‹ La Macedoine; Le chemin de fer de BagdadChapitre 46 sur 54 · LA F HA N CI · texte numérisé non relu

LA F HA N CI

[lortaiit, qur' la |iro]iortiiiii ainsi rôg-léo ne saurait s'appliquer qu'à l'émission des titres, mais non point <lu tout à la répartition de ces mêmes titres entre les divers pays.

On peut très bien concevoir en ell'et qui' les titres, actions ou obligations représentant 40 pour 100 des capitaux à eng-agerdans le chemin de fer de Bagdad, seront réservés à des banquiers français qui les écouleront ensuite dans le public et dans cette proportion, mais on ne peut absolument pas dire que 40 pour 100 lie titres seront réservés au public français.

Un banquier français pourra vendre des titres du chemin de fer de Bagdad à un Allemand et il pourra se trouver des Français, des Anglais, des Espagnols (jui achèteront cette même valeur à des banquiers allemands.

Par conséquent, il apparaît clairement que la réserve dite de 40 pour 100 à des Français signifie simplement que 40 pour 100 des droits de commission, de courtages, etc., ont été réservés à des banquiers français, c'est-à-dire pratiquement au petit nombre de financiers ([ui ont l'usage de lancer sur le marché les titres de sociétés plus ou moins sérieuses.

Il n'est pas douteux que ce bénéfice résultant des courtages ne saurait échapper aux maisons de banque françaises qui feront partie du syndicat d'émission des titres relatifs au chemin de fer de Bagdad, mais il est également certain que ces ban-

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(|iiiers nollrcnl aucune garantie .sullisanle an public, aux porteurs ilaclioiis ou d'obligations, dont la sécurité ri'sidcra en somme dans la seule (jualiti'' de l'entreprise.

Quoi qu'il en soil, une fois l'émission faite, après par conséquent ipie les banquiers auront écoulé les papiers, après que leur bénéfice sera réalisé, et (|ue les caisses de la compagnie d'Anatolie-Bagdad seront pleines, — le nom donné au titre choisi importe peu, — la période de construction commencera.

Il est incontestable encore (|ue cette phase comportera des occasions multiples de bénéfices certains pour les constructeurs.

Les fabricants français (jui fourniront des rails, des wagons, des locomotives réaliseront des gains, cela est évident. Tout est subordonné, il est vrai, à la question de savoir si les Allemands, qui ont un besoin si impérieux d'exporter leurs métaux et leurs machines, consentiront à faire aux industriels français une part réellement considérable. Rien jusqu'ici ne permet de le garantir. D'ailleurs en matière de matériel de chemins de fer, les fabricants français peuvent-ils, grâce à leurs prix, concurrencer efficacement les constructeurs allemands? C'est un point plus que douteux.

La construction durera, nous l'avons dit, fort longtemps, de huit à quinze ans. Pendant tout cette durée les porteurs de titres auront dû prendre

palicneo, subir les iluctuations des spéculations en Bourse, résister victorieusement à la perpétuelle tentation de vendre les actions ou les obligations d'une entreprise forcément très lente à mettre en mouvement et à devenir productive.

Enfin la période d'exploitation commencera.

Le petit groupe des banquiers et des constructeurs auront prélevé leurs bénéfices certains. Ce sera le tour des porteurs de titres d'espérer un dividende, mais aussi de supporter tous les risques inhérents'à lexploitation. Si aucune commotion ne se produit en Orient, si la Russie laisse faire, si la Turquie peut payer sa garantie kilométrique, si toutes ces conditions essentielles sont remplies, alors l'actionnaire ou l'obligataire toucbera son dividende, qui, on a au moins cette certitude, ne sera jamais bien élevé (4 ou 5 pour 100.)

Il apparaît donc que les bénéfices et les risques correspondant aux trois phases de réalisation du chemin de fer de Bagdad difîerent infiniment entre eux. Les banquiers et les constructeurs français gagneront à coup sûr du 10, du 20 ou même du 25 pour 100, mais ce bénéfice n'entrera que dans la poche de quelques douzaines tout au plus de Français déjà fort riches.

Quant à la masse des porteurs de titres, petits employés ou commerçants, bourgeois ou cultivateurs, ce sont eux qui auront à supporter tout le poids de l'affaire, une attente longue et pleine d'in-

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cerliludo. pour n'aboutir en (in de ciMniilc et, en mettant les clioscs au mieux, (]u'à louclier des dividendes plutôt modestes.

