‹ La Lydie et ses voisins aux hautes époques [microform]Chapitre 11 sur 14 · ET DU BRONZE · texte numérisé non relu

ET DU BRONZE

Les mines de cuivre — puis celles de fer — de l'Arménie et de la Transcaucasie ont joué le premier rôle dans l'industrie du métal

(1) Civilis. préheU., 2^ éd., pp. 368 et suiv., et ci-dessus, pp. 114-115. Le matériel est réuni dans Contenau, La Déesse nue babylonienne.

(2) Voir cî-d«ssus. p. 136, et Civil. préheU., pp. 359 et suiv.

(3) Nos Civilis. préheU. , 2'" éd.. pp. 200-204; Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 540 et p. 729.

, (4) Ce point a été récemment étudié par Picard, op. cit., pp. 539 et suiv., à propos du peuplement créto-carien à ËLphèse et à Claros.

à haute époque. Le métal qu'on extrayait se répandait au nord du Caucase, comme en Mésopotamie, en Syrie et en Asie Mineure. De plus, par la route Artaxata-Satala-Comana du Pont-Zela-Boghaz-Keui-Ancyre-Dorylée et Troie .il s'exportait par delà l'Hellespont jusqu'en Europe. La réalité de ce trafic est attestée par les objets fabriqués dans la région minière, notamment des objets de parure, qui, accessoirement, ont été véhiculés avec le métal luimême et ont été trouvés dans les régions où le métal se répandait(l).

Le commerce du métal n'a que très tardivement utilisé la navî- I gation sur la mer Noire, du moins avant l'âge du fer. M. Rostovtzefî 1 a, en effet, remarqué que ni les rives du Bosphore ni celles du Pont Euxin n'ont révélé la moindre influence mycénienne et que la légende des Argonautes, inspirée par ce commerce maritime, ne doit pas être antérieure à l'an 1000(2).

Strabon rapporte que les régions minières les plus célèbres étaient situées au-dessus des ports de Pharnacie et de Trapezus (Trébizonde) ; elles étaient habitées par les Tibarènes et les Chald^yi(3) qui furent aussi des premiers à s'appliquer à la métallurgie du fer (4). M. Lehmann-Haupt a, le premier, rapproché ces Chaldaei des gens du pays d'Urartu (Ararat = Alarodiens) (5).

Au temps de Sargon II, les Khaldi forment un royaume au sud du lac de Van, sur lequel l'Urartu exerce sa suzeraineté au point

( I ) Il y a lieu de distinguer, ce qu'on ne fait pas toujours, entre des objets qui constituent de simples témoins des rapports commerciaux et une civilisation commune qui signale une intrusion de population.

( 2 ) Rostovtzeff , Iranians and Gree\s, p. 6 ) .

(3) Strabon, XII, 3, 28. Il n'est pas besoin d'observer que cette population n'a rien de commun avec les Chaldéens de la Basse-Mésopotamie.

(4) Du temps de Strabon, XII, 3, 1 9 et 23, on ne mentionne plus que les mines de fer de la «région. i

(5) Hérodote, VII, 78, cite les Tibarènes après les Moschiens et Ezéchiel, XXVII, 1 3, associe également ces populations. Hérodote, VII, 79, cite les ! Alarodiens après des Colchiens. Strabon, XI, 2, 1 4, cite ensemble les \ Moschiens et les Colchiens. De ce que le nom des Khaldi n'apparaît qu'apjrès Téglatphalasar I«^^ on n'en peut conclure, comme le fait Lehmann-Haupt, Mate- \ rialen zur àlteren Gesch. Arméniens und Mesopotamiens, p. 66, que cette popu- i lation n'existait pas à cette époque, mais simplement qu'elle ne constituait ! pas un royaume. Le Nairi englobait alors toute la région. Il semble que ce soit sous Assournasirpal (Streck, Zeitschrift j. Assyr., XIV, p. 119) que le royaume d'Urartu se détache du Nairi.

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que le trésor du roi d'Urartu se trouve dans le pays des Khaldi ( I ) . L'inventaire qu'en fournit le récit, publié par M. Thureau-Dangin, de la huitième campagne de Sargon (714 av. J.-C), enregistre un nombre considérable de vases et d'ustensiles en bronze, d'armes de même métal dont 25,212 boucliers, même des statues d'airain, enfin « 3,600 talents de cuivre brut (2) ». Relevons encore, car il est intéressant de noter les pays où le métal est travaillé, « des coupes du pays de Tabal aux anses d'or », des « brûle-parfums du pays de Tabal (3) », u 393 coupes d'argent, fortes et légères, ouvrages des pays d'Assour, d'Urartu et de Kilkhu(4) ».

Nous avons toujours considéré qu'un bon nombre des patères de Nimroud étaient un produit des provinces arméniennes ( 5 ) . M. Herzfeld, qui est arrivé au même résultat, attribuerait volontiers aux Khaldi les pièces de bronze orientalisantes qui ont été découvertes depuis les bords de l'Oxus jusqu'en Étrurie(6). En ce qui concerne les objets de bronze aux motifs orientaux découverts en Étrurie, il faut reconnaître le mérite de Raoul Rochette qui, le premier, dès 1841, donc avant que Layard n'ait mis au jour les coupes de bronze de Nimroud (1850), avait déclaré que les vases de Caere, découverts en 1838(7), appartenaient à un art asiatique ( 8 ) qu'il n'hésita pas à déclarer être l'art assyrien (9). Toutefois, la découverte à Chypre, vers 1852, des deux coupes d'argent qui sont aujourd'hui au Louvre et qui montrent également les plus grandes

( 1 ) THureau-Dangin. Une relation de la huitième campagne de Sargon, p. 49. Le dieu, le pays et le peuple portent le même nom de Khaldi. Dans un curieux passage (ligne 342) on fait tenir à Khaldia. le dieu du pays, le sceptre royal d'Urartu, en même temps qu'on le coiffe de la tiare souveraine.

(2) Thureau-Dangin. op. cit., ligne 369.

(3) Ihid., 1, 358 et 361.

(4) Ibid., I. 383.

(5) Civilis. préhelL, 2*^ éd. ( 1 9 1 4) , p. 3 1 8 : « Notamment les provinces arméniennes, si l'on en juge par les textes assyriens et aussi par quelques très belles pièces qui y ont été découvertes, ont manifesté une brillante activité métallurgique. Ainsi, la plupart des patères découvertes à Nimroud, quelque influence étrangère qu'on y reconnaisse, ont dû être fabriquées dans le pays. »

(6) E. Herzfeld, Khattiache und Khaldische Bronzen, dans Featschrift, en l'honneur de Lehmann-Haupt (1921), p. 145.

(7) Des coupes semblables furent découvertes en 1855 à Praeneste.

(8) Raoul Rochette. Journal dea Savanta, 1841.

(9) Ihid., 1843.

affinités avec les coupes de Caere et de Praeneste est venue compliquer le problème ( I ) . De même que le lot de Nimroud n'est pas homogène, les produits orientalisants des tombes étrusques ne sont pas tous sortis de la même fabrique, ni ne dépendent tous du même art oriental. On ne peut nier que Chypre, la Phénicie et même la Syrie ( 2 ) , aient constitué un grand centre de fabrication d'objets en métal. On reconnaît la part de Chypre aux survivances submycéniennes et aux apports grecs et celle de la Phénicie à une forte influence égyptienne d'autant moins surprenante que l'Egypte fabriquait elle-même des patères du même type (3).

