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le plus souvent, la suspension momenlanée de la vie entraine sa suppression dénnilive. Les viialistes ont imaginé, pour raconter ces faits, l'expression « vie latente » qui laisse supposer la conservation du principe vital avec impossibilité pour lui de se manifester tant que l'élément matériel manquant n'est pas. restitué. De même une locomotive, môme pourvue de son mécanicien, ne fonctionnera pas si elle manque d'eau dans sa chaudière; on dirait qu'efle a un mécanicien latent, si le mécanicien ne se manifestait à nous que par le fonctionnement de la locomotive.
Tout cela est une question de mot. Le. rolifère desséché est-il vivant? Oui, disent les vitalistes, mais il a son principe vital à l'état latent. Pour les biologistes qui ne croient pas au principe vital, il y a là «ne difficulté qui exige une définition précise, car d Ion dit que le rotifère desséché est vivant et que le rotifère actif dans l'eau est également vivant on attribue la même dénomination à deux objets notoirement différents. D'autre part, entre un rotifère desséché capable de revivre, par immersion dans l'eau et un rotifère semblable porté à cent degrés et incapable de revivre par hydratation, il y a aussi des différences; il y a diverses manières d'être mort comme il y a diverses mani.ères d'être vivant. L'eau rend les apparences de la vie à un corps qui les avait perdues dans certaines conditions; le radium, ou telle influence physique, pourrait peut-être rendre les apparences de la vie à un corps qui les aurait perdues dans d'autres conditions. Aurait-on réalisé pour cela de la génération spontanée? C'est une question de définition. Dans la gélatine stérile où Burke a vu apparaître ses radiobes, y avail-il des
cadavres de microbes, n'ayant besoin pour revivre que de l'influence des rayons du radium, comme les rotifères desséchés ont besoin d'eau? Si cela était, pourrait-on dire qu'on a fait de la vie avec de la mort? Tant que le langage ne sera pas plus précis, les discussions s'éterniseront. Essayons donc de le préciser.
S &2. — DIFFICULTÉS THÉORIQUES PROVENANT DES CAS OU LA VIE MANIFESTÉE EST SUSPENDUE
L'idée de la vie et de la mort est si familière à l'homme que nous nous étonnons de rencontrer pour définir ces mots une difficulté quelconque. C*est que, lorsque nous parlons de la vie, nous pensons instinctivement à la vie de l'homme ou d'un animal supérieur; or, en général,. quelle que soit la ressemblance entre l'homme et son cadavre, il y a des symptômes très nets d'après lesquels nous savons dire sans hésiter que tel corps est vivant, tel autre pas ; encore se présente-t-il des difficultés pour, les cas de syncope, et beaucoup de gens n'accepteront pas de dire que la syncope est une mort provisoire parce qu'ils ont Tidée préconçue que la mort ne peut être que définitive. La difficulté est bien plus grande quand il s'agit des représentants inférieurs de la vie, algues, champignons, lichens.
Cette tache grise arrondie, à bords festonnés, qui couvre comme une lèpre ce morceau de granit, estelle vivante ou morte? Si je l'observe patiemment plusieurs heures, elle me paraît aussi inerte que le rocher qu'elle habite. C'est seulement en prenant des points de repère et en revenant voir les choses pen-
dant de longs jours qae je pourrai affirmer la vie de ce lichen incrustant. Je reconnaîtrai qu'il vit à ce qu'il a grandi ; il aura rongé le rocher et se sera accru à ses dépens et aux dépens de Tatmosphère : il aura fabriqué de la substance de lichen, de la substance semblable à la sienne propre, ce qu& Ton résume en disant qu'il a assimilé. Et c'est là le seul caractère vraiment général par lequel on puisse définir la vie pour tous les animaux et tous les végétaux ; on ne peut définir la vie que par Vassimilation,
Or, ce caractère auquel on reconnaît la vie est à peu près masqué chez l'être que nous considérons comme le modèle des ôtres vivants, l'homme adulte. Dans tous les animaux supérieurs, des phénomènes de destruction arrivent à eontre-balancer, à un certain &ge, les phénomènes de construction organique, et l'on dit justement qu'il y a état adulte, quand ce balancement est à peu près rigoureux; mais cette difficulté disparaît si l'on observe les animaux plus jeunes; l'enfant devient homme,^ le chevreau bouc, l'agneau brebis. Laissant donc de côté le cas des animaux adultes, nous disons qu'un corps est vivant quand il assimile, quand il construit aux dépens d'éléments difl*érenls empruntés au milieu de la substance semblable à la sienne.
