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LE CONTOUR DES CORPS

Le corps, limité par un contour, a des propriétés; ces propriétés sont tous les éléments de description que Ton peut découvrir par les moyens humains d'investigation, par les organes des sens aidés des instruments. L'ensemble des propriétés d'un corps, c'est sa description complète. Qu'un seul élément de la description ait changé, nous devrions dire que le corps a changé puisqu'il n'est plusi identique à luimôme ; mais, si nous avons suivi son existence d'une manière continue, nous lui conservons le même nom à travers toutes les transformations qu'il a subies ; la seule condition nécessaire pour cela est qu'il n'y ait pas eu d'interruption dans les phénomènes d'après lesquels nous disons que le corps existe, comme d'avoir un contour perceptible à la vue et au toucher; c'est ainsi que nous créons l'individualité des corps.

Cette expression individualité est empruntée à la

biologie * ; elle a un sens quand il s'agit de corps vivants ; elle n'en a pas quand il s'agit de corps bruts soumis à des variations désordonnées ; elle joue cependant un rôle prépondérant dans le langage humain et elle encombre toute notre philosophie.

Un gros cristal de feldspath est détaché d'un bloc de granit sur la grève, et se trouve soumis aux caprices des marées; il est ballotté entre d'autres cailloux; ses angles s'arrondissent ; son volume s'amoindrit ; mais si je /'ai suivi des yeux, quelque longtemps que ce soit, je dirai que c'est toujours le même caillou ; lancé dans un champ et soumis aux actions délétères de l'humus, ce caillou n'aura plus au bout de quelque temps rien de commun avec le morceau de feldspath originel; sa structure chimique aura changé; mais tant qu'iZ n'aura pas été réduit en poussière d'argile et dispersé par l'eau ou par le vent, je lui conserverai le même nom.

Ce nom ne signifie rien, si ce n'est que je me suis attaché à suivre une série de phénomènes définie par la continuité de l'existence d'un contour permettant d'individualiser un objet. Dans certains cas, je dirai même que le corps existe dans un endroit où il ne peut plus être vu, comme par exemple quand j'ai mis une pelote de sucre dans un verre d'eau; la pelote de sucre a disparu ; je suis sûr de ne pouvoir jamais la retrouver avec tous ses caractères primitifs de forme et de structure, et cependant, comme je l'avais douée d'une existence absolue, je déclarerai qu'eZZc est dans l'eau qui fa dissoute. Cette affirmation n'aura qu'une valeur historique; elle signifiera

1. V. Traité de Biologie^ op» cit., § 93. La définition de Tindividu.

seulement que, au nombre des éléments qui ont collaboré dans le passé à la genèse de ce qui est maintenant un verre d'eau sucrée a existé une pelote de sucre qui a eu telles et telles caractéristiques.

Les phénomènes de dissolution sont les plus importants dans l'histoire humaine des corps, car le premier caractère qui nous serve à déclarer qu'un corps est, c'est l'existence d'un contour qui le limite dans l'espace; ces phénomènes de dissolution ne sont pas d'ailleurs limités aux corps solides; un nuage est, tant qu'il est visible; il cesse d*étre quand, à l'endroit où il se trouvait, la lumière ne se diffracte plus; les phénomènes de dissolution, de digestion, jouent le principal rôle dans l'histoire des corps vivants, qui ne sont pas des corps solides et que nous avons, étudiés dans les chapitres précédents.

Nous attribuons un intérêt moins immédiat aux transformations qui conservent les contours des corps et ne modifient que leur structure intime, Un granit, souVnis aux actions chimiques de la terre végétale superposée, se transforme profondément; mais, pendant des siècles et des siècles, il peut conserver néanmoins son apparence de granit; les contours des cristaux de feldspath restent aussi nets que dans un granit neuf, et il suffit cependant de gratter la pierre avec un bâton pour la faire tomber en poussière*; la modification était donc profonde, mais nous ne Tavons considérée comme telle, que lorsqu'elle a permis la destruction de la forme, du contour de l'objet. Tant que le contour a existé, il a

1. Cela a lieu par exemple pour les cailloux roules de granit qui existent dans les conglomérats de la mollasse.

défini un corps qui a eu, historiquement, une existence continue.

