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CHAPITRE III

LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD Ai: POINT DE VUE TECHNIQUE ET FINANCIER

I. Considérations techniques. — Le tracé. Conflgura.tion générale du pays. Tracé du Centre et tracé du Sud. Tracé définitif. Les critiques de von Pressol. — Durée de la consfnich'oH. Exemples etdéductions. — L'écarlnmenl. Importance essentielle d'un clioi.ï judicieux, — La ritesse. Celle qu'on veut obtenir. Difficultés et prix. — Le coiil de l'entreprise. Main-d'a?uvre et lavitaillement. Valeur du kilomètre construit. Evaluation de l'ensemble. — Les recettes. Leurs éléments divers : voyageurs, malle des Indes, marchandises, transit enlre l'Europe et l'Asie, les entreprises adjacentes. Estimation approximative.

II. Le roiNT iiE VUE fina.ncier. — Comment compenser tes insuffisances de rendement. La garantie kilométrique. Son obligation implique diverses tentatives : le relèvement des tarifs douaniers, l'établissement de monopoles, l'unincation de la dette, le relèvement des dîmes.

III. Co.NCLBSIONS GÉNÉRALES SUR L'ENTREPRISE — Peut-On Compter

surunrésullal immédiate Appréciations diverses. — Conditions du succès possible. Les idées de von Prcssel. l'iau général des travaux à faire. Colonisation. Sécurité de fonctionnement de l'entreprise. Amélioration des finances turques.

La convention (|ii'on vicnl de lire semble au premier abord extrêmement favorable et la compagnie d'Anatolie paraît assurée du plus brillant avenir.

Mais si les commentaires accompagnant cliacun des principaux articles du pacte turco-allemand aident à en pénétrer le véritable sens, ils ne suf-

116 LK CIIKMIN I)K FKR DE BAGDAn

fiscnt i)oiMt à (loiiiipr une coniuiissuncc complMe (les coiidilions ilc roiilrcprise.

Jl s'agit inaiiilenaiil (J'ciivisager a\cc niélliodo la valour (le eoiiainesoonsidéraLioiis Icchniqucs. Une lois liicn connues, le eiHé financier apparaîtra de Ini-niérne t^t l'on sera armé de tons les éléments essenliels ponr se l'aire sur cet aspect de l'entreprise nnc o|iinion solidenienl raisounée.

Pour parvenir à ce résultai, il est tout à fait inutile d'entrer dans la multiplicité des détails techniques qui relèvent strictement des ingénieurs. Nous nous bornerons <"i étudier ceu.\ des éléments techniques qui ont par eu.\-mérncsune importance constitutionnelle.

11 en est quatre principaux :

Le tracé adopté,

La durée probable de la construction,

L'écartement clioisi,

La vitesse qu'on se propose d'obtenir.

On évaluera ensuite le coût de l'entreprise et ses recettes possibles.

LE TR.XCK

En 1877. von Presse) établit le projet de chemin

l'OINT I)K VLK TECHN'IQUK KT l'INANCIER HT

ili' for vers B;if;ilad au(iiicl il a ili'jà ('lé fait allusion. I>aiis sa brocliure rt'ccnle (1), éciile peu avant de mourir, l'ingi'nirur Asurlenibcriicois compare les avantages de son projet <lil " liaci' du eenire » à (■(dui de la sociél»' d'Anatolie tpiil \(i\ait piélÏTi' et qu'il appelait « liaec du sud ». Parmi les nndtiples tracés jilus ou moins \agues proposés pour aboutir au golfe Persique, ceux do von Pressel et du la société d'Anatolie sont les seuls qui aient jamais été l'objet d'études suflisantes. Nous considérons d'abord le traci' dé'finilivement ad<qdé', celui du sud; les (iliservations de von Pressel nous scr\ iroiil eiisuile à eu inarcpiei- les a\ aiitages ei les inconvénients,

La voie choisie par la société d'Anatolie pour joindre Konia au golfe Persique a déjà donné lieu à un giand nondire de descriptions géographiques. La plupart manquent de sérieux . Celle du lieutenantcolonel Hildebrandt, de l'armée allemande, m'a paru avoir le double mérite de la sobriété et de l'exactitude. J'en cite donc les passages principaux (2).