Il ne faut donc pas se dissimuler que la question est assez complexe et M. Poulsen a eu raison d'essayer de démêler les diverses influences dont témoignent les découvertes dans les tombes étrusques ( 4 ) . Même dans les régions asianiques, à côté des Khaldi, les Tibarènes, plus accessibles aux influences grecques, s'exerçaient aussi au travail du métal, combinant, comme l'indique déjà le texte de Sargon II que nous avons cité, l'or ou l'argent au bronze. On peut juger de ce procédé par les fameux bouquetins ailés que se partagent les musées du Louvre et de Berlin ( 5 ) . Il y a lieu de remarquer qu'en dépit de leur habileté, ces artisans asianiques, tout comme d'ailleurs les Phéniciens, n'ont pas su créer un art véritable,

(1) A. de Longpérier, Œuvrea, t. I, p. 159; cf. aussi p. 175.

(2) Damas, sous ses rois, a été un centre artistique très actif; nous n'en voulons pour preuve que ce détail qu'Achaz, roi de Juda, fit copier pour le temple de Jérusalem l'autel du grand temple de Damas; cf. II Roia, XVI, 10.

( 3 ) Nous avons analysé les différents motifs dans Cioilia. préhell., 2^ éd., pp. 307 et suiv. La même diversité s'observe dans les ivoires de Nimroud et ia découverte d'ivoires à Arslan-Tash (Mission Thureau-Dangin et P. Barrois) portant pour la plupart des lettres sémitiques est venue confirmer la répartition que nous avons proposée dans Civilia. préhell., 2^ éd., p. 318. Les ivoires d'Arslan-Tash proviennent de la décoration d'un lit du roi de Damas, Hazael (844-812 av. J.-C); cf. Bulletin dea Muaéea de France, 1929, pp. 139-140.

(4) PouUen, Der Orient und die jriihgriechiache Kunat, p. 116.

(5) Quelques-unes des pièces de Toprak-Kalé (Van), au British Muséum, portent aussi des incrustations. Ce procédé a particulièrement été étudié par Rostovtzeff, Inlaid Bronzea of the Han Dynaaty, 1927. Sa conclusion (p. 72) . | est que le procédé d'incrustation des ouvriers de la région de Van est celui -/ du proche Orient, plus primitif que celui de l'Egypte, avec incisions dans / la masse et recouvrement de tout le dessin par une mince plaque d'or qu'on/ martèle. L'insertion de fils d'or ou d'argent n'est jamais pratiquée.

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peut-être parce qu'ils ont été trop sensibles aux influences les plus diverses ( I ) .

En résumé, il ne faut pas méconnaître le grand nombre de centres où l'on travaillait le métal en Asie, et du point de vue orientalisant dans tout le bassin méditerranéen. En particulier on tiendra compte de la grande vogue des produits phéniciens et chypriotes et on ne se dissimulera pas que l'état nomade, si fréquemment adopté par les ouvriers en métal et d'ailleurs attesté par les légendes grecques, vient compliquer les hypothèses. Il faut donc faire leur part, comme cela a été reconnu depuis longtemps, aux ateliers des régions arméniennes prônés par M. Herzfeld en observant, toutefois, que la technique si remarquable des ouvriers de rUrartu, de Toubal et de Meshek les défend contre des comparaisons trop étendues et nous empêche de leur attribuer des pièces sans style ( 2 ) .

La grande fonction des peuples occupant les régions arméniennes était d'approvisionner de cuivre, puis de fer, toute l'Asie antérieure, concurremment avec Chypre. Une précieuse indication est fournie par Ezéchiel lorsqu'il nous apprend que si Tarsis (l'Espagne méridionale) approvisionne Tyr d'argent, de fer, d'étain et de plomb, les pays de Toubal et de Meshek, autrement dit la région

( I ) Quand on compare, au British Muséum, où elles sont conservées, les trois têtes de hache, l'une de Van avec Bgure de lion (Greenwell, Archaeologia, k VIII, p. 9), la seconde de Hamadan avec même sujet, la troisième et la plus curieuse avec un tigre et un ibex d'art bactrien des V^'-IV*" siècles av. J.-C. (Dalton, The Treasure oj the Oxus. 2' éd. [1926], n" 193. pi. XXIV; ces bronzes sont groupés dans Rostovtzeff, Iranians and Greek.s in South Russia, pi XI), on peut d'autant plus rester indécis sur le point de départ du motif, que la hache de Mallia ( Charbonneaux, Monuments Piot, XXVIIl, p. 1 ; ci. Syria, VIII, p. 181; Couissin, Revue archéol., 1928. I, p. 261; Evans, Palace of Knossos, II, p. 274) vient d'en apporter un exemple beaucoup plus ancien.

(2) Il est certain, comme l'avait déjà reconnu Longpérier, Œuvres, I, p. 275. que proviennent de la région de Van les anses au génie ailé dont Holleaux, B. C. H., 1888. p. 380, et à sa suite Lehmann-Haupt, Materialen, p. 86, ont fourni la liste (quatre proviennent de Van. quatre d'Olympie. deux d'Athènes, deux de Delphes et deux de Préneste). Très acceptable est l'origine vannique de la belle plaque circulaire de bronze {Civilis. préhell., 2® ed , pi. VIII) déposée comme ex-voto dans l'antre de l'Ida en Crète et où M. Pottier a déjà démêlé une oeuvre asianique ou hittite. Quant aux deux vases à pied conique de Préneste (coUect. Barberini et tombe Bernardini). ils s'inspirent peut-être de motifs asianiques, mais ils sont très inférieurs comme facture et n'ont rien du style vigoureux des œuvres vanniques.

des Chaldaei, y expédie du cuivre ( l ) . Les imprécations que le prophète lance contre Gog et son pays (2) ne peuvent se comprendre que si elles sont l'écho des préoccupations économiques qui agitaient le proche Orient. Si on reproche à Gog de s'être emparé de Toubal et de Meshek, c'est qu'il mettait ainsi la main sur le commerce du métal. Nous ne nous rendons pas suffisamment compte de l'importance attachée par l'ancien Orient aux régions arméniennes; la préoccupation à ce sujet s'exprime jusque dans le chapitre X de la Genèse et tenait à la valeur économique de ces régions en tant que productrices du métal. « L'origine du cuivre et de l'argent en Mésopotamie et dans le Caucase du Nord est la même, a justement remarqué M. Rostovtzeff : ce sont les mines de la Transcaucasie(3). » Le maître de cette dernière région avait en mains de précieuses richesses et le moyen d'agir sur les pays voisins, d'inquiéter notamment la Mésopotamie. Le Mitanni est le meilleur exemple d'un État qui s'est développé autour du noyau de richesses métallurgiques représenté par les régions arméniennes. Quand le Mitanni disparut, l'Assyrie dut tenir tête aux menaces venues du nord; les Cimmériens (Gomer)(4), puis les Scythes

(1) Ezéchiel, XXVII, 12-13. Quant à Yavan, il envoie des esclaves; cf. Polybe, IV. 38. 4. Meshek et Toubal sont inséparables; cf. Ezéchiel, XXXII. 26 et suiv.