En résumé, ce qui nous intéresse le plus violemment dans l'histoire des corps, c'est le contour de ces corps, la surface qui les sépare des corps voisins; lorsqu'un corps nous occupe particulièrement, nous lui ré<^ervons même le nom de corps et nous appelons ambiance ou milieu l'ensemble dont il est séparé par sa surface limitante. Une goutte d'huile lourde, suspendue dans une eau salée de même densité, est un corps défini dans un milieu connu. La surface de séparation du corps et du milieu doit séparer des choses différentes^ sans quoi nous ne la remarquerions pas; le corps ne serait pas défini.

En hydrostatique par exemple, on fait souvent des raisonnements qui consistent à isoler par la pensée, au sein d'un liquide homogène, une certaine quantité de ce liquide limitée par une surface choisie imaginairement; ces raisonnements gênent toujours les élèves qui voient là-dessous une certaine supercherie, car la surface limitante d'un corps est une surface qui doit séparer des choses différentes.

En d'autres termes, ce qui définit un corps, c'est le contraste qui existe entre le contenu de son contour et le milieu ambiant; c'est ce contraste qui détermine les jeux de lumière dont sont frappés nos yeux; c'est ce contraste que nous reconnaissons par notre organe du tact. Ainsi donc, la première condition de l'existence d'iin corps est qu'il soit au contact d'un ou de plusieurs corps différents. Nous ne pouvons définir un corps que par une discontinuité séparant sa substance de substances étrangères. Sans rien connaître de la physique ou de la chimie, nous

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devons nous dire que, à la surfaee d'un corps, il se passe sans cesse quelque chose qui fait que ce corps existe pour nous; sans prononcer encore le mot de conflit, nous pouvons affirmer que l'existence d'un corps est la conséquence d'un contraste entre l'ambiance et lui. La surface du corps est le siège de ce contraste.

I 6i. — LES CORPS HOMOGÈNES ET LA QUESTION D'ÉCHELLE

Ces considérations limitent déjà la fantaisie suivant laquelle nous divisons les corps ^Tidée ne peut plus nous venir de découper par la pensée, en petits carrés, le paysage qui nous entoure; nous sommes naturellement amenés à y décrire des maisons, des pierres, des bois; mais il nous reste encore la possibilité de distinguer, dans les maisons par exemple, les tuiles, les pierres, le mortier, etc.; chacun de ces objets est limité par un contraste, au même titre que la maison elle-même; un corps comme la maison peut être décrit comme une agglomération de corps plus petits; mais, dans chaque pierre de la maison, dans le mortier qui joint les pierres, nous pouvons aussi remarquer des contours, des contrastes, qui font de chacun de ces corps définis des agglomérations de corps plus petits encore. Dans le granit, nous remarquons des cristaux de feldspath, de quartz et de mica; dans le mortier, nous distinguons des grains de sable noyés ao milieu d'une gangue calcaire. Voilà autant de corps distincts et faciles à définir. La maison est donc une agglomération d'agglomérations d'agglomérations.

Je suppose maintenant que je détache du mortier un grain de sable qui soit, par exemple, un cristal de quartz hyalin; je sais que je pourrais briser ce corps d^un coup de marteau et le transformer en un certain nombre de fragments qui seront autant de corps différents; mais, tant que je ne me serai pas livré à cette opération, je n'aurai aucune raison pour considérer le cristal de quartz comme formé de corps distincts; son étude optique attentive ne me montrera à son intérieur aucune surface de contraste, aucun contour limitant quelque chose d'observable* C'est ce que j'exprimerai en disant que le corps en question est homogène. Mon esprit analytique s'arrêtera satisfait devant cette constatation ; j'aurai enfin trouvé une raison de définir certains corps sans rien laisser au hasard; un corps homogène me paraîtra, non pas indivisible, mais inutile à diviser pour une description complète du monde qui m'entoure, et le but que je poursuivrai désormais, dans la description d'un objet quelconque, sera de le ramener à une agglomération de corps homogènes.

