I.A l'IlA.NCK
une l'nulc d incciin l'iiicnls [lour l.i l'raiirê cl |i,is iiii seul ;i\an(.ii:('.
(c II l'clM av.iiil |n'll ili' l'Asie MiiHMirc une \ itI- (al)l(> colulli(^ alk'mando. Il i-oiilriliiiera à anisiiitirà jamais riiilluoiicc française.
M Ce cliomin de fer est, en outre, une œu\re antirusse par excellence. Son importance stratégique est de tout premier ordre. En cas de conll aération générale nul ne peut dire quelle sera l'attitude de la Turcpiie...
« De l'aN eu de tous, messieurs, l'alliance francorusse est indispensable à la sécurité des deux nations; elle assure l'équilibre européen, elle est le contrepoids indispensable à la triple alliance
" Le moment n'est donc pas venu de faire tout ce qu'on peut pour la détruire. Je m'attends à voir le ministre des affaires étrangères m'opposer en réponse la note publiée il y a quelques jours dans les journaux à propos de l'accord anglo-japonais et de laquelle semble résulter la preuve de l'entente des deu.\ gouxernements russes et français {Interruptions.)...
« On ne peut pas laisser dire sans protester que l'u.'uvre du ciiemin de fer de Bagdad sera une o'uvre destinée à servir les intérêts de la France en Asie Mineure. J'ai démontré — si l'on veut être de bonne foi il est impossiide de soutenir le contraire —
2Si> Li; CM i;.Mi.\ m: Ki;it m; haoiiaii
(|vic la ligne (le Kdilia an ^nHc l'('rsii|iic nVsl i|uo le [iroloiiuciiicnl de l.i liL:iii' <lt' llaiiilKMirL; à (loiistanlinoplc l'A\r ser\ira. an |irnli( des seuls iiiliTets alliMnaiids. h l'aire Iraiisitcr les iiianliainlises il'Kx- (rèine-Oiieiit. Eiieore une fois je n'en vcnx |i(iur prouve que la ténacité et la persévérance dont lenipereur d'Allemagne a fait preuve pour obtenir la concession.
« Si vous laissez faire ce ciiemin de fer, l'inllnence allemande, di'jà si considérable en Asie Mineure, nous chassera h jamais de ces régions sur lesquelles nous ne pourrons plus exercer aucune action,
« Lors([ue.Ar le ministre dit ([ue c'est là une bonne o<'casi()n pour les capitaux l'rançais de trouver un piacemeni a\anlagenx et (pi'iin aurait tort de les en enip(''clier. je troiue (pi il s a\cnlni'e singulièrement. S'il s'agissait d'une simple all'aire industrielle, rémunératrice pour lescapilau.x engagés, je ne serais pas monté à la tribune. Mais il y a là-dessous un Panama qui se prépare. {Exdamations.)
«Préférez-vous par hasard, mes chers collègues, laisser les capitaux français se risquer dans cette aventure sans crier casse-cou? Préférez-vous laisser les grandes banques, les grands syndicats d'émission réaliser des bénéfices considérables en lançant cette affaire au préjudice de tous les petits souscripteurs? Si c'est ainsi que vous ententlez la défense de l'épargne française, c'est bien, mais
LA FliA.NC.K 283
NOMS nie |ioriiiclli('/, ilc me sc'iiiircr ilr \niis Ivi co (|iii me conccine. je ICiilriiils juitrciiiciil.
« Du resic l;i proposilidii i|ue je \oiis souiucls n'est pas de nature à einpt'i-licr (It'IiniliM'inciit l'émission qui se prépare.
«Vous êtes arrivés àlexpiration de votre mandat, \ous allez retourner devant vos électeurs. Ne préjugiez pas, je \ous en prie rien de la (picstioii et laissez à la nouvelle assemblée (jui sié'^era ici dans (iucl(|ues semaines, le soin d'examiner de plusprès celte affaire.
«Je ne vous demande pas d interdire de plaiio le lancement de l'émission; je vous prie de décider (|u'elle ne pourra être autorisée qu'après un vote du parlement. L'affaire sera soumise à la sam-tion de la nou\elle Chambre. A ce moment elle sera mûre. Si elle est aussi bonne ([u'on le pré'tend, si elle constitue un placement rémunérateur pour les capitalistes français, vos successeurs ou vousmêmes, mes cliers collèi;ues, si vous revenez sur ces bancs, pourrez \oter la loi qui autorisera l'émission, mais si on établit, et on l'établira, qu'elle ne présente aucune sécurité pour les porteurs de titres, la Chambre interdira purement et simplement cette ('■mission et, en agissant ainsi, elle sauvegardera les intérêts de la petite épargne (1). »
La mesure queré'clamaitM. Firmin Faure n'(''tait
(1) Juiinial officie}. 25 mars 1902. ].. 14G7 et suiv.
ist i.i. (.iiK.MiN m: Ki:it dk nAuiiAi»
<'ii siiiiiiiic (|ii une iiicsiiiT cniisci'Natiiirc il('sliiit''(! siu'tonl il altiii'i- 1 allciilidii sur 1 aU'airc de Buiidad, aussi (■(Milraiic aux iiil(''icls ilc rc'parfjiit^ Iraiiraise (ju'aux ohligalioiis ilc ralliaiic(^ IVaiico-russo.