(2) Comme nous l'avons noté ci-dessus, Gog est le nom du pays qui survit encore à l'époque romaine dans la Gogarène, au delà de la Sacasène. dans une plaine très riche (Strabon, XI. 14, 4). Ezéchiel en fait un prince et en déduit, suivant le grammaire hébraïque, le nom de pays Magog.

(3) Rostovtzeff, L'âge du cuivre dans le Caucase septentrional, dans Revue archéol., 1920, II. p. 14. Les fouilles d'Ur, en amenant au jour quelques épingles en forme de raquette, comme témoins indirects de ce commerce confirmeraient, s'il était besoin, ce point de vue. Concurremment le cuivre était apporté en Mésopotamie de la région de Magan, qu'avec beaucoup de vraisemblance. Harold Peake, The Copper Mountain of Magan, dans Antiquity, déc. 1928. identifie avec Makanyat dans une région de l'Oman où l'on vient de découvrir des vestiges d'anciennes mines de cuivre.

(4) L'impoTtance qu'on accorde à Gomer. parmi les enfants de Japhet, est marquée par le fait que Genèse, X, 3, donne la liste des enfants de Gomer : Ashkenaz (voir la note suivante). Riphat et Togarma. Ce dernier est apparu dans les textes de Boghaz-Keui (Weidner, Polit. Dokumente aus Kleinasien, p. 5, note 13) sous la forme Tegarama; c'est la région de Samosate. Riphat ne se retrouve pas ailleurs; la meilleure explication est celle qu'a proposée Volney et que Munk a adoptée {Palestine, p. 430) avec correction en Niphates, montagnes d'Arménie.

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(Ashkenaz) (I), attirés par de telles richesses, déferlèrent de là sur les pays de Touest.

Strabon est victime d'une confusion quand il prétend qu'anciennement les Chaldaei d'Arménie s'appelaient Chalybes(2). Il est plus vraisemblable que certains éléments scythes ont pénétré en Arménie sous le nom de Chalybes et s'y sont adonnés à la métallurgie du fer, puisqu'une forme spéciale de ce métal, l'acier, chalyps, tire son nom de cette population. Par analogie, on peut se demander si le terme c/ia/^os, bronze, dont le grec ne fournit pas d'étymologic, ne vient pas du nom des Khaldi emprunté tardivement sous la forme Khaldik (arménien Chaltiq, grec Kardoukoi) .

Jacques de Morgan a expliqué que si l'homme a d'abord établi ses armes et ses outils en cuivre, puis en bronze, avant d'employer le fer dont les gisements sont cependant plus abondants, c'est qu'il en a été empêché par les difficultés que présente le traitement des minerais ferrugineux. Il n'a pu les surmonter qu'en acquérant, en traitant le cuivre, une grande habileté comme métallurgiste (3 ) . Aussi constate-t-on que la métallurgie du fer est née (4) dans la région où, depuis au moins deux millénaires, on avait pratiqué \a métallurgie du cuivre. Une indication significative est fournie par le vocable qui désigne le fer en Mésopotamie (akkadien) parzillu ou en hébreu barzel. Ce mot n'est certainement pas sémitique, mais

( I ) H. Winckler a trouvé la véritable lecture d'Ashkenaz en corrigeant Ashkouz = Scythes, attesté par les inscriptions assyriennes : Ashqûza et Ishkûza. Ramsay, Asianic Eléments in Greek civilisation (1927). p. 2. ainsi que Ed. Meycr, Gesch. des Altert., II, I (1928). p. 568. note 3. préfèrent identifier Ashkenaz à Askanios et considèrent que ce terme représente l'ensemble des peuples d'Asie Mineure. A cette hypothèse on peut opposer Jcrémie, LI, 27. qui groupe des barbares turbulents qui ne sont pas très éloignés de Babylone et doivent la piller avec l'aide des Mèdes. Ce sont les royaumes d'Ararat (Urartu), de Minni (Mannéens entre le lac de Van et celui d'Our- |.| mia) et d'Ashkenaz qui doit être voisin des précédents. Ces derniers sont les éléments scythes. installés dans la partie la plus fertile de l'Arménie, la Sacasène de l'époque romaine; cf. Strabon, XI. 8, 4.

(2) Strabon, XII. 3, 19.

(3) J. de Morgan, La préhistoire orientale, III, p. 167.

(4) La curieuse expression ubi jerrum nasciiur (cf. Fr. Cumont, Etudes ayriennes, pp. 196 et suiv.) doit signifier : « là où le fer a été fabriqué pour la première fois ». et ce serait exact. Jérémie, XV. 12, signale que le fer vient du nord.

il signale par sa terminaison -i7/ une origine asianique ( 1 ) . L'Ancien , Testament sait très bien que les Tibarènes ont été les maîtres de la métallurgie du cuivre et du fer, car c'est le nom de ce peuple qui lui sert à nommer le mythique Toubal-Qain, c'est-à-dire a Toubal. le forgeron », le père de ceux qui travaillèrent le cuivre et le fer (2) . Quoique d'un aspect peu attrayant, le fer fut d'abord considéré comme un métal précieux. Au temps d'Hammourabi, avec un sicle d'argent on n'obtenait que huit sicles de fer, ce qui est d'autant plus remarquable qu'alors le rapport de l'or à l'argent n'était que / de I à 6(3).

A cette époque on utilisait le fer dans la bijouterie et on le sertissait d'or comme cela est apparu à Byblos, au temps d'Amenemhat 111 (1848-1800 av. J.-C), et sur l'inventaire du trésor de la déesse Nin-Egal à IVIishrifé-Qatna(4) . Au XIV^ siècle avant notre ère, Dushratta, roi du Mitanni, expédie déjà des poignards et des anneaux en fer (5) ; c'était chose fort rare. Ramsès II ayant demandé du fer à Khattushilish, roi de Khatti, celui-ci dit ne pas en posséder, mais il donne des ordres pour qu'on en fabrique. En attendant, il ne peut envoyer à Ramsès II qu'un poignard en ce métal (6). Dans ce même texte, il semble que le pays d'extraction du fer soit le Kizwatna ( 7) .

Dès qu'on se mit à la métallurgie du fer, la valeur de ce métal baissa rapidement car le minerai abondait. Au temps du nouvel i

( I ) H. Zimmern, Ai^l^ad. Fremdwôrter als Beweis fiir Babyl. Kultureinfluss^ 2^ éd.. 1917. p. 59.

(2) Genèse, IV. 22, en corrigeant et lisant « père de... » d'après l'édition de Kittel. Toubal-Qain n'a rien de commun avec Qain, le frère d'Abel. La seconde paxtie du vocable a, dans le cas particulier, le sens de « fo>rgeron » et forme une apposition « Toubal le forgeron », expression qui peut remonter à une époque où l'article n'était pas encore en usage. Le sens de forgeron est resté attaché à l'araméen qainaya et à l'arabe qain.

(3) Meissner, dans Ebert, Reallex., s. Edelmetal. Plus détaillé dans Thureau-Dangin, Revue d'assyriologie, VIII, p. 92. Voir aussi, Contenau, Manuel d'archéologie orientale, I, pp. 56-57.

(4) Virolleaud, Les Tablettes cunéiformes de Mishrifé-Katna, dans Syria, IX (1928), p. 92. Encore sur une bague de Ras Shamra qui sera publiée par MM. Schaeffer et Chenet.

(5) Meissner, Babylonien und Assyrien, I, p. 265.

