S 48. — LA LUTTE POUR LE SEXE SOMATIQUE
La deuxième question qui se pose dans la féconda tion est celle de la détermination du sexe somatiquc. Une première remarque à faire est que cette question est tout à fait indépendante de la précédente. La ressemblance d'un enfant avec Tun do ses parents n'entratne pas du tout pour lui la nécessité d'avoir le même sexe que ce parent, il y a des filles qui ressemblent à leur père, des fils qui ressemblent à leur mère; mais quoi qu'on en pense souvent dans le vulgaire, la ressemblance n'est pas forcément croisée au point de vue du sexe ; il y a aussi des fils qui ressemblent à leur père. Toutes les règles que l'on a voulu établir à ce sujet sont inadmissibles.
Le peu que nous savons de la nature du sexe soma> tique nous parait d'ailleurs militer en faveur d'une particularité d'ordre physique, résultant des conditions même de la fécondation, et indépendante du choix des patrimoines héréditaires chimiques. Nous ne savons d'ailleurs pas encore à quel moment le sexe somatique est déterminé définitivement; il est vraisemblable que ce moment n'est pas le même pour les diverses espèces animales et végétales ainsi que nous l'avons vu plus haut. Dans certains cas, il semble bien que le sexe somatique soit définitivement déterminé dans Tœuf ; dans d'autres cas, il est certain que des conditions d'éducation peuvent le faire changer.
Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que le sexe somatique est une chose différente- du sexe génital; il. doit consister en un arrangement physique des protoplasmas somatiques, mais nous ne savons pas quel est cet arrangement.
Voici un cas bien curieux de quelque chose que l'on peut considérer avec vraisemblance comme de même nature que le sexe somatique, et dont on a pu constater la non transmission dans la fécondation. Je veux parler de Vhéteroslylie des Primevères.
Quand on cueille un bouquet de primevères de même espèce, primula grandiflora, par exemple, les fleurs paraissent, au premier examen, toutes identiques. Si Ton y regarde de plus près, on trouve des dilTérences qui permettent de les classer en deux types trè$ différenU, et entre lesquels il n'y a pas d'intermédiaire. Le premier a le style très court et les étamines placées à la gorge de la corolle: le second a le style très long et les étamines placées profondément dans le tube de la fleur, à la hauteur même où se termine le style du premier type; cette disposition facilite, on le comprend sans peine, la fécondation croisée par les insectes.
Le type macrostyle diffère d'ailleurs du type microstyle par d'autres caractères morphologiques, que Ton peut comparer aux caractères sexuels secondaires des espèces à sexes séparés. Toutes sortes de considérations tendent d'ailleurs à faire considérer les différences du type macrostyle et du type microstyle comme étant du même ordre que celles qui séparent le type mâle du type femelle chez d'autres espèces. Or, voici ce que Ton constate :
La fécondation croisée des macrostyles et des microstyles donne à peu près le même nombre d'individus macrostyles et d'individus microstyles; mais ou peut, artificiellement, féconder un stigmate de microstyle avec du pollen du même type. Or, dans ce cas, on trouve bien que les graines résultant de la
fécondation donnent une majorité d'individus microstyles, mais qu'il y a cependant des individus du type différent dans le semis. Cela prouve donc qu'un caractère physique, même commun aux deux gamètes conjoints, peut ne pas être transmis au produit de la fécondation; la fécondation est une opération qui remue trpp profondément les états d'équilibre des gamètes; c'est une lutte dont, au point de vue de l'état physique résultant, nul ne peut prévoir l'issue.
Et cela prouve en même temps que le caractère hétérostylique est bien un caractère physique, car l'une des lois les plus vraisemblables de l'amphimixie est que tout caractère chimique, commun aux patrimoines héréditaires des deux conjoints, se transmet au produit de leur union.
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