départ. Nous rompons, il faut le dire et le dire tout haut, nous rompons avec les doctrines politiques du XVIII" siècle, qui avaient prétendu séculariser complètement l'instruc-

Malgré ces réserves, les catholiques ne furent pas unanimes à applaudir la loi de 1842. Plusieurs, surtout dans le clergé, en signalèrent avec inquiétude les dangers. En fait, l'Etat, à supposer même qu'il remplît loyalement son rôle, devait tout gagner à cette transaction : le clergé sacrifiait, dans une large mesure, une organisation qui représentait d'énormes sacrifices (i); l'Etat n'apportait en échange qu'un simple engagement. La loi mettait aux mains de l'Etat l'arme terrible de la concurrence sur le terrain de l'instruction : un jour pourrait venir où cette arme se retournerait contre l'enseignement libre, et c'en serait fait, dès lors, de cette unité morale de la nation, que M. Nothomb s'était plu à signaler comme un des traits caractéristiques de notre pays. Il était d'ailleurs aussi regrettable que dangereux d'admettre.

tion et constituer la société sur des bases purement rationalistes. Nous ne voulons pas d'une instruction exclusivement civile, nous voulons un enseignement complet et nous ne voyons d'enseignement complet que dans l'instruction jointe à l'éducation morale et religieuse.

c Cela posé, par qui la religion sera-t-alle enseignée? Elle ne peut l'être que par les ministres du culte ou sous leur direction ; eux seuls sont compétents sous ce rapport; l'autorité civile abandonnée à ellemême ne pourrait être compétente que pour l'instruction primaire pror prement dite, si celle-ci pouvait être considérée isolément. Que partout ailleurs l'autorité civile se montre ombrageuse ; inscrivez sur votre drapeau ; le prêtre hors des afiaires ; ici vous êtes forcés de recourir au prêtrevous avez besoin de lui; l'enseignement primaire, quanta la religion, est essentiellement son affaire. »

(i) M, Nothomb, dans la quatrième édition de son Essai sur la révolution belge, reconnaissait en ces termes la force d'expansion de l'enseignement libre catholique avant 1842 ; « On reproche à 3M. Nothomb d'avoir livié aux évêques l'instruction primaire; le fait est qu'il l'a empêchée de passer constitutionnellement sous leur influence exclusive... Sans cette loi (la loi de 1842) 1 episcopat se serait rendu sans partage maître de l'enseignement primaire. »

■dans une matière qui touchait de si près à la conscience et aux droits de la vie privée, l'intervention de l'Etat sécularisé, alors que le seul concours des familles, des communes et de l'Eglise avait suffi pour produire déjà de si beaux fruits. Enfin, un vice radical de la loi était le défaut de sanction efficace des dispositions relatives à l'enseignement religieux : la loi n'accordait au clergé aucune autorité sur la nomination ni sur la révocation des instituteurs; le clergé n'avait, par conséquent, aucun droit sur le personnel de l'école, aucune garantie sérieuse quant au caractère général de l'enseignement. M. Dechiraps blâma cette lacune à la Chambre; malheureusement l'avis du grand homme d'Etat ne prévalut pas. « Viendra le jour où on s'en repentira, » disait-il à son frère, le futur archevêque de Malines (i), tandis que l'évêque de Gand, Mgr Delebecque, résumait la situation en ces termes prophétiques : « C'est bien regrettable : car les catholiques, notamment dans les Elandres, ont fait des efforts héroïques pour organiser le service de l'enseignement. Nous allons abandonner tout cela, un jour on nous l'enlèvera, et nous devrons recommencer (2). »

Mais, comme le disait M. Nothomb, la loi ne devait être « bien comprise que le jour où l'on aurait commis la faute de l'abroger. » Ce ne fut que plus tard que les catholiques s'aperçurent qu'ils avaient joué un rôle de dupes (3) et que la fameuse « transaction »

(1) GoDTS, Sanctiftcetiir ediicatio, p. 222.

(2) Paroles adressées à M. Maloii et rappelées par cîlui-ci à la •Chambre des représentants le 30 mai 1879. {Annales parlementaires,

(3) Victor Jacobs, discours du 14 mai 1S79 à la Chambre deâ représentants.

de 1842 était en réalité une première et grave défaite, due à leur confiance trop grande dans leurs adversaires.

En 1842, la plupart des catholiques demeurèrent étrangers à ces craintes : ils étaient plus frappés des avantages immédiats et incontestables de la loi que de ses périls éventuels. La loi fut votée, à l'unanimité moins trois voix, par la Chambre des représentants. Les trois députés de l'extrême-gauche qui la repoussèrent avaient motivé leur vote en la proclamant contraire à la Constitution et de nature à faire peser sur le peuple belge le joug d'une Eglise étrangère,^ — ce qui ne les empêcha pas de déclarer, pendant la discussion, que l'instruction primaire doit être morale et religieuse (i). Le Sénat adopta la loi sans opposition et le roi Léopold P"^ la sanctionna avec bonheur, selon sa propre expression.