(6) Ibid., p. 348; Ed. Meyer, Gesch. des Altert., II. I (1928), p. 518. note 1; Thureau-Dangin, dans Syria, X (1929), pp. 204-205.

(7) Ce serait un argument de plus pouj ne pas placer le Kizwatna en Cilicie.

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empire babylonien on obtiendra 225 sicles de fer brut pour un sicle d'argent, alors que le rapport de l'or à l'argent était de I à 6 I /2 et montait même jusqu'à I 3 ( ) ) .

Il nous paraît résulter de tout cela que Ton se mit résolument à la métallurgie plus difficile du fer par nécessité, lorsque l'épuisement des mines de cuivre se fit sentir à la suite de l'exploitation intensive qui en fut faite pendant plus de deux millénaires. A l'époque romaine, en effet, seules sont signalées dans la région les mines de fer. Ainsi, la substitution d'un métal à l'autre, pour les armes et les outils, paraît avoir été une nécessité avant que de comporter un avantage.

Le regretté Henri Hubert a jeté un vif trait de lumière sur l'activité métallurgique des Khaldi et de leurs voisins en établissant l'origine des torques, des épingles percées vers le milieu, des hélikàs de bronze et de la ceinture d'argent (2) découverts dans un dépôt de fondation du temple de Byblos par M. Pierre Montet. Ce savant fait remonter ce dépôt à la VT dynastie égyptienne; nous estimons que cette date est trop élevée et qu'elle doit être descendue aux environs de l'an 2000 av. J.-C. Un torques du même type a été découvert à Kahun, dans une maison de la XIP dynastie; un autre, en argent, a été trouvé à Abydos par M. Frankfort autour du cou d'une femme dont la sépulture remontait aussi à la XIT dynastie ( 3 ) .

Quand l'industrie du bronze se développa à Chypre, on y imita les épingles perforées des Khaldi et ce sont elles qui se sont alors

( I ) Meissner, dans Ebcrt, Reallex., s. Edelmetal.

(2) H. Hubert, De quelques objets de bronze trouvés à Byblos, dans Syria, VI (1925), p. 16. Les critiques qui ont été récemment formulées par M. von Bissing, Die Funde in den Tempeln von Byblos und ihre zeitliche Bestimmung, dans Archiv jixr Orientforschung, IV (1927). pp. 64-65, ne nous paraissent fondées en aucun point. £Ues postulent que M. Montet s'est trompé dans ses observations; or. la suite des fouilles (quatre campagnes après les quatre conduites par M. Montet) par M. Dunand les a confirmées, du moins en ce qui concerne les dates. Sur le point particulier de la pendeloque en or dont nous avons fait valoir l'intérêt. M. von Bissing déclare qu'aucun archéologue ne peut admettre une date aussi ancienne pour le travail en grènetis. Cette affirmation est surprenante, car il suffit de jeter un coup d'oeil dans les vitrines du musée du Caire pour constater que le grènetis était d'usage courant en Egypte à la XII^ dynastie; ainsi à Dahshour sur les bijoux de la princesse Khnumuit. Le ton géné>ral de l'article de M. von Bissing témoigne, d'ailleurs, de peu de sérénité scientifique et ne mérite pas une réfutation en règle.

(3) Frankfort, Studies, II. p. 149.

répandues pendant le deuxième millénaire en Syrie et en Egypte ( I ) . Si on n*a pas fabriqué de torques à Chypre, c'est qu'on n'en avait pas l'emploi dans la toilette féminine : les hauts colliers des femmes chypriotes ne cédaient pas la place à la modeste parure qu'était le torques.

On a tenté d'expliquer la présence dans l'Europe centrale d'objets en bronze semblables à ceux que fabriquaient les Khaldi — torques, épingles percées et épingles à palette, fils de bronze enroulés (hélikès) , bracelets enroulés aux extrémités, — comme conséquence d'une invasion cimmérienne qui se serait produite vers 1400 avant notre ère. H. Hubert a montré l'inconsistance de cette hypothèse en remarquant que le dépôt tchèque de Stary Bydzov est de la seconde période du bronze (environ, d'après lui, 1900-1600), donc beaucoup plus ancien que l'invasion cimmérienne (2) . Le commerce du cuivre suffit à expliquer la présence de ces parures qui en sont le témoin certain bien qu'indirect, car elles se rencontrent aussi rarement en Europe centrale qu'à Byblos et en Egypte (3) .

Les régions arméniennes étant riches en cuivre (4) et manquant d'étain, devaient d'autant mieux commercer avec l'Europe centrale, notamment la Bohème, où l'étain abondait. On conçoit la richesse que ce transit apportait en Troade. Les besoins en cuivre de l'Europe étaient tels que, dès Troie II, Chypre expédie du cuivre en cette ville comme en témoignent les poignards chypriotes découverts dans le soi-disant trésor de Priam(5).

La route suivie par les produits chypriotes pour gagner l'Hellespont pouvait passer par Cibyra, mais aussi par Sagalassos et Dineir (Apamée). Ces deux routes sont jalonnées par des témoins de l'industrie chypriote. La première par de la céramique (6) , la

( l ) Nos Civilis. préhell, 2^ éd.. pp. 266-267.

(2) Hubert, op. cit., p. 24; voir Dêchelette, Manuel, II. p. 106. M. Pupil reprendra prochainement la chronologie des tombes du Kouban et de l'Arménie russe. Hubert, ibid., p. 26, a observé : « rindication chronologique donnée par le dépôt de Byblos vaut pour l'Europe et interdit d'y rajeunir excessivement l'âge du bronze ».

(3) Hubert, op. cit., p. 29.

(4) Sur la mine d'Argana Maden, exploitée dès l'antiquité, voir Unger, dans Ebert, Reallexikpn, s. v.

(5) Nos Civilis. préhell., 2'' éd., p. 139.

(6) Ormerod, Annual oj the British School at Athens, XVI. p. 96 et pi. VII.

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seconde par du métal ( I ) . Mais c'est surtout ce dernier qui ralliait par la voie de terre (pi. I) le grand emporium que constituait la fameuse cité de Troie. L'intimité entre Chypriotes et gens de cette côte anatolienne se marque, tout au moins au début de l'âge du fer, par les rapports linguistiques qui ont été relevés entre les vieux dialectes grecs de Pamphylie et ceux de Chypre.

D'autre part, M. Rostovtzeff a déjà signalé des rapports, à haute époque, entre les régions caucasiques et la Mésopotamie ( 2 ) . Une brillante confirmation a été apportée récemment par les découvertes de Ur qui, non seulement attestent le grand usage du cuivre à l'époque présargonique, mais aussi que ce cuivre était importé des régions transcaucasiques, puisqu'il a été découvert à Ur quatre épingles à raquette, deux en argent et deux en bronze ( 3 ) . Ces pièces-témoins ont été drainées jusqu'en basse Chaldée par le commerce du cuivre.

Il y a donc lieu de distinguer entre les producteurs de cuivre et les artisans qui dans les divers pays travaillent le métal, et cela explique la légende des Telchines qu'on nous représente comme habiles à travailler le fer et le cuivre, c'est-à-dire que les Telchines étaient d'habiles fondeurs mettant en oeuvre le métal reçu à l'état brut. Si on nous les représente comme ayant passé ensuite à Chypre et à Rhodes, ce n'est évidemment pas qu'on vise le travail des mines(4) .

