I.A M Ai;i;il(ll Ni
liante (|Ui' soil la iliose. cllo osl (mi du moins cllt: a été jusqu'à préscnl
Depuis Sadowa. IJcrlin oppinni! Vienne. De 18()f) à 1!)03, la période est longue et cependant l'Autriclie n'a point su secouer le joug. Il y a toutefois progrès. A l'époque du Congrès de Berlin, en 1878, le chef des Habsbourg ne songeait même pas à discuter les « directions » ([ue lui imposait le prince de Bismarck. Maintenant, on constate facilement des velléités d'indépendaii(;e.
Le chancelier de fer a donc dicté à l'Autriche sa politique balkani([ue. Il lui a commandé de descendre vers le sud. Pour la séduire, il lui montrait dans le lointain, sur le bord des flots bleus de la mer Egée, celte proie captivante : Salonique. L'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine fut la première manifestation tangible de la docilité autrichienne. Ilfaut le reconnaître, la tentation était forte. Le magnifi(iue territoire formé par la Bosnie et l'Herzégovine ne pouvait que sembler à l'Autriche un cadeau splendide valant bien les difficultés, les millions et les hommes qu'il coûta. Le gouvernement de Vienne se passionna pour une -entreprise peut-être rémunératrice en elle niéme, sans se douter suffisamment que si, pour l'instant, il trouvait à l'opération certains avantages, il ne faisait que préparer l'avenir au plus redoutajjlc de ses adversaires.
Quoi qu'il en soit, l'Autriche devint au.\ yeux du
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niondf le pioniiior do riiilliieiicc allemande dans la péninsule balkanique. La monarchie des Habsbourg assuma toutes les oblij^alions matérielles d'une mise en valeur dii'licile et supporta reflet de toutes les suspicions qu'infailliblement devait susciter une telle politique. Depuis lors, la diplomatie autrichienne a travaillé avec méthode les Balkans. Elle entretient un peu partout dans la Péninsule des agents secondaires, discrets, tenaces, imbus parfois des procédés de la vieille école, mais qui n'en obtiennent pas moins, grâce à leur parfaite connaissance du pays, d'indiscutables résultats.
En Albanie surtout, l'Autriche a su se créer des centres d'influence parmi les Albanais catholiques qu'elle oppose aux Serbes de la Vieille Serbie. Les hypothèses d'intervention armée ont été également étudiées par l'état-major viennois; l'attaché militaire d'Autriche-Hongrie à Constantinople a maintes fois parcouru en tous sens la Turquie d'Europe. En juin dernier, il sillonnait encore toute la Macédoine.
En réalité, la politique suivie par l'Autriche dans les Balkans, sur les suggestions de Berlin, est extrêmement dangereuse pour la monarchie des Habsbourg. Qu'on suppose en effet réalisé ce qui semble être le rêve du gouvernement de Vienne, c'est-à-dire une Autriche s'étendant jusqu'à Salonique. Qu'en résultera-t-il? Tout d'abord un déséquilibre certain de cet Etat, mosaïque de peuples,
(|ui précisômont ne subsiste que grâce à l'agencement ingénieux des contrepoids qui la composent. Or, cette perte du centre de gravité politique entraînerait inévitablement de fâcheuses conséquences; il serait également néfaste aux deux éléments qui. malgré leur antinomie journalière, concourent en réalité à la vitalité de la Cisleithanie, à l'éli^ment allemand et à l'élément slave. Sans contestation possible, l'influence de l'élément allemand viennois se trouverait nécessairement amoindrie par l'introduction dans l'empire de Slaves et d'Albanais macédoniens. D'autre part, ces derniers seraient un danger, réunis dans les mêmes frontières, pour les Slaves du nord de la Cisleithanie qui, comme les Polonais et surtout les Tchèques, aspirent à jouer un grand rôle dans l'Autriche naissante à forme fédéraliste. Or. ce rôle, il faudrait le partager avec les Slaves du Sud qui, alors, seraient plus nombreux que ceux du Nord. Quant aux Slaves des Balkans, gagneraientils eux-mêmes à cette solution? C'est encore douteux, car ils se trouveraient brusquement unis à des populations plus avancées qu'eux dans la voie de la civilisation et qui. pour cette cause, s'attribueraient une sorte de droit de tutelle, lequel deviendrait rapidement intolérable. A cet égard, ce qui se passe en Bosnie et Herzégovine en est un exemple probant.