Mais immédiatement se pose une question dans laquelle gît tout l'intérêt du problème de la générailion spontanée. La spore de moisissure est^elle vivante? Je la dépose à sec sur une lame de verre, et je l'observe au microscope ; si le temps reste sans humidité, je puis l'observer des mois entiers sans qu'elle subisse de transformation. Duclaux a trouvé vers 1800, non modifiées dans les tampons de coton
employés par Pasteur trente ans auparavant au cours de ses expériences de flllration d'air, des spores de moisissure qui étaient restées tout ce temps dans un endroit seo« D'après notre déOnition précise de tout à rheure, nous devons donc dire que ces spores ne sont pas vivantes. Et Cependant, si nous les semons dans du bouillon, nous les voyons germer et donner naissance au phénomène d'assimilation. Nous disons donc que ces spores ne sont pas vivantes au sens de la définition précédente, mais qu'elles sont susceptibles de vivre, si on les place dans un milieu convenable, ^- ce qui les distingue des spores semblables qui, portées à 110 degrés à Fautoclave et leur sem-» blant identiques quand on les regarde au microscope, ne sont pas Susceptibles de vivre dans le bouillon» Cette convention ne semble pas dangereuse; nous avons seulement distingué les corps en train de vivre!^ des corps susceptibles de vivre quand on leur fournit les conditions convenables ; et cependant il y a là une fissure par laquelle va se perdre toute la précision de notre langage.
Voici un corps en train de vivre, c'est-à-dire d'assimiler; la suppression d'un élément essentiel du phénomène d'assimilation arrête le phénomène vital. Or cette suppression peut porter soit sur le corps vivant lui-même, soit sur le milieu dans lequel il vit. Dans le second cas, si le corps qui vivait tout à l'heure n'a pas subi de modification trop profonde du fait de la suppression de la vie, il suffira de lui fournir de
1. Jo rctfoavo ici, souft une autre forme, raffirmation dont je me suis servi plus haut, que la vie ne réside pas dans le corps vivant, mais résulte d'une lutte entre le corps vivant et le milieu; la vie est le résultat de la lutte de deux facteurs. *
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nouveau un milieu convenable^, pour qu'il recommence à vivre comme par le passé ; c'est le cas des spores de moisissure et des rotifères desséchés.
Il n'en est plus de même si la suppression a porté sur un des éléments constitutifs de l'élément vivant luimême ; alors, même dans le milieu le plus favorable, rindividu incomplet ne piourra pas continuer à vivre; il faudra lui restituer ce qui lui manque, et cela ne sera pas très facile; autre chose est d'ajouter à un milieu liquide de grandes dimensions des éléments qui y sont solubles, comme de l'oxygène où des sels ou du sucre, autre chose de Restituer k une cellule microscopique quelque chose .que nous ne connaissons même pas le plus souvent ; on pourrait convenir de dire que le corps considéré est vivant, quoique ne manifestant pas son caractère vital, lorsque c'est le milieu qui manque des éléments nécessaires à la manifestation de la vie, et que le corps est mort quand c'est à lui-même qu'a été enlevé un rouage indispensable. Mais cette convention, prise au pied de la lettre, conduit à cette conclusion imprévue que les animaux supérieurs ne se reproduisent qu'au moyen d'éléments morts.
Les éléments sexuels mùrs^ spermatozoïdes et ovules, sont morts; ils sont incapables d'assimilation dans les milieux les plus favorables de révolution de l'espèce à laquelle ils appartiennent; ils sont incomplets. Mais les éléments dits mâles ont précisément
1. Il arrive quelquefois que la vie devient imposFÎble, non pas parce que le milieu manque de certaine éléments utiles, mais au contraire parce qu'il contient une accumulation d'éléments nuisibles; la levure de bière qui a fait fermenter du moût cesse de vivre quand c&moùt contient trop d*alcool; il suffira alors do porter la levure dans un moût neuf pour qu'elle recommence à assimiler.
en evf ce qui manque aux éléments dits femelles, de sorte que la fusion d*un élément mâle et d'un élément femelle donne naissance à un élément vivant, Tœuf fécondé, qui est le point de départ d'un individu nouveau. Et ainsi, avec notre définition précédente, nous devons dire que deux animaux accouplés fabriquent réellement de la vie avec de la mort, en mettant en présence des éléments incomplets qui sont susceptibles de se compléter Tun Fàutre.
