‹ La luxation congénitale du fémurChapitre 11 sur 58 · CR EN · texte numérisé non relu

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capsule le soutien qu'ils lui doivent et celle-ci se laisserait distendre par la tête articulaire portée par les muscles rétractés dans une attitude extrême et constante. La luxation s’établirait ainsi. Pour démontrer son hypothèse, Guérin cite un certain nombre de cas très intéressants de lésions articulaires coïncidant avec des lésions du système nerveux, qu'il déclare le résultat d’un travail pathologique, mais qui paraissent appartenir bien plus au domaine de la tératologie. Chez un fœtus anencéphale symèle avec renversement de la tête en arrière, énormes pliures de la colonne vertébrale, luxations des hanches, genoux, pieds, épaules, coudes, poignets, les muscles rétractés avaient une longueur moindre que celle qu’ils présentent dans leur état de contraction normale (ils étaient réduits au tiers ou au quart de leur longueur), ils présentaient une dureté extrême. Il y avait des altérations, avec lésions ou fractures des os sur lesquels ils s’inséraient. Enfin l'harmonie était parfaite entre la direction et l'étendue du déplacement des os d’une part et le sens et le degré de la rétraction des muscles de l’autre. Ainsi s'était produit le mouvement non physiologique de la flexion du genou en avant par la rétraction du triceps. Chez un fœtus agénosome il y avait diastase des pubis, luxation sus-cotyloïdienne d’un côté et luxation sus-pubienne de l’autre. Chez un autre agénosome il y avait une luxation en haut et en arrière bilatérale.

Comme le fait observer Sainton, « Guérin s’est trop occupé des « monstruosités et pas assez des faits cliniques que nous observons tous « les jours. Ce qu'il a dit était peut-être vrai pour les faits particuliers «qu'il envisageait, mais il y a du danger à généraliser la théorie ». En effet, jamais on ne voit chez les tout jeunes enfants de rétraction musculaire notable. Quand elle apparaït elle est manifestement secondaire et liée au rapprochement des insertions des muscles, à leurs changements de direction, etc. Que la rétraction soit d’ailleurs capable de provoquer dans certains cas une luxation, c’est vrai, ainsi que cela ressort d'une ohservation intéressante de Lorenz (luxation double par rétraction des fléchisseurs dans un mal de Pott) ; mais ce n’est pas ce qui se voit dans la luxation congénitale. Ces faits sont si éclatants que personne n’admet plus les idées de Guérin.

Celles de Verneuil ont eu une fortune bien différente. Combattues par Bouvier etP. Broca dès qu'elles ont été émises à la Société de

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chirurgie en 1866, combattues peu de temps après par Volkmann, par Roser puis par la plupart des chirurgiens qui se sont occupés de la question, elles ont trouvé des défenseurs chaleureux, en Dally, Reclus, Angotet Mayo Robson. Verneuil lui-même s’y est de plus en plus attaché et les préconisait encore avec son enthousiasme habituel dans le premier numéro de la Revue d'orthopédie (1° janvier 1890). Elles s’appuient sur un fait d'observation exact — et c’est pourquoi elles ont pu soutenir la discussion, — mais l'interprétation du fait était vicieuse etses conséquences démesurément élargies, c’est pourquoi la théorie est aujourd'hui abandonnée. Avant Verneuil existaient dans la littérature médicale, éparses et isolées, quelques observations deluxations paralytiques. Stanle y avait cité le cas d’un homme hémiplégique depuis huit ans qui présentait une luxation par allongement de la capsule et du ligament rond; ‘Coplandavait fourniune observation analogue. Tout cela était confus : Verneuil eutle méritede montrer, à l’aide de 3observations, comment on peut pour ainsi dire voir s'installer progressivement la luxation dans la paralysie spinale de l'enfance.

Si tous les muscles de la jointure sont frappés, celle-ci, privée de ses ligaments actifs, est très relâchée, elle jouit d’une mobilité beaucoup plus grande qu’à l’état normal, mais ses surfaces articulaires restent en présence l’une de l’autre. Si au contraire nn seul groupe s'atrophie (et l'on sait que la paralysie spinale aime à procéder ainsi), les antagonistes maintenus dans leur intégrité agissent par leur tonus exactement dans le sens indiqué par Guérin lorsqu'il défendait la rétraction musculaire. Ils entraînent de plus en plus la tête fémorale dans la même direction, de telle sorte qu’elle vient appuyer sur la partie opposée de la capsule justement aux points où celle-ci n’est doublée que par des muscles dégénérés. Livrée à elle-même, celle-ci se relâche peu à peu, se distend et permet le déplacement intra-articulaire de la tête fémorale. La luxation est donc fonction de la perte d'équilibre entre les divers groupes musculaires. Si le plus souvent elle est iliaque, c'est que les fessiers et pelvi-trochantériens sont paralysés, les adducteurs restant intacts ; que les facteurs s'intervertissent et nous avons l'explication des luxations antérieures. Tout cela est très vrai. Et c’est bien à Verneuil que l’on est redevable de cette connaissance.

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