Pendant les années suivantes, la loi fut commentée par diverses circulaires ministérielles, qui achevèrent d'en fixer le sens et d'en régler l'application. La plus importante fut celle de M. de Theux, en 1846. Elle

(i) Les libéraux de l'époque s'efforçaient de calmer les craintes des catholiques prévoyants. « On veut, disait M. Savart-Martel, l'un de ceux qui votèrent contre le projet, que l'instruction primaire contienne néces. sairement l'enseignement de la religion et de la morale : c'est un point que personne ne contestera. » M. Orts disait de son côté : « Chacun de nous convient qu'il ne peut exister de bon enseignement primaire sans instruction religieuse et morale; que l'intervention du prêtre dans toute cette instruction est tout au moins utile et désirable. > Enfin M. Devaux protestait d'avance contre la séparation de la morale et de la religion, base de la loi scolaire de 1879 : t La religion comprend la morale, disait-il; qu'on ne nous prête donc pas l'intention de vouloir séparer la morale de la religion, d'interdire au ministre du culte de parler de morale. Il serait même difficile d'établir la limite où la morale se détache de la religion. »

désignait les heures réservées d'une manière plus particulière à l'enseignement de la religion et de la morale, dans les écoles do7il la majorité des élèves professe la religion catholique : c'était la première demiheure de la classe du matin et la dernière de la classe du soir. La circulaire prescrivait aux instituteurs de commencer et de finir la classe par une prière en commun, de faire de l'éducation morale et religieuse l'objet de leurs soins assidus, de saisir avec zèle les occasions qui se présenteront sans cesse pour développer les principes de religion et de morale. Pour ces diverses dispositions, l'instituteur était tenu, d'après le règlement, de suivre la direction émanée des évêques. Ceux-ci, de leur côté, adressèrent au clergé des instructions détaillées sur le rôle qu'il aurait à remplir dans les écoles et l'attitude qu'il devrait prendre visà-vis des instituteurs. Ils lui recommandèrent, en même temps que la vigilance nécessaire, un grand esprit de conciliation et de bienveillance à l'égard des autorités laïques. Ils lui prescrivirent de donner dans l'enseignement de la morale une large place aux devoirs envers le pays et le gouvernement, et d'inculquer aux élèves le respect des institutions nationales; mais ils imposèrent, d'autre part, aux instituteurs d'imprimer à leurs écoles wne physionomie religieuse, de profiter même des leçons ordinaires de lecture pour préparer les enfants à l'intelligence de l'enseignement du catholicisme et de l'histoire sainte. Cette circulaire des évêques fut jointe en annexe au règlement général de 1846, et M. de Theux dit qu'elle « devrait être considérée par les instituteurs comme un commentaire légal du texte du règlement. » Elle fut fidèlement

suivie par le clergé et par les maîtres chrétiens et ne subit aucun changement essentiel, tant que fut en vigueur la loi de 1842.

Aussitôt la loi votée, chacun des pouvoirs désignés par elle s'était mis à l'œuvre. L'épiscopat et les ordres religieux s'empressèrent de faire agréer leurs écoles normales et en créèrent par la suite plusieurs nouvelles, qui furent également reconnues. Une grande partie des écoles catholiques libres furent adoptées par les communes qu'elles desservaient, ou même devinrent des écoles communales proprement dites. Les localités encore dépourvues de tout établissement d'instruction primaire se mirent en règle, soit en bâtissant elles-mêmes une école, soit en favorisant par un subside la création d'une école adoptée. Chaque conseil communal eut désormais dans son budsret un chapitre consacré à l'enseignement primaire; les sommes affectées à ce service devinrent de plus en plus importantes.

Le clergé employa son influence à assurer la fréquentation des classes, combattue trop souvent par les exigences du travail matériel et par l'inertie des familles pauvres. Lorsqu'il le crut nécessaire, écrit M. Gouy, il fit usage du pouvoir de retarder pour les enfants trop peu instruits l'âge de la première communion; cette mesure, appliquée avec persévérance, fut une de celles qui contribuèrent le plus efficacement au progrès de l'enseignement primaire. Le gouvernement, de son côté, avait créé des écoles normales et organisé le service de l'inspection. Les fonctionnaires entretinrent avec leurs collègues ecclésiastiques d'excellentes relations. Durant vingt ou

vingt-cinq ans, tous les ministres de l'intérieur, tant libéraux que catholiques, appliquèrent la loi sincèrement, non seulement dans sa lettre, mais dans son esprit, et, jusque vers 1860, le régime des écoles, bien que discuté au point de vue théorique, resta pratiquement en dehors de l'arène des partis.

