‹ La Lydie et ses voisins aux hautes époques [microform]Chapitre 9 sur 14 · VI. V · texte numérisé non relu

VI. V

Deux vuen d'un bron.e du Louvre dont la provenance «erait Lataquié.

Aw

trouvé précisément de ces vases en forme de tête d'animal, taureau et hon, puisque les inventaires des temples locaux les mentionnent ( 1 ).

Un usage qui se rattache à l'industrie céramique est celui que les Cretois ont fait de tablettes en argile comme matériel d'écriture. D'après sir Arthur Evans, les tablettes couvertes d'écriture Cretoise n'apparaissent pas avant le Minoen Moyen 1 (2200-2000) et il est singulièrement frappant que cette date corresponde à celle des deux cylindres babyloniens les plus anciens qui ont été découverts dans l'île (2) .

Des rapports directs avec la Syrie à cette époque sont probables; mais il y a lieu d'observer que l'usage des tablettes inscrites était aussi répandu en Asie Mineure (attesté dès 2300 à Kultépé) qu'en Syrie (attesté dès le début du II' millénaire à Mishrifé-Qatna) (3). Dès lors on ne peut dire actuellement par laquelle de ces deux voies l'usage des tablettes d'argile, comme support pour l'écriture, a pénétré en Crète.

La première écriture employée en Asie Mineure fut donc l'écriture cunéiforme, attestée dès le HT millénaire par les tablettes cappadociennes. Avec son écriture, la Chaldée apportait sa collection de mythes, de légendes, d'incantations, de figures divines, son calendrier, son système de poids et mesures, son astrologie, etc.. en un mot toute sa civilisation. Si les tablettes de Kultépé n'ont

(1) Virolleaud. dans Syria, 1928, p. 93.

(2) Evans, op. cit., II. pp. 265-266.

(3) L'usage du cylindre se répand à la même époque en Syrie. Les deux plus anciens cylindres, certainement g.ravés en Syrie, car il s'y mêle des symboles égyptiens, sont le cylindre de Tell Ta<^annek (Sellin. Tell Ta'^annek, P- 28. fig. 22) et un autre de Byblos (Newberry, Journal oj Egypt. Arch., 1921, p. 196. pi. 32). D'un millénaire plus ancien est le cylindre en lapis-lazuli découvert et publié par Maurice Dunand. Syria, 1928, pp. 182-183. pi. XLIX, I ;mais c'est un objet importé qui ne présume en rien l'usage local de l'écriture sur tablettes. Le grand cylindre de Byblos d«8 V«-VI« dynasties égyptiennes est. d'après M. Montet, Byblos et l'Egypte, p. 62, de fabrication locale. En Egypte, les cylindres babyloniens apparaissent vers le temps d'Hammourabi:cf. Opitz, Reallex. Aasyr., I. p. 47. A Troie, on a découvert des cylindres qui ont dû servir de cachets dans la deuxième ville (2400- 1900 av. J.-C); toutefois, ils ne portent pas de caractères d'écriture, mais un simple décor floral; voir notamment H. Schmidt, Heinrich Schliemann's

Sammlung, n» 8868.

R. DUSSAUD

livré que dss pièces commerciales, il est certain que Tinstruction des scribes exigeait tout un matériel scolaire. D'ailleurs, les textes de Boghaz-Keui ont fourni maint fragment de la légende de Gilgamesh, des textes astronomiques, des syllabaires.

L'écriture accadienne fut adoptée pour noter diverses langues d'Asie Mineure ( I ) ; mais on sait que, dès le milieu du IT millénaire (2), les rois hittites voulurent posséder une écriture qui leur fût propre et, sous l'influence de l'Egypte, ils constituèrent le système hiéroglyphique qui attend toujours son déchiffreur.

On remarquera le retard mis par les Hittites à se créer une écriture. Depuis longtemps la Crète possédait la sienne et aussi le peuple inconnu, peut-être d'Asie Mineure, auquel on doit rapporter le disque de Phaestos ( 3 ) .

Les hiéroglyphes gravés à la base des cylindres-cachets d'Aïdin ont un aspect très différent de ceux qui constituent l'écriture hiéroglyphique hittite; ils sont d'ailleurs plus anciens. A vrai dire, on s'est demandé s'ils ne représenteraient pas des symboles plutôt

( I ) On doit à M. Fr. Hrozny le premier déchiffrement des textes non accadiens. Un aperçu sur les divers langues des textes de Boghaz-Keui a été donné par Dhorme, La Langue des Hittites, dans Revue Biblique, 1921, p. 374, par J. Friedrich, Altkfeinasiatische Sprachen (1924), dans le Reallexikon der Vorgeschichte, d'Ebert et par Ed. Meyer, Gesch. des Altert., II. I (1928), pp. 3-11. Une curieuse suggestion d'Ungnad, Zeitschr. jûr Assyr., 1923, p. 1, d'après laquelle la langue luwi serait le lycéen (gr. lykps, lat. lupus), a été reprise par Kretschmer, Kleinasiat. Forsch., I, pp. 16-17, et appuyée de considérations linguistiques intéressantes. Malgré tout, on comprend mal que la forme Lukhif nom des Lyciens, soit attestée par les tablettes d'el-Amarna au XIV^ siècle av. J.-C. et aussi par les inscriptions de Boghaz-Keui elles-mêmes sous la forme Lugga. La langue luwi ne serait-elle pas simplement celle du peuple dont le nom est resté attaché au district de la Laviane ou Laviansène, immédiatement au sud de Mélitène (Strabon. XII, 1 , 4 et Xli, 2, 10) conime Sayce l'a proposé dans Anatolian Studies presented to Sir William M. Ramsay, p. 394. Quoiqu'il en soit, il faut renoncer à la fameuse unité linguistique des anciennes populations d'Asie Mineure (affirmée encore par Ed. Meyer, Gesch. des Altert., II. 1, et trad. fr.. § 476), qui paraissait établie par la démonstration de Kretschmer.

(2) Cette date résulte des observations faites par M. Sayce, Journal oj the Royal Asiat. Soc, 1927, p. 700; elle vient d'être confirmée par le sceau bilingue — cunéiforme et hiéroglyphes hittites — de Shuppiluliumash, publié par Weidner, Archiv jiir Orienijorschung, 1927, p. 135.

(3) Civil, préhell., 2* éd., p. 424. Les diverses opinions sur le disque de Phaestos ont été réunies par Picard, Ephèse et Claros, p. 565, note 3.

qu'une véritable écriture ( I ) . En tout cas, ces symboles mettaient sur la voie d'une écriture particulière et cela atteste encore le degré élevé de civilisation auquel était parvenue, dès 2000 av. J.-C, la population de la vallée du Méandre.

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