Un cristal de quartz hyalin, une goutte d'eau pure, une bulle d'air dans l'eau, sont des exemples de corps homogènes dont l'homogénéité nous frappe immédiatement, parce qu'ils sont transparents; pour des corps non transparents, nous ne pouvons affirmer l'homogénéité qu'en la détruisant, qu'en brisant ces corps pour rechercher si, à leur intérieur, ne se trouve pas de surface de discontinuité. Nous restons néanmoins très satisfaits de cette notion de l'homogénéité qui nous permet de trouver une description sûrement impersonnelle des objets; car ce qui est homogène pour moi sera également homogène pour

est évident aussi qu'il est susceptible de subir des transformations diverses, à des échelles diverses. Le vent dispersera le sable en tant que sable sans modifier les petits cailloux qui le composent; dans une goutte de lait, les globules gras pourront, sans être modifiés en eux-mêmes, s'écarter plus ou moins les uns des autres. Nous devons toujours, quand nous observons une transformation de quelque chose, nous demander à quelle échelle se fait cette transformation. Le vent détruit du sable considéré comme sable, en éparpillant ses grains qui, individuellement, petits tnorceaux de quartz très durs, sont inattaquables par le vent. La question de {'existence d'un corps sera donc subordonnée au c!ioix de Téchelle à laquelle on étudie ce corps; notre fantaisie reprend ses droits; nous pouvons nous intéresser, à notre choix, soit à la stabilité de la maison, soit à la conservation des matériaux qui constituent la maison. Et, dans Tétude de la résistance à la destruction, nous trouvons que les ennemis sont différents suivant ce que nous avons considéré comme corps défini. *

Car, immédiatement, dès que nous avonsdéfîni des corps, nous devons nous demander combien de temps dureront ces corps, dans combien de temps ils seront détruits en tant que corps définis. Nous ne connaissons pas de corps immuables. L'or, le diamant, nous paraissent capables de durer très longtemps dans certaines conditions, mais dans des conditions différentes, le diamant brûle, Tor se dissout dans Teau régale. Tous les corps que nous connaissons sont caducs quoique nous attribuions volontiers une existence illimitée à ceux qui durent

plus que nous. Et par conséquent, renonçant à la notion absolue de choses qui existent indépendamment des conditions ambiantes, nous nous résignons à étudier les circonstances^ dans lesquelles un corps donné résiste aux phénomènes de destruction.

Ayant doué ce corps d'individualité, nous devons nous préoccuper de la conservation de cette individualité, et, parlant de lui comme de' nous-mêmes, nous disons qu'il lutte pour Vexisience, L'existence d'un corps défini quelconque nous apparaît donc comme subordonnée à une lutte perpétuelle; bien plus, nous sommes forcés de nous avouer que ce que nous appelons un corps, l'apparence de discontinuité que nous nommons ainsi n'est que le résultat d'un contraste, d'un conflit, d'une lutte au sens propre du mot.

Nous comprenons mieux cette manière de voir, parce que nous avons étudié les corps vivants qui, pendant leur existence éphémère et d'une durée comparable à la nôtre, luttent victorieusement contre les conditions ambiantes; chez les corps simples, au contraire, la lutte est masquée pour nous par une sorte d'inertie qui nous donne l'illusion de l'existence absolue.

