‹ La Lydie et ses voisins aux hautes époques [microform]Chapitre 4 sur 14 · MM · texte numérisé non relu

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jusque vers 1450. Si puissant qu'apparaît à l'extérieur Tempire hittite, sa constitution interne est très faible car il est fondé, en Asie Mineure même, sur un conglomérat de peuples toujours prêts à se dissocier. On le verra ainsi disparaître au XIT siècle, non sous le coup d'un conquérant, mais par simple désagrégation.

La période de deux siècles pendant laquelle les Hittites vivent repliés sur eux-mêmes, correspond à la grande activité des Hyksos — ceux-ci ne sont donc pas les Hittites — puis au redressement de la puissance égyptienne, à partir de 1580, avec l'avènement de la XVIII* dynastie. Reprenant l'hypothèse d'un grand empire Hyksos, qui s'étendrait d'Assour jusqu'en Egypte, en Crète et en Asie Mineure, M. Gôtze en place le centre dans le Mitanni, occupant, avec les Khurri venus des régions arméniennes, la Haute-Djézireh actuelle qui correspond au Naharina des textes égyptiens. On explique qu'à la faveur de cette situation, les mythes et les éléments cultuels mésopotamiens se seraient introduits en Asie Mineure; mais, en réalité, c'était chose faite depuis plus d'un millénaire. D'autre part, on considère que, grâce à ce vaste empire comprenant jusqu'au delta du Nil, les éléments égyptiens se sont répandus à profusion chez les Hittites. Peut-être l'activité des échanges n'impose-t-elle pas une conception des événements aussi grandiose.

M. Ed. Meyer, écartant les Cassites et les Hittites, aboutit également à la conclusion que les Hyksos sont surtout des Khurri ou Mi^nniens et admet que Khian, dont on a trouvé le nom à la fois sur des lions de basalte en Babylonie et sur des fragments de vase d'albâtre dans le palais de Cnosse, a, en effet, étendu sa suzeraineté depuis la Babylonie jusqu'en Crète ( I ) . L'importance du contingent mitannien en Syrie rend très vraisemblable que ce peuple prit part à l'invasion du Delta du Nil. L'analogie entre l'enceinte de Tell el-Yahoudiyé en Egypte et celle de Mishrifé-Qatna est, à ce point de vue, d'un intérêt tout particulier ( 2 ) . Toutefois, on ne peut méconnaître un fort appoint sémitique parmi les envahisseurs, car les sources égyptiennes montrent que le gros des

(1) Ed. Meyer, op. cit., II. I (1928). pp. 41 et suiv. Curieuse hypothèse de Th. Reiliack, Les Matiènes, dans Revue des Et. grecques, 1894, p. 313, pour retrouver le nom des Mitanniens à basse époque.

(2) Sur les noms mitanniens révélés par les textes de Mishrifé-Qatna, voi" la prochaine publication, dans cette Revue, par M. ViroUeaud.

Hyksos était constitué par des Sémites ( I ) et, d'autre part, l'hypothèse d'un grand empire hyksos paraît, jusqu'ici, toute gratuite.

Quoiqu'il en soit et si nous laissons de côté le problème hyksos qui complique la question, il est certain que le Mitanni, arrivé au faîte de sa puissance, a fait sentir son autorité sur l'Assyrie à Test et sur la Syrie à l'ouest. Au temps de Thoutmès III, Saushshatar, roi du Mitanni, s'empare du royaume d'Alep. Les chefs mitanniens de la race des Khurri (2) , venus de Transcaucasie, sont sans grande civilisation. Ils adoptent celle de leurs nouvelles possessions et par là s'explique la similitude des représentations que M. Contenau a signalées sur les cylindres de Gézer. de Chypre et de Kerkouk(3).

