I,ES RAGES EN CONFLIT IO
tude que les gens d'affaires anglais, français, allemands même qu'ils fréquentent. Or, si le Grec va facilement s'établir en Occident, l'Occidental, lui aussi, pénètre peu à peu en Orient et y importe ses habitudes ; comme ces dernières sont beaucoup plus avantageuses pour la clientèle que la canaillerie, l'Hellène sera obligé de les adopter s'il ne veut voir ses magasins désertés ; il comprendra que la probité est, en somme, un élément de succès comme un autre. Il doit d'autant mieux le comprendre que ses qualités lui permettent de réussir en affaires de la manière la plus brillante. Son intelligence est souple, déliée, extrêmement réaliste ; son activité est grande. Très jeune, il a pris l'habitude de l'initiative, il a connu l'art de profiter des occasions ; il se déplace facilement, au besoin s'expatrie. Il aime l'instruction, s'assimile parfaitement toutes choses et sait utiliser son savoir. L'étude ne lui détraque pas le cerveau comme elle fait généralement chez le Slave, il l'emploie simplement à voir clair dans ce qui est, afiil de diriger son action.
Un autre de ses éléments de succès est sa sobriété, la simplicité de ses goûts. Il représente à ce point de vue un échantillon d'humanité assez spécial. L'Occidental a beaucoup d'activité et beaucoup de besoins, l'Oriental peu de besoins et peu d'activité. L'Hellène, lui, a une activité hors de proportion avec ses besoins, (i)
Le commerçant qui, par ses efforts et son habileté, gagne une fortune, déjeune d'une pastèque ou à peine plus. Son intérieur est la simplicité même. Il habite dans un quartier spécial de chaque ville, une riante maison peinte que l'abondance de ses ouvertures fait ressem-
(1) Un exemple frappant de l'avantage que tirent les Grecs de cette modération des besoins est le développement de leur marine marchande. Alors que les grands Etats se livrent à des efforts prodigieux pour faire naviguer, parfois à vide, des navires perfectionnés, les bateaux grecs, les petits voiliers aux coques blanches ou bleues, agrémentés de moulages multicolores, supportent cette terrible concurrence sans qu'il en coûte un sou au gouvernement d'Athènes. La raison en est simple : ils naviguent à peu près pour rien. Un bateau lancé tient la mer si longtemps que son amortissement est insignifiant. La nourriture et les salaires de l'équipage représentent une somme si modique par rapport à la valeur do la cargaison que la différence entre la valeur du prix d'achat et du prix de vente est presque entièrement réalisée par le transporteur.