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I. — La Macédoine et les Empires Centraux

Les procédés de domination germaniques se sont, au cours de cette guerre, dessinés assez clairement : il s'agit de ne laisser subsister autour d'une Allemagne compacte, hérissée d'armes, que des Etats faibles, divisés, faciles à terroriser ; dans cette masse molle s'enfonceront les ongles de l'Empire. Au delà, comme des ouvrages avancés, des vassaux fidèles. Aux Balkans, le fidèle tout désigné sera la Bulgarie ; prolongeant la Hongrie, rejoignant la Turquie, elle tiendra en respect, au Nord les Roumains, au Sud-Ouest les Yougo-Slaves; pour l'attachera sa fonction, il faut lui faire goûter de la chair des uns et des autres, de façon qu'elle leur soit une ennemie inquiète et irréconciliable. Aussi lui a-t-on donné une partie de la Dobroudja ;

de même compte-t-on lui donner la Macédoine serbe, au besoin un morceau de Vieille Serbie et d'Albanie ; de la Macédoine grecque, elle aura ce qu'elle tient déjà : les régions de Drama et Kavalla, peut-être Salonique. Il est à remarquer d'ailleurs qu'agrandir plus ou moins la Bulgarie, au détriment du royaume hellène, n'a, au point de vue allemand, qu'un intérêt relatif ; si le Germanisme était maître du cœur des Balkans, la Grèce, impuissante à lui résister, tomberait de gré ou de force, sous sa dépendance. Il est même probable que le Kaiser installerait à Athènes un gouvernement à sa dévotion ; une répartition de territoires entre la monarchie constantinienne et celle des Cobourg ne serait donc en somme qu'une affaire intérieure de l'Empire.

Un nouvel amalgame d'Etats souverains, d'Etats vassaux, de provinces serves, couvrirait ainsi l'Europe, et, de la mer du Nord à l'Egée, couperait l'Orient de l'Occident. Et la formidable barrière pourrait facilement, du Sud-Est, se prolonger par Constantinople et Bagdad jus-

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qu'au Golfe Pcrsique. Par la possession de Salonique, la Méditerrannée orientale deviendrait un lac allemand, commandant le passage de Suez, la route maritime des Indes : ainsi tout le Levant, serait contenu entre les deux terribles mandibules.

Depuis le début du siècle, la politique de l'Autriche-Hongric, dans les Balkans, s'est si bien rapprochée de celle de l'Allemagne, qu'on les pourrait croire confondues. Il est permis pourtant de se demander si cette identification est aussi complète qu'elle le paraît, et, dans ce cas, quelles sont les raisons qui l'ont amenée.

La monarchie allemande a tout fait pour exciter en Orient les ambitions autrichiennes. Bismarck voulait consoler par là les Habsbourg de leur hégémonie perdue sur le monde germanique. Plus tard, l'Autriche est apparue comme l'auxiliaire indispensable pour frayer les routes du Drang. 11 fallait donc lui persuader qu'elle y trouverait son avantage, que ses débouchés.

par le Danube et l'Adriatique, étaient insuffisants, qu'elle étouffait loin de la mer libre, que Salonique lui était indispensable.

Cet impérialisme a pu séduire certains hommes d'Etat et une partiei de l'opinion ; mais lorsqu'elle n'a été mue que par ce ressort, la politique orientale de la monarchie danubienne n'a pas montré, il faut le reconnaître, l'énergie et la décision que l'Allemagne eût espérées.

Le besoin de conquêtes et de débouchés commerciaux n'était ressenti par les sujets de François-Joseph et par la couronne elle-même, que d'une façon très relative. En revanche, ils savaient fort bien qu'une poussée vers la Méditerranée profiterait nettement aux intérêts germaniques, accentuerait l'ingérence allemande dans les affaires autrichiennes. Ceci n'était pas pour leur plaire, surtout aux Magyars. Aussi, jusqu'au début du xx" siècle, l 'Autriche-Hongrie agit-elle dans les Balkans avec beaucoup de prudence et de modération. C'est ainsi qu'en 1897, elle s'entendit avec la Russie pour l'application loyale en Macédoine

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des réformes promises par Tarticle 23 du traité de Berlin et pour le maintien du statut territorial établi par ce traité. Cet accord avec Pétersbourg marquait évidemment une grande indépendance vis-à-vis de Berlin.

Si cette attitude a changé, si l'Autriche s'est donnée corps et âme à l'Allemagne, ce n'est pas, semble-t-il, qu'elle se soit convertie au pangermanisme. Les raisons de cette transformation s'expliquent assez clairement par l'évolution d'une question déterminée : la question yougoslave.

Alors que la préoccupation du Hohenzollern est d'étendre son empire, celle du Habsbourg est de garder le sien et de l'empêcher de se disloquer. Or, une des principales craintes de dislocation, pour mieux dire, la principale, lui vient de ses sujets slaves en général et des Slaves du Sud en particulier : Croates, Slovènes et Serbes de l'Empire. Ce danger sera d'autant plus redoutable que les dissidents trouveront un appui, un foyer de propagande vraiment nationaliste, chez un Etat voisin, formé de leurs

frères de race, en l'espèce chez l'Etat serbe. Tant que ce royaume fut tenu en laisse, sous le règne humiliant des Obrénovich, tourmenté par les querelles de partis, l'Autriche et la Hongrie vécurent tranquilles. Mais le réveil national qui suit à partir de igoS l'avènement des Karageorgevich change la situation. Non seulement, la Serbie frémit, mais avec elle toutes les provinces slavonnes. Le démembrement imminent de l'Empire turc peut, d'autre part, renforcer le royaume serbe d'une partie des dépouilles ottomanes. II est à craindre, dans ce cas, que les dépouilles austro-hongroises ne suivent plus ou moins vite, et l'alternative se pose pour l'Etat habsbourgeois de manger le Balkan yougo-slavc ou d'être mangé par lui. Leur haine commune de la Serbie unit étroitement l'Autrichien et le Magyar et les jette, pour faire échec à la Russie protectrice de la Serbie, dans les bras de l'Allemand.

Forte de l'appui du Kaiser, l'Autriche entreprend l'écrasement de son adversaire. Elle essaie de la ruiner par une guerre douanière; elle ter-

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rorise les Yougo-Slaves de l'Empire par des mesures policières, des emprisonnements, des pendaisons. Lors de la Révolution turque, pour couper court aux espérances serbes, elle s'annexe la Bosnie-Herzégovine sur laquelle le traité de Berlin ne lui avait reconnu qu'un droit provisoire d'occupation. Enfin, en igii, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand lui sert de prétexte pour une exécution définitive ; malgré l'attitude conciliante de la Serbie, elle déclare la guerre et après trois offensives brillamment repoussées par les Serbes, l'int-ervcntion bulgare de 1916 permet l'invasion complète du royaume.

L'Autriche aurait donc entièrement réalisé ses buts de guerre dans les Balkans si la situation actuelle (juin 191 8) pouvait être considérée comme définitive

Heureusement, il n*en est rien.

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