SPÉCIFICITÉ DES HABITUDES RÉSULTANT DES LUTTES
Voici, par exemple du sucre de canne que Tasper^igillus ne peut consommer qu'à Tétat de sucre inter* verti ; or, précisément, l'aspergillus laisse diffuser
1. On trouve un remarquable exemple de ces confusions dans riiistoire des tuberculines.
2. Je renvoie à la thèse de Fembacb le lecteur qui voudrait savoir dans quelles conditions et à quel moment la sucrase apparaît dans le milieu contenant du sucre ; il y a là un phénomène d'odStmilaiion fonctionnelle identique à celui que nous rencontrerons dans Thistoire des antitoxines.
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dans un milieu contenant du sucré de canne, l^sucrase qui a pour résultat l'interversion du saccharose ; ce fait serait vraiment admirable si Ton voyait dans la «ucrase un composé chimique défini, et dans Tinterversion du ôucre un phénomène purement chimique; le même étonnement se retrouvera dans la production des antitoxines spécifiques aux toxines.
Mais le fait paraît bien plus compréhensible si Ton voit simplement, dans cette prétendue sécrétion de diastases, une lutte d'états physiques, une réalisation d'équilibre. Il ne faut pas se dire que Taspergillus, sachant la nécessité de transformer le saccharose avant de le consommer, fabrique justement la substance nécessaire à cette transformation, mais bien que le saccharose est à un état physique différent de celui qui peut être en équilibre avec l'aspergillus. Une lutte s'engage donc entre les deux états et, puisque Taspergillus continue de vivre, c'est qu'il est vainqueur et qu'il assimile physiquement le saccharose (assimilation physique qui se traduit par l'interversion) avant de l'assimiler chimiquement*
Ce que nous appelons les diastases, ce sont donc, en quelque sorte, les éléments dans lesquels nous sommes amenés à décomposer l'activité physique d'un être vivant, éléments transportables dans le milieu, et qui sont en rapport avec les nécessités de lajconservation de la vie. En présence d'un état physique donné du milieu, on voit précisément se manifester dans le milieu, s'il existe, l'élément de l'activité physique de l'être qui est capable de réaliser l'équilibre dans les conditions considérées ; le fait est général dans la nature ; lorsqu'à un déséquilibre succède un équilibre, c'est quUl s'est passé précisé-
ment ce qu'il fallait pour que Téquilibre fût réalisé. Quand on met un corps chaud dans de Teau froide, il se fait des échanges de chaleur qui conduisent à Téquilibre thermique. La seule chose qui soit particulière au cas de l'être vivant, c'est que, précisément, il reste vivant, lorsqu'il ne meurt pas; il ne peut vivre que dans certaines conditions ; si donc, en présence d'un changement de milieu, il continue à vivre, c'est que son action a modifié le milieu de manière à y réaliser les conditions nécessaires. On ne peut jamais affirmer a priori que, plongé dans un milieu inconnu, un être y vivra, mais on est sûr que, s'il continue de vivre, c'est qu'il a assimilé physiquement le milieu; il s^y est habitué ^^ c'est-à-dire que les éléments convenables de son activité sontentrés enjeu dans le cas considéré. L'être ne fait que ce qu'il peut ; dans beaucoup de cas, il meurt ; quand il continue de vivre, c'est qu'il pouvait lutter avantageusement contre le milieu ; si on constate qu'il n'est pas mort, qu'il a prospéré, on peut donc affirmer que le milieu a subi les modifications qu'il fallait pour cela ; on l'affirme après coup, et voilà tout. Le langage devient encore plus frappant si, comme nous l'avons fait tout à l'heure, on considère la vie de l'être comme n'étant pas localisée dans son corps, mais comme occupant tout le milieu où il vit. On dit alors que la vie du microbe ou de la levure, considérée dans le milieu, a continué, et que, par conséquent, les substances du milieu sont entrées dans cette vie en
1. Et, en s*habituant, il a développé par assimilation fonction* nelie Corgane producteur de diastase spécifique comme nous Tavons déjà vu à la fin de l'introduction et comme nous le verrons encore plus tard.
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épousant ses conditions d'équilibre. L'assimilation physique envahit tout le milieu ; l'assimilation chimique est localisée dans le corps vivant. Un corps qui continue de vivre est un centre inépuisable d'assimilation physique, ce que l'on exprime en disant qu'il sécrète dans le milieu, précisément la diastase nécessaire au cas considéré, la diastase spécifique.
On ne sait pas ce que c'est qu'une diastase ; on la connaît seulement par son effet qui est d'assimiler physiquement le milieu ; ce qui fait qu'on en parle ordinairement comme une substance chimique définie, c'est qu'elle est transportable avec le milieu et surtout qu'elle est susceptible de précipitation, de concentration.
Les diastases « se fixent comme une teinture sur tes particules en suspension dans les liquides diaslasifères et sont entraînées par les précipités qu'on produit au sein des liquides, surtout lorsque ces précipités sont finement divisés ». Ceux qui croient aux diastases composés chimiques définis constatent avec désespoir « l'impossibilité de préparer ces corps à l'état de pureté ». On en pourrait dire autant de l'électricité ou de la chaleur que l'on ne peut non plus isoler de leur substratum ; l'activité diastasique répandue dans un colloïde peut, être entraînée avec des précipités, comme l'électricité se localise à la surface des corps conducteurs, mais peut ensuite se répandre de nouveau dans un colloïde comme un conducteur électrisé se décharge dans une atmosphère contenant des particules électrisables. Il n'y a là [ju'une comparaison, probablement très lointaine, nais qui suffît à permettre de parler d'activité dias-
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tasique tramportable au lieu de croire aux diastases corps définis i.
La diastase préparée par un être vivant et transportée dans un milieu mort difîôre du corps vivant centre inépuisable d'activités diastasiques, comme le conducteur chargé électriquement une fois pour toutes diffère de la pile capable d'entretenir indéfiniment des courants électriques; l'activité diastasique est une partie transportable de l'activité vitale, mais elle ne renouvelle pas sa provision d'activité et a, par conséquent, un effet limité, tandis que l'activité de l'être qui continue de vivre se renouvelle indéfiniment.
C'est là qu'.est la grande différence entre Thistoirc de la lutte des êtres vivants et celle de la lutte des diastases ; nou« nous arrêtons actuellement à la lutte directe de deux êtres vivants; elle se ramène évidemment à la lutte de chacun d'eux avec des diastases émanées de l'autre, mais avec cette condition que, tant que les deux adversaires vivent, les diastases actives émanant de chacun d'eux sont sans cesse renouvelées dans le combat, comme les forces d'Antée quand il touchait la Terre.
1. On a constaté depuis peu des actions vraiment diastasiques et dont Tagent était un corps non organique; cela a été la première atteinte expérimentale solide h la théorie des diastases considérées comme corps chimiques définis. G. Bertrand a, par exemple, montré que la laccasé^ diastase oxydante du suc laiteux de Tarbre à laque, reste active après la destruction de son support organique. Ce serait le manganèse contenu dans la laccase, qui transporterait avec lui Tactivité diastasique proprement dite ; le support organique de l'oxyde minéral aurait pour seule action de rendre plus stable son activité colloïdale. V. G. Bertrand. Rev. gén. des sciences, 30 mai 1905. V. aussi J. Pbrrin. « Mécanisme de Véleclrisation de contact et solutions colloïdes ». Journal de chimie, physique. Janvier 1905.
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