Ces rapports commerciaux bien établis nous permettent d'aboutir à quelques conclusions sur des emprunts d'un autre ordre, car nous savons maintenant sur quelles routes pouvaient cheminer les

( I ) Ihid., XVIIl, p. 94 et fig. 9. d et e. L'auteur se demande si ces poignards étaient ainsi exportes non finis pour être terminés par les armuriers locaux ou si ces pièces représentaient plutôt des lingots. A notre avis, la première hypothèse est la bonne. Le dépôt d'outils et d'armes découvert par MM. Schaefîer et Chenet à Ras Shamra (voir Syria, X, fasc. 4) a fourni tout un lot de pièces, provenant vraisemblablement de Chypre, à l'état de neuf, mais non fini. Ainsi la soie des épées n'est pas encore percée pour recevoir le tenon qui maintiendra le manche. Tous les outils ou armes sont à l'état de neuf, mais non affûtés. La variété des objets ne permet pas de songer à des lingots.

' (2) Notamment Rostovtzeff, Revue archéoL, 1920, II, p. 1 et Iraniana and Greek.s, pp. 27 et suiv.

(3) Frankfort, Antiquaries Journal, 1928, pp. 230 et suiv.

(4) Strabon, XIV. 2. 7; cf. ihid., III. 4. 15.

représentations religieuses et les formules d*art qui en étaient inséparables.

En nous fondant sur les documents mis au jour jusqu'alors, nous avons, il y a seize ans, tenu pour vraisemblable que le symbole divin de la double hache s'était répandu de Crète en Carie. Lydie et Ptérie. Le reflux de la population égéenne en Carie semblait favoriser cette opinion puisque le centre du culte de la double hache en Asie paraissait être la Carie ( 1 ) . Nous devons reconnaîtra que les découvertes faites depuis, laissent au moins la question ea suspens.

En tout cas, l'argument que la plus ancienne représentation de la double hache en Asie Mineure n'était pas antérieure à la seconde moitié du deuxième millénaire avant notre ère, tombe maintenant que le P. Ronzevalle a reconnu la présence de cet attribut divin sur le cylindre Tyszkiewicz. Il est vrai que l'antiquité de ce symbole en Crète est plus reculée qu'on ne le pensait (première moitié du deuxième millénaire), puisqu'on a découvert des haches doubles symboliques, l'une en cuivre, deux autres en plomb, dans un tombeau de Mochlos remontant au Minoen Ancien 11(2) (vers 2500).

Si, malgré la haute antiquité de la double hache en Crète, on incline vers une transmission d'Asie Mineure en Crète, il n'en est que plus remarquable que les Minoens aient adopté ce symbole au point qu'il est devenu l'élément le plus caractéristique de leur culte.

Quoiqu'il en soit, on s'accorde à établir un lien entre la double hache des divinités d'Asie Mineure et celle des divinités Cretoises. Mais quel dieu caractérise-t-elle ? Il nous a semblé que ce symbole était, dans l'une et l'autre contrée, attribué au dieu céleste. De savants auteurs l'attribuent également à la déesse. Ils supposent même, en s' appuyant sur une légende rapportée par Plutarque, que

(1) Nos Ciui7i5. préhell, 2« éd.. p. 245. Paul Foucart, Monuments Piot, XVIII, pp. 145 et suiv., tenait le symbole de la double hache pour originaire d'Asie. Evans, The Palace of Minos ai Knosaoa, II, \ (1928), p. 28. utilisant les indications de M. Newberry. fait venir la double hache d*Egypte. où ce culte serait attesté dès la cinquième dynastie (vers 2750-2625). D'autre part, M. Woolley annonce la découverte à Ur d'une double hache en or qu'il estime très ancienne et qui paraît, en effet, présargonique.

(2) Nilsson, The Minoan-Mycenaean Religion, p. 163.

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la double hache fut d'abord l'attribut de la déesse avant de devenir celui du dieu ( I ) . Mais que vaut cette légende ?

Plutarque rapporte qu'Héraclès, l'ancêtre présumé d'une dynastie lydienne, aurait dépouillé Hippolyte, la reine des Amazones, de la bipenne ou labrys pour la remettre à Omphale qui la transmit aux Héraclides lydiens. Ceux-ci l'auraient conservée comme attribut royal jusqu'au règne de Candaule. Elle revint alors au meurtrier de ce dernier, au roi carien Arselis de Mylasa, qui l'attribua au Zeus de sa ville, surnommé Labrandeus.

Il est légitime d'essayer de tirer un parti historique de la légende; encore faut-il qu'elle s'y prête et ne soit pas pure fiction.

Une tentative dans ce sens par M. Leonhard(2) a rencontré tout d'abord une grande faveur, parce qu'on était avide de relever ce qui pouvait mieux faire connaître le peuple des Hittites et que le savant auteur apportait le moyen de nourrir leur histoire d'un cycle de légendes. A vrai dire, la voie dans laquelle on engageait la question des Amazones était singulièrement dangereuse, et il nous semble que M. Rostovtzeff l'a justement qualifiée an historical misconception ( 3 ) . Elle tend à expliquer la légende des Amazones par une méprise des Grecs, qui auraient tenu pour des femmes les Hittites figurés sur les bas-reliefs rupestres. Cette hypothèse surprenante n'est pas recevable, car rien n'est plus mâle que le costume du guerrier hittite et. d'ailleurs, que pourraient valoir les renseignements fournis par des étrangers assez ignorants du passé pour être capables d'une telle bévue >

Il faut considérer que, d'une part, les Amazones sont localisées sur le Pont Euxin, notamment à Themiscyre, dont la plame, bien irriguée par le Thermodon et l'Iris, jouit d'un climat très doux et se

(1) Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 517. L'hypothèse que développe le savant archéologue (ihid., chap. VI et p. 13) est singulièrement séduisante puisqu'elle conduirait à reconnaître sous les mythes relatifs aux Amazones t des faits historiques, dont le développement placé entre le XIV^ et le XI*' siècle, a quelque rapport, à la fin, avec la civilisation ionienne » qui s'introduit à Éphèse vers le milieu du XI® siècle.

(2) Leonhard, Hittiter und Amazonen, Leipzig. 1911.

(3) Rostovtzeff, Iranians and Greeks in South Russian, p. 34. La Cambridge Ancient History, t. H, p. 647, souligne le titre de l'oeuvre de Leonhard par ce mot : jancijul. Cependant, elle séduisit nombre de savants à son apparition, notamment J.-A. Reinach.

prête à l'élevage du cheval comme à la multiplication du gibier ( I ), à moins qu'on ne les place chez les Sauromates. D'autre part, let principales Amazones citées sont les éponymes des villes côtière» comme Cymé, Myrina, Smyrne. Rien dans ces localisations n'autorise à placer le point de départ de la légende amazonienne sur le haut plateau de Cappadoce.

On s'illusionne donc quand on cherche à rattacher cette légende à l'histoire des Hittites. On connaît suffisamment cette dernière aujourd'hui, pour constater qu'elle ne s'accorde en aucun point avec les (( récits merveilleux, traditions absurdes et invraisemblables », comme les caractérisait déjà Strabon(2). Ces récits ne paraissent d'ailleurs pas antérieurs à l'époque grecque classique et ils se développaient encore à l'époque hellénistique (3 ) . Ils nous montrent les Amazones partant à la conquête de l'Occident, et on sait que tout l'effort des Hittites s'est porté vers l'est. Et quand on nous signale que les Amazones abandonnent l'Asie Mineure, nous les voyons s'enfoncer dans les régions du Caucase et dans le pays sarmate, où les Hittites ne se sont pas aventurés (4) .

