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hier parfois à une véritable lanterne. Plus il y a de façades et de fenêtres plus notre Grec est satisfait; mais la construction ne vaut pas grand 'chose et le mobilier est rudimentaire : des tapis, des divans, des nattes ; l'usage du lit n'est connu que chez les bourgeois aisés, (i)
Dans le salon, sanctuaire du luxe occidental, s'étalent les plus vulgaires échantillons du meuble prétentieux et bon marché : glaces aux cadres de rocaille, sièges tarabiscotés, tapisseries aux couleurs hurlantes ; la camelote allemande a trouvé là un sérieux débouché.
Le seul luxe qu'apprécie vraiment l'Hellène est celui de la toilette. Il a grand souci de sa tenue. Dans des bourgades perdues de Macédoine, à Nevetzka par exemple, sorte de nid d'aigle, dans les montagnes de la région de Kaîlar, les notables circulent en redingotes à la franque, appuyés sur de vénérables para-
(1) Encore cet usage est-il souvent réservé aux hôtes de distinction, au maître de maison et à sa femme ; les autres membres de la famille, et les domestiques bien entendu, couchent par terre.
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pluies, égrenant dans leurs doigts un chapelet d'ambre.
Les jeunes gens, vôtus a la dernière mode, ont le genre d'élégance spéciale qui fleurit derrière les comptoirs. L'élégance des femmes est de meilleur aloi ; les toilettes parisiennes ne sont guère portées que les grands jours. Dans leur intérieur et pour les âoins du ménage, les trois quarts des Grecques de Macédoine ont encore le cotillon court, les socques de bois et le foulard traditionnel, (i)
En plus dé ses aptitudes commerciales, le Grec a trois éléments de succès qui sont : son esprit de famille, son eâprit de clocher, Bon esprit national.
(1) Là encore ?c montre la simplicllô de vie des Grecs. Une famille nombreuse et aisée n'a le plus souvent pour la servir qu'une servante macédonienne ou bulgare qui fait les travaux pénibles. Le reste incombe h. la maîtresse do maison ot à 8C€ filles. Une jeune fille que vous aurez rencontrée la veille, pimpante sur ses hauts talons, vou$ la verrez le lendemain, la jupe retroussé© au genou sur ses jambes nues, laver le plancher à grande eau.
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L'esprit de famille lui est commun avec la plupart des Orientaux, mais la dignité de son foyer est certainement rehaussée par le rôle plus élevé qu'y joue la femme. La Grecque n'a sans doute pas encore la franchise d'allure de l'Occidentale (i) ; sa personnalité est cependant beaucoup moins effacée que celle de la chrétienne des autres races, à plus forte raison que celle dq la Musulmane. Gela tient, je crois, aux habitudes commerciales des Grecs, lesquelles imposent au mari de fréquentes absences. Seule à la maison, la femme dirige entièrement son ménage, prend des décisions, assume des responsabilités. Elle a sur ses enfants de l'influence et de l'autorité. Souvent, elle participe aux affaires du mari, tient ses comptes, reçoit ses clients à son défaut, lui sert en somme d'associée et de conseillère. La maison grecque est ainsi beaucoup plus vivante et laissera aux
(1) Je parle ici, bien entendu, do la Grecque dé Macédoine qui est à peu près à l'Athénienne ce qu'une provinciale d'il y a cinquante ans s«>râit à une parisienne d'aujourd'hui.
enfants d'autres souvenirs qu'une morne maison turque ou que la triste chaumière macédonienne (i).
Les familles grecques sont, en général, assez nombreuses, le commerce donnant des moyens d'établissement faciles. Le père, presque toujours, aura besoin de plusieurs de ses enfants pour l'aider, et les enfants sont naturellement portés à s'associer entre eux. A défaut, ils se servent mutuellement de correspondants et c'est là une chose importante étant donnée la dispersion des Grecs dans toutes les régions méditerranéennes. L'éloignement, au lieu d'affaiblir le lien de famille, le resserre et le rend profitable. L'émigrant qui a réussi sur un point y attire des parents ; il les fait profiter de sa chance, et ceux-ci l'aident à étendre ses affaires.
(1) Certains usages montrent le rôle qu'exercent, dans la vie familiale, les femmes grecques. En général, lors du partage d'une succession, les immeubles reviennent plutôt aux filles qu'aux fils : la maison patrimoniale à la fille aînée. Une femme grecque va rarement habiter chez ses beaux-parents, mais le mari vit souvent avec ceux de sa femme.