L'organisation nouvelle fonctionnait avec aisance; les conflits, les froissements même y furent rares. C'est que la loi innovait peu et se bornait à reconnaître, à développer des institutions existantes : loyalement exécutée, elle s'adaptait à la situation du pays et au vœu pour ainsi dire général des familles.

Aussi les progrès de l'enseignement, tant sous le rapport du nombre des élèves et des écoles qu'au point de vue de la valeur de l'instruction, ne se firentils pas attendre (i).

En 1845, le nombre des enfants des deux sexes qui fréquentaient les écoles primaires communales, adoptées et libres, était de 426,385. En 1875, on en comptait officiellement 652,657, soit 226,272 de plus. En tenant compte de l'accroissement de la population générale, la fréquentation scolaire avait donc gagné environ 31 % en trente ans, et cette progression ne se ralentissait pas. Aussi le niveau de l'instruction s'élevait-il rapidement dans l'ensemble du pays : en 1843, le nombre des jeunes gens sachant Hre et écrire était de 49,15 %. soit moins de la moitié du chiffre total; en 1875 il atteignait

(i) Les renseignements statistiques qui suivent sont extraits de Sauveur, op. cit., pp. XXV, 185, 208, 222, 236, 336, 342, 379^ 482, 7.12.

76,53 7o> c'est-à-dire qu'il dépassait les trois quarts (i).

Il existait au 31 décembre 1840, 5189 écoles primaires dans la Belgique entière. En 1875 il y en a-vait 5587. C'était 398 écoles en plus, mais le gain était en réalité plus considérable que ce chiffre ne semblerait l'indiquer. Beaucoup de vieux bâtiments, étroits ou incommodes, avaient été remplacés par des constructions spacieuses, bien aérées et bien aménagées; le nombre des classes avait été considérablement accru et la place réservée aux élèves se trouvait au moins doublée.

Les écoles gardiennes et les écoles d'adultes s'étaient développées encore bien davantage : les premières, qui étaient, en 1845, ^^ nombre de 394, atteignaient, en 1875, le chiffre de 929 et étaient fréquentées, à cette date, par 97,382 enfants en bas âge; le nombre des écoles d'adultes avait passé de 1069, en 1845, à 2615, en 1875, et 204,673 enfants y recevaient l'instruction.

D'autre part, le niveau du personnel enseignant s'était notablement élevé, sans que le recrutement fût devenu plus difficile : de nombreuses écoles normales mettaient les études pédagogiques à la portée de chacun, tandis que leur rivalité prévenait toute négligence et que le contrôle obligé des examens de sortie les tenait sans cesse en haleine. Les établissements reconnus par l'Etat étaient, en 187g, au nombre de 40, dont 16 pour les hommes et 24 pour les femmes. L'Etat entretenait quatre écoles normales et cinq sections nor-

(i) De 185 1 à 1875, le rapport de la population scolaire au nombre des habitants s'est élevé de plus de ii pour cent.

maies annexées à des écoles primaires supérieures; sept écoles agréées pour instituteurs étaient placées sous l'autorité immédiate des évêques; quatorze, destinées aux élèves-institutrices, étaient dirigées par des religieuses; les dix autres étaient des écoles agréées laïques, dont la plupart suivaient la direction de l'épiscopat, La population des i6 écoles d'mstituteurs était, en 1875, d® 1199 jeunes gens; celle des 24 maisons pour jeunes filles atteignait 12 16 élèves. Chaque année un millier de candidats venaient renforcer le corps enseignant et se présenter au choix des communes, lequel s'exerçait avec une entière liberté. De 1846 à 1879, il n'y eut pas moins de 1 1,:53 diplômes conférés, soil 3817 par les écoles normales officielles et 7436 par les établissements agréés.

Ces résultats paraîtront brillants si l'on se place au seul point de vue de la diffusion de l'instruction dans tout le pays et de l'incontestable élévation de son niveau; en réalité ils étaient funestes et d'un présage menaçant, parce qu'ils représentaient, en regard des progrès constants de l'enseignement officiel, la décadence de l'enseignement libre.

