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VITAUSIUE ET MORTS PROVISOIRES

Pour beaucoup de gens la question ne se pose pas ; la vie est quelque chose d'inaccessible à l'expérimentateur, un principe insaisissable qui anime le corps vivant; le corps vivant n'est, par lui-même, qu'un substratum inerte, et la synthèse chimique do ce substratum n'entraînerait pas la création de la vie. C'est la théorie vitaliste. Pour ses partisans, la création de la vie dans les laboratoires est aussi impossible que la résurrection d'un cadavre : « Vous arriverez peut-être, disent-ils, à créer du proto-

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plasma par synthèse mais ce protoplasma ne sera pas vÎTant; il lui manquera rétincelle, qui différencie le vivant de son cadavre; cette étincelle, vous ne pouvez pas vous la procurer».

Ce raisonnement s'appuie sur un postulq,! implicite qu'il n'y a pas de différence matérielle entre Têtre vivant et son cadavre. Si cela était, la création de la vie ne serait pas, en effet, du domaine expérimental; tout ce que pourrait tenter le chimiste, serait la synthèse d'un cadavre qu'ensuite un principe supramatériel animerait ou n'animerait pas du souffle vital; la vie neigerait pas plus accessible à l'expérimentateur que ne le serait la mort ; un être vivrait ou mourrait suivant que lui serait accordée ou retirée l'étincelle mystérieuse. Mais nous savons faire de la mort, si nous ne savons pas faire de la vie, et c'est ce qui met en mauvaise posture l'hypothèse vitaliste. De même, avant Prométhée, les hommes savaient éteindre le feu, s'ils ne savaient pas en faire, et cela aurait suffi à prouver que le feu n'est pas un élément inaccessible. Nous ^ savons, par des procédés chimiques ou physiques, tuer n'importe quel être vivant; nous obtenons un cadavre, qui par notre intervention matérielle, a été privé de la- vie; mais ce cadavre diffère du vivant qui Ta fourni, et il en diffère par la modifîcation physique ou chimique que nous avons déterminée en lui; toutes les fois que nous faisons nous-mêmes la mort, nous avons le droit d'affirmer que le cadavre diffère du vivant au point de vue de la description purement matérielle et, par conséquent, nous ne pouvons pas conclure au vitalisme.

Il reste à savoir si, dans la nature, en dehors de

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rintenontioa d'uQ ixpôrimentateur, il y » 4qs cas de mort dans lesquels ne se manifeste auciipe traos.formation du corps qui passe de vie h trépas. Ce serait seulement après lavoir démontré l'eiEistence d'un tel cas, que les vitalistes auraient une base solide pour leur théorie. Je ne sache pas qu'une observation de ce genre ait été jamais étayée sur des mesures sérieuses ; au contraire, le vitaliste le plus convaincu, apprenant la mort d'un ami, ne man^ quera jamais de demander; « De quoi est^il mort? », montrant, par cette seule question, qu'il doit y avoir une diiïérence entre le cadavre et le vivant. Cette diiïérence est la lésion qui caus^ la mort.

A ce raisonnement, les vitalistes répondent qu^ la vie ne peut animer qu'un corps sain, de môme que le mécanisme ne peut faire fonctionner qu'une locomotive en bon état; si, p^r une intervention phy** sique ou chimique, nous détruisons la bonne ordonnance du corps, la vie ne peut plus l'activer ; mais il est aussi impossible & un corps sain de vivre sans principe vital qu'à une locomotive de se passer de mécanicien.

Ainsi posée, la question sort du domaine ej^pérj* mental; on ne pourra jamais démontrer, par les procédés des sciences physiques, la présence ou Tabsence, dans un corps viable, de quelque chose qui a pour caractéristique de n'être pas justiciable des méthodes des laboratoires ; & ce point de vue, la fabrication d'un corps vivant au moyen d'éléments bruts ne prouvera rien de plus que ce que nous savons déjà, car on pourra dire que le chimiste ayant créé un corps viable, ce corps a été immédiatement animé par un principe vital actuellement disponible.

De même les partisans du principe igné, pouvaient dire que ce principe se manifeste à nous toutes les fois que du charbon se combine à de Toxygône et, par conséquent, le fait de savoir faire du feu avec des substances éteintes ne prouve aucunement qu'il n'y a pas de principe igné. Ce n'est plus qu'une question de mot. L'important est donc seulement de constater expérimentalement qu'il y a toujours une différence entre l'être vivant et son cadavre et qu'il n'y a pas dans la nature un seul être viable qui, dans des conditions convenables, ne soit pas vivant.

Rien n'est plus curieux, à cet égard, que l'hisloire des êtres vivants dont la vie peut être suspendue par une dessication assez complète; rien ne montre plus nettement non plus combien nous sommes dupes de notre langage et combien il est facile de raconter les mêmes faits en se servant des théories les plus contradictoires.

Un rotifère desséché ressemble à un cadavre ; il ne manifeste plus aucun des caraclères auxquels nous reconnaissons la vie ; cependant, si la dessication a été faite dans certaines conditions, il suffit de mouiller ce prétendu cadavre pour lui redonner toute l'apparence d'un rotifère bien vivant.

Si l'on n'a aucune idée préconçue sur la vie, on racontera ce fait en disant que l'eau est un élément nécessaire des réactions vaiales, et que la suppression de l'eau suspend ces réactions ; on a pu même suspendre provisoirement la vie de certains êtres en les privant d'oxygène, mais seulement pendant un temps très court; toutes les fois que, pour une raison ou pour une autre, la vie est suspendue, il y a à craindre une destruction du mécanisme, et c'est pour cela que.

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