HISTOIRE D*UNE VACUOLE DIGESTIVE
\ seulement une analogie; deux courants d'eau diffé-
' rents peuvent faire tourner le même moulin, sans
; que pour cela on ait le droit de dire que ces courants
d'eau sont identiques; il vaudrait donc mieux parler du pouvoir inversif des liquides considérés, plutôt I que de laisser supposer, par l'emploi du mot sucrase,
j Texistence dans ces liquides de substances identiques
I ayant des provenances différentes; l'étude des dias-
I tases microbiennes ou toxines lorsqu'elle se fait au
moyen de réactifs vivants bien plus précis que Tinversion du sucre de canne, semble prouver que ces diastases sont vraiment spécifiques, particulières à ' Tespèce qui les produit; et, par conséquent, si la
I grossièreté du moyen d'investigation employé dans
le cas du sucre de canne nous fait penser à l'exis- I tence d^une même diastase dans les liquides provenant
[ d'espèces différentes, nous devons penser, par ana-
I logie avec les toxines, que cette identité est trom-
j peuse et provient simplement de l'imperfection de
; nos procédés de recherche.
Les manifestations de la vie d'une espèce cellulaire quelconque sont extrêmement complexes; en se plaçant seulement au point de vue des transformations que cette espèce fait subir aux substances du milieu qui la baigne, et en négligeant les faits vitaux essentiels, l'assimilation proprement dite ou accroissement de la quantité de substance vivante, on peut se proposer d'analyser l'activité totale de la cellule en la décomposant en activités transportables dans des milieux morts; ce serait là l'analyse vraiment biologique d'une vie cellulaire. Malheureusement, ces activités transportables, on ne les connaît que par leurs résultats; peut-être que deux résultats très différents
63 LA LUTtB UNIVERSELLE
pour nous observateurs, Tinversion du sucre de caune et une action toxique sur une espèce vivante sont la conséquence d'une môme particularité; pout-ôtrc, au contraire, un môme résultat est-il dû pour deux parts inégales à deux agents que nous ne savons pas distinguer. Rien n'eçt plus grossier que les moyens, môme les plus perfectionnés, par lesquels on sépare aujourd'hui les diastases diverses dans les laboratoires ; mais il règne dans cette voie une telle activité que Ton peut s'attendre à des découvertes considérables avant peu de temps.
Les quelques remarques que nous venons de faire au sujet des phénomènes de la vacuole digestive, nous permettent seulement d'annoncer ce fait très important : qu'une petite partie de l'activité spécifique des êtres vivants peut être transportable dans des liquides morts; cette activité transportée conserve, dans ces liquides morts, un des caractères de la vie, celui du triomphe possible dans certaines conditions de lutte; la diastase est susceptible d'imposer son état physique à certaines substances qu'elle modifie; elle est capable d'assimiler physiquement^ sans se détruire, certaines substances bien choisies.
C'est là une des particularités les plus anciennement connues des diastases; il y a plus de quarante ans déjà, Wurtz et Bouchut, ayant imprégné de papaïne une certaine quantité de fibrine, ont vu que cette fibrine « se digère elle-même dans de Teau acidulée en abandonnant de la papaïne à cette eau »; en d'autres termes, la papaïne a, sans se détruire, assimilé physiquement de la fibrine dans de Teau acidulée.