CONTAGION ET DANGER DE LA TUBERCULOSE
Quoique la tuberculose se rencontre dans la plupart des régions du corps de Thomme, c'est la tuberculose pulmonaire qui est célèbre; il semble d'ailleurs que ce soit ordinairement sous cette forme que se manifeste l'affection, lorsqu'elle apparaît pour la première fois dans une lignée; les autres tuberculoses seraient plutôt l'apanage de ceux que l'hérédité a préparés à la contagion. Les crachats des tuberculeux pulmonaires contiennent des bacilles, plus ou moins nombreux suivant les cas ; ces bacilles survivent à la dessiccation, et les poussières de crachats en apportent les éléments dangereux, soit dans les poumons, soit dans l'intestin des homn.es. Aujourd'hui on peut • affirmer qu'il n'y a pour ainsi dire pas d'agglomération humaiae un peu importante qui ne soit infestée de germes de tuberculose, sauf peut-être les sanatoriums bien tenus, qui, construits dans un endroit vierge, n'ont jamais été pollués par des crachats, grâce à
l'usage bien surveillé du crachoir. Dans toute ville, dans tout village, surtout dans les maisons mal aérées, on a chance de roncontrer des bacilles dans les poussières; il faut donc s'efforcer de ne jamais se trouver en état de réceptivité pour cette maladie. La «> mauvaise alimentation, le surmenage, les excès de toutes sortes, Talcoolisme, sont considérés comme favorisant le développement de la tuberculose. Une fois qu'on est atteint, c'est à des règles empiriques d'hygiène que Ton a recours pour ne pas succomber; on a constaté que le séjour des montagnes est favorable aux tuberculeux pulmonaires: certaines stations au bord de la mer, Berck, Roscoff, etc., semblent donner de bons résultats pour les tuberculoses osseuses; ce sont là des faits que l'on constate sans essayer de les expliquer.
Pourquoi la tuberculose est-elle nuisible à l'homme ? Nous avons vu que la symbiose des protozoaires et des zoochlorelles est utile aux deux partis, hôte et parasite. Mais s'il y a symbiose entre le bacille de Koch et les macrophages dans lesquels il habite, cela n'empêche pas que le tubercule, résultat de cette symbiose, puisse être un obstacle à la coordination de l'homme qui le contient ; en outre, les substances excrémentitielles des bacilles de Koch, si elles ne semblent pas dangereuses pour les phagocytes, peuvent réti;e pour tel ou tel autre tissu. Il y a lésion locale par le tubercule, et il y a intoxication générale par ses produits. Les deux phénomènes sont d'ailleurs bout à fait indépendants; il faut distinguer la virulence du microbe au sens de son aptitude à végéter dans l'hôte, et sa virulence au sens de la toxicité de ses excréments. On voit des tuberculoses qui se déve-
LA LUTTE UNIVERSELLK
Ev
loppcnt rapidement, sans donner d'intoxication considérable et d'autres qui, au contraire, déterminent un empoisonnement violent pour une multiplication peu abondante des bacilles.
Il est nécessaire de tenir compte de ces deux facteurs distincts, lorsqu'on se propose de lutter contre les ravages de la tuberculose; il faut savoir quels phénomènes sont dus à renvahissement des organes par les tubercules, quels autres à l'empoisonnement par leurs produits déversés dans l'économie. Peut-on espérer que la gravité du fléau s'amoindrira, par Taccoulumance progressive de Tespèce humaine? On remarque souvent, à l'autopsie, de vieux signes d'invasion tuberculeuse chez des vieillards qui n'ont pas paru en souffrir sérieusement pendant leur vie. Nous constatons aujourd'hui la symbiose c< phagocyte*» bacille » ; est-il défendu de penser à la symbiose (( homme-bacille » ? Les prodiges de Thabitude sont tels qu'il ne semble pas possible de limiter a priori le champ de Taccoutumance. Une coordination modifiée, non susceptible d'être dérangée désormais par la symbiose tuberculeuse, ne peut-elle s'obtenir à la longue et se transmettre héréditairement? Ne se produira-t-il pas un jour une race de « tuberculeux bien portants », de lichens « homme-bacille » dans lesquels le bacille de Kocti sera non seulement inoffensif mais indispensable? Une difficulté pour la création de cette race privilégiée vient de ce qae l'infection tuberculeuse ne semble pas se transmettre héréditairement; seule, la prédisposition tuberculeuse so transmet ; il y a donc sans cesse interruption de l'infection et aussi de l'accoutumance; et pour le moment, il vaut mieux, si l'on peut, éviter la conta-
gion, plutôt que de compter sur la bénignité progressive d'une affection qui, à notre époque encore, cause dans Féconomie humaine des ravages épouvantables.
