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CHAPITRE X

La lutte des éléments sexuels dans la fécondation.

I s 47. ~ LA LUTTE POUR LE PATRIMOINE HÉRÉDITAIRE

C*est aujourd'hui le phénomène le plus mystérieux de la hiologie. Le but de la science étant de prévoir les faits, on peut dire hardiment que la science n'a I pas encore pénétré le mystère de Vamphimixie ou

j. mélange des propriétés paternelles et maternelles

dans la fabrication de Tœuf par fécondation. Tout ce qu'on est en droit d'affirmer, dans les unions entre individus de même espèce et de même race, c'est que le produit de la fécondation sera de l'espèce et de la race des parents. Quant aux caractères individuels du produit, ils seront différents dans deux fécondations différentes; on constate, en effet, que les frères provenant d'un même couple sont différents, à moins qu'ils ne soient véritablement jumeaux, c'est-à-dire qu'ils dérivent d'une seule fécondation, qu'ils proviennent d'un œuf unique coupé en deux après la première bipartition normale.

La lutte entre les produits sexuels qui se fusionnent dans Tacte de la fécondation peut être considérée à deux points de vue :

l"" La formation du patrimoine héréditaire de Tœuf;

2"" La détermination du sexe somatique du produit.

Pour la question du patrimoine héréditaire, on constate le plus souvent, je le répète, les résultais les plus variés dans les luttes successives; le premier enfant pourra ressembler particulièrement à Tun des parents, le second à Tautre, le troisième sera peutêtre très différent de Tun et de l'autre et aura une personnalité très marquée.

Il y a cependanft des règles que Ton peut tirer de Tobservation des unions croisées; d'une manière générale, il existe, en effet, dans une espèce donnée, un certain nombre de types stables autour desquels se groupent normalement toutes les formes individuelles de Tespèce. Ce sont les races résultant d'une adaptation prolongée à des conditions de vie bien déterminées. Si Ton croise entre eux deux individus de races différentes, on obtient à la première génération des produits intermédiaires appelés mélis; mais si Ton continue à croiser les métis entre eux, on voit fatalement réapparaître au bout d'un certain temps, dans les descendants de ces unions croisées successives, les types des races ancestrales. L'union des sexes dans la fécondation apparaît de plus en plus nettement comme un facteur de conservation des types moyens, des types stables qui sont possibles dans une espèce.

Ceci est vrai du moins, tant que les unions croisées sont abandonnées au hasard ; il n'en est plus de

même quand des éleveurs s'ingénient à accoupler entre eux des individus que le hasard a pourvus d'une même monstruosité. Une sélection artificielle des couples permet d'accumuler ainsi sur des individus choisis, des caractères aberrants que Tamphimixie livrée au hasard eût certainement fait disparaître ; on dit alors qu'on a créé, non une race, mais une variété véritable; tels les bœufs Durham, les pigeons grosse gorge ou courte face.

Il est facile de constater Tinstabilité de ces produits fantaisistes en faisant accoupler ensemble deux individus d'une même espèce appartenant à des variétés différentes; les deux variétés sont vaincues dans le combat sexuel; les caractères aberrants disparaissent, et l'on revient au type ancestral commun qui était une forme stable. Par exemple, en croisant le pigeon grosse gorge avec le culbutant courte face, on revient au biset, ancêtre stable dont les éleveurs ont fait dériver les deux types monstrueux précités.

Les deux cas d'atavisme que je viens de signaler, retour à l'ancêtre commun dans le cas d'uD croisement de deux variétés aberrantes, retour à l'un des ancêtres dans le cas du croisement de deux races bien fixées, sont donc la vérification d'une même formule générale qui reconnaît l'existence, dans chaque espèce, d'un certain nombre de types moyens, de types stables chez lesquels les divers caractères de l'espèce considérée sont répartis dans un heureux équilibre. Le rapport établi entre les phénomènes ;himiques de la vie et les manifestations physiques morphogènes des protoplasmas vivants fait comorendre la nécessité de ce nombre restreint de types noyens.

Une autre remarque intércssanle, dans la lulte pour les patrimoines héréditaires, o'est que, si Ton croise entre elles deux races très différentes d'une même espèce, le résultat du croisement donne des produits d'une uniformité remarquable ; tous les frères métis se ressemblent à la première généra-^ tion. Cela se comprend assez bien; les différences de race étant considérables, les différences individuelles qui séparent les divers spermatozoïdes entre eux et les divers ovules entre eux disparaissent devant les différences de race, et toutes les luttas engagées entre un spermatozoïde et un ovule de ces deux races donnent le même résultat; si tel caractère du spermatozoïde n® 1 a triomphé du caractère correspondant de Tovule correspondant, là mèmie victoire sera remportée par le même caractère du spermato* zoïde n® 1 ; il y aura donc uniformité des produits de la première génération.

Au contraire, à la seconde génération, il y aura naturellement un polymorphisme considérable des produits puisque les différences individuelles des spermatozoïdes seront équivalentes ou supérieures aux différences très faibles qui existent entre les parents eux-mêmes.

De même, si Ton croise deux races très voisines, le polymorphisme sera la règle à là première génération ; cela se comprend aisément pour les raisons que je viens de signaler. J'ai résumé tous ces résultats dans une formule unique, au moyen d'une hypothèse simple que j'ai exposée longuement ailleurs*.

1. V. Trailé de Biologie, op. cit., ch. viii. Voyez aussi, pour la distribution des caractères mendéliens dans les produits des croisements : Les Influences ancestrales, op. cit.^ cli. iv et xvii.

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