Bien que les Pharaons de la XVIII*^ dynastie aient fortement ménagé le royaume du Mitanni en lui laissant Alep et son territoire, cependant leur offensive détermina dans le proche Orient un ébranlement, dont l'Assyrie et les Hittites devaient chercher à tirer parti. Tutkhaliyash II (après 1450) fonde le nouvel empire hittite et reprend la tradition des anciens rois en attaquant Alep. Le Mitanni reprend l'avantage contre Khattushilish II, le grand-père de Shuppiluliumash, en s'emparant de la Cappadoce orientale (Kizwatna). Bientôt la puissance hittite est réduite à la région de Khattushash, la capitale (Boghaz-Keui) , et à celle de Mazaca. Arzawra (Cilicie) s'est révolté et occupe le pays jusqu'à Tuwanuwa (Tyane). De même le Pont s'est soulevé et les Kashka turbulents poussent jusqu'à Boghaz-Keui qu'ils incendient.

Le génie de Shuppiluliumash (1395-1355) rétablira l'empire hittite dans son intégrité. Il mène de front la réorganisation inté-

( 1 ) W. Wolf, Der Stand der Hyksosfrage, dans Z. D. M. G., 1928. p. 67.

(2) Ces Khurri, dont le nom était lu tout d'abord Kharri, ont été identifiés à tort aux Aryens. Ed. Meyer, Gesch. des Altert., II, l ( 1928), p. 371, note 1. n'accepte pas que ce terme de Khurri représente une population de la région arménienne. D'autre part, ces Khurri n'ont rien à voir avec les Horites de Palestine. On a reconnu que la langue des Khurri et celle du Mitanni représentaient deux dialectes du même langage qu'on a proposé de dénommer le Subarien. M. Hrozny, dans un mémoire à paraître, expose que le nom des Khurri se conserve dans celui de l'Osrhoène et que leur grand centre était Édesse.

(3) Contenau, Glyptique syro-hittite, pp. 158-165. L'emprunt est bien le fait des Mitanniens, comme le montre la glyptique de Kerkouk, car celle-ci, d'après Contenau, Les Tablettes de Kerkouk, p. 82, n'ofïre « point de scènes proprement dites, mais un assemblage de motifs et de groupes dont beaucoup sont identifiables *

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rîeure et Taction politique sur les petits Etats voisins qu'il attache à sa fortune, notamment par des liens de famille. Puis il entreprend la conquête de la Syrie du nord contre Tushratta, roi du Mitanni, dont elle dépend. Les identifications, que nous avons récemment proposées de villes entre Alep et Hama, montrent l'étendue des possessions du Mitanni en Syrie(l). Qatna (Mishrifé) implorait l'aide du Pharaon; mais en réalité ses chefs se rattachaient au Mitanni, à la région de Kerkouk et à la Chaldée. Le sort que Shupptluliumash fait subir à Qatna, qui ne relèvera plus ses vieux sanctuaires sumériens, devait servir d'exemple à ceux qui résistaient à son habile pression politique. Tushratta abandonne sa capitale, Washuganni, qui est incendiée comme Qatna.

Les Hittites occupent la Syrie jusqu'à Qadesh sur l'Oronte et ce territoire est divisé en deux Etats, celui de Karkémish et celui d'Alep, que Shuppiluliumash confie à deux de ses fils. Cette division, qui ne répond à aucune condition géographique, marque l'intention d'assurer la défense de l'empire hittite. Karkémish est dressé contre les puissances de Mésopotamie, toujours prêtes à franchir l'Euphrate, et Alep contre l'Egypte. Cependant, à la mort du grand roi, les provinces de la région arménienne étaient en pleine révolte et. au sud de l'Anatolie, les Lyciens (Lukka). le« Pédasiens (Pitashsha) leurs voisins de l'ouest, les Ciliciens (Arzawa) secouaient le joug.

Le second successeur de Shuppiluliumash. Murshilish II (Mursil) , reconstitue l'empire hittite. Il écrase Arzawa, reprend Karkémish où il installe un de ses fils, et Alep qu'il confie à un neveu. On le voit encore en lutte contre le pays d'Akhkhiyawa sur lequel nous

allons revenir.