Donc, s'il est exact que la mainmise efl'ective de
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rAulriclic sur une partie de la iMacédninc esl un jour une applicalioii directe des intentions bismarckicnnes, il est éfralement probable qu'elle portera des consc'quences fatales à l'Autriclie et à ses peuples. Il semble d'ailleurs qu'on coninience à le eonipiendre à Vienne. Kn juin i;)02, on apprit que le consul d'Autricbe-llongrie à Monaslir avait cliariié un maître d'école indigjèiuï de composer une f;rammaire de la langue macédonienne. Cet incident indique-t-il que le ministère de Ballplatz admet la nécessité d'une Macédoine autonome? Bien des signes, comme on va voir, autorisent à le supposer.
Il n'y a pas encore beaucoup d'années les Russes proclamaient ouvertement leur volonté de prendre Constantinople. Jadis, cet objectif impliquait l'e.xtension de la puissance tsarienne sur toutes les terres s'étendant de la Bessarabie jusqu'à Stamboul. La constitution successive de la Roumanie et de la Bulgarie a amené un abandon forcé de ce plan primitif. L'habile direction de la politique berlinoise a fait le reste; elle n'a pas peu contribué à engager la Russie en Extrême-Orient, absorbant ainsi toute l'activité des diplomates moscovites en dehors de leurs limites d'action traditionnelle. Aujourd'hui, les jeunes États des lîalkans forment une barrière puissante aux vieilles ambitions russes. On le comprend à Pétersbourg; on y accepte le fait accompli, non sans mélancolie, mais l'on n'a peut-être pas
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encore renonci'aux rr'X'esdaiilaii il'mie façon assez ouverlo.|iourqne les Serbes et les bulgares ecssent (le siipposci' (iuel(|ues fâcheuses arrière-pensées à la diplomatie Isarienne. Une évolution qui peut être féconde a cependant commencé. Après avoii- été longtemps en défiance à l'é'gard de l'Autriche. la Russie a compris l'intérêt qu'il y a pour elle à ne plus vivre avec le gouvernement de Vierme suilancien pied de guerre. Le pacte austro-russe de 1897 est né de cette conception plus sage et plus juste. Blendes Slaves des Balkans, qui ont vu dans cet accord une faiblesse du gouvernement de Pétersbourg, l'ont jugé néfaste.
Cette façon d'envisager les choses n'est peut-être pas la plus exacte. Le pacte de 1897 présente d'abord l'avantage considérable d'avoir rétabli, en dehors de Berlin, de bonnes relations entre Vienne et Pétersbourg. En outre, si l'entente austro-russe est développée avec intelligence et méthode, elle peut porter dans l'avenir les plus heureuses conséquences, précisément pour ces mêmes petits peuples balkaniques qui, au début, en ont si grandement redouté les effets.
Il est beaucoup de Russes, je le sais, qui n'admettent point ces vues, selon eux trop modernes. Il m'est arrivé souvent de contrister d'excellents amis, sujets du tsar, en leur exposant des idées que je croLs indispensables non seulement au bien des peuples balkanique, mais même, et peut-être
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surtout, au maintien de l'influence russe des Balkans. Il y a quelques mois, j'écrivis dans un journEil de Paris, à propos de la Macédoine, des articles où je préconisais la réunion d'une conférence européenne pour obtenir du sullan l'introduction des réformes promises par l'aiticlc 2."] du traité de Berlin. Je reçus aussitôt plusieurs lettres d'amis russes me prenant très vivement à partie, parce que j'introduisais dans la question macédoine un facteur collectif européen sans réserver la solution du problème au seul élément russe. Ce sont ces notions, selon moi attardées, qui entretiennent la méfiance des Bulgares à l'égard de Pétersbourg. Il faut pourtant s'en bien persuader : plus l'État dirigé si habilement par le prince Ferdinand s'affermit et plus ' l'esprit d'indépendance se fortifie dans la principauté. Ce fait n'est d'ailleurs qu'une manifestation nouvelle de la tendance qu'on peut constater dans toute l'Europe centrale. A mesure que les petits peuples slaves progressent et passent de leur oppression ancienne par le germanisme à une vie plus libre, ils gardent bien leurs sympathies morales pour la Russie et pour le slavisme, mais l'extension de leur propre personnalité les rend nettement hostiles à toute politique russe panslaviste, c'est-àdire annexionniste directement ou indirectement. En Macédoine, la méfiance contre la Russie est plus apparente encore qu'en Bulgarie. A l'heure actuelle, la plupart des Slaves macédoniens attri-
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i)iii'ii(. iujiislciiiciil d'ailloiirs, à la seule Russie, le inaiulieu de la silualion ahjeetc où ils se Lrouvcnl. « La Russie a été jusqu'à présent le plus grand obstacle au règlement de la question macédonienne » , dit le Mouvement macédonien, organe dévoué à Boris Sarafoff (20 décembre 1902). Cette conviction fondée ou non, peu importe, a développé parmi ces Bulgares ou ces Serbes macédoniens un sentiment de haine véritable contre tout ce qui est moscovite, ce dont malheureusement on se doute trop peu à Pétersbourg et à Moscou.