La Cliaiiibrc, sur la ilcriaralion de M. Dclcasst'' at'firniant que j(tiiuiis, () cincuu moment, ni oflUicUrnient, ni o/'licieusemnit. d'une faron directe ou indirecte, la diplomatie française n'était inlerrenuc dans l'ajjaire de Bn<idiid, ci ut (|u'il s'at^issaild une simple all'aire jjii\ éc el par ;i!)8 voix contre 12 repoussa la sage proposition de 31. Firniin Faure.
La faute ainsi commise est d'autant plus làcliouse (jue quelques semaines auparavant M. l']lienne. dans son discours du 21 jan\ier i'.)02, avait nettement niuuti'('' 1 iniportanct' du concours linancier que 1 liaijilelé (!) tle M. Constans a su « réserver » ;i la France : « Il est incontestable que l'Allemagne n'est pas en état, financièrement parlant, de fournir le capital total, qu'elle n'a pas un marché suflisamment fort pourajisorber toute l'émission qui va être nécessaire pour la construction de ce chemin de fer (de Bagdad): c'est l'épargne française qui va intervenir largement. On nous dit que nous aurons à fournir 40 pour 100 du capital. Je suis convaincu que ce sera encore 80 pour 100 (1). »
Le 11 mars 1903, M. François Deloncle, député, a de même dé'claré à la tribune de la Chambre :
l\) Bulletin du Comité de l'Asie françuise. février 190i, p. 70.
LA FHANCK 2S:i
« .. Jo \i(Mis (Icniaiidor au fjouvernomorit coruiiicnt il coinplc concilier los oblifialioiis de la solidarité avec l'alliance qni nons lie a\('c la Russie et les accords conclus rcccnnnent sous srs propres uusjiices et par lesquels les Fi-ançais ont pris des enji'agenienls si (''tendus dans la construction du chemin de fer de Bagilail il) »
Cette question très nette, reconnaissant l'immixtion de la diplomatie française dans Taflaire de Bagdad, contrairement à la déclaration de M. Delcassé (voir p. 20!)), ne reçut aucune réponse. Un débat très confus sur la ])olili(|ue universelle permit de l'esquiver.
En présence de ces divers axertissements, on peut donc li'gitimement dire que le Parlement français a manqué de clairvoyance; il s'est ainsi chargé d'une responsabilité qui un jour très piocliain |)eut devenir singulièrement pesante.
La grande pi-esse a-t-elle donné des résultats beaucou|) plus satisfaisants?
Les ell'orts de la diplomatie française en faveur du chemin de fer de Bagdad ne pouvant être dissimulés, certains journaux de la capitale ont cru nécessaire de |iri'scMlcr avec une insistance parliculière cette altitude comme un fort haliile coup de partie. Ils ont déclan'' (|ue la concession du chemin de fer de Bagdad « constituait un grand
(1) Jounuil iifficiel, 12 mars 1003.
i.sc, LM i:ii KM IN 1)1-; Fi;n ni'; iiacdad
succès (li|iloiiiiili(|ii(' ri'injiorlc par l'in(lii('iice française cil Oriciil. B Qii('I(|iics-uiis ont l)icii ii-oin ('■ la place prise par les Allcinaiids un |icu (■(insiiir'i'iil)le; ils sp sont, toiilcfois rassures aisciucnt : « C/csl le clicinin de Ici- il Analolic (pii a olilcnn la concession, mais, connue dans les capitaux (Migagés il y aura beaucoup d'argent l'raneais, on pouira considérer celte ligne connnie i'ranco-allemande. » On donnait en eH'ct à entendre que le partage entre Allemands et Français était sûr et l(jyal. Le succès des m'^gociations remplissait d'aise.
« On a obtenu ainsi (|ne la ligne projeli'e ralliât à la descente du Taurus le terminus de notre cbemin de Mersina à Adana, auquel il apportera un supplément de Iralic que la proximité de la mer, à peine distante de 00 kilomètres, peut rendre très important (1).