CIIAPITRK XIV Les corps simples

i 62. - LES ATOMES

L'exemple grossier du tas de sable que l'on peut étudier, soit en le considérant comme sable, soit en le considérant comme formé de petits cailloux que Ton observera isolément, nous a montré Timporlance de Véchelle dans les considérations sur la stabilité des corps; le vent qiii détruit le tas de sable en tant que sable est impuissant à modiOer les cailloux composant le sable. Déjà, au cours de nos réflexions sur les corps vivants, nous avons été amenés à distinguer les modifications physiques de Tétat colloïde des protoplas^mas, et les modifications chimiques de leurs substances constitutives. Et c'était là une question d'échelle comme celle du tas de sable; l'état colloïde dépendait des relations réciproques de petites masses suspendues dans un liquide; les variations d'état colloïde étaient les variations de ces relations; au contraire, les modifications d'état chimique se passaient dans Tintérieur même de chaque petite

masse ou dans le liquide qui les sépare. Dans beaucoup de cas il y a des liens de cause à efTei entre ces variations à des échelles différentes, et nous reviendrons bientôt sur l'étude dé ces liens qui sont si importants en biologie. Retenons seulement, pour le moment, la notion de modifications possibles à des échelles différentes.

Les chimistes ont intenté pour nous rendre compte des phénomènes chimiques, un modèle qui parle à notre imagination, mais que nous ne pouvons pas observer directement. Ils supposent que les corps homogènes sont formés de molécules, beaucoup plus petites que les petites masses en suspension dans les colloïdes, et que toute transformation chimique est due à une transformation de ces édifices moléculaires. Le transformation d'une molécule dans une réaction donne d'autres molécules différentes, soit plus simples, soit plus complexes que la première.

A ceux qui raisonnent mathématiquement, aucune considération a priori ne permet de prévoir qu'il y aura un moment où le travail de simplification sera arrêté ; l'expérience prouve néanmoins que certains édifices moléculaires, obtenus par des réactions analytiques, ne sont plus susceptibles d'une analyse nouvelle ; ces édifices moléculaires transportent partout avec eux leurs propriétés personnelles; du moins cela se passe-t-il ainsi dans les opérations que les hommes savent faire. Jusqu'à nouvel ordre, on peut donc considérer ces édifices comme simples. Ce sont les corps simples des chimistes.

Si nous vivions à l'échelle des atomes et des molécules, la conséquence de l'existence des corps simples des chimistes serait pour nous que, dans tout édifice

ZCjO la lutte universelle

moléculaire, si compliqué qu'il fût, nous reconnaît trio;is toujours les éléments constitutifs qui sont les atomes. Ces atomes que nous connaîtrions directement par le moyen de nos organes des sens qui seraient à leur échelle, seraient pour nous des corps et ces corps seraient immuables ; ils feraient seulement partie successivement d'édifices moléculaires différents dont la construction et la destruction correspondraient à ce que nous appelons, à notre échelle humaine, des réactions chimiques.

Ainsi donc, la chimie théorique nous laisse supposer qu'il existe des corps immuables ; ces corps ne seraient même pas l'objet d'une lutte si la théorie atomique conservait son caractère primitif; ce seraient les corps par excellence ; il y aurait, dans le monde, plus de soixante espèces de ces corps immortels et intangibles; pour ces corps, le triomphe serait absolu et définitif.

Mais^ d'abord, ces atomes ne sont pas des corps au sens où nous les avons définis précédemment; ce ne sont pas des corps pour nos organes des sens. La chimie arrive bien à préparer des accumulations pures d'une seule espèce de ces atomes, et ces accumulations sont vraiment des corps à notre échelle ; tels, par exemple, un morceau d'or, un morceau de fer, une goutte de mercure. Seulement, ces corps définis pour nos organes des sens, ne sont plus immuables; ils peuvent être attaqués et détruits par d'autres corps; ils n'entrent, à la vérité, que dans des réactions synthé* tiques, et le chimiste théoricien peut affirmer que les atomes éternels dont ils sont composés, se retrouvent, intangibles et toujours semblables à eux-mêmes, dans les composés résultant de la réaction.