S 34. -; IMIIIUNITÉ NATUBELLE OU ACQUISE DANS U TUBERCULOSE
Naturellement, on a cherché à appliquer à là tuberculose les méthodes fécondes de vaccination et de sérothérapie qui ont donné, pour les maladies • aiguës, de si admirables résultats.
On a pensé d'abord à injecter aux hommes des liquides empruntés au milieu intérieur d'animaux chez lesquels la tuberculose est inconnue; on pensait que l'immunité naturelle de ces animaux résidait dans une sorfe de toxicité de leurs liquides internes pour le bacille de Koch, et que cette immunité pouvait être conférée à d'autres animaux par l'injection, en quantité suffisante, du sang ou du sérum des premiers. L'échec de ces essais a prouvé la vanité de cette interprétation simpliste ; il est d'ailleurs établi d'une manière générale, aussi bien pour les maladies aiguës que pour les maladies chroniques, que Timmunité naturelle d'une espèce n'est pas transportable dans son sérum ; il y a dans cette immunité un facteur vital que le sérum, liquide mort, ne peut communiquer.
Tout autre est le cas de l'immunité acquise par voie d'injections virulentes ou toxiques. On sait que, dans beaucoup de cas au moins, l'immunité, conférée artificiellement à un animal que l'on habitue progressivement à une infection, peut être transportée à un autre animal par l'injection d'un sérum emprunté au premier; cette « sérothérapie » a rendu d'immenses
services dans la diphtérie. On conçoit aisément la généralisation de cette méthode à toutes les affections aiguës ; ordinairement, en effet, un animal, qui est sorti victorieux d'une telle maladie, reste quelque temps réfractaire après sa guérison; et cette immunité acquise est, dans certains cas, transportable dans le sérum.
Mais quand il s'agit de maladies chroniques du type de la tuberculose, comment concevoir une immunité acquise? Le bacille de Koch n'est pas, dans rhomme, un ennemi qui lutte contre la substance de rhomme ; c'est un allié qui se développe avec Taide du protoplasma des phagocytes: dans la tuberculose, au lieu de s'habituer à détruire le bacille de Koch, la substance humaine s'habitue à vivre en bonne intelligence avec lui ; c'est encore une habitude acquise, mais elle est d'un ordre tout opposé à l'immunité. Cependant, un phénomène très curieux, connu sous le nom de phénomène de Koch, montre chez certains animaux tuberculeux, non pas une immunité acquise à proprement parler, mais l'immunité contre une nouvelle infection*.
1. Mbtchnikoff. L'Immunilé, p. 457 : « Des cobayes tuberculeux auxquels on introduit sous la peau des bacilles de la tuberculose, réagissent vis-à vis de ceux-ci d'une façon très particulière. La présence de ces microbes provoque aussitôt une forte inflammation au point d'innoculation, qui détermine l'expulsion de ces bacilles avec Texsudat. Il se produit une escarre volumineuse qui entraîne avec elle, en tombant, une quantité de bacilles. Ce processus n*est suivi, ni de la formation d'un ulcère permanent, ni de l'hypertrophie des ganglions voisins. Comme dans la syphilis, l'organisme a acquis Timmunité contre la réinfection par le virus tuberculeux, ce qui n'empêche nullement la première inoculation de se généraliser et de provoquer la tuberculose mortelle de tous les organes, n
Il faut voir dans ce phénomène, non pas quelque chose d'analogue à Thistoire d*un vainqueur qui sort aguerri d'une lutte comme dans les maladies aiguës, mais plutôt une alliance exclusive qui n'admet pas de nouvel allié, une « duplice » qui ne veut pas* devenir « triplice ». Les bacilles nouveaux que l'on inocule à ranimai infecté sont des bacilles quelconques, tandis que les bacilles préexistant dans cet organisme^ sont, non seulement adaptés à lui depuis longtemps, mais encore étroitement associés à des éléments cellulaires de l'hôte ; il y a entente parfaite, et l'on n'accepte pas de nouveaux convives ; la table est pleine ! Quoi qu'il en soit, on ne saurait, dans cette immunité contre une nouvelle infection, chercher un traitement préventif de la tuberculose, puisque l'animal doué d'une telle immunité meurt cependant de la tuberculose. Le phénomène de Koch présente surtout un intérêt théorique, en nous montrant une fois de plus que les questions de virulence et de récepticité sont personnelles: Pierre Cobaye est infecté par Jean Bacille, mais ne saurait l'être par un de ses cousins germains, Paul ou Jacques Bacille, ayant vécu jusque-là chez l'homme.
Ge n'est donc pas, semble-t-il, du côté de Timmunité acquise qu'il faut chercher la médication antituberculeuse. Mais, dans l'histoire des maladies aiguës, nous trouvons des exemples d'autres phénomènes, qu'il serait possible d'exploiter. Pour préparer du sérum antidiphtérique ou antitétanique, on peut s'adresser à des animaux qui ne sont aucunement sensibles aux toxines de la diphtérie ou du tétanos. Que l'on injecte