‹ La lutte scolaire en BelgiqueChapitre 9 sur 34 · IV. — Le recrutement des instituteurs catholiques · texte numérisé non relu

IV. — Le recrutement des instituteurs catholiques

I^ personnel supérieur de l'enseignement. — Les institutrices. ^ Les instituteurs. — Difficultés que présenta le recrutement des instituteurs. — Dévouement des prêtres et des laïcs. — Les écoles mixtes. — Développement des écoles normales libres.

Tandis que renseignement officiel était sapé dans ses fondements par la retraite d'une fraction du personnel scolaire, l'enseignement catholique s'organbait sous la triple impulsion de Tépiscopat, des notabilités laïques et des hommes d'œuvres.

Le recrutement des cadres supérieurs de renseignement ne souffrit pas de difficultés. On conserva tout le personnel qui se trouvait à la tête des établissements libres; on s'adressa aux anciens fonctionnaires de l'instruction publique qui venaient de donner leur démission, à des ecclésiastiques et à des laïcs, directeurs ou professeurs dans des collèges privés, et familiarisés par conséquent avec les questions scolaires. La direction pédagogique ne laissa bientôt rien à dédrer.

On parvint aussi, sans trop de peine, à trouver des maîtresses pour les écoles de filles. Les religieuses et les institutrices laïques démissionnaires, jointes au personnel des écoles privées et adoptées, ne s'étaient pas trouvées en nombre suffisant pour combler tous les vides; une foule d'auxiliaires accoururent pour les seconder. Les communau-

tés de femmes en fournirent un grand nombre. Des jeunes filles vinrent s'offrir, qui étaient rentrées chez leurs parents après avoir fréquenté une école primaire supérieure; elles consacraient leurs vacances à suivre un cours de pédagogie» et, à la rentrée des classes, elles pouvaient rendre de réels services. Les élèves les plus avancées des écoles normales reçurent immédiatement des places d'institutrices adjointes. De tous côtés, enfin* on vit surgir des ressources sur les* quelles on avait à peine osé compter.

Quant aux écoles libres de garçons, elles souffrirent bien davantage de la pénurie des maîtres, et toutes les lacunes, même après plusieurs mois de travail* n'étaient pas comblées. Les congrégations d*hommes qui eussent pu fournir des sujets à l'enseignement libre étaient beaucoup moins développées que les ordres relijgieux de femmes, les évêques belges ayant toujours trouvé préférable de confier plutôt à des maîtres laïques la direction de leurs écoles primaires de garçons. Cette circonstance privait renseignement libre d'un précieux élément, et cependant il fallait, pour lutter efficacement contre l'enseignement officiel, pourvoir chacune des nouvelles écoles, dans le pays entier, d'un ou de plusieurs maîtres ayant les aptitudes et les connaissances suffisantes.

On fit appel à tous les dévouements. Dans un bon nombre de localités, surtout pendant les premiers mois de la lutte, ce fut le curé ou le vicaire qui, à défaut d'instituteur en titre, prit la direction de la classe des garçons; quelques prêtres, dénués de toute ressource, continuèrent même à tenir école pendant les cinq années de la domination libérale.

— io8 -

Ce cas fut très fréquent dans certaines régions du Luxembourg, particulièrement pauvres. Après la promulgation de la loi de malheur, les vingt-sept curés du canton d'HoufiEstlize s*étaient réunis et avaient décidé d*ouvrir coûte que coûte, au i^ octobre suivant, une école libre dans chaque paroisse. Ainsi fut fait; à la date fixée, tous les curés qui n'avaient pu trouver le personnel nécessaire prirent eux-mêmes la direction de leur école. De vieux ecclésiastiques ne craignaient pas d'assumer tout seuls cette tâche écrasante. Plusieurs y laissèrent leur santé : tel fut le cas pour M. Herremans, vicaire à Castre, qui, pendant deux ans, fit la classe à 1 10 enfants.