Cependant, pour nous observateurs, ils disparaissent en tant que corps définis ; le fer devient de la rouille, le mercure peut se transformer en oxyde rouge; la rouille et Toxyde rouge sont des corps différents du fer et du mercure. Avec de grandes précautions, nous pouvons, pendant un temps plus ou moins long, conserver ces corps à Tabri de la destruction ; mais, toutes les fois qu'ils sont mis en présence de leurs ennemis naturels, ils sont vaincus.

Il n'existe pas pour les corps simples, non plus que pour les autres corps bruts, une condition de combat analogue à la vie, et dans laquelle, un élément chimique, luttant contre des éléments différents de lui, triomphe d'eux et s'accroît à leurs dépens. Les affirmations de l'excellent mage Tiffereau, qui, il y a quelques années encore, augmentait sa provision d'or en nourrissant ce précieux métal avec une bouillie de sels de cuivre, n'ont pas été vérifiées par des observateurs moins crédules.

Non pas qu'il soit certain qu'on ne fabriquera jamais de l'or avec d'autres éléments; il serait téméraire d'affirmer aujourd'hui que nos connaissances chimiques sont définitives, et que nos corps simples resteront simples devant de nouveaux procédés d'analyse. Mais, si l'on arrivait à faire de l'or avec d'autres éléments, ce serait un phénomène analogue à celui qu'on réalise lorsqu'on fait la synthèse du sulfate de soude avec de l'acide sulfurique et de la soude.

Ce serait, en d'aîitres termes, une lutte dans laquelle les éléments mis en présence, acide sulfurique et soude, seraient tous deux vaincus et disparaîtraient en tant que corps définis, pour laisser la

place à un nouveau corps, le sulfate de soude, difTérent des deux premiers. Il n'y aurait là rien de comparable à l'assimilation chimique qui constitue le triomphe de l'être vivant.

g 63. - LES ÉLECTRONS

Ainsi donc, au point de vue de nos organes des sens, les corps simples n'ont pas, plus que les autres corps de la chimie, une existence définitive. Tout au plus, des considérations théoriques nous amènentelles à penser que, si nous vivions à Téchelle moléculaire, nous trouverions, sous l'apparente destruction, qui, à l'échelle humaine, est le caractère de toute réaction chimique, une conservation d'éléments immuables, les atomes, transportés d un édifice à un autre au cours des transformations des corps.

Même cette existence absolue des atomes, existence absolue purement théorique, des considérations nouvelles la mettent en doute. Ce qu'une théorie a fait, une autre, la défait. Avant que les chimistes aient réussi à terminer l'étude des atomes dont la considération a été si féconde, les physiciens ont été amenés, par d'autres vues théoriques, à penser que les atomes n'ont rien d'immuable.

Aujourd'hui, Ton considère un atome comme un système planétaire dont le soleil serait un gros électron positif, et les planètes de petits électrons négatifs; ces petits électrons négatifs pourraient, sous rinfluence d'actions que l'homme sait déterminer, être détachés du système planétaire et lancés au loin (rayons cathodiques). L'atome ne serait donc plus

une chose éternelle et absolue, mais un système qui, comme tous les systèmes, aurait ses conditions de stabilité. Par exemple. l'atome d*or, cet emblème des choses durables, n'existerait, en tant qu'atome d'or, «que sous l'influence de certaines circonstances; noi^s n'avons plus le droit (}e parler d'un atomed'or envisagé seul, en dehors de toute intervention d'autres éléments actifs du monde, puisque nous ne savons pas si ce n'est pas à sa lutte contre ces éléments étrangers que l'atome d'or doit son existence même.

Pour trouver, dans le domaine théorique, des corps vraiment immuables, il faut donc, dès à présent, descendre au-dessous de l'échelle des atomes; aujourd'hui, on s'arrête aux électrons; demain, il faudra peut-être aller plus bas. L'univers tout entier, au lieu de la stabilité dont les anciens philosophes avaient doté la matière, ne nous présente que mouvement et transformation; dans ce chaos, la vie occupe une place privilégiée, grâce au phénomène d'assimilation qui, d'un ensemble incessant de mouvements et de transformations, tire un résultat d'apparence statique; encore le triomphe de l'être vivant n'est-il que partiel; il paie, lui aussi, son tribut à la destruction universelle; il évolue.

