IV. — Le Conflit balkanique
Le conflit des trois Etats balkaniques au sujet de la Macédoine, apparaît, étant données leurs prétentions respectives, comme parfaitement insoluble.
Le traité de Bucarest a satisfait la Serbie et la Grèce, la Bulgarie s'en estime cruellement lésée. Le maintien du traité laisserait donc subsister dans toute son âpreté la rancune bulgare ; rancune que le temps ne saurait désarmer ; rancune redoutable par la valeur du peuple et de l'Etat bulgare. D'autre part, les prétentions de la Bulgarie, s'étendant à la Macédoine entière, ne sauraient être satisfaites que par le sacrifice complet de celles de ses deux rivales. Une rcvi-
sion partielle du traité, une cote mal taillée, mécontenterait les trois Etats au lieu d'un seul ou de deux.
Il ne paraît pas possible de trancher la question en justice. Nous avons vu dans la première partie de cette étude que le principe des nationalités (à supposer que ce principe représente la justice), est pratiquement inapplicable dans la solution de la question de Macédoine; inapplicable aussi l'idée d'un plébiscite macédonien. Quant aux droits historiques, ils sont à peu près les mêmes chez les trois nations. Il est certain que la Macédoine a été hellène pendant l'antiquité et une partie du moyen âge. Mais l'Empire serbe d'Etienne Douchan n'est pas non plus un mythe et, tandis que l'état byzantin s'effondrait, il a connu des heures glorieuses. Les titres bulgares sont plus récents, mais par là même plus faciles à poser. Après un dernier siècle de lutte contre le Turc, la Bulgarie libérée que reconnut le traité de San-Stephano n'était pas la petite Bulgarie d'à-présent. Elle comprenait toute la Macédoine. Rétrécie par le traité de Berlin, elle
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n'a cherché depuis qu'à recouvrer ses vraies frontières.
Si le Balkan était séparé du reste de l'Europe, si ses affaires n'intéressaient que les Etats balkaniques et si ces derniers n'avaient point de regards au dehors, la Macédoine serait dans la péninsule un éternel sujet de conflit, un éternel champ de bataille. Jamais son sort ne serait réglé. Les vainqueurs de la veille seraient toujours les vaincus du lendemain et inversement.
Dans les trois Etats balkaniques se trouvent, en effet, le même idéal commun d'indépendance et le même désir particulier de s'assurer une suprématie en Macédoine.
Le Germanisme vient heurter ce^ deux aspirations. Les Balkaniques devraient donc tout d'abord s'accorder pour lui faire échec puis s'entendre pour faire prédominer leur idéal commun sur leurs désirs particuliers.
Jusqu'ici, malheureusement, les accords furent éphémères et décevants et les solutions, des cotes mal taillées.
Le seul espoir d'une solution, digne des légi-
times aspirations en cause, vient de ce que les affaires balkaniques n'intéressent pas seulement les peuples des Balkans mais l'Europe toute entière. C'est donc du dehors que le règlement de l'indépendance de ces peuples doit venir, ainsi qu'un frein et qu'un ordre à leur désir d'expansion. Cet ordre, il faudra le leur imposer, et c'est seulement quand ils sauront ne pouvoir le briser qu'ils se décideront à en reconnaître les avantages.
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B. de B. — La Macédoine 17-