L'hypothèse beaucoup plus acceptable que M. Rostovtzeff a brillamment exposée, et d'après laquelle la légende amazonienne refléterait un état social préhellénique (5 ) , demanderait tout

(1) Strabon, XII, 3. 1 5.

(2) Ihid., XI, 5. 3.

(3) Ne prétendait-on pas que Thalestrie, la reine des Amazones, 8*était rendue en Hyrcanie pour s'unir à Alexandre le Grand? Cf. Strabon, XI, 5, 4.

(4) Ainsi que le remarque Rostovtzeff, Iranians and Greeks, p. 33, la légende de cette migration s'inspire des relations établies entre les rivages du Pont Euxin.

(5) Rostovtzeff, Revue des Etudes grecques, 1919. p. 468; cf. Revue de l'Hist. des Relig., 1921, II. pp. 1 75-1 76. et Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 728. Tout repose, en somme, sur le fait que certains peuples, les Lyciens comme les Sauromates. se qualifient par le nom de leur mère. Les textes ont été réunis par Radet, La Lydie et le Monde grec, pp. 122-123, qui ajoute : « II est possible qu'à l'origine, des coutumes semblables aient existé en Lydie et que l'importance attachée par les riverains de l'Hermus à la transmission du pouvoir jroyal en ligne féminine soit le .reste d'un matriarcat primitif. » II est singulier que les inscriptions ne semblent pas confirmer le témoignage d'Hérodote, I .173 et de Nicolas de Damas, F. H. C, III. 461 ; cf. Joh. Sundwall, Die einheimischen Namen der Lykier, {Klio, Beiheft XI), p. 257 : « Ein Métronymikon ist in der Tat in den epichorischen Inschriftcn aus Lykîen nicKt nachweisbar. Es scheint immer der Name des Vaters zu sein. » Le petit nombre de cas où intervient le nom de la mère s'explique par l'hypothèse qu'il s agit

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cl*abord qu'on définisse exactement cet état social. L'étude des sociétés primitives, notamment de celles où règne le Mutterrecht, conduit à des résultats tout différents ( 1 ) . Elle montre que la filiation suivant la ligne féminine ne préjuge rien en ce qui concerne la position de la femme dans la famille et dans l'Etat. Même lorsque ce sont les femmes qui héritent ou qu'elles tiennent un rôle plus ou moins éminent dans le culte ou les cérémonies magiques — ce qui paraît être le cas dans la Crète minoenne, — il ne s'ensuit pas obligatoirement qu'elles possèdent l'autorité. Même dans les sociétés où, par exception, les femmes (il s'agit des mères) joignent la puissance politique au privilège de l'héritage, il n'en résulte pas qu'elles assurent la garde de la communauté, les armes à la main. Et s'il est des cas où l'on arme des jeunes filles, ce n'est jamais une organisation comme celle des Amazones. Le mythe des Amazones est une pure fiction, et vouloir l'expliquer d'après un état social déterminé est aussi peu admissible que si l'on se représentait TAthéna guerrière comme la survivance d'une coutume qui dressait les femmes athéniennes au métier des armes (2).

Une des conséquences de notre étude montrant que, dès une haute époque, TAnatolie occidentale a joui d'un développement indépendant de l'empire hittite, qui ne l'a jamais subjuguée, est l'élimination totale de la prétendue historicité de la légende des Amazones.

Les conclusions de M. Picard sur k le caractère spécial de l'Éphésia, déesse plus semblable à une Mère anatolienne qu'à la vierge chasseresse du Panthéon hellénique ( 3 ) » n'en sont pas atteintes. On observera seulement qu'il est inutile de rabaisser jus-

d'une hiérodule. Les monuments que nous avons étudiés ici, aussi bien les cylindres-cachets d'Aïdin que les idoles cappadociennes en pierxe, écartent toute conception de matriarcat.

( 1 ) On en jugera dans le résumé que Thumwald donne de la question dans le Reallexikon d'Ebejrt, s. Familie. Voir encore, dans le même recueil, les articles du même auteur, Fraueneinfluas et Frauenorganisationen {Kriegerische) . Le terme de « matriarcat » est réduit par Piganiol, Essai sur /es Origines de Rome, p. 156, note 1, à l'acception de parenté utérine.

(2) C'est la question que s'est ingénieusement posée Mme D. le Lasseur, Les déesses armées dans l'art classique grec et leurs origines orientales, Paris, 1919, et qu'elle xésout, pour Athéna, par un emprunt à Ichtar et. à l'origine même, comme une conséquence du matriarcat.

(3) Picard, op. cit., p. 449 et chap. VIII.

qu'à la période des Amazones ( l ) , autrement dit au XIV* siècle, le culte de la Terre-Mère dans la vallée du Caystre.

La légende de Plutarque concernant l'origine de la labrys ne saurait être prise en considération. Elle groupe arbitrairement des éléments divers dans la seule intention de rattacher la dynastie lydienne à Héraclès et elle y réussit en inversant l'ordre des facteurs. La double hache a pu être un attribut royal, mais, dès une haute époque, nous la voyons devenue un symbole divin. Si le roi se l'attribuait alors, c'était vraisemblablement pour se rapprocher du dieu ou comme ministre du dieu. En tout cas, les cylindrescachets d'Aïdin, que nous avons étudiés plus haut, attestent que le grand dieu de la région l'a possédée avant toute influence hittite ( 2 ) . Il est curieux de constater la permanence de ce symbole dans le culte local. Le Louvre possède des bijoux lydiens en or, en forme de bipenne, qui proviennent des environs d'Aïdin et ont pu être utilisés comme des ex-voto (3).

Si la bipenne a été certainement l'attribut du dieu céleste, il ne s'ensuit pas nécessairement que la déesse ne Tait pas aussi possédée. Les raisons que fait valoir M. Ch. Picard sont à considérer : la légende des Amazones en tant que prêtresses tenant la labrya, le dépôt de deux doubles haches en ivoire et d'une autre en electrum dans les plus anciennes couches de l'Artémision d'Éphèse(4) . aussi certains cachets Cretois sur l'interprétation desquels nous reviendrons.

En ce qui concerne ces derniers, M. Nilsson, qui les a soigneusement examinés à ce point de vue, conclut que la femme qui y apparaît en rapport avec la double hache, peut aussi bien être une prêtresse qu'une déesse ( 5 ) .

(1) Ihid., p. 468.

(2) Ch. Picard, op. cit., p. 520, conclut déjà à l'existence très ancienne, en Asie Mineure, du « culte d'un maître à la bipenne », mais se demande si, primitivement, ce dieu était hittite.

(3) Perret et Chipiez, Hist. de VArt, V, pp. 244 et suiv., les attribuent au VII^ siècle. Ils pourraient être du VIII^ siècle à cause de la coiffure des personnages qui n'est pas le kJaft, mais la perxuque à étages.

(4) Il est excessif d'en conclure que « l'Ephésia l'a portée comme attribut > (Picard, op. cit., pp. 412 e t517), car on déposait dans les temples des objets de toute sorte.

(5) Nilsson, op. cit., p. 191.