La nature nous montre d'autres exemples aussi curieux, dans lesquels c'est un agent physique qui rend à. un corps, mort en apparence, la possibilité de vivre. Certains crustacés vivent dans des flaques d'eau qui se dessèchent plusieurs fois par an ; ils y pondent des œufs qui ne peuvent se développer qu'après avoir été desséchés; une année pluvieuse empéche-t-elle l'eau de la mare de s'évaporer complètement, les œufs pourrissent dans un milieu où les êtres qui les ont produits trouvaient les conditions d'existence les plus favorables. Pour d'autres espèces, les œufs ont besoin d'être soumis à une température très basse avant de se trouver capables d'assimilatioa; si on les soustrait à l'influence hivernale, ils pourrisseut au lieu de se développer. Voilà donc des corps qui sont morts, au sens de notre définition de tout à l'heure, soit parce qu'il leur manqué quelque îîhose, soit, peut-être, parce qu'ils ont à leur intérieur quelque chose de trop, un élément nuisible dont ils doivent être débarrassés avant de pouvoir assimiler. Le plus souvent nous ne savons même pas quelle est la particularité dont la présence ou l'absence enlevé à un corps donne la possibilité de
Tivre; nous constatODS les faits dans leur ensemble, et nous en tirons parti comme nous pouvons. De même, quand nous employons certains procédés d'antisepsie, nous ne savons pas quelle tranformation nous faisons subir aux microbes pour les empêcher de vivre ; peut-être quelques-uns des cadavres de microbes ainsi obtenus sont-ils susceptibles, sous rinfluence de certains agents, de recommencer à assi- ' miler; j'ai laissé supposer précédemment que la génération spontanée annoncée par Burke dans la gélatine soumise à Taction du radium se ramenait à la reviviscence de bacléries tuées par la stérilisation; en réalité, ce que Ton sait des expéi^iences du savant de Cambridge n'autorise pas particulièrement cette hypothèse; mais, pour exposer la question de la génération spontanée, il est naturel de commencer par le cas où ce phénomène est le plus facile à comprendre, tous les éléments constitutifs d'un être vivant se trouvant dans le cadavre de cet être vivant tant qu'il n'a pas subi d'altération trop profonde.
Les considérations précédentes, si elles ne nous conduisent pas encore au cœur dé la question, ont du moins l'avantage de nous mettre en garde contre Fopinion courante relative à la vie et à la mort; nous n'avons plus le droit d'attribuer à ces deux mots des valeurs absolues et antagonistes; la seule définition logique à laquelle l'observation des faits ait pu nous conduire, nous montre souvent, en effet, dans l'histoire continue d'un même être, des périodes de vie et des périodes de mort; et aussi, nous devons considérer qu'il y a des degrés dans la mort, qu'il y a des modifications de structure, suffisantes pour
ilpniT-
entraver Fasisimilatîon, mais plus ou moins faciles à réparer suivant les cas.
. Enfin, et c'est là quelque chose qui ne s'accorde pas avec Thypothèse vitaliste, nous n'avons plus le droit de parler d'un être vivant comme d'une chose isolée; il n'y a pas d'être qui ait la vie en lui; la vie d'un être résulte de réaction entre cet être et le milieu ambiant, elle dépend de la nature de l'être et de la nature du milieu; de même une flamme résulte de la réaction entre un corps combustible et un milieu comburant; la flamme ne dure que si le milieu apporte sans cesse à la combustion des éléihents indispensables.
Chez les êtres très élevés en organisation, la vie peut se prolonger quelque temps sans appel direct au milieu ambiant, parcequ'une portion du milieu est enfermée dans l'individu sous forme de réserves alimentaires ; encore, même chez les êtres les mieux doués à ce point de vue, une alinientation gazeuse presque continue est-elle nécessaire ; on ne peut pas vivre sans respirer ; il faut donc renoncer à la vieille conception qui faisait de la vie un principe localisé dans l'être vivant et que cet être emportait avec lui au cours de ses pérégrinations ; la vie est une réaction entre deux éléments dont l'un se caractérise par la faculté d'assimiler aux dépens de l'autre, de sorte que cet élément assimilateur, qui est l'élément vivant constitue dans le milieu un centre constructeur, un individu. Aussi lui applique-t-on le langage individualiste qui tend à la faire considérer comme un tout coiîiplet, alors qu'il n'existe que parle milieu.