« A partir de Konia, le tracé s'approche de la niasse formidable du Taurus; à l'est de la slation l'^régli, le massif central, groupé connue dans les Aljjes, se dresse en contours sau\ages au-dessus

(1) Les chemins de fer de la Turquie d'Asie. Orell Fiissli, Zurich, 1902.

(2) V. Intinialiunale Tlevue ûber die gesammlen Armeen itnd Flotlen, mars ISOi, j). 77. Von Witzleben, Dresden.

MS LE CHKMIN 1) K F K It DK liAGDAI)

(l'artHcs dentelées. L'ascension se fail i)ar une gorge au nord de la passe de Kiliki, par hujuelle s'avança Alexandre le (iraiid pour livrer la bataille de l'Issus à Darius. Dans la traversée de ces montagnes impraticables et couvertes de bois, les teclmiciens auront à accomplir une tâche très difficile, lors de l'établissement de la voie, surtout pendant la descente des pentes raides orientées vers l'est et le sud. La ligne, serpentant parmi les rocs du Taurus, se -dirigera vers la plaine fertile d'Adana, arrosée par la rivière Seikoun, car c'est vers cette plaine que descendent les masses du Taurus oriental.

« De même que Konia barre le Taurus à l'ouest, de même Adana forme la clef des défilés qui relient la Syrie et la Mésopotamie à l'Anatolic ; comme, de plus, une ligne ferrée s'embranche ici vers les rives de la Méditerranée, en passant par Tarse, ville natale de l'apôtre Paul, et qu'une autre va vers Alep, pour rejoindre le réseau syrien, Adana, vu sa situation géographique, constitue un point d'une très grande importance stratégique et commerciale. Presque parallèlement avec le Seikoun, la rivière Dchihan traverse la plaine, et tous deux se jettent dans le golfe d'Jskanderun (Alexandrettc).

« Depuis le l)ord de la rive gauche de la dernière rivière, les contreforts du Taurus descendent doucement vers la Mésopotamie; le pays devient plus nu et se couvre partout de maigres pâturages ou de steppes. Près de Biredchik, point de passage

POINT DE VUli TECHNIQUE ET FINANCIER 11!)

important sur l'Eupliratc, qui y devient navigable, la ligne traverse cette rivière, pénètre dans les régions incultes de la haute Mésopotamie, vers jMardin, point de passage des caravanes, et continue le long des pentes sur les monts Ahdin, par Nisibin, une des villes les plus vieilles et les plus célèbres de la Mésopotamie, vers Mossoul, dans

la vallée du Tigre

« Depuis Mossoul, situé sur les versants des plateaux du Kourdestan, le tracé de la voie suit le bord de la vallée du Tigre, jusqu'à Bagdad. A partir de cette antique cité, jadis l'orgueil de l'Islam et le centre intellectuel sous les kalifes, souvent détruite lors des luttes entre les Turcs et les Persans, descendue aujourd'hui au rang de ville de province turque, la voie ferrée se dirige vers le sud et s'incline vers l'Euphratc; elle passe sur la rive droite, touche le lieu de pèlerinage Hilleh, très animé par les caravanes, puis Nedchef et Kerbela ( I ) et atteint Basra, dans une courbe du lleuve. Basra (Bassora), sur le Chatt-el-Arab, formé par la réunion du Tigre et de l'Euphratc, était située jadis dans un paradis; aujourd'hui, totalement tombée, elle est entourée de sable, de marais et de llaques d'eau stagnante provenant des crues. Comme de puissants bancs de sable se soni forni(''s au cours des années à l'embouchure du Chatt,-el-Arab, les

(1) Villes saintes. C'est à Nodeliif (Ncdjef) que se trouve le tombeau de l'iinaQ Ali, cousin et gendre du Prophète.

lio i.i: ciiKM IN m; i'i;ii m; i;ai;ii \\i

i>'l';ill(ls lia\il'('s lir |icll\riil |ilil> I riiKiiilri- jiisi|ll il

Basni

« Pour l'aire de IJasra un port de nuT. il faudrait d'abord rendre le (>halt-el-Arab navigable en louUsaison, ce qui occasionnerait des frais considérables et nécessiterait des travaux qui retarderaient laelièvement de la voie et en augmenteraient les fiais de construction