Sous Muwatallish (vers 1325-1305) l'Egypte reprend en Syrie une politique active. Séti V ( I 320-1 3 12) remonte jusqu'à Qadesh sur l'Oronte où il dresse sa stèle de victoire. Ramsès II poursuit énergiquement cette action qui le conduit à la grande bataille de Qadesh (2) ; mais la frontière n'en est pas changée et finalement

(1) Syria, 1928, pp. 170-171. Il s'agit de Murmurik, Shipri, Mazuwati et Skurun que nous plaçons, entre Alep et Hama, respectivement à Mourik, Sefîré, Mazité et Souran.

(2) Selon qu'on suit la vexsion égyptienne ou la version hittite des événements, la victoire revient à l'un ou à l'autre peuple. Voir, en dernier lieu, A. Gotxe, ZurSchlachi von Qadea, dans Oriental Liieraiurzeitung, I 929, col. 832.

consacrée (vers I 278) par l'union de Ramsès II avec une princesse hittite et un traité avec Khattushilish III.

La puissance hittite déclinera rapidement. Sous le roi Arnuwan- , dash IV, un certain Madduwattash de Zippashla s'allie avec Attarshiyash d'Akhkhiya, forme contractée d'Akhkhiyawa, et avec le pays d*Arzawa(l) pour s'çmparer d'Alashiya (Chypre) (2). Le roi hittite s'étonne de cette incursion dans un pays qui lui paie tribut et dont, par suite, il se considère comme le suzerain; mais '1 est incapable d'entamer une démonstration énergique et Madduv^attash lui répond, non sans ironie, que si Arnuwandash réclame, les prisonniers faits dans Chypre, il les lui enverra (3).

Puis les documents se taisent, mais nous savons par ailleurs que, ^ sous une poussée des (( peuples de la mer », sous les coups notamment des Achéens et la pression continue exercée par l'invasion des Mysiens et des Phrygiens, la sixième ville de Troie est ruinée tandis que l'empire hittite, constitué par un agrégat peu cohérent de peuples divers, s'effondre définitivement.

L'âge du fer voit les Phrygiens occuper tout le pays jusque vers Tyane en direction des ports de Cilicie, et vers l'est jusqu'au cœur de la Cappadoce. Les Hittites ne conserveront que le royaume de Karkémish, en terre étrangère.

La grande difficulté qu'on éprouve à utiliser les textes de Boghaz- Keui dans le cadre de l'histoire anatolienne tient à l'incertitude des ■ vocables géographiques. Ainsi M. Forrer a cru y relever le nom de Troie, mais MM. Friedrich (4) et Gôtze(5) ont montré l'impossibilité de reconnaître ce nom dans Tarwisha, qui est la lecture cor-

( I ) Il est question aussi dans la coalition d'un homme de Piggaya (Gotxe, Hethit. Texte, III, p. 39) ; ne serait-ce pas le roi de Pergè, ce qui nous ramène à la Pamphylie.

(2) Bien que l'identification d'Alashiya avec Chypre soit bien établie, elle ^ est régulièrement mise en doute; voir encore Gotze, Madduwattash, p. 153, note 1. Dans Reallex. Asayr., l, p. 67, Forrer donne un résumé des rapports — d'Alashiya avec les Hittites.

(3) Gotze, Hethitiache Texte, III, p. 39. Le commerce des esclaves rendait précieuse cette prise.

(4) J. Friedrich, dans Kleinaaiatische Forachungen, I, pp. 101 et suiv. ; cf. Syria, 1928. p. 154.

(5) A. Gotze, Hethitiache Texte, III. p. 49, note 4.

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recte. Il faut renoncer aussi à retrouver la mention d'ilion dans les textes égyptiens ( I ) .

Toutefois, malgré les objections de MM. Friedrich et Gôtze, qui reposent uniquement sur la régularité des transcriptions en cunéiforme et ne tiennent pas assez compte des libertés prises par les scribes transcrivant en cunéiforme des vocables étrangers, il semble que M. Forrer ait vu juste lorsqu'il a mis en évidence le I rôle des Achéens dans les textes de Boghaz-Keui (2) . Puisque, de l'avis unanime, on reconnaît dans Alakshandush, prince de Wilusha, un nom grec, Alexandre ( 3 ) , on ne voit pas pourquoi d'autres noms propres ne seraient pas expliqués par la même voie; mais sans qu'il y ait un rapport obligé avec les personnages de l'épopée homérique. Il y a lieu, en effet, de ne s'avancer qu'avec prudence sur ce terrain et de considérer que, jusqu'ici, les textes hittites n'ont livré aucun renseignement direct concernant la guerre de Troie.

