KOWEÏT ET LE FOND DU GOLFE PERSIQCE
le gouvernement de Londres sut ménager un peu mieux les intérêts britanniques.
L'incident de Koweit le prouva bientôt.
Comme on l'a vu, le terminus du tracé étudié par la commission d'études allemande aboutissait à Koweit, sur le golfe Persique, à 150 kilomètres environ au sud de Bassora, mais par une fatalité
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t;u'li(Hiso l.i suzcraineli' du sultan n'(''(ail puint incontestable ni incontestée sur la e(Ue occidentale du golfe Persique. Elle appartient en réalit('' h une série de clieiks indigènes relevant de la Perse autant que de la Turquie et notamment à un certain Moubarek, protégé de l'Angleterre
C'était là pour le cabinet de Saint-James une occasion admiral)le de s'immiscer dans l'alTaire de Bagdad. Il n'eut garde de la laisser échapper.
Il en résulta toute une série de péripéties dont la Reçue de géographie a publié un clair résumé (1).
L'Angleterre, « avec sa prévoyance habituelle, s'était rendu compte de bonne heure de l'importance de Koweït pour le commerce des Indes et y avait déjà installé en 1820 un représentant diplomatique, qui ne put d'ailleurs se maintenir longtemps à son poste devant l'hostilité de la population.
« Plus tard, désirant se créer une situation prépondérante dans le golfe Persique, elle avait chargé le vice-roi des Indes de chercher un prétexte quelconque pour mettre la main sur le port convoité.
« L'habileté des cheiks, et en particulier de Moubarek, le titulaire actuel, déjoua toute tentative d'annexion en mettant sans cesse en présence la Porte et l'Angleterre à la moindre menace de l'une ou de l'autre.
« Mais la concession de la ligne de Bagdad à l'AUe-
(1) Mai 1902, p. 399 et 400.
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magne clianîoa la face des choses: les liommes Je Londres, ilil la Deutsche holonial Zeilimri, perdirent le soniMieil rien qu'à l'idée ([ue Koweït courait le risque de leur ("cliapper.
« Le Times of India, qui avait di'jà déclar»' lors de l'établissement d'un dépôt de charbon allemand aux lies Farisan. que ce « fait constituait l'une des actions les plus indignes et les plus méprisables inscrites dans l'histoire contemporaine de l'Allemagne », entreprit une campagne acharnée pour faire naître le prétexte depuis si longtemps cherché. »
Une ([uerelle ayant éclaté entre le cheik de Koweït et l'émir de Nedjed, la Porte voulut intervenir; elle soutint l'émir, mais Moubarek, auquel lord Curzon, vice-roi des Indes, avait fait secrètement reconnaître le protectorat britannique, fut appuyé de la plus énergique façon par les Anglais, qui lui procurèrent des canons, des munitions et même débarquèrent de temps à autre des troupes. Les choses furent si bien menées que par une première convention la Porte dut reconnaître l'indépendance de Koweït. De son côté l'Angleterre s'engageait à ne plus envover de forces militaires dans cette région. L'ère des difficultés n'était cependant pas close. Moubarek réclamait de la Turquie toute la côte depuis l'archipel de Failaka qui ferme la baie de Koveit jusqu'au Chatt-el Arab, où il prétendait posséder de grands domaines; Moubarek disait
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même que Zobt'ir lui appai-tcnait. Les Tures prétendaient, eux, à tout le littoral septentrional ile Koweït jusqu'il Kazima, point où se trouve un excelleni mouillag'e en eaux profondes.
l^es Tures v envoyèrent un bataillon. Les Anglais protestèrent, la Porte lit semblant de ne point entendre. La flotte britannique du golfe Persi(|ue recommença ses démonstrations, armant à nouveau avec ostentation ses clients indigènes. De nouvelles négociations s'engagèrent. Elles aboutirent à une deuxième convention en vertu de laquelle la Turquie reconnut Kazima et Failaka comme appartenant ;i MouJjarek. Dès que les Allemands eurent connaissance de cette coinention, leur désappointement fut extrême, car ils étaient joués par les Anglais d'abord et par les Turcs ensuite, qui. pour éviter d'avoir à subir des reproclies trop \iolents, s'étaient ingéniés, grâce aune discrétion absolue, à mettre la diplomatie de l'empereur (iuillaume II en face d'un fait accompli.
Depuis, les Allemands ont bien ciiercbé une autre solution. Ils ont pensé à mettre leur terminus à Fao, sur le Cbatt-el-Arab, ce qui les obligerait à des li-avaux de dragages, longs, incertains et fort coûteux, aussi Koweït avec sa vaste rade et ses belles eau.x profondes continue-t-il à exciter leurs convoitises.
11 est donc incontestable que l'Angleterre peut créer de sérieuses diflicultés à l'Allemagne pour le
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clioix (lu point (erininus du iJiilway de Bagdad.
CcLle coubliitalioii nous amène h priHoir une liypolhèsc : celle où les gouvernemcnls de Londres et Berlin, ayant un intérêt commun à s'entendre, conviendraient ([ue l'Angleterre prendrait part à l'affaire de Bagdad, l'Allemagne renoncjant h rire seule maîtresse sur la rive occidentale du golfe Persique.
Déjà quelques Anglais qualifiés ont préconisé cette solution ; dans ï Empire Hriifw, M. [ète, ancien officier, qui prit part du côté des Afghans à l'afiaire de Koucfika et qui est maintenant résident britannique aux confins des Indes, concluait au début de iyU2 : « Si les Anglais construisaient un chemin de fer le long de la frontière nord du Bélouchistan jusqu'à Ispahan et Bagdad, la Grande-Bretagne tirerait un grand parti de l'entreprise allemande en Turquie. »
En septembre 1902, le capitaine Malion défendit dans la National Revieir une thèse analogue.
Ces idées, il est vrai, en opposition absolue avec les sentiments de la masse britannique, ne semblent point avoir pris consistance.
Le 8 novembre 1902, le Nocoié Vrémia constata :
« Sous la pression de l'opinion publique défavorable à l'Allemagne, les capitalistes anglais refusent de prendre part à la construction du chemin de fer de Bagdad. »
Depuis lors, une série de nouvelles contradic-
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toires ou tendancieuses ont paru çà et là, île telle sorte que lorientation définitive de l'Angleterre à i'ég-ard du railw av de Bagdad reste encore douteuse.
Ce qui est sûr, c'est que si M. Chamberlain s'est momentanément trompé, les hommes d'État britanniques ont une volonté assez ferme, un caractère assez pratique, un esprit assez clairvoyant pour discerner le mal qu'est destinée à leur faire l'action allemande dans le Levant.
La plus grande circonspection, tout au moins, leur est évidemment commandée.
Si l'on veut s'en convaincre à Londres, il suffira de méditer ces lignes apparemment mesurées, calmes et modestes, parues dans une revue militaire allemande :
« Un regard jeté sur la carte nous montre que si le golfe Persique est en possession stable d'une puissance étrangère, et si de plus le chemin de fer de Bagdad ouvre au commerce du monde et aux communications de nouvelles voies de transport, de l'ouest à l'est et inversement, non seulement le rôle économique de l' Angleterre changera, mais son importance militaire en Asie subira une transformation complète et un développement défavorable (l). »
il) Internationale Bévue iibei- die gesammten A rmeen luid Flolleii, juin 1902. Le chemin de fer de Bagdad el le golfe Persiiiue, p. 167.