Le problème de la génération spontanée se ramène donc à ceci : dans un milieu où il n'y a pas d'individu
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vivant, où les divers corps présents réagissent les uns avec les autres, suivant leur nature, sans qu'aucun d^eux assimile les voisins sans qu'aucun d'eux s'accroisse aux dépens des voisins, peut- il apparaître, sous des influences physiques ou chimiques, un corps doué de propriétés assez bien définies pour ètrereconnaissable à l'observateur, et qui constitue dans le milieu un centre d'assimilation?
Le problème, ainsi posé, n'exclut pas les cas précédemment signalés, où il y aurait, dans le milieu, un ovule ou un spermatozoïde par. exemple; sous Tinfluence de réactions non vitales, puisque l'assimilation est impossible, ces deux éléments se trouveraient portés l'un vers l'autre et de leur union résulterait un œuf doué d'assimilation. Il y aurait donc, au sens absolu, génération spontanée, puisque la vie apparaîtrait dans un milieu où elle ne préexistait pas; mais, quelque importance philosophique que présente la constatation de ce fait de la création d'un être vivant au moyen 4e corps non doués de vie, quoique, pour des esprits non prévenus, cela comble le fossé créé par notre imagination entre la vie et la mort, de telles observations ne satisferont pas ceux qui prétendent que la vie n'a pu apparaître spontanément à la surface de la terre, puisque l'ovule et le spermatozoïde considérés provenaient d'être vivants préexistants. Il faut laisser de côté tous les cas où la vie a réapparu dans des cadavres résultant d'êtres vivants antérieurs et limiter le problème à Tapparition de la vie dans un milieu où il n'y a ni être vivant ni cadavre d'être vivant. Pour étudier le problème ainsi limité il faut envisager les conditions chimiques de la vie et ses conditions physiques.
i; S 53. — NOTRp IGNORANCE DE LA STRUCTURE
f DES CORPS VIVANTS
L'assimilation étant caractéristique de la vie on s'est proposé de rechercher de quelle sructure moléculaire elle dépendait, quel mécanisme chimique pouvait Texpliquer; jusqu'à présent, la science n'a pas encore donné de solution à cette question; on sait que les substances vivantes sont de constitution très complexe; on connaît les éléments de leur composition, mais on n'a pas encore pu écrire leur formule atomique comme on écrit celle des alcools, des corps gras et de la benzine ; on n'a pas encore découvert l'arrangement des éléments constitutifs de la molécule vivante. Or. sauf des cas de hasard heureux, on ne doit guère espérer faire la synthèse d'une substance chimiquement définie avant de connaître sa sructure ; on ne peut pas reproduire intégralement un palais ou une machine sans connaître tous les détails de construction du palais ou de la machine. Il faut donc accepter avec réserve l'annonce de découvertes obtenues en faisant réagir au hasard un corps sur un autre corps ; il est vraisemblable que l'analyse atomique complète des substances vivantes précédera leur synthèse. La chimie organique fait d'ailleurs depuis quelques années des progrès si extraordinaires que rien ne paraît devoir limiter le champ de ses découvertes, et nous avons le droit d'espérer que le vingtième siècle verra la synthèse méthodique d'éléments capables d'assimilation. Mais il est probable que, plusieurs fois encore, avant la découverte définitive, des chercheurs seront
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victimes d'illusions et prendront pour la vie Tappâ* rence de la vie.
C'est qu'en effet, si les substances vivantes ne peuvent être réellement caractérisées que par Tassimilation, elles présentent néanmoins, dans leur aspect extérieur, un certain nombre de particularités auxquelles il est souvent facile de les reconnaître au milieu des substance brutes ; mais ces particularités d'état physique ne suffisent pas toujours à distinguer l'être vivant de son cadavre; elles sont indispensables à la vie, elles ne déterminent pas, la vie; et Ton a pu souvent croire que Ton avait créé de la malièro vivante alors que Ton avait seulement reproduit un grossier modèle physique de l'état ordinaire dans lequel on connaît la matière vivante.