« Insignifiantconinic port tle nier, Hasra ne pourra ])as constituer le ])oint terminus de cette ligne inleinationale de près de 3.000 kilomètres de long. Le tracé a donc été dirigé vers la petite ville de Kosmina. qui. <I,iiis la baie de Ko^\eit, eonuiiencc à prendre du (li\('loppement comme port de mer, étant le rendez-vous commercial des ])ècheurs de perles. Pour arriver à Kosmina, on a tourné les régions marécageuses du bas Euplirate: celte ville constitue d'ailleurs le meilleur port du golfe Persique et se prèle parfaitement comme point lerminus du chemin de fer de Badgad

« Le port de Koweït se trouve à 80 kilomètres environ du bord ouest du delta que le Chatt-el-Arab forme à son embouchure : il est parfaitement ahiité contre les ^ ents. présente un fond d'ancrage excellent, et il est assez vaste {)our abriter toute une flotte; on le dirait d'ailleurs créé pour servir de port de guerre. »

Ici, le lieutenant-colonel Hildebrandt se laisse quelque peu entraîner par la force de ses sentiments

l'OINT DE VIIK rilCIlNIQUE HT !•' I ,N A M; I K H iùi

iialiuliaux cl sa li.ilc ilr xoiiachcN de liiliir rai lu av. Li' Iciiiiiiiiis (lu iliciiiiii (lu fer lie liail^ail n isl, |iiiiiil ciictii't' li,\('' aussi IViiiicmciit (ju il \fiil liicu Ir (lire. Il \ a encore à cel l'^ard de luiiiilireiises (lif(iciilt('S à ri'soiHli'e. ( V. |i. 2'M'>.}

vSiir lal(iiii;ue !)anile de leiTaiii (|ue l'ollieier allemand vient de décrire à larges traits, des travaux d'art très importants seront indisjtensaliles.

Après Krej^li, lu voie aborde la liaule et diflicile ( liafiie du Taurns appelée Bulgar Dagli. Les I(jcom(ili\es franc liiront celle miu'aille par les célèbres |iiiiles eiliciennes des ani'iens (la passe de (iulaUr><igliari. seule voie permellanl à I Asie Mineure de <oMnnunif[uer avec la Syrie et la vallée de l'Eu- |dii-ate. A n"en pas douter, cette partie de la ligne nécessitera des dépenses énormes. Après Hamidié, la voie devra traverser le groupe montagneux de hjahal lîarakat précédant le massif de l'Amamus. l^à encore l'établissement de l'infrastructure sera extrêmement dispendieux.

La haute Mésopotamie est encore une région montagneuse Les hauts plateaux n'offrent guère (jue lies s|c|i|H's ilt'serts. l'uis. au-dessous de Bagdad, dans la partie oii le Tigre et l'Kuphrate se rapprochent, une série de terrasses successives forme la descente! vers la basse Mésopotamie. Au sud de Badgad, les difficultés d'altitude cessent. Mais le terrain est de naturemarecageuse.il faudra franchir d'énormes étendues de sol tourbeux cou-

Ii2 LE CIlliiMlN DE V\A{ 1)1': liA(il)AI)

vert de joncs épais, coupés parfois par des iluiics de sable. Plusieurs grands ponts sont iné\itabk'S sur le Tigre et sur l'Eupiirato.

Sur le parcours des enil)ranclicmenls indicjués à l'article premier de la convention, il n'existe pas de difficultés topographiques sérieuses. En somme, les parties vraiment difdciles se trouvent entre Konia et Adana d'abord, puis entre Hamidié et Killis, c'est-à-dire pour le double passage du Taurus. Il y a là de KiO à 180 Uiloniètres cpii conteront extrêmement cher. Sur le reste du parcours de la ligne, le terrain est généralement |ilat et n'exigera de loin en loin ipic des travaux d'ail n'a\ant rien d'exceptionnel. Dans certaines parties de la 3Iésopotamie, les traverses pourront être posées direc- Icnient sur le sal)le du désert.

Quant à la densité de la population vivant sur le parcours projeté, elle est des plus variable.

De la station future d'FIamidié, après Adana, il faut aborder la principale ciiaine du Taurus, très médiocrement peuplée.

A partir de Kittis ou Killis jusqu'à Mossoul, la contrée est peu habitée; elle l'est moins encore de Mossoul à Tekrit, et de ce dernier point elle est à peu près déserte jusqu'aux environs de Bagdad. Le désert règne également de Bagdad àKerbela et à Nedjef. Après cette dernière localité et jusqu'à Zobéir, le tracé, sans doute pour éviter quelques cours d'eau et les plus grands marécages, semble

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