Dans ces conditions, on ne voit pas du tout pourquoi la fameuse réserve de 40 pour 100 de titres aux financiers français est présentée comme un si grand succès pour la France elle-mèmcv

A coup sûr, cette réserve ne gêne iuicuneinent les sujets de Guillaume II. Qu'on en juge par ce que dit Schneider :

a La construction du cliemin de fer de Bagdad est le plus grand triompiie de la politique allemande en Orient... Il est dû notamment au rare esprit d'entreprise du directeur de la Deutsche Bank, le D' Siemens. C'est lui qu'il faut remercier et aussi de ce qu'il a réussi à s'entendre avec le groupe des capitalistes français, si riches et si influents. Ce groupe était représente par la Banque ottomane; c'est le D' Siemens qui l'a amené au projet allemand du chemin de fer de Bagdad. Par cette heureuse fusion, l'entreprise a reçu un caractère international sans leqtiella concession aurait pu difficilement être obtenue de la Sublime Porte (i). »

D'autres considérations s'imposent encore.

Si le groupe des Français qui ont à gagner sûrement à l'entreprise de Bagdad est forcément très restreint, le groupe des Français qui ont sûrement à

(1) Siegmund Schneideb, Die Deuische Ba</lidiitlbalin, p. i et 3. Weiss, Wien und Leipzig, 1900.

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y p(M-ilrc. iiiili'iMMiilainiiiciil îles |iorl('iirs «le lilres, apiiarafl conuiie coiisiiléral)!)'.

Tout accroissement de l'inlluence alleiii.iinle en Asie Mineure, en Syrie et en Palestine, ne peut se réaliser qu'aux dépens de l'influence franrais(\

Au congrès colonial allemand (10 et 1 1 oilohre 1902), le D' Rohrbach a publiquement dit (|ue le nouveau raihvay ne saurait réussir qu'en combattant l'influence française (1). Il est évident, en effet, que le cbeniin de fer d'Haïdar-Paclia à Bagdad donnera aux Allemands une situation morale cl matérielle absolument prépondérante. Or, à Smyrne, à Bevroutb, la France occupe encore le premier rang-. Comment le conserver alors que Smyrne sera devenu un grand centre économique allemand dans l'empire ottoman? Si la société d'Anatolie exploite la ligne du Hedjaz dans les conditions qu'on peut prévoir, n'en sera-t-il pas plus tard de même à Beyrouth?

Or, dans ces deux viUes la France a des enfants fidèles, dévoués, installés depuis longtemps en pays ottoman et auxquels le chemin de fer de Bagdad imposera durement les effets funestes d'une concurrence commerciale allemande puissamment favorisée. Mais ce qui est vrai en fait d influence morale sur un point de la Turquie, est M'ai dans tout l'Orient. Il ne faut se faire aucune illusion, la

(1) V. Questions lUplomaliqiies et C(jloHiales. l" novembre 190^, p. 560.

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foiM^e que donnera la ligne de Bagdad ;i tous les AUoinaiids de l'empire ollonmn nuira nécessairement à tous les Français de ce même empire ottoman.

En France même, des calégories importantes Je citoyens auront à supporter les réactions économiques inévitable de cette entreprise mondiale.

Actuellement, la plupart des Anglais qui vont aux Indes sont obligés de passer par Marseille. Ils sont contraints par conséquent de traverser toute la France, de dépensera Paris et à Marseille, laissant à nos compagnies de chemins de fer, dans les hôtels et dans le pays, des sommes qui, en fait, sont considérables.

Du jour où le chemin de fer de Bagdad fonctionnera, tous les Anglais qui iront aux Indes en empruntant cette voie, passeront forcément via Ostende-Cologne-Munich-Yienne.

Là encore, le transit allemand et l'Allemagne gagneront tout ce que perdra le transit français et la France.

De pareils résultats devraient-ils être rendus possibles par le concours de la diplomatie française ? Devrait-elle contribuer à imposer à Marseille, le premier port français, cette nouvelle cause de déchéance, alors qu'il a déjà tant à souffrir d'agitations factices et néfastes?

Et maintenant, i|ue conclure?

La France a-t-elle intérêt à la création du chemin

(le fer de Bagdad? Son influence en Oriciil [nolilera-f.-elle de celle enlreprise en proporliondc l'apporl de SCS capitaux? Nous répondons résolument non.

