‹ La Macédoine et les MacédoniensChapitre 6 sur 47 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les intérêts macédoniens ont été souvent considérés dans la question balkanique comme une chose fort secondaire. Qu'étaient les besoins, les désirs d'une poignée de demi-barbares devant les aspirations d'Etats immenses ou les nécessités de l'ordre européen? Que pesaient les vies mêmes de ces habitants en face de milliers d'autres vies de toutes races dont la complication des affaires d'Orient pouvait amener le sacrifice ?

L'expérience s'est chargée de montrer que ces intérêts comptaient pourtant, et beaucoup. On peut aller jusqu'à dire que leur rôle dans l'histoire de la Macédoine a été prépondérant. Si sous le régime ottoman, les Macédoniens s'étaient montrés tranquilles et satisfaits, il est

probable qu'à l'heure actuelle la Turquie garderait ses possessions européennes. Les efforts de dislocation menés par les Etats balkaniques, par les grandes puissances mêmes, auraient échoué si les souffrances indigènes ne leur avaient servi de prétexte et de point d'appui. Que les réformes prévues par le traité de Berlin eussent été efTectuées, que la révolution turque eût tenu ses promesses, et c'en était fait des espérances étrangères.

Il n'est pas de raison pour que ces intérêts ne tiennent pas, dans l'avenir, la même place que dans le passé, et c'est pourquoi leur étude mérite un grand soin. Les plus importants d'entre eux sont des intérêts de race et de religion, ressentis par les diverses sortes d'habitants qui peuplent la Macédoine et se répartissent en trois groupes :

Une race disputée : celle des Slaves Macédoniens ou Macédoniens tout court, formant le fond de la population rurale du pays.

Trois races aspirant à la domination; les Bulgares, les Serbes, les Grecs.

Trois races à l'écart du conflit; les Valaques, les Turcs, les Juifs (i).

Mais aucune de ces nationalités n'occupe de territoire déterminé. Elles s'enchevêtrent toutes sur l'ensemble du pays. Il s'ensuit qu'à côté des intérêts inhérents aux personnes s'en dressent d'autres inhérents aux lieux, et qui, pour être soutenus, moins bruyamment, n'en sont pas moins réels. L'étude des races doit donc être complétée par celle des pays, et c'est seulement ainsi que pourront être appréciés les aspirations et les besoins des populations macédoniennes.

(1) Je n'ajoute pas à ces sept races celle des Albanais, qui ne sont pas, à proprement parler, des habitants de la Macédoine, mais débordent des frontières imprécises d'Occident, Par leurs incursions, Us jouent dans le pays un rôle analogue à celui des fléaux naturels : grêles, inondations. Ces montagnards turbulents, catholiques ou musulmans, trouvant insuffisantes les ressources de leur pays, et n'ayant pour la culture qu'un goût relatif, faisaient en Vieille Serbie, aux environs de Monastir, de grandes razzias. Depuis la chute du régime turc, ces moyens d'existence leur sont enlevés et l'orientation de leurs destinées est incertaine. On peut tout attendre d'eux, et môme qu'ils travaillent.

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