Peut-être le pays d'Akhkhiyawa ne comporte-t-il pas une définition aussi précise que celle qui le limite à un canton d'Asie Mineure. M. Forrer, suivi par M. Ed. Meyer, a songé à la Pamphylie, probablement à cause du voisinage de Chypre et des rapports linguistiques, tandis que M. Gôtze tient pour une région plus occidentale. Un texte réunit les divinités d'Akhkhiyawa et de Lazpas que M. Forrer conjecture représenter Lesbos. M. Meyer objecte que, dans un autre document, le maître du pays du fleuve

( I ) 11 s*agit de la ville ou du pays d'Arawanna à placer sur l'Euphrate au nord de Karkémish. Même on a mis en doute que les Dardeni mentionnés à cette époque se confondent avec les Dardaniens de la Troade; cf. Ed. Meyer, Gesc/i. des Altert., II. 1 (1928). p. 443.

(2) Après avoir laissé la porte ouverte à une substitution vocalique irrégulière {Hethitische Texte, III. p. 55), Gotze, Das Hethiter-Reich, p. 41, ne fait plus difficulté pour accepter l'identité d'Akhkhiya et d'Akhkhiyawa, qu'il a été le premier à rapprocher du nom des Achéens, mais sans s'y arrêter. Ed. Meyer, op. cit.. Il, 1 (1928), p. 547, observe que Akhkhiyawa sonne comme une transcription cunéiforme du nom des Achéens. La transcription égyptienne, communément admise, Aqaitûasha est plus surprenante. Gotze, Heth. Texte, III, p. 49, repousse absolument qu'Attarshshiyash soit une transr cription de Atreus et Tavagalavas d'Eteoklès. Ed. Meyer, op. cit., p. 549, accepte la seconde proposition, mais repousse la première. Dans son article Ahhijava du Reaïlex. der Assyr., Forrer maintient intégralement sa position.-'^

(3) Démonstration par Kretschmer, Glotta, XIII, p. 205. Accepté par J. Friedrich, Reallex. Aasyr., s. Alaksandus. Cependant Kretschmer pousse trop loin la conjecture quand il identifie le personnage à Alexandre-Paris.

Sekha est voisin de Wilusha, de Karkisa et autres districts de la région du Taurus, déclare impossible le rapprochement proposé avec Lesbos, et cette conclusion le confirme dans l'identification du pays d'Akhkhiyawa avec la Pamphylie ( 1 ).

Une première objection tient à ce que le pays du fleuve Sekha peut aussi bien être placé en Lycie ou dans le voisinage, que sur les bords du Sarus. Mais surtout, à s'en tenir uniquement aux témoins mycéniens qui apparaissent sur tant de points de la côte anatolienne à partir du XV' siècle, il est difficile de ne pas admettre que les Achéens s'étaient répandus en des localités fort diverses. On rétrécit trop le problème en le limitant aux données philologiques et notamment les découvertes récentes en Syrie, à Ras Shamra, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, obligent à embrasser les événements d'un regard plus large.

La civilisation dite mycénienne n'est que la manifestation, dans l'industrie et dans l'art, de l'empire achéen dont la base était la Grèce continentale, mais qui s'étendait au loin vers l'est sur les îles et les côtes. De ce point de vue, les discussions sur le pays d'Akhkhiyawa perdent un peu de leur raison d'être.