Les Français doixcnt \oir la situation comme elle est. Tout en appuyant les Allemands, ils se sont laissé supplanter à Conslantinople. Ce sont les sujets de (luillaume II qui recueilleront exclusivement les bénéfices politiques du nouveau chemin de fer que l'argent français leur aura permis de construire avec le mininmm de risques miatériels et le maximum d'avantages moraux. Il n'y a aucun doute qu'en dépit de tous les papiers et de toutes les signatures, la germanisation de la ligne de Bagdad sera menée d'une façon progressive, comme cela a lieu actuellement pour la ligne d'Anatolie. La meilleure preuve que les Allemands ne sont aucunement disposés à faire sincèrement aux Français en Turquie A' A sie une place équivalente à la leur, c'est que dès maintenant ils travaillent partout à les évincer.

Un partage égal d'influence en Turquie entre les Français et les Allemands est une utopie ridicule.

Le professeur Hartmann nous en avertit.

« Agir énergiquement, quand l'occasion s'en présentera, ne sera donc pour nous que l'exercice du même droit que s'arrogent les autres. Quand une action directe ne semblera pas indiquée, il sera ur-

;iOo i.E ciiKMiN lii; Fi:it dk i!.\r,iiAi)

iitnil (r('m|il(i\('r ilos iiiovons coiilrc lcs(ni('ls iic peuvent s'insurj^or les consciences les plus sci'Mpuleuses; ce sera l'importation des mnrclianilises, riniriiiliiçtion fie la langue alleinanilc la l'aiiiiliaririsalioii des indigènes avec loiil ce ipii constitue la race allemande, si liicn ipi'entre eux et nous puissent s'établir des liens très forts qui, dans les occurrences sérieuses, pourraient nous être d'un précieux secours (I). »

Le but poursuivi brille donc bien dans l'espace comme un point lumineux; Schneider l'a (b'peint en peu de mots :

« L'entreprise de Bagdad est et doit rester une oeuvre allemande. Tout doit y être allemand. En voyant arriver de loin la locomotive mugissante, l'Arabe comme le Turc ne penseront plus à la France, ils salueront la glorieuse Allemagne. »

La construction du cbcniin de fer de Bagdad signifiant la prédominance absolue et exclusive Je l'Allemagne en Turquie, l'attitude observée par le gouvernement de Paris dans une affaire de cette

(1) Bulletin du Comité de l'Asie française, mars 1902.

importance est destinée à avoir sur la polilii|U(! e.\- (('■ricure de la France une inéluctable répercussion.

Les conséquences de la faute couimise se réaliseront sans nul doute dans des directions multiples. A riicure présente, beaucoup nt; peuvent même pas être discernées. II en est toutefois certaines qui apparaissent clairement.

L'attitude prise par le gouvernement de Paris, implique :

1" La renonciation jiour la France à toute extension de son influence en Turquie,

2" La confirmation de la perte du protectorat franijais sur les catholiques d'Orient,

3° L'introduction dans l'alliance russe d'une cause grave de défiance,

4' Une moins bonne situation de la France pour la défense de ses intérêts en Europe centrale.

Chacune de ces propositions demande à être justifiée successivement.

Si les Allemands triompiient en Turquie d'Asie, toute extension française morale ou matérielle est enrayée. Prenons un exemple.

La France prépondérante en Syrie aurait voulu voir prolonger sur Biredjik la ligne française Damas-Homs-Hamah. Ayant poussé jusqu'à Alep et fait le raccordement Biredjik-Adana, cette compagnie eût pu se joindre aux rails inclinés vers le sud de la compagnie Smyrne-Cassaba. La France eût disposé ainsi des meilleurs points d'accès vers l'in-

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Irriciir (lu pays, el si elle on eût rccoiiiuilapossibililé liiiancicrc, elle eût pu tciilpr, après avoir aUciiit MirodjiU, tlo pousser plus à l'est.

Aujourd'liui i)ar suite de la mainmise allemande sur lei'aihvay de Bagdad, ces possibilités de rayonnement français ont perdu toutes leurs bases d'action. Cette renonciation matérielle, déjà douloureuse, est peu de chose à côté de la renonciation morale imposée à la France.

Le travail des siècles, les ellorts de milliers de Français, missionnaires catholiques ou laïques, la persévérance de toutes les diplomaties françaises, qu'elles aient été royales, impériales ou républicaines, avaient maintenu à la France, en dépit de tous ses malheurs, un incomparable instrument de puissance morale : le protectorat des chrétiens. Le traité de Berlin lui-même, huit ans après Sedan, avait proclamé sa permanence. C'était là pour les Français une sûre garantie contre les empiétements des Allemands, qui naturellement ne demandaient qu'à détruire un pareil état de choses.