« A riieure actuelle, des négociations sont ouverles pour lixer lapart de l'entreprise, du niati'r'iel et du personnel français dans la construction et l'exploitation de la future ligne et pour arrêter la cession à notre groupe d'une part égale dans les actions de la ligne déjà construite d'Haïdar-Paclia à Konia à celle qu'il doit prendi'e dans le prolongement de Konia à Bag<lad » (2)^
(I) Ce résultat n'a point été dilTieile à atteindre, la compagnie d'Anatolie ayant un intérêt majeur à avoir la liaule main sur la ligne Mersina-Adana (voir p. 42).
{•2) Henri de Peyeiihihoff, liuHelin da Cûinilè de l'Asie (rnnçnise, p. "26. n" l, avril 1901
N'était-ce pas là un grand succès?
« D'oxchisivonicnt .illcuianilc, rtium-c ilcNciiail iiilcriialion.ilr. et la |iai( (|ir\ [irriiaiciil nus capilanx assuiail (\uv non sculrniciil rien ne sérail lenlé contre nos inléréls. mais ([u'il leur serait l'ait une place ilaiis la nouvelle entreprise. »
Puis, en passant. (|uel(|ues lignes, non sans mélancolie :
« Elle restait cependant, quant à sa préparation première, sous linlluence des initiatives dont elle était sortie. C'est une mission allemande composée d'ingénieurs et de représentants de la Deutsche Bank qui, sous la direction du consul général allemand à Constantinople, a entrepris à la fin de 1899 l't'tude du tracé et des conditions économiques de la ligne. ¥A les résultats de ses travaux ont été récemment publiés sous un titre Die Deutsche Bagdad Bahn qui ressemble un peu à une décdaralion <rannexioii (1). »
De leur côté les Pères de la compagnie de Jésus, parfois bien renseignés sur les choses de l'Orient, ont publié dans leur revue Etudes un long article sur le chemin de fer de Bagdad (2).
Cet article, signé Henri Lammens, est d'un optimisme déconcertant : « La meilleure garantie pour la France de voir ses intérêts représentés dans la nouvelle entreprise, c'est la place que se sont
(i ) V. htfUeliii ilu Comité ilr l'Asie fraiiçnisf.n" 1. avril 1901, p. ia. [2) V. Études, o juin 190:! cl iO juin l'Jiji.
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;issiir(''t' SOS c;i|)itiuix. roiiililion cssi-nl/elle de l'tichririiii'iit (In chemin de fer de liaf/dail. » Quelques Iij;nos plus luiii on trouve, il est wiù : « // f(ti(l joiiiUint le dire, i'eiil refirise de Ihiiiddd detneitre priiiei/ dleiiierit (illeiinmde il). »
» Mdlijré l'aiijiel fait ait.r aijiituii.r fratuais. les AlleiiKiiids entendent surtout Irarailler pour euxmêmes (2). »
Cas moius c.\|ilic;ilile encore. I aiiteiii' il'iiii ailicle lout ri''ceiiuuent paru eonstale(|ue le clieniin de fer de Bagdad « ne peut être réalisé sans la coojiératioH des eapitau.x français », que le but de la ])olitique do Guillaume II est de « déposséder la France de la situation morale et commerciale ac- (|uise depuis des siècles ». qu une lois le nouveau raihvay construit « l'exportation sucrière française en Mésopotamie et dans 1 Irak sera irravement compromise », (jue le marché allemand « ne semble pas disposé jusqu'ici à fournir les i(t pour lUd qui lui reviennent », (|u'il n"a pas « grande confiance dans la réussite de l'entreprise », (|ue « les actionnaires de la société d'Anatolie ont nu'me clairement spécilié. à l'assemblée du 24 juin 1!)((2. qu'ils entendaient rester en dehors de la nou\ elle compagnie et refuser toute coopération qui pourrait tourner ii leur détriment » ; que l'inlluence française « àMossoul et à Bagdatl est jusqu'ici pré-
(1) Op. cit.. p. 5SG.
(2) Lammens, Études, .S juin 190i, p. 387.
LA KHANCK 289
))()inIt!T;uil(', (•('Ile lie rAIlciiuif^ac [»r('S(|iic mille »; (|U(i pour les Kran(;ai.s , fournir à leurs concurrents les moyens de grandir à leurs dépens serait faire un marché de dupes (1).
Eh bien, aprf's avoir fait toutes ces constatations parfaitement exactes d'ailleurs, et sans indiquer aucunement les avantages certains et compensateurs des Français à l'entreprise , notre auteur n'en conclut pas moins (jue la France a intérêt « à marcher avec l'Allemagne dans l'affaire de Bagdad » et qu'elle doit même faciliter de son argent la construction du chemin de fer du Hedjaz (Voir p. 51) (2).
Je n'insiste pas sur d'autres articles, que je préfère ne pas citer. Il en est qui ont jugé l'accord franco-allemand nécessaire et judicieux pour deux raisons; d'abord parce que l'Allemagne serait parvenue déflnitiveinent à elle seule à constituer la somme de 60U millions de francs indispensable à l'entreprise ; cii second lien, parce que sans une certaine entente internationale, c'est-à-dire une participation indirecte des grandes puissances étrangères, il eût été scabreux pour l'Allemagne d'aborder cette œuvre.