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Sans vouloir reprendre la question par le détail, nous remarquerons que la découverte de deux curieuses intailles vient confirmer notre opinion, qui refuse la double hache à la déesse ( 1 ) . Il sagit d'un sceau provenant de la grotte de Psychro, actuellement conservé à l'Ashmolean Muséum, et d'un autre cachet provenant d'une tombe de Kalkani près Mycènes ( 2 ) . Sur ces deux intailles se dresse la grande déesse entre deux lions (fig. 13) d'une part, entre deux

Fi». 13.

La gnnuh' (l^«»sso aux lions supportant la voûte céleste;

au-dessus la bipenne.

griffons de l'autre. Des deux mains elle supporte, non des arcs comme on l'a suggéré (3), mais une image de ce que les anciens appelaient la voûte céleste, le firmametum ou raqia de l'Ancien

(1) Nous la refusons à la déesse; mais non aux prêtresses du dieu.

(2) On en trouvera de bonnes reproductions dans Nilsson, op. cit., pi. 11^ 8 et 9. Il n'y a pas lieu, croyons-nous, d'en rapprocher la pendeloque en or d'Egine {ihid., fig. 94) qui représente, à n'en pas douter, des serpents, bien que la ligne flexueuse limitant le ciel ait souvent pris la forme d'un serpent comme sur les koudourrous cassites.

(3) Ou encore moins des serpents, comme propose Picard, Ephèse et Claroa, p. 301, note 8. Nous n'avons pas écarté le serpent de la déesse; mais nou» avons estimé {Civilis. préhelL, 2® éd., pp. 391 et suiv.) que les statuettes théâtrales de Cnosse représentaient plutôt des acolytes que des déesses.

Testament, qui était au monde céleste ce que la terre était au monde terrestre et qui, notamment, retenait les eaux d'en haut(l).

La même voûte céleste — plutôt que la voie lactée — est représentée sur la grande bague d'or de Mycènes (2), où l'on voit nettement que la ligne flexueuse délimite le monde céleste d'où sont descendus un être divin armé du bouclier en huit et le symbole de

Fif?. 14.

(Jrande bajfuc d'or de Mycènes.

La ligne flexueuse représente le « firinaïuentum ».

la double hache (fig. 14). Plus nettement encore, si c'est possible, la ligne flexueuse apparaît sur un anneau d'or (fig. 9) découvert à Tirynthe ( 3 ) .

La gemme trouvée dans la tombe de Kalkani (fig. 13) figure la double hache au-dessus de la voûte céleste que soutient la déesse.

( 1 ) Cette vieille conception se retrouve à basse époque d'apj-ès Fr. Cumont, Revue des Etudes Anciennes, 1906, p. 281, sur une stèle du Louvre figurant Cybèle et trouvée à Ouchak. Il est probable que le sculpteur a utilisé toute la place disponible; mais il est curieux, tout au moins, de constater que le polos de la déesse paraît soutenir la voûte céleste.

(2) Nos Civilis. préhell., 2« éd., p. 387, fig. 287. Ed. Meyer, Gesch. des Altert., II, 1, p. 194, note 1, dit justement que ces lignes ondulées ne représentent ni la voie lactée ni des nuages, mais qu'elles séparent le ciel de la terre.

(3) Archaeol. Anzeiger, 1916, p. 147, fig. 5.

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Il apparaît donc que la Méier oreiè (fig. 15) crétoîse passait pour supporter la voûte du ciel et loin d être son symbole, la double hache reste l'attribut du dieu céleste.

L*analogie entre le culte anatolien et le culte minoen s'affirme encore par l'attribution du lion à la déesse et celle du taureau au dieu ( 1 ) , sans qu'on puisse bien saisir les rapports qu'on entrevoit avec le monde oriental et mésopotamien où règne la même répartition. La relation des divinités minoennes avec leur animal-attribut

Fig. 15.

La grande déesse aux lions sur la montagne.

se retrouve dans l'association de la double hache soit avec la tête de taureau, soit avec les cornes de consécration (fig. 16), et l'on peut conjecturojr que les rhytons en forme de taureau ou de tête de taureau étaient plus particulièrement destinés au culte du dieu, notamment comme ex-voto, tandis que les rhytons en forme de lion (2) répondaient mieux à la déesse.

Dès lors, nous ne saurions accepter l'hypothèse de Milchhôfer(3)

(1) M. NiUson, op. cit., p. 337, s'élève contre la tendance à simplifier les figures divines qu'il relève chez la plupart des auteurs qui ont traité des mythes et des cultes minoens. Nous avons depuis longtemps pjrotesté {Civil. préhelL, 2® éd., p. 327, note 2) contre le Dual Monotheiam dont on a voulu faire l'essence de la xeligion minoenne. Toutefois, si abondant que fut le panthéon de ces anciens peuples anatoliens et minoens, les entités de premier plan étaient peu nombreuses.

(2) Rhytons cappadociens en forme de lion, dans Genouillac, La Céramique cappadocienne, et Frankfort, Studies, II. En Crète, la fameuse tête de lionne; cf. Civilis. préhell., 2® éd., fig. 35.

(3) MUchhofer, Die Anjange der Kunst, p. 116.

que M. Nilsson incline à reprendre et d'après laquelle la double hache, au lieu d'être le symbole du tonnerre — ce qui implique son appartenance à un dieu céleste. — n'aurait été à l'origine que la hache avec laquelle on procédait au sacrifice — ce qui excluerait l'attribution à une divinité déterminée ( I ) .

Cette hypothèse ne s'appuie sur aucune représentation figurée de haute époque. Nos cylindres prélydiens montrent qu'un homme était rituellement mis à mort avec la lance; mais qu'on sacrifiait l'animal avec un couteau. En ce qui concerne les pratiques Cretoises, M. Nilsson reconnaît qu'aucune scène de sacrifice minoen n'utilise la double hache pour mettre à mort l'animal (2).

Fig. Ifi.

La double hache associée à la tête du taureau

et aux cornes de consécration.

En réalité, il semble que la double hache n'ait pas été d'un grand usage dans la pratique profane et que sa fortune est due uniquement à son adoption comme attribut religieux (fig. 17), incorporant et représentant le dieu céleste ( 3 ) .

Nous avons indiqué déjà que les cultes bacchiques sont indigènes en Lydie, où ils furent adoptés par les Phrygiens lors de leur installation en Asie Mineure. Ainsi, suivant la remarque de M. Nilsson,

( 1 ) Nilsson, op. cit., p. 192.

(2) Ibid.. p. 196.

(3) Nos Civilis. préhell., 2^ éd., p. 342.

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les cultes qu'on a coutume de désigner comme phrygiens sont en grande partie d'anciens cultes indigènes ( I ) . Le même auteur a insisté, d'autre part, avec une force nouvelle sur le caractère mystique et orgiastique du culte crétois de Zeus(2), et l'on ne peut méconnaître le parallélisme qui existe entre le Zeus crétois et le Dionysos crétois ou Dionysos Zagreus. La légende affirme leur parenté; le taureau est une des formes de Dionysos aussi bien que du Zeus crétois(3). De même Sabazios, en Anatolie, sera identifié soit avec Dionysos soit avec Zeus.

Ainsi des notions religieuses aussi bien que des ustensiles du culte paraissent s'être transmis d'Asie Mineure en Crète; il doit en être de même de certains motifs décoratifs, d'autant qu'ils ont pu avoir une signification cultuelle.