Parmi les corps bruts, ou non vivants, il en est cependant quelques-uns qui sont à mi-chemin entre la vie et la chimie pure; ce sont les corps de la deuxième catégorie ou corps capables d'assimilation physique.

CnAPITRE XV Les corps de la deuxième catégorie.

i 64. - LES VIBRATIONS

Si For est Temblème des corps durables, le son est celui des corps éphémères; Rabelais payait Todeur de la cuisine avec le son des écus du voleur. Peut-être trouvera-ton exagéré d'appeler le son un corps, et cependant, si nous avons décidé de définir les corps par nos sens, nous devons dire que le son existe pour notre oreille comme rarc-en-ciel pour nos yeux. Et nous trouvons même, dans ces mouvements vibratoires de Tair ou de Téther, le plus parfait exemple des corps de la deuxième catégorie, de ces corps qui sont capables d^assimiler physiquement l'ambiance. Un diapason qui vibre remplit l'air de sa vibration; un orateur qui parle est entendu de tout un auditoire; un phare est vu, avec sa couleur et sa période, dans un cercle de plusieurs lieues.

Il y a sûrement conquête d'espace, assimilation physique de l'ambiance par un corps vibrant. Ce n'est que de l'hérédité physique, mais une hérédité

physique d'une précision admirable, puisque tous les auditeurs d'une salle entendent la même phrase avec toutes ses flexions et ses nuances; le plus bel exemple de la fixation de cette hérédité physique, c'est le phonographe pour le son, la photographie des couleurs pour la lumière. Mais il n'y a pas seulement hérédité, il y a éducation, c'est-à-dire que le phénomène vibratoire perçu en un point ne dépend pas seulement du phénomène vibratoire initial (hérédité physique), mais aussi des milieux qu'il a traversés en se propageant. La forme d'une ondulation lumineuse se modifie quand le rayon passe de l'air dans du spàlh d'Islande. La vibration considérée en un point résulte d'une lutte de deux facteurs, la forme de la vibration initiale et la nature de tous les milieux qu'elle a traversés pour arriver au point où on l'étudié.

Qu'est-ce d'ailleurs qu'une vibration? sinon une lutte entre un mouvement périodique réalisé par un corps et l'état d'équilibre préalablement réalisé dans le milieu ambiant; une pierre qui tombe dans de l'eau calme dérange l'équilibre préalable et trace à la surface primitivement horizontale une série de cercles concentriques dont chacun représente la lutte du mouvement imprimé par la pierre et de l'équilibre horizontal naturel aux liquides tranquilles. L'élasticité d'un corps est précisément la propriété que nous lui reconnaissons de lutter contre les causes de déformation ; elle est plus ou moins développée suivant le corps ; je ne veux pas m'étendre ici sur des considérations physiques qui ne sont pas de ma compétence ; je dois seulement faire remarquer que, dans la lutte des êtres vivants contre

le milieu, les mouvements vibratoires ne sont pas négligeables.

Les rayons lumineux nous impressionnent par les yeux, les sons attaquent nos oreilles; les rayons thermiques nous donnent une sensation de chaleur; les rayons X peuvent détruire quelques-uns de nos tissus. Il est d'ailleurs tout naturel que, dans la lutte de l'ambiance contre l'organisme vivant, les corps capables d'assimilation physique, ceux qui sont à michemin entre la vie et la mort, jouent le rôle le plus important. Nous avons déjà vu précédemment Tinfluence, dans la lutte contre les êtres vivants, de certaines diastases appelées toxines: nous devons maintenant parler de la lutte des diastases entre elles; mais auparavant il faut rappeler Texistence d'autres corps de la deuxième catégorie que j'ai déjà signalés précédemment.

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