Confiants dans une loi qui laissait à la religion une certaine place dans l'école, les catholiques avaient renoncé, dans une large mesure, à leurs initiatives scolaires d'antan et aux sacrifices personnels; ils avaient mis à profit les facilités et les avantages que leur offrait l'enseignement officiel, et ils laissèrent dépérir la belle organisation scolaire si péniblement élaborée avant 1842. De 2284, qu'il atteignait en 1840, le nombre

des écoles privées tomba, en 1875, à 1430, dont 958 seulement entièrement libres, tandis que celui des écoles communales passait, pendant la même période, de 2109 à 4157. Non contents de laisser ainsi submerger leurs écoles par la concurrence de l'Etat, les catholiques leur faisaient eux-mêmes la guerre, en votant aux écoles officielles des dotations de plus en plus plantureuses. En 1843, les dépenses pour l'enseignement primaire atteignaient environ 2 millions et demi de francs (i); en 1875, elles dépassaient 24 millions; en 1878, dernière année du ministère conservateur, elle s'élevèrent à 28.406.216 fr. 66. La situation des écoles d'adultes communales était encore plus significative, parce que l'augmentation du nombre de ces établissements et, par suite, le chiffre de la dépense étaient absolument hors de proportion avec le nombre des élèves. Sur ce terrain c'était l'enseignement libre qui l'emportait. En 1845, il y avait 133 écoles d'adultes officielles, occasionnant une dépense annuelle d'environ 50,000 francs; en 1875, on en comptait 1623, coiitant 804.519 fr. par an et contenant 66.979 élèves. Pendant la même période, le nombre des écoles d'adultes entièrement libres avait passé de 697 à 880, et ces écoles contenaient, en 1875, 130.006 élèves, soit 63.027 élèves en plus que les établissements officiels, pour 743 écoles en moins! On était loin des traditions de 1831 et 1834, qui attribuaient à l'Etat le rôle temporaire et modeste de suppléer à l'action de la liberté.

( 1) Les dépenses faites pour l'enseignement primaire par le gouvernement, les provinces et les communes s'élevaient, en 1843, à 1.677.47 1 fr. 71; en y ajoutant les ressources provenant de la bienfaisance publique, des rétributions scolaires et des encaisses annuels, on arrive au chiffre de 2.602.561 fr. 17. (Voy. S.\UVEUR, op. cit., pp. 121 et 155.)

Le même système prévalait dans la répartition des subventions aux écoles normales. Pour les jeunes gens suivant les cours d'un établissement de l'Etat, les bourses d'études étaient de 200 francs; pour les autres, elles ne s'élevaient qu'à 70 ou 80 francs. Pour les filles, les subventions représentaient 800 francs par diplôme à l'école officielle de Bruxelles, moins de 100 francs dans les écoles agréées. Et cependant, malgré l'infériorité des subsides accordés à ces dernières, les élèves des deux sexes y étaient en majorité (i), et les écoles normales diocésaines étaient des établissements de premier ordre, la plupart même supérieurs à ceux du gouvernement. De 187 1 à 1874, les élèves-instituteurs sortis des écoles normales libres eurent 73 pour cent des succès dans les concours officiels. Les écoles de Malonne et de Carlsbourg, dirigées par les Frères de la doctrine chrétienne, obtinrent plus d'une fois aux expositions étrangères des récompenses exceptionnelles qui furent refusées aux établissements de l'Etat; elles fournissaient aux écoles communales des provinces de Namur et de Luxembourg près des trois quarts de leurs instituteurs, et c'est en partie à cette circonstance que ces provinces doivent leur supériorité en matière d'instruction. Malonne l'emportait habituellement aux examens pour le diplôme sur l'école officielle concurrente de Nivelles; en 1873, 6 1/2 pour cent des élèves de Nivelles furent ajournés à l'examen de sortie, alors que Malonne ne

(1) En 1875, les écoles normales agréées contenaient 643 élèvesinstitutenrs sur liçQ, soit 54 pour cent, et 689 élèves-instilutrices sur 1216, soit 55 pour cent.

comptait que 2 pour cent d'insuccès. Ces beaux résultats étaient d'ailleurs acquis à peu de frais; car, tandis qu'un élève-maître de Nivelles imposait à l'Etat, pendant^le cours de ses études, une dépense de 2117 fr. en moyenne, l'élève de Malonne ne coûtait au trésor que 512 francs, à peine le quart.

C'est ainsi que s'ouvrait l'ère des écoles inutiles et des dilapidations scolaires. Les catholiques commirent l'erreur de ne pas oser réagir contre cet état de choses. Ils s'efforcèrent bien, vers 1S75, d'y remédier dans une certaine mesure, en réorganisant l'enseignement libre dans quelques grandes villes; mais, d'autre part, ils laissaient pénétrer peu à peu dans les sphères officielles ce principe que l'Etat se doit à lui-même de pousser la concurrence contre l'enseignement libre jusqu'à l'écrasement, jusqu'au monopole de fait : dans leur aveuglement, ils aidaient à forger les armes qui devaient un jour se retourner contre eux.

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