Le moment cependant est venu où les Russes ont un intérêt pressant à admettre que les anciennes théories panslavistes n'ont aucune chance d'aboutir, et qu'en poursuivre la réalisation chimérique est simplement détruire ce qui reste d'iniluence russe dans les Balkans. La véritable tactique à adopter pour le gouvernement de Pétersbourg semble être de comprendre qu'il a tout à gagner à la solidarité slave, en laissant se développer et même en aidant à se développer les peuples slaves des Balkans et de l'Europe centrale.
Cette évolution desprit nécessaire parait en voie de se faire. Dans les derniers mois, l'opinion russe vient de passer par des phases très distinctes. En août, le Novoié Vrémia, commentant le congrès macédonien, déclarait que la Macédoine ne devait pas compter sur l'autonomie. Les iVorosi/ ajoutaient qu'une pareille solution serait une faute. La Macé-
(loiiie (lovait se contenter des r(''fornies que lui aecorderail la Turquie.
Le 15 décembre, le Messager de l'Emjiire, tout en promettant de l'aire des efforts en faveur des réformes, condamnait « toute tentative faite par les peuples slaves pour modifier d'une façon violente la situation garantie dans la presqu'île des Balkans par les arrangements internatioiiaux ». Mais déjà cette note n'était plus au diapason de l'opinion russe, qui commençait à s'émouvoir. En novembre, de nombreux journaux de Saint-Pétersbourg- ont publié un appel en faveur des Macédoniens, invitant à leur venir en aide et à leur envoyer des secours. A la fin de décembre, Mme de Bachméteff, femme du ministre de Russie à Sofia, se rendit à la frontière turco-bulgare pour ilistribuer, de la part de la société slave de bienfaisance de Saint-Pétersbourg, des vêtements et de la nourriture aux fugitifs macédoniens réfugiés autour du monastère du Rilo. Cette démarche déjà significative fut bientôt suivie de l'envoi plus expressif encore par le tsar de 10.000 roubles pour les réfugiés macédoniens. Le voyage du comte de Lamsdorif à Belgrade, à Sofia et à Vienne vient de montrer enfin que la Russie est décidée à reprendre, peut-être, son rôle historique dans les Balkans.
L'Italieprend,elleaussi,un vif intérêt auxali'aires de Macédoine. Ce n'est pas seulement parce que Salonique abrite une colonie italienne importante
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(iï.OOO tètes environ), mais parce que maintenant dans la péninsule italique des prétentions stu- l'Albanie se révèlent peu à peu et que ces prétentions ne peuvent recevoir de sanction matérielle qu'à la suite d'un éclat violent de la crise macédonienne.
Depuis quelques années, l'Italie se livre à une propagande très active dans les milieux albanais. On attribue l'inauguration de cette politique à Crispi, d'origine albanaise lui-même, et au fait iju'un très grand nombre d'Albanais habitant en Italie la région de Brindisi et de la Calabre poussent le gouvernement romain dans cette voie.
Quoi qu'il en soit, surtout depuis le mariage de Yictor-Emmuanuel III avec une fdle du prince de Monténégro, l'opinion publi([ue italienne suit avec un intc'rèt passionné tout ce qui se passe sur la côte orientale de l'Adriatique. Les démonstrations se succèdent et plus d'une fois déjà les cuirassés Morosini, Daudolo, Andréa Doria, Partenope ont été montrer le pavillon italien dans les ports de la ciHe ottomane de rAdriati(|ue.