En 1890, la Kolnischc Volkszeituiig écrivait : « Nous ferons comprendre aux Français que nous avons assez de leur protectorat pour les œuvres de Terre-Sainte (1). »

Tous les ministres qui se sont succédé au quai d'Orsay depuis 1870, quelles ([ue soient leurs

(1) V. André Brisse, Les intérêts de l'Allemagne dans l'Empire ottoman. Revue de Géographie, avril 190:2, p. 301.

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mœurs politiques, leurs sympathies religieuses ou leurs préférences personnelles, ont toujours abouti à la même conclusion : l'impérieuse nécessité pour la France de maintenir en Orient son proteitorat moral, base de son influence matérielle.

Le 23 janvier 1902, M. Delcassé déclarait : « Tous les Français, à quelque parti qu'ils appartiennent, qui. dans ces derniers temps, ont parcouru rOrient, ont pu constater que l'influence française en Orient, malgré les obstacles qu'on lui oppose et que nous venons heureusement d'écarter, n'a pas cessé de progresser. Et je ne parle pas seulement des entreprises industrielles que je me suis toujours appliqué à susciter, à favoriser et à soutenir: je parle des écoles et des établissements où l'on enseigne le français. Il y a quelques années le nombre des élèves fréquentant nos établissements n'atteignait pas SO.OOO: au printemps dernier ce nombre atteignaitOO.OUO, et je sais qu'il a augmenté depuis. Vous avez, dites-vous, le souci du développement de l'influence politique et de notre avenir économique dans ce pays; eh bien, qui voudrait négliger des instruments de propagande aussi nombreux et aussi efficaces"? Qui le voudrait au lendemain de l'acte de vigueur par lequel nous avons consolidé notre situation séculaire en Orient et obtenu des garanties pour son développement? (1) »

(1) V. Revue de yéoy rapide, avril 1902. p. 301.

■>Ut LK CIlIvMlN 1)1': KKH l)K liA(illAl)

« Consolider iiolrc siliuilioii séculaire en Oiient cl olttcnir des garanties pour son développement, » la l'onnule ne; prête guère à ambiguïté. M. Deicassé voulait bien dire (|u'il avait consolidé une l'ois de plus le protectorat français. Illusion profonde; le ministre des affaires étrangères français tenait ce langage quelques semaines précisément après qu'il venait de renoncer implicitement au protectorat français.

La preuve en est facile à faire.

Le conflit franco-turc né en octobre 1901 se termina, affirma le gouvernement français, par l'acceptation intégrale de nos réclamations. Il y a là une assertion entachée d'erreur grave. Il convient de la mettre en lumière.

Dans la note remise au sultan par M. Bapst, chargé d'affaires après le départ de M. Constans, les conditions exigées à la reprise des relations diplomatiques entre la France et la Turquie étaient au nombre de quatre. La seconde stipulait la reconnaissance légale de tous les établissements de bienfaisance ou des cultes placés sous la protection française. Or, la note officielle française du 5 novembre indiquant les conditions acceptées par la Turquie porte à son article II : «La Porte reconnaît l'existence de nos établissements hospitaliers actuels et leur accorde l'exonération de l'impôt foncier et les immunités douanières conformément aux traités et conventions en vigueur. »

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La ilitliM-tMicc eiilro ces deux Icxtes liciil entre CCS deux mois : tous el nos. El celle diUéreiice est con.sidéral)le. Le texte de M. Bapst stipulait en sommeune reconnaissance nouvelle du protectorat exercé par la France sur les callioliijues de l'Empire ottoman. Or. le conflit franco-turc vint fournir à l'Allemagne l'occasion d'un succès qu'elle n'eût jamais espéré si rapide.

Que s'esl-il passé?

Quand à Berlin on vil la France demander une reconnaissance nouvelle de son protectorat, la presse protesta en même temps que le gouvernement de Guillaume II agissait à Constantinople par les moyens qui lui sont propres. M. Delcassé sentit le fer et sans doute pour ne pas révéler à la masse des Français l'abîme de diflicultés qui s'ouvrait brusquement devant lui. il accepta de ne plus parler que de nos établissements hospitaliers et non de tous les établissi'mi'iits de bieiifaisume ou des cultes placés sous li> protectonit français.