Le plus sérieux des organes français a contribué à donner l'impression que l'attitude prise par notre diplomatie était exceptionnellement favorable à la
(1) V. Henri Bohlek. Le cheminde fer de Bauddd, in Questions diplomatiques et coloniales, 1" mars 1903 p. 273 et siiiv. (2J Up. cit., p. 293.
290 LK CIIKMIN l)K K K H DK liAGDAIl
Franco : « L'accoi'd dos i^roupos l'ranoais cl all(>mandrolatil'à la lif^iio dc^ Bagdad, intervonu à i*aris avec lo dirooteur dcViDeusIche BanI,-, sora incossammonl sig-né. L'accord est complet. Les doux parties sont placées, en ce qui concerne la construction et la direction de la ligne depuis Konia, sur lo pied do la plus parfaite égalité (1) ».
Quelques-uns ont fait preu\'o do plus de churvoyance.
Le Bulletin de l'Asie française a déclaré : «... Il est impossible que nous perdions de vue que ce chemin de fer ne répond en rien à des intérêts supérieurs de notre politique; on peut même dire qu'il leur serait contraire, s'il ne nous servait à introduire dans les pays traversés l'influence française dans la mémo proportion que l'influence des autres nations participant à l'entreprise (2) ».
M. André Brisse dans la Revue de géographie a constaté : « // est clair que la Compagnie allemande cherche à se débarrasser des frais d'une affaire dont elle prétend se réserver la direction exclusive et tous les avantages [lolitiques (3). »
Seul, à peu près, le Journal des tarifs et traités de commerce a eu une attitude nette et résolue : « ...Si l'administration allemande dispose à son gré des
(1) Le Temps, 31 août 190i.
(2) V. Bulletin de l'Asie française, février 1902, p. 70.
(3) Revue de géographie, mai 1902. Les intérêts de l'Allemagne dans l'Empire ottoman, p. 393.
bons postes et des commandes industrielles, la France n'aura pas le moindre intérêt à fournir ses capitaux à la compagnie du cliemin de fer d'Anatolie ; elle y perdrait même, sans compensation, une partie de sa clientèle orientale (1). »
« Si notre ministre des finances exerçait, comme il le peut, une surveillance circonspecte, mais attentive sur l'emploi de nos capitaux à l'étranger, il imposerait des conditions sérieuses à la coopéralion des capitaux français dans l'alTaire du chemin de fer mésopotamien. Il faudrait que la part de 40 pour 100 dans les emprunts à émettre correspondît à une représentation proportionnelle dans le capital-actions, dans le personnel supérieur et dans les commandes de matériel (2) » .
Et maintenant peut-on dire que le Parlement et la presse en France ont accordé à l'affaire de Bagdad l'attention qu'elle méritait?
L'examen de ce que les Français, en tant que particuliers, ou entant que sujets delà République, ont à gagner ou à perdre à l'entreprise allemande va permettre de ré pondre à la question .
Il est incontestable qu'un certain nombre de Français gagneront, et gagneront même beaucoup à l'exécution du railway de Turquie d'Asie.
Pour comprendre dans quelle mesure le gain est possible et quels en seront les bénéficiaires, il faut
(1) Journal des tarifs etlrailit de covimerce, -21 février 190:2, p. 30.
(2) Op. cil., p. 49.
21)2 Ll", CIIK.MIN l)i; Kl'.lt Dl-: llAOllAll
(l'aboril voir (•laircmciil (jue la réalisalioii du clioinin (le i'er (le Bagdad coinijrcnd trois opérations bien distinctes :
L'émission iinam-ière,
La construction,
L'exploitation.
L'émission publique des titres représentatifs du capital à trouver, (jaelle ijuc soil la l'orme choisie (titre de chemin de fer ou d'un nouvel emprunt turc) doit nécessairement avoir lieu avant tout. Une fois couverte, l'émission publique seule, en effet, totale ou partielle, rend possible la construction également totale ou parlielle.
Celle-ci exigera une période de huit à quinze ans. (Voir p. 124.)
Une fois la construction terminée, commencera alors, mais seulement alors, la phase de la complète exploitation.
A chacune de ces trois opérations distinctes, émission, construction, exploitation, correspondent des gains et des risques particuliers.
Selon des décisions rendues publiques par la société d'Anatolie elle-même, il a été convenu que les capitaux à engager dans l'entreprise seraient répartis dans la proportion suivante :
4U pour 100 aux Allemands,
40 pour 100 aux Fran(;ais,
20 pour 100 aux autres nationalités.
Remarquons d'abord, car c'est un point fort im-