‹ La lutte universelleChapitre 52 sur 85 · Traité de Biologie, Paris, Alcan · texte numérisé non relu

Traité de Biologie, Paris, Alcan

2. V. les considérations sur la mort dans Le Conflit^ ch. iv. Lib. Colin.

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Le point sur lequel je veux insister encore une fois, c'est que le corps vivant ne peut être considéré comme ayant en lui-même sa vie ; sa vie résulte d'une lutte constante entre son corps et le milieu ; le corps essaie d'assimiler le milieu, le milieu tend à détruire le corps; le corps triomphe, mais avec de petites concessions ; il y a une lutte constante de Thérédité conservatrice et de Téducation révolutionnaire. Seulement, Téducation ne peut sortir de certaines limites ; elle est guidée par Thérédité, sous peine de mort pour Pindividu, et c'est cela qui rend impossible les variations trop brusques.

Et, comme tous les caractères de l'individu sont le résultat de sa vie, il devient absurde de penser que ces caractères sont, dans leur intégrité, représentés dans l'œuf d'où sortira Tindividu. L'œuf n'est qu'un des facteurs de la construction de l'organisme, mais, à cause de la clause « sous peine de mort » dont je viens de parler, ce facteur limite les aberrations possibles dans révolution d'un être qui ne meurt pas.

Voici une comparaison un peu grossière qui fera comprendre cette relation de la forme individuelle et de rhérédité de Tœuf. Une balance de Roberval est en équilibre ; on ne peut savoir quelle est la position qu'elle prendra, si l'on ajoute un petit poids dans I l'un des plateaux sans savoir ce qu'on met en même temps dans l'autre plateau ; on ne peut connaître un équilibre, si l'on ne connaît qu'un des facteurs de l'équilibre. On sait seulement que, t^nt que la balance sera balapce, tant qu'elle sera sensible à de petites additions de poids dans l'un ou l'autre plateau, sa losition sera entre des limites qu'il est facile d'étaliir par le contact de l'un ou l'autre des plateaux

avec le bAti de fonte. Entre ces limites, la balance sera susceptible d'être employée comme balance; elle sera comparable au corps en vie. En dehors de ces limites, elle ne sera plus sensible, ce ne sera plus une balance proprement dite capable d'osciller sous rinfluence de l'addition d*un centigramme.

Ce qu'on peut appeler, dans un langage très imagé, l'hérédité de la balance^ sa construction, permettra de prévoir qu'elle conservera ses qualités de balance entre les deux positions extrêmes déterminées par le contact de chaque plateau avec le bâti; de même l'hérédité de l'homme permettra d'affirmer que, tant qu'il ne sera pas mort, il se placera entre certaines limites qui sont déterminées par son hérédité. Mais ce sera tout ; on ne pourra pas affirmer, ne connaissant pas l'éducation de l'individu, qu'il a tel ou tel caractère rigoureusement défini ; pour la balance sensible, non plus, on ne saura pas sa position rigoureuse d'équilibre, si l'on ne connaît que le poids placé sur Tun des plateaux; on saur^, puisque la balance est demeurée sensible, qu'elle reste entre les deux limites où sa sensibilité est détruite; on ne saura pas quelle est sa position rigoureuse. On ne peut connaître le résultat d'une lutte si l'on ne connaît que Pun des agents de la lutte.

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