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Lopsqu'un jeune Gi^c ne trouve p^s d'emploi chez son père, il est rçire qu'un oncle établi à Smyrne ou à Alexandrie n'ait pas besoin de commis dévoués ; et où mieux chercher le dévouement que chez ceux qui tiennent à vous par le sang ?
Le patriotisme local est, depuis qu'il y a des Hellènes, chose éminemment hellénique. La Grèce antique, de par sa configuration physique était divisée en petites sociétés formant chacune une cité ; la vie publique s'y manisf estait, avant tout, sous la forme municipale. Le régime turc a encore favorisé ce particularisme. Il réservait aux Musulmans la direction des affaires de l'Etat, mais les villes s'administraient çllesmêmes avec beaucoup d'indépendance. Or, la population chrétienne des villes est grecque ou grécisee. Cette population élwait un certain nombre de mouktars qui géraient ses affaires. Les affaires turques étaient aux mains de mouktars turea. Un mudir nommé par le vali, conférait tantôt avec les uns, tantôt avec les autres. Chaque nationalité répartissait l'impôt entre «es
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membres (i) et le faisait rentrer avec l'aide du taxildar ou percepteur ; elle pourvoyait à tous les services locaux. Même autonomie en matière d'enseignement ; les écoles grecques étaient entretenues partie par les communes et par l'Eglise (2), partie par des bienfaiteurs privés. C'est d'accord avec ces derniers que les pères de famille choisissaient les instituteurs. La commune était l'unique organisme public auquel le Grec de Macédoine s'intéressât, et il s'y intéressait beaucoup. C'est dans son sein qu'il pouvait satisfaire son goût de politique qui est très vif. On comprend dès lors qu'il soit très attaché à sa ville d'origine. Cet amour le suit quand il a quitté son pays natal ; si migrateur soit-il, il n'est jamais déraciné. Etablis au loin, les habitants d'une même bourgade se recherchent, s'entr'aident, s'attirent.
(1) Le fisc ottoman ménageait beaucoup plus les habitants des villes, les Grecs par conséquent, que ceux des campagnes. L'impôt le plus lourd, la dîme, ne pesait que sur le produit des biens ruraux.
(2) Le quart de la quête faite chaque dimanche à l'église revenait à l'école.
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Une pareille attitude n'est pas du reste dictée par le sentiment pur. Le Grec est, en affaires, fort défiant, ce qui s'explique s'il juge les autres d'après lui. Il est donc porté à ne traiter qu'avec les Grecs qu'il connaît bien. Aussi, dans la plupart des grandes villes méditerranéennes, les Grecs sont-ils groupés en petites sociétés composées d'originaires du même pays et qui se lient entre elles pour former la colonie grecque.
Une fraternité nationale très ardente s'ajoute, en effet, à celles du sang et de la région. Le Grec, en quelque lieu qu'il soit, assiste le Grec de toutes ses forces ; il s'unit à lui, si besoin est, contre tout adversaire. Et cette entr'aide, jointe à leurs qualités commerciales, fait que quand les Hellènes tiennent un marché commercial, ils le tiennent bien. J'ai personnellement été témoin des mésaventures d'un négociant italien, fournisseur de l'armée française en Macédoine. Il avait à ses trousses tous les commerçants grecs, les hommes d'affaires et les fonctionnaires du royaume ; si l'administration militaire française, à laquelle il rendait d'incontestables services.
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ne l'eût soutenu, c'était un homme ruiné. Le Juif même, $auf à Salonique, doit presque tou- JQUi^ reculer devant la coalition de^ Grecs. On cite l'exemple de grandes maisons israélito^ ayant essayé de s'installer dans des villes de Macédoine et qui ont dû se retirer avec perte.
Le patriotisme hellène s'exerce d'ailleurs aussi, il est juste de le dire, dans une sphère plus haute. Une bourgeoisie active, recrutée surtout parmi les hétérogèncâ, dont un grand nombre sont fort opulents, donne pour la « Grande Idée » beaucoup d'efforts et beaucoup d'argent.
Nous avons vu que la plupart des gi*andcs écoles de Macédoine avaient été construites et entretenues par elle (i). Go sentiment patriotique trouve d'ailleurs un sérieux appui dans ces deux traita essentiels du caractère grec qui sont la simplicité des goûts et la sobriété. Le riche
(1) « Chaque bourg de Macédoine porte inscrit au fronton do son école le nom de l'avocat, du capitaine, du maf' chand, du banquier, qui toute sa vio peina pour gagner une fortune dont son amour d-e la race et de la plotre ne lui laissa pas chercher d'autre emploi. » (Victor Bcrard : La Turquie cl l'IIcllCnisme contemporain.)