Fijr. 17.

M'Miic pour doubles-haches votives.

C'est le cas de la spirale et, plus particulièrement, de la spirale double. Nos cylindres-cachets d'Aïdin enchâssent la scène rituelle entre la tresse et la spirale. On peut présumer que ce n'est pas sans intention. La tresse appartient de longue date à la symbolique mésopotamienne et très vraisemblablement, comme Six l'a proposé (4) , elle a une valeur aquatique comme représentation de l'eau

(1) Nilsson, Minoan-Mycenaean Religion, p. 500. Déjà indiqué par Graillot, Le Culte de Cyhèle, pp. 13-14.

(2) Ibid., p. 508.

(3) Ciui7i». préhell, 2^ éd.. pp. 391-392.

(4) Dans Syria, VI (1925), pp. 205 et suiv. Nous en avons fait l'application a un monument sumérien de Tello; voir La domestication de la race bovine. Essai de reconstitution d*un mythe chaldéen, dans Revue de l'Histoire des Religions, 1927, I, pp. 11-12.

courante, spécialement dans les scènes religieuses. Nos cylindres semblent attribuer la même valeur à la spirale, associant ainsi deux symboles équivalents, mais d'origine différente, la tresse venant de l'est, la double spirale d'origine locale, à moins qu'elle ne provienne de Crète.

On observera, en effet, que le premier palais de Phaestos a fourni une table à libation décorée de spirales et de taureaux dont la valeur symbolique ne peut être douteuse ( 1 ) . La double spirale, puis la spirale double liée, s'attache à la décoration des vases parce que, comme la ligne ondulée, elle est une image de l'eau (2). Et cela dès une époque reculée, puisque le vase de Mochlos qui porte la spirale double remonte au Minoen Ancien III (3).

On invoque fréquemment une communauté de race entre les anciennes populations de l'Asie Mineure occidentale et les Minoens pour expliquer toutes ces analogies. Il est prudent de ne rien préjuger au sujet de la question d'origine, puisque les rapports commerciaux y suffisent. La communauté d'origine n'explique pas que les analogies aillent en se multipliant avec le temps (4).

Le commerce seul a pu apporter à Troie et à Yortan (Mysie)

( 1 ) Cii;i7. préhell, 2' éd.. fig. 259 et 260.

(2) Nous ne voulons pas dire que la double spirale n'a jamais eu une simple valeur décorative; mais qu'elle a été fréquemment utilisée pour évoquer l'eau — il suffira de comparer les décors des vases reproduits dans nos Civil, préhell., 2^ éd., fig. 23 et 24, pour se convaincre de la valeur des motifs, ligne ondulée et double spirale, — et c'est pourquoi, dans la décoration, on l'associe à des plantes aquatiques comme le lotus. A l'époque assyrienne, les sculpteurs se plaisent à figurer le remous de l'eau au moyen de la spirale. C'est dire que nous ne saurions admettre l'hypothèse d'Ed. Meyer, Gesch. des Altert., 1, § 512, d'après laquelle le dessin de la spirale aurait pour prototype •e fil métallique étiré et enroulé; car on ne voit pas ce que le fil métallique vient faire dans la décoration peinte des vases.

(3) Civil, préhell, 2^ éd.. p. 369.

(4) Sur la question de communauté de race entre Asianiques et Minoens, voir Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 564 et NiUson, The Minoan-Mycenaean Religion, p. 500. Ed. Meyer, Gesch. des Altert., I. §§ 505 et 522 — avec atténuation dans la dernière édition sur laquelle est établie la traduction française — pensait que la population primitive des îles venait d'Asie Mineure. Vers la fin du III® millénaire, une autre population, dont on ne nous dit pas 1 origine, aurait subjugué les anciens occupants en leur empruntant leur culte et leur civilisation qu'ils auraient même développés. Cette conception ingénieuse tient compte de la continuité offerte par la civilisation minoenne qui, pour nous, est le fait essentiel devant lequel toutes les migrations imaginées restent sans grande importance.

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les i<]oles égéennes qu'on y a trouvées et qui ont été imitées par les artisans locaux ( I ) . Des rapports cultuels ont seuls fait employer dans Troie II cette épingle d'or qui. à l'imitation de la table à libation du palais de Phaestos, est décorée de spirales et porte un petit plateau sur lequel posent six cruches à libation ( 2 ) .

Il ne suffit pas d'ailleurs d'envisager les analogies entre civilisation troyenne et civilisation minoenne, et la définition de l'importance de Troie comme due (( à sa situation dans le voisinage de la grande route maritime de l'Hellespont (3) », n'est que partiellement exacte. L'importance commerciale de Troie tient aussi au trafic terrestre entre l'Asie et l'Europe. De là les analogies relevées entre la civilisation troyenne et celle de Thrace. Pour l'illustrer d'un seul exemple, il suffira de rappeler les belles haches de pierre (4) qui appartiennent au plein âge du métal et qui ont certainement été importées d'Europe à Troie 11(5).

La complexité des échanges ne se reflète pas seulement dans la diversité des produits, elle explique encore que certains rapprochements ne puissent s'établir que partiellement. Ainsi la céramique égéenne du Minoen Ancien offre un décor totalement inconnu à la céramique de la Troade, mais on constate cependant une singulière analogie de forme, en particulier pour les cruches à long bec ( Schnabelkanne ) , si caractéristiques ( 6 ) .

La richesse de Troie II est apparue grâce aux fouilles de Schliemann par le nombre de pièces de métal mises au jour : or, electrum, argent, bronze, plomb. Cet afflux de métal a précisément

( I ) Civilis. préheU., 2*^ éd., pp. 139 et 143.

(2) Ibid., fig. 102.

(3) Ed. Meyer, Hist de VAnt. (trad. Rutten), I. § 499. A compléter d'ailleurs par le § 500 où il est dit qu'on ne saurait être trop prudent en ce qui concerne les parentés ethniques.

(4) Civilis. préhelL, 2*' éd., p. 143 et fig. 106; voir la belle reproduction (la seule qui ait été donnée jusqu'ici par la photographie) dans Ebert, Reallexicon, I, pi. 62.

( 5 ) Tallgren, dans Ebert, Reallexicon, s. Borodino.

(6) Frankfort, op. cit.. Il, p. 86, imagine des mouvements de peuples que nous ne sommes pas en état de contrôler; mais outre qu'une immigration n'amène pas toujours de changement notable dans une civilisation — comme

ce fut le cas des Philistins en Palestine le phénomène est beaucoup moins

simple qu'il ne parait.

servi, à M. Frankfort d*explication pour la décadence que subit alors la céramique locale ( 1 ) .

Quand on considère le grand emporium que fut Troie 11(2), et si Ton songe que les Cretois se rendaient plus facilement en Troade qu*à Chypre, on inclinera à penser que, tout au moins avant le grand développement maritime au temps de la XVIIP dynastie, c'est à Troie principalement que les Égéens prirent contact avec la civilisation suméro-accadienne dont l'influence chemina le long de la route Mazaca-Tralles-Sardes-Thyatire-Troie.

Nous aurons donc une vue très nette des progrès de la civilisation égéenne si, d'une part, nous tenons compte de la richesse et de la puissance des Troyens dans la seconde moitié du troisième millénaire (Troie II) et si, d'autre part, nous admettons l'étendue de leurs relations commerciales aussi bien sur mer que sur terre.

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