‹ La lutte universelleChapitre 51 sur 85 · LA VIE, LUTTE DE DEUX FACTEURS · texte numérisé non relu

LA VIE, LUTTE DE DEUX FACTEURS

Le résumé de tous les faits que nous avons étuJi(is jusqu'à présent est que la vie d'un être se manifeste à nous comme une lutte constante de deux facteurs. Uun de ces facteurs est celui que Ton appelle le corps de l'être vivant, et auquel bien des philosophes croient pouvoir limiter l'activité vitale de cet être. L'autre est le milieu ambiant avec ses substances alimentaires ou nuisibles. En réalité, ces deux facteurs sont inséparables et il est impossible de conce* Toir la vie autrement que comme le résultat de leur lutte continuelle. l

On donne le nom d'hérédité au sens large, à l'ensemble des qualités que transporte avec lui le corps vivant à travers les variations de l'ambiance; on donne le nom d'éducation, pour l'individu, à la succession des ambiances qu'il a traversées depuis sa naissance. Aucun événement n'a été indifférent dans cette série de luttes qui ont été les phénomènes de

la vie individuelle, et Ton peut affirmer que, l'être actuel, porte, plus ou moins profondément imprimée dans sa substance, la trace de toutes les luttes passées. Même en dehors du domaine de la vie, nous retrouvons cette vérité générale :

Un phénomène actuel^ ce sont plusieurs passés qui luttent.

Car un phénomène est une lutte de facteurs, et chaque facteur est, en vertu du déterminisme général, le produit du passé.

J'ai consacré un volumineux ouvrage* à Tétude des phénomènes d'ensemble de la vie, et surtout à celle de la trace que laisse le passé dans le présent et le futur des êtres vivants: je né reviens pas ici sur cette passionnante question de l'hérédité des caractères acquis : c'est là, je l'ai déjà fait remarquer plus haut, la rançon du triomphe. L'être vivant continue de vivre dans, des conditions nouvelles en s'adaptant à ces conditions ; il reste vivant, mais il devient sans cesse différent de ce qu'il était précédemment, ce que Ton pourrait exprimer d'une manière paradoxale et frappante (si l'on considérait, comme on le fait machinalement dans le langage ordinaire, que la vie individuelle est la prolongation d'une même personnalité avec tous ses caractères) en disant : « Nous passons notre vie à mourir! » Ceci serait même tout à fait vrai, si l'on se plaçait au point de vue subjectif, et si Ton pensait aux mentalités successives d'un même individu. « Si nous avions la forme de nos pensées, qui nous reconnaîtrait*? »

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