LES PUISSANCES
Recouly ; celui-ri a constaté en Hongrie exactement la même organisation pangermaniste dont j'ai signalé l'existence en Autriche déjà en 1898 (1).
« Ce qui caractérise cette agitation, dit M. Recouly, c'est d'abord qu'elle est toute récente, ensuite qu'elle n'a j)as pris naissance dans le pays même, mais a été provo(|uée par des agents venus de l'extérieur.
« Que toutes les puissantes ligues pangermaniques, Alldeutscher Verband et les autres, soient encouragées et soutenues par les pouvoirs publics allemands, cela ne saurait faire aucun doute quand on voit, au premier rang de ces ligues, des personnages de l'entourage immétliatde l'empereur (Guillaume II). On sait commentées ligues ont travaillé en Autriche, dans ce pays « ami et allié » et l'effroyable agitation qu'elles y ont causée, le Los ron Rom et les attaques directes contre les Hasbourg au profit des HohenzoUern (2). »
Peu après, sir Horace Rumbold, ancien ambassadeur d'Angleterre à Vienne, donc personnalité remarquablement (|ualifiée pour savoir, a hardiment dénoncé dans la National Review les convoitises secrètes du gouvernement de Berlin. M. François Kossuth, chef du parti de l'indi'pendance à Budapest, a assuré, lui aussi, croire aux efforts de main-
(1) L'Empire allemand el les nlfaires autrichiennes. Bévue de droit public, janvier IS^S. (Sous la signature Albert Lefua.nc.)
(2) Le Temps, 11 septembre 1902.
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mise (le rAllciiiagnc sur les provinces allciiiandcs de l'Autriclic (I).
M. de Szell, enlin, par conséquent le clief du cabinet hongrois à l'épociue, déclara « qu'il suivait le mouvement pangermaniste avec la plus grande attention, parce qu'il le considérait comme l'un des plus dangereux pour la Hongrie, et voulait l'étouner dans son germe, par mesure administrative (2) ».
Devant la constatation d'un danger qui d'ailleurs peut parfaitement être évité (3), ne tombe-t-il pas sous le sens commun que l'Autriche, pays, ne l'oublions pas, de majorité slave (Ib millions de Slaves, 9 millions d'Allemands, i million de latins), exciterait bien plus encore les convoitises du gouvernement de Berlin, le jour oii elle constituerait l'unique obstacle restant à briser pour asseoir solidement l'hégémonie prussienne sur l'Europe centrale, sur les Balkans et sur l'Orient?
Ceci nous autorise donc à conclure : au point de vue autrichien, l'achèvement du réseau de Bagdad a une importance capitale, car il est intimement lié au problème de l'Europe centrale.
(1) Le Temps. 9 décembre 1902.
(2) Le Temps, 21 novembre 1902.
(3) V. l'Europe et lu Question d'Autriche au seuil du vingtième siècle, p. 399. Pion, 1901.