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LE TRANSFORMISME

rement, il en résulte une complication croissante chaque fois que les formations nouvelles remportent sur les disparitions. Si, dans Thistoire d'une espèce donnée, il ne s'était jamais produit de disparition d'organes, la structure actuelle de cette espèce contiendrait des témoins de toutes les variations subies depuis l'origine, résumerait, en un mot, toute son histoire évolutive. Il est peu probable qu'une telle espèce existe, mais il y a des espèces extrêmement compliquées et c'est l'existence de ces espèces que la théorie transformiste est destinée à expliquer.

Siy. comme on tend à l'admettre aujourd'hui, toutes les espèces sont également anciennes, l'histoire évolutive est aussi longue pour les unes que pour les autres; il est donc possible qu'elle soit également compliquée pour toutes, mais il est possible aussi qu'elle soit plus simple pour quelques-unes d'entre elles qui se seront trouvées dans des conditions moins variables pendant de longues périodes géologiques. II me semble que l'on a un peu abusé de cette dernière hypothèse; partout où il y a vie, il y a variation incessante sous l'influence des réactions mêmes de la vie, puisque ces réactions détruisent certaines substances du milieu et les remplacent par d'autres; je ne crois donc pas qu'il soit bien légitime de considérer l'histoire évolutive de l'homme comme infiniment plus compliquée que celle de l'oursin, du ver de terre, du champignon de couche ou de la bactéridie charbonneuse, autrement dit, que le nombre des variations par lesquelles ont passé les ancêtres de l'homme depuis Torigine soit forcément bien plus considérable qujB le nombre des variations subies par les ascen* dants de la bactéridie charbonneuse dans le même

temps; autretaient dit encore, je ne vois pas de raison pour que l'homme soit plus différent de son ancêtre initial que ne l'est la bactéridie charbonneuse.

Bien entendu, je ne veux pas dire par là que l'homme ne soit pas extrêmement différent A^ l'être initial ; je veux seulement dire que rien ne nous autorise à considérer la bactéridie charbonneuse comme plu$ voisine de cet être primitif; mais, même sous cette formé, mon affirmation a l'air d'un monstrueux paradoxe. C'est que, lorsqu'on parle de l'homme, en général, on pense à Thomme adulte formé d'une agglomération de plusieurs milliards de cellules et non à l'une de ces cellules en particulier; on ne peut comparer que des choses comparables ; tous les êtres vivants étant formés de cellules, ce sont les cellules qu'il faut comparer entre elles. Non seulement l'homme est composé de cellules, mais il provient d'une cellule initiale appelée œuf qui a la propriété, par ses bipartitions successives, de donner toutes les cellules de. l'homme, de même qu'une bactéridie charbonneuse donne par ses bipartitions successives dans le corps d'un mouton, les millions de bactéridies qui le font mourir du charbon. Ces deux cellules, œuf d'homme d'une part, bactéridie charbonneuse d'autre part, résultent d'évolutions également longues, proviennent d'ancêtres cellulaires aussi lointains, par des séries de bipartitions aussi longues et, peut-être, de variations aussi nombreuses. Il n'y a donc aucune raison pour que, de l'œuf d'homme à son ancêtre initial, il y ait une différence de structure plus grande que celle qui sépare la bactéridie charbonneuse de son premier ascendant et ces deux ancêtres initiaux sont peut-être le même! Seulement, la propriété, pour

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