Ainsi, utilisant les récits des campagnes hittites de 1340 et Je 1210, M. Hrozny montre que les itinéraires suivis conduisent en Carie, et il en conclut que l'Akhkhiyawa doit être l'île de Rhodes, dont la capitale portait précisément jadis le nom d'Achaia(2)^

Il n'y a pas lieu de contredire cette opinion; mais elle ne constitue qu'une solution trop étroite. Il est certain que l'île de Rhodes était, à l'époque considérée, un grand centre politique achéen et qu'elle connut de ce fait une remarquable prospérité. A l'appui de l'opinion de M. Hrozny, on pourrait invoquer ces deux vases mycéniens fabriqués à Rhodes, transportés vraisemblablement de là à Salamis de Chypre, puis sur la côte syrienne à Ras Shamra, d'où ils ont gagné la vallée de l'Oronte, qu'ils ont remontée pour être déposés dans le sanctuaire de la déesse Nin-Egal à Mishrifé-Qatna(3 ) . On peut très bien admettre qu'ils étaient offerts au prince de Qatna par un grand prince achéen résidant à Rhodes.

(1) Ed. Meyer, op. cit., pp. 549-550.

(2) Communication à l'Académie des vembre 1929.

(3) Voir. Syria, IX (1928). pp. 133-134

Inscriptions, séance du I 5

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Toutefois, ce serait une erreur, à notre avis, de limiter ainsi le pays d'Akhkhiyawa dont, d'ailleurs, pour les Hittites, le centre de gravité, hors de Grèce, a vraisemblablement paru varier suivant les époques. Il a pu, en effet, être placé à Rhodes, puis, en Pamphylie, puis à Chypre; mais il ne faut pas perdre de vue que, derrière ce front avancé, plus particulièrement envisagé par les Hittites, il existait une puissante organisation achéenne dans la Grèce continentale. La preuve que les Achéens sont venus jusqu'à Ras Shamra est fournie par l'abondante céramique mycénienne, on peut dire achéenne, qu*on y a trouvée, et aux légendes qu'on s'explique maintenant, notamment celle qui fait, du Casius de Syrie, le fils d*Inachos( 1 ) .

Dès lors, on conçoit que Lesbos ait été un point d'appui important, tout comme Rhodes, de la puissance achéenne en Asie Mineure. Dans la suite, les Lesbiens ne revendiquaient-ils pas la possession de presque toute la Troade(2) ?

On peut aussi faire valoir avec M. Forrer que dans un traité avec le roi des Hittites, Todkhaliyash IV (1260-1230), et Ishtaraa, roi d'Amurru (Syrie du nord), le roi d'Akhkhiyawa est cité de plainpied avec le roi d'Egypte, le roi de Babylone (Kardunyash) et le roi d' Assyrie ( 3 ) . Ici, on considère certainement l'empire des Achéens, dans son ensemble, constitué comme celui des Aqaousha par la Grèce et ses ramifications qui s'étendaient sur les îles, notamment Rhodes et Chypre, sur les côtes d'Asie Mineure et jusqu'en Syrie du nord.

Quant aux autres pays constitutifs de TAsie Mineure, qui ne faisaient pas partie intégrante de l'empire hittite, leur localisation sur le terrain n*est guère moins discutée. Tout dépend de la position qu'on adopte pour le pays d'Arzawa. La question se complique de la distinction qu'il faut établir entre TArzawa proprement dit et le Grand-Arzawa qui englobe comme tributaires les Etats de Mira, Kuwaliya, Khapalla et le pays du fleuve Shekha(4).

Mira et Kuwaliya sont à placer en Lycie où l'on trouve Myra,

(1) 5yria. X (1929). pp. 301 et suiv.

(2) Strabon, XIII, 1. 38.

(3) Forrer, Reallex. Asayr., I, p. 54.

(4) Friedrich, Het/ii*. Texte, Il (MiU Vorderas.-Aeg. Ces., 1926. I). p. 49.

la contrée Milyas et celle de Cabalia ( I ) . La manière dont ces territoires sont constamment associés le prouve. Egalement le fait d'y trouver la ville de Wiyanawanda, qui est certainement Oenoanda(2). La frontière est précisément le fleuve Shiyanta où M. Albright a reconnu le Xanthus(3).

Ces points peuvent être tenus pour assurés ( 4 ) ; malheureusement ce sont les seuls. Khapalla, rarement mentionné, s'identifie encore bien avec Kaballa entre Konia et Akshehir(5); mais l'accord cesse pour le pays du fleuve Shekha(6) et pour le pays d'Arzawa.

