CHAPITRE VU
Bienfaits du radicalisme.
Pour combattre l'idée religieuse, les libéraux, on vient ^e le voir, ont heurté de front les intérêts vitaux du pays. Les libertés fondamentales inscrites dans la Constitution, liberté d'enseignement» liberté des opinions» liberté religieuse^ ont été systématiquement foulées aux pieds : la loi« l'administration, le pouvoir judiciaire lui-même se sont ligués contre ^lles et restreignent quotidiennement les droits des catholiques. Le gaspillage de la fortune nationale, les appâts, la dissimulation, la pression la plus barbare sont simultanément mis en œuvre pour étouffer renseignement libre. L'autorité locale est annihilée, l'autorité centrale se compromet, s'amoindrit sans cesse; l'arbitraire ministériel sévit 'Comme en pays conquis (i). Les carrières officielles sont fermées aux catholiques qui professent ouvertement leur foL ^lenacés, espionnés, terrorisés, la plupart des fonctionnaires participent à Thostilité et à l'intolérance dont est animé le pouvoir à qui ils doivent leur place; ce qu'on leur demande
' (I) Cett ce qu'on appelait, eo haut style officiel, « ramener ia CùmsUtmtwn Mge aux vcriiables principet de ta Rivolntion framfaise.
avant tout, c'est d'être des fonctionnaires de combat, de» c anti -curés. » Un antagonisme profond divise les citoyens;, la lutte, selon l'expression d'Emile de Laveleye, € s'est transportée au fond des consciences et s'impose aux popula* tions dès l'enfance, et jusque dans les moindres villages (i); » elle a mis aux prises toutes les forces vives du pays» absorbé le meilleur de ses énergies; elle a transformé la Belgique en un vaste champ de bataille.
Cependant, les libéraux avancés ne se déclarent pas satisfaits : ils enragent de voir les catholiques fortifier sans cesse leurs positions; ils en veulent aux doctrinaires» ces pharisiens du libéralisme, de leur apparente tolérance religieuse en matière scolaire et du masque de neutralité dont ils voilent leur intransigeance, c La maçonnerie, écrit un organe radical, a vu ses tendances et ses aspirations méconnues par ceux qui avaient mission de stipuler au . nom du progrès humanitaire et de réagir énergiquement contre les doctrines ultramontaines. Ce résultat négatif devait nécessairement refroidir le zèle des maçons convaincus et arrêter le magnifique élan qui nous a fait remporter la victoire en 1878 {2). » La Flandre libérale prêche la guerre au clergé; elle déclare, avec M. Laurent, que l'exclusion des catholiques des fonctions publiques est c une loi de notre société politique (3); 9 elle proclame la nécessité de combattre publiquement la religion:
(1) Rivtie de Bet^tqut^ décembre 1881, (t) Journal de la France-maçonnerie belge.
(3) Flandre libérale^ 10 avril l88o.
« La première nècessili en cette matière, ècrit-elle» est de fonno; au sein du corps ^'lectoral, un courant d*opinion nettement, frandiement libéral, tranchons U mot, anti^cathotique, Lt temps ok les libénax dciHiient ou croyaient devoir protester de c leur respect pour la foi de nos pères > est définith^emcnT passé. Cette arme est rouillée, usée, bon de ser\'ice; elle n'est plus bonne désormab qu*à figurer dans on magasin d'antiquités. Qu'on ne se trompe pas sur notre pensée: nous ne disons pas qu'il faille insulter la religion et ses prêtrcL Non, mais il faut se poser franchement en adversaires de leurs prin* dpes et de leurs doctrines. Tant que les libéraux ne manifestent pas ouvertement leur aversion pour leurs ennemis, ils n'ont pas une position franche. A quoi leur sert cette attitude équivoque ? A rien. Ils ne font illusion à personne. De phis, ils froissent les convictions de la fraction la plus vivace, la plus ardente du parti. Cdle-d travaille mollement ou reste dans l'inaction, et l'armée libérale perd ses soldats les plus dévoués (i). »
c Nous irons jusqu'au bout 1 > s*écrie M. Bara, le sdr des élections de i8So, et cette parole va être désormais le cri de ralliement des anticléricaux de toute nuance;, sous la pression des radicaux et des Loges, la persécution va redoubler de vigueur, toutes les libertés chères aux catholiques vont être attaquées et dénigrées avec une violence nouvelle, jusqu'au jour où le pays, excédé, secouera le joug qui l'opprime.
Mais Tauteur responsable, sinon Partisan principal de cette recrudescence de politique sectaire restera, aux yeux de l'histoire, M. Frère-Orban. Dominant tout le cabinet par l'élévation de son esprit et retendue de son talent, le chef du parti doctrinaire eût dû, ne fût-ce que pour sauver son œuvre, contenir la fraction avancée de ses amis politiques; au
(i) Flandre liWrale^ jaia l8Ba
liea de cela, il leur abandonne, dès les premiers mois de 1880^ les rênes du gouvernement et il les l^dsse précipiter le i>ays à la ruine. Il eût dû, ne fût-ce que pour épargner à son parti Topprobre final de la coalition du dégoût, se refuser aux exigences nouvelles des radicaux; et, au contraire, il leur per* xnet d*entrevoir le succès prochain de toutes leurs prétentions. Pour leur plaire, il leur accorde le retrait de la légation belge x près du Vatican; il leur concède une nouvelle loi sur l'en* seignement moyen; il leur jette en pâture des mesures destinées à resteindre encore les libenés d'enseignement et des cultes; il leur sacrifie la plupart des droits reconnus à rSglise catholique. Cependant, leur programme démocratique l'efFride. Pour Tenrayer momentanément, le chef du cabinet place sous Tégide gouvernementale cette farce, j^otesque et tragique à la fois» que fut l'enquête scolaire; il appuie la prise en considération d'une enquête sur les couvents; il dépose un projet de loi sur l'instruction obligatoire; il altère la sincérité du régime représentatif par tout un arsenal de lois électorales destinées à noyer l'influence catholique.
Règne doctrinaire, larges concessions aux avancés, voilà, en résumé, ce qu'avait été la première période de la lutte scolaire. Prépondérance radicale, complicité doctrinaire, tels furent les traits généraux de la phase que nous allons esquisser.