II. — Ce mensonge serait nuisihle aux Nationalités
Un prétendu partage sur le principe des nationalités ne saurait être pour ces dernières qu'une source de misère et d'oppression. La race maîtresse de chaque lot serait conduite, en effet, à justifier sa possession d'après ce principe. Sur leurs domaines respectifs, il faudrait que les Bulgares bulgarisent, que les Serbes serbisenl, que les Grecs hellénisent. Donc, pour les hétérogènes, disparaîtrait toute liberté de culte, d'enseignement, de langue. Les éléments irréductibles seraient expulsés. Quant à la race disputée, aux Macédoniens proprement dits, il leur faudrait se façonner exactement au moule que leur imposerait le maître désigné par le sort; ils ne seraient, selon les régions, jamais assez Bulgares, jamais assez Grecs, jamais assez Serbes.
C'est là, d'ailleurs, le doux régime qui sévit depuis 1913.
l66 LA MACEDOINE ET LES MACEDONIENS
LejS Bulgares, maîtres de la région de Cavalla, traquent, pillent, tuent les Grecs. En Macédoine hellène, la conversion des exarchistes, s'opère par la manière forte. Un écrivain fort scrbophile, M. Pierre de Lanux, déclare, qu'après le traité de Bucarest, le premier soin du gouvernement de Belgrade fut de a nettoyer ses conquêtes de tout élément de trouble », entendez de tout élément bulgare bulgarisant.
Ici peut se poser une question : cette politique d'assimilation ou d'expulsion n'a-t-ellc pas opéré ou n 'opérer a-t-elle pas à la longue le partage territorial des nationalités qui n'existait pas à l'origine ; ne doit-elle pas faire refluer chaque race vers une région déterminée, les Grecs vers la Macédoine grecque, les Serbes \Qvs la Macédoine serbe, les Bulgares vers la Macédoine bulgare? Seuls les pauvres Turcs et Valaques qui n'ont aucune Macédoine à leur usage devront choisir : rester où ils sont ou s'enfuir vers leurs lointaines patries.
Ce regroupement des races s'est certainement eff<xtué dans une certaine mesure. Pas au point
cependant qu'on puisse le prendre au sérieux pour résoudre la question des nationalités. Il faut remarquer d'ailleurs que depuis 1916, il ne s'opère plus selon les frontières établies par le traité de Bucarest, mais selon les zones d'occupation des armées. Autrement dit, le partage selon les nationalités ne ferait alors que confirmer les résultats de l'invasion et du massacre. Les frontières suivraient le mouvement des hordes. Ce serait la sauvagerie complète, la sauvagerie inefficace, car bien des éléments se montreraient irréductibles, et ne se laisseraient ni assimiler ni expulser. Nous avons vu la force de pénétration des Bulgares, leur ténacité, leur patriotisme sombre. Ils sont de taille à résister en plein pays ennemi.
Les Grecs et les Serbes « tiendraient » peutêtre moins en territoire bulgare ; il faudrait pourtant une persécution acharnée pour en avoir raison. Ainsi pour un nombre indéfini d'années, la Macédoine tournerait encore dans un cercle de fer et de feu.
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