Théoriquement on peut placer Arzawa soit à l'est, soit à l'ouest de la Lycie (Mira et Kuwaliya). MM. Mayer et Garstang ont adopté la première solution, M. Gôtze préfère la seconde. Il rejette Arzawa tout à fait dans l'ouest de la péninsule : là Pamphylie. la Pisidie et l'Isaurie en seraient la partie orientale ( 7 ) . Dans cette hypothèse le pays d'Akhkhiyawa se localise dans le nord-ouest de l'Asie Mineure (8), ce qui n'est pas acceptable.

Un argument très fort en faveur de l'identification du pays d'Arzawa avec la Cilicie est que cet Etat arrive à étendre sa domination jusqu'à Tyane, ce qui se comprend de la part d'un royaume cilicien qui débouche naturellement sur cette ville par les portes ciliciennes.

( I ) Mayer et Garstang. Notes on Hittite poUiical geography, I. pp. 34 et 31. Il y a lieu de distinguer Mira = Myra, forte position qui domine la côte, et la contrée dite Milyade (que M. Forrer, Reallex. Asayr., I, p. 54, retrouve sous la forme Millawanda) qui comprend notamment Termessos et Isinda. Sur ces derniers sites, voir Ormerod, Annual oj the Brit. School at Athens, XVI. p. 80.

(2) Mayer et Garstang, op. cit., p. 50; cf. Friedrich, op. cit., pp. 1 1 7 et 161.

(3) Mayer et Garstang, op. cit., p. 42.

(4) Les identifications de Forrer souffrent de ce qu'il a méconnu ces identifications essentielles.

(5) Gotze, Madduwattas, p. 153.

(6) On n'est pas fondé, en effet, de rapprocher ce vocable du Seihan . comme le proposent Mayer et Garstang, op. cit., p. 42, parce que les Musulmans ont dénommé Seihan et Djeihan, le Sarus et le Pyramus, par analogie avec rOxus et le laxarte. les fleuves frontières de l'Asie centrale; cf. Guy le Strange, Palestine under the Moslems, p. 63.

(7) Gotze, MadduwaUas, p. 148 et Das Hethiter-Reich, p. 35. Il place Kizwatna en Cilicie. Dans Kleinasien zur Hethiterzeit, p. 23, il propose d'iden-tifier le pays de Masha avec la Méonie.

(8) Gotze, ibid., p. 154. Cela ne pourrait qu'appuyer l'identification proposée par M. Forrer de Lazpas avec Lesbos.

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tandis que cela s'explique moins bien pour un royaume dont le centre est en Carie.

D'autre part, les relations intimes, que laisse apparaître une lettre d'el-Amarna, entre Aménophis 111 et le roi Tarhundaraba d'Arzawa( 1 ) s'expliquent mieux si cet Etat se trouve sur la côte anatolienne à l'est de la Lycie, c'est-à-dire dans une position plus accessible à l'action des Pharaons.

Quoiqu'il en soit de ces difficultés, quelques identifications paraissent suffisamment fixées pour amener une révision des populations mentionnées dans les textes égyptiens des Ramessides. Contrairement à ce que l'on pouvait penser jusqu'ici, ces textes ne \ connaissent guère, en Asie Mineure, que les populations installées dans la partie méridionale de la péninsule. Ce résultat montre qu'en dépit des incertitudes, nos connaissances ont léellement progressé.

Ainsi, sous Ramsès II, les contingents hittites comprennent les Pidasa, qu'on rapprochera de Pitashsha (2 ) , des texices hittites, que nous ne plaçons ni en Cataonie avec Forrer ni sur le Sangarios avec Gotze. D'après le texte du traité entre Mursilish II et Kupantakal de Mira et de Kuwaliya, on doit l'identifier avec Pityassos{3) , ville de Pisidie.

Les Masa ne sont pas les Mysiens, comme on le pensait (4) , mais les Masha des textes de Boghaz-Keui ( 5 ) que le contexte désigne comme étant dans l'ouest de la Cilicie. Les Dardanoui ou Dardani paraissent distincts des Dardaniens de l'Hellespont (6) . Les gens d' Arawanna ne sont pas les gens d'Ilion; ils sont à chercher sur le haut Euphrate(7).