Ailleurs, c'étaient des employés de l'Eglise, le sacristsdn, les chantres, qui devenaient maîtres d'école, le plus souvent à titre gracieux. D'anciens instituteurs, qui avaient quitté le service, vinrent se présenter; des séminaristes interrom* pirent leurs études potu* occuper les places vacantes; un jeune homme de Lierre, M. F. Holemans, qui se préparait aux missions étrangères dans une maison d'études de Bordeaux, rentra en Belgique pour se faire instituteur libre; pendant ses loisirs, il quêtait en faveur des écoles catholiques. De leur côté, les normalistes des écoles diocésaines travaillaient avec une ardeur plus grande afin de se trouver prêts à occuper une chaire avant le terme ordinaire; des jeunes gens qui tenaient des écoles du soir ou des classes dominicales payaient de leur personne en donnant tous les jours un cours primaire; les maîtres en fonction, redoublant d'activité, prenaient sous leur direction auunt d'élèves qu'ils

pouvaient Mais, malgré ces dévouements, il eût été malaisé de pourvoir» en quelques mots de temps» à tous les besoins, sans le développement que les comités scolaires donnèrent aux écoles mixtes. Ces établissementSi où les petites filles et les petits garçons en dessous de douze ans occupaient des pièces séparées et recevaient les leçons d*in$titutrices religieuses, étaient déjà assez répandus dans certaines régions rurales; on en accrut sensiblement le nombre. Les familles y trouvaient chez les Sœurs, avec une aptitude égale à celle des maîtres pour Tcnseif^nement technique élémentaire, plus d'aménité et des soins hygiéniques plus attentifs. Ce domaine et celui des écoles gardiennes restèrent définitivement conquis aux congrégations de femmes, alors même que la pénurie des instituteurs eut pris fin.

En même temps qu*ils recrutaient le personnel des écoles primaires, les comités scolaires s'occupaient d'assurer le fonctionnement des anciennes écoles normales et d'en créer de nouvelles. La principale de ces dernières fut une grande école d'instituteurs fondée à Malines, sous le patronage immédiat du cardinal-archevêque. Elle avait un ecclésiastique pour directeur et ne recevait que des externes: ceux*ci résidaient en ville chez leurs parents ou chez des correspondants agréés par la direction. Des bourses nombreuses couvraient les frais d'études, d'ailleurs peu élevés, d'une partie des normalistes. Plusieurs autres écoles s'établirent sur ce modèle: toutes avaient pour traits communs d'ê(re installées dans des petites villes paisibles et favorables à l'étude, et de reposer sur le principe de l'externat; elles y trouvaient

— IIO —

le double avantage de réaliser une forte économie sur les frais généraux dUnstallation et d'entretien, et de placer les futurs instituteurs dans un milieu peu différent de celui où ils seraient appelés à vivre plus tard.

Grâce aux sympathies dont les entourait le public et i Tesprit chrétien des classes rurales, dans lesquelles se recrutsdent la plupart des membres du corps enseignant, ces établissements ne tardèrent pas à recevoir autant d*élèves qu*il leur était pos^ble d*en former. Ainsi Ton put combler les derniers vides qui existaient dans le personnel des écoles catholiques, et, dès la fin de 1881, les cadres de Tenseignement libre étaient au complet

Une vaste publicité avait d'ailleurs été organisée en faveur des écoles normales libres : la presse, les inspecteurs, les comités scolaires catholiques travaillaient de concert à les peupler. On avait usé des mêmes moyens pour mettre en rapport les instituteurs qui cherchaient des places et les localités qui pouvaient en offrir : les comités parobsiaux ou les fondateurs d*école ne parvenaient pas toujours à se pourvoir de maîtres dans leur voisinage; ils recouraient alors, pour obtenir des renseignements, aux bons offices des comités de doyenné, des inspecteurs, à la publicité gratuite des journaux et, spécialement, du Bulletin des écoles catho^ ligues, vaillante petite feuille hebdomadaire, née quelques jours après la promulgation de la loi de malheur et qui s'était consacrée exclusivement à la défense et à la propagation de l'enseignement libre.

Page 1