On n'en demanda pas davantage à Berlin. La Gazette de Cologne s' empressai de constater: « L'ambassadeur de France à Berlin a fait des déclarations assurant que son gouvernement a envoyé sa flotte en Turquie lutiquement pour ohlenivlc paiementdes créances tant discutées. » En même temps à Paris, l'officieux Matin se faisait télégraphier de Berlin le 9 novembre : « L'impression produite par les déclarations de M. de Noailles est absolument satisfai-

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santé. En ce qui coiicorne les aiilrcs (lomamles de la France Loiicliant les écoles el les établissements callioli(|ues en Tufqine, j'apprends qu'elles ne contiennent rien qui soit, au regard des idées allemandes en la matière, contraires au droit que possède tout Etat étranger de protéger ses nationaux quel que soit leur culte. On suppose d'ailleurs que la France ne renouvellera pas en cette occasion sa demande de protectorat sur tous les chrétiens d'Orient. »

La reculade du gouvernement français entre la note de 31. Bapst et la cliHure de l'incident (soit dans l'espace de quatre ou cinq jours), n'est-elle pas manifeste?

M. Alphonse Humbert, en la constatant, a donc eu raison de déclarer : « La chose est grave, c'est la première fois que la France renonce implicitement aux droits séculaires qu'elle tient des traités. »

En elfet, dès cet instant, lin de 1901, la situation de la France en Turquie se trouve placée sur un terrain complètement nouveau. Un fait précis et des appréciations autorisées établissent à quel point il est défavorable.

Peu après la période aigué du conflit franco-turc, une querelle entre moines grecs et catholiques à Jérusalem aboutit, quelques mois plus tard, à un procès qui permit de juger la nouvelle situation faite à la France. Afin d'exclure toute possibilité d'exagération, je citerai simplement quelques

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ilt'[i(''ciies ([ui, h r(''po(Hi('. fiircul insérées pur tous les grands journaux français.

« Saint-Pétersbourg, !) mai, jiar (h'pècho. — Le Novoié Vréniiu dit que le tribunal turc de Jérusalem est en train de juger l'affaire du conflit sanglant qui s'est produit en octobre dernier entre les moines catholiques et orthodoxes dans l'église du Saint-Sc'pulcre. Ce procès a donné lieu à un différend entre les diplomaties française et allemande. Conformément à la tradition, le tribunal avait cité devant lui, en premier lieu, le consul français, en sa qualité de protecteur des catholiques en Orient. Le consul d'Allemagne a demandé à être cité en même temps que son collègue français comme représentant des cathoHques allemands; il refusait catégoriquement de reconnaître à la France le droit de protectorat sur tous les catholiques en Orient.

« L'ambassadeur d'Allemagne à Constantviople a soutenu énergiquemetit son consul, et celui-ci a été autorisé à assister aux audiences en cette qualité officielle de protecteur des catholiques allemands. Ce fait est commenté, dit le Novoié Yrémia, comme une reconnaissance officielle faite par la Porte, de la suppression du protectorat exclusif des catholiques qui était jusqu'ici exercé par la France en Orient (1). »

Aucun doute ne fut bientôt plus possible. L'Italie s'empressa de passer par la brèche que venait de

(Ij V. VÉclair, 10 mai 190i>.

.tos LK i.iii:.Mii\ i»i: i-i;i! m: u.uiDAH

lairc .son allii'c r.VlIciiiafziH' d'accord a\cc Alid-ulllaiiiid

« (In mande de ( lonslanlinoplo, 13 mai, par dépèclic :

« Un irad('' dn Sullan décide que dans la question du conflit survenu entre les moines catliolicjucs et les moines grecs à l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, les citations à comparaître en ce qui concerne les moines italiens se feront par l'entremise du consul d'Italie. L'Italie obtient ainsi, par cet iradé, la reconnaissance officielle de son protectorat sur ses nationaux.

« L'ambassade de Fiance a ad fessé une prolestatioii énergique contre l'iradé, en rappelant les assurances de ta Porte et la clause du traité de Berlin à cet égard, et aussi le cas de l'année dernière au cours de laquelle l'Italie accepta, sans objection, le protectorat français sur les jtrétres italiens de l'Orient (1). »

Cette proteslation de l'ambassade de France au mois de mai 11)02 établit à tout le moins qu'on n'avait pas envisagé comme il convenait la gravité de la reculade ayant marqué la fin du conflit francoturc. Aucu[i doute cependant n'était possible. La renonciation par la France ;i son protectorat date bien de la lin de 1901 . Pour ne point l'avoir compris, il faut imaginer un véritable aveuglement. Depuis, il est vrai, il semble que la

(1) V. V Éclair, 16 mai 19Ûi'.

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