Les gens de Kask.isha correspondent au hittite Gashgash(8); Kark.isha n'est pas à placer à Gergis en Troade, mais sa localisation

(1) Knudtzon, El-Amarna Tafeln, n" 31.

(2) Sur la lecture de ce toponyme, voir J. Friedrich, Staatsvertràge (Hethit. Texte, II). pp. 154 et 181.

(3) Slrabon, XII. 7. 2.

(4) Corriger sur ces points nos Civilisations préhelléniques, 2' éd., p. 453.

(5) J. Friedrich, op. cit., p. 156.

(6) Ed. Meyer, Gesc/i. des Altert., II. 1 (1928). p. 443.

(7) Ibid.

(8) Ihid.

reste incertaine ( I ) . De toutes ces populations, les Lyciens paraissent être la plus occidentale (2) .

Les troupes de Ramsès II comptent les Shardina que nous présumons être, non des gens de Sardes en Lydie, mais des Libyens ou des Africains apparentés aux Libyens ( 3 ) .

Les peuples qui opèrent, plus tard, contre les armées de Menephtah et de Ramsès III appartiennent à un cercle plus étendu, car à côté des Lyciens apparaissent les Aqaousha ( Achéens) , les Toursha (Tyrsènes, des régions lydiennes), les Shakalousha (Sagalassos) . les Ouashasha (Ouassos, près Halicarnasse) , aussi les fameux Poulousati qu'on s'accorde généralement à tirer de Crète, les Zakkarou, d'origine inconnue, les Danauna, qu'on identifie généralement avec les Danaens.

On tient actuellement les Hittites pour des Indo-Européens(4) ; mais quelle que soit leur race, ils se sont installés en Asie Mineure alors qu'ils ne possédaient aucun art et, même après s'être assimilé la civilisation d'Asie Mineure, ils ont continué à vivre d'emprunts. Ce n*est que dans les derniers temps de son existence que l'empire hittite est parvenu avec les reliefs de Yasili Kaya, certaines sculptures de Boghaz-Keui, une céramique brillante et une écriture hiéroglyphique fort décorative, à créer un remarquable foyer artistique hittite (5) .

(1) Forrer, Forschungen, I, 1 , p. 80, a proposé Korakesium sur la côte cilicienne entre Sidé et Charadrus; mais on pourrait songer aussi à Corycus, et il existe plusieurs localités de ce nom. Forrer songe aussi au Kragos qui pourrait garder l'ancien nom.

(2) Le nom des Termiles n'apparaît pas dans ces textes qui ne connaissent que les Lukki. Comme, d'une part, les premiers semblent avoir demeuré dans le voisinage de la Carie (Strabon, XIV, 5, 23, dit, en effet, que les Termiles vécurent longtemps absorbés dans la nation carienne) et que, d'autre part, ils survivaient à l'époque grecque (Hérodote, I, 173) on pourrait reconnaître une déformation de leur nom dans celui de Dalaman que les Turcs donnent à un village des bords de l'Indus et à ce fleuve même, Dalaman Tshai.

(3) Voir ci-dessus, pp. 75 et suiv.

(4) Cette définition est fondée sur la langue qui est de construction indoeuropéenne avec un vocabulaire étranger; cf. L. DeUporte, Grammaire hittite.

(5) Sur l'art hittite, voir Perrot et ChipiesK, Hist. de l'Art, t. IV. avec l'important complément de Edm. Pottier, L'Art Hittite, fasc. I. Paris, Geuthner, 1926, où est mis en relief, pour la première fois. l'influence de l'art hittite sur l'art assyrien. Peut-être y aurait-il lieu de faire intervenir l'intermédiaire mitannien, car le Mitanni fraîchement arrivé à la civilisation empruntait nombre de formules à l'Asie occidentale qui ont pu passer ensuite chez les Assyriens. J. Garstang, The Land o/ the Hittites, 1910 et la nouvelle édition

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