On peut même admettre que les misées italiennes sur l'Albanie ont déjà fait l'échange de vues entre certaines chancelleries, car, dans une interview que M. Delcassé accorda le 3 janvier 1902 à l'envoyé du Giornale d'Italia, le ministre des affaires étrangères français constata et reconnut les « aspirations de l'Italie dans la péninsule balkanique, et précisé ment entre la Macédoine, la Serbie et l'Adriatique»,
c'est-à-dire sur rAll)!iiiic. Depuis lors, il semble que l'opiniou publique italienne, mieux informée, ait évolué. Dans ce même Giornale d'Italia, (jui avait enregistré avec tant de joie l'acquiescement du clief du quai d'Orsay, M. de San Giuliano, lequel fut ministre dans le cabinet Peiloux, chercha en août 1002 à calmer des convoitises qu'il jugeait devoir être dangereuses autant qu'improductives. Il concluait : « Le maintien intégral de l'autorité du sultan avec des réformes pratiques et opportunes dont l'application loyale soit suffisamment garantie, telle est la seule solution que l'Italie puisse et doive soutenir en Macédoine. »
Le 1() février 1903, M. Baccelli, sous-secrétaire d'Etat des affaires étrangères, déclara également devant la chambre italienne :
« L'Italie a toujours agi avec un double objectif: l'amélioration de la condition des populations chrétiennes des provinces européennes de la Turquie, et le maintien du aUitu quo territorial dans les Balkans. »
Le pacte austro-russe, visiblement renforcé par le voyage du comte Lamsdorff à Vienne, n'a peutêtre pas été étranger au nouvel état d'esprit que dénote en Italie celte déclaration officielle.
Toute la question est de savoir dans quelle mesure elle correspond aux résolutions secrètes du gouvernement romain.
Alors que l'Allemagne, l'Autriche, la Russie,
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l'il.ilic ont il iiUciiulrc des objectifs sinon tcrriloliaux, (lu moins matériels, sous la forme ih; l'expansion commerciale, la France ne peut se proposer à projios lie la Macédoine qu'un résultat moral. Pour être idéal, ce résultat n'en n'est pas moins nécessaire. Si la France recule en Orient, c'est surtout à cause de sa mauvaise direction morale. La puissance qui, il y a dix ans encore, avait la charge glorieuse de protéger seule tous les catholiques dans la vaste étendue de l'Empire ottoman, perd sa base d'influence depuis qu'elle se borne à faire payer des créances douteuses.
M. Delcassé a-t-il voulu faire rentrer la politique française dans une voie plus juste'.' Le Livre jaune qu'il a publié au début de 1903 autorise au moins à l'espérer. Cet ensemble de documents marque, en efl'et, une connaissance exacte de la situation au sud des Balkans. Sa publication a fait le plus favorable effet parmi les chrétiens de Turquie d'Europe et en Bulgarie (Ij.
En témoignant efficacement sa svmpathie aux chrétiens de Macédoine, le gouvernement de la République pourrait peut-être enrayer le mal et reconquérir une partie du terrain perdu. Cette politique
(1) N'obéissant à aucun parti systùniatique, je tiens à signaler cette attitude du clief du quai d'Orsay, comme parfaitement conforme sur ce point au.Y intérêts français. Si dans l'affaire de Bagdad, M. Uelcassé avait témoigné de la môme prévoyance et de la même perspicacité, il eût épargné à lui-même et à son pays de bien pénibles désillusions.
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iioii scuk'iiiciil stMMil i;i''iirTeiis(', cWc scniit la plus liabilt!. Lu Ri'publitiiic a un iiitorèl majcuià ce que la (loscoiilc de rAlleinap;iie vers l'Orieut, projciéc par Bismarck cl si Lien iiiciiagce par lui, ne puisse point s'accomplir. Aujourd'liui que le pangermanisme menace, cliacuii doit comprendre qu'il faut lui créer une barrière. Or, rien ne saurait être plus efficace, à cet eifet, que le groupement — préalablement donc le soutien — de populations qui, comme les Slaves d'Autriche, les Hongrois, les Serbes, les Bulgares et les Macédoniens, n'ont pour la France que des sympathies vraies, parce (ju'ils ont réellement avec elle désintérêts communs.
La diplomatie française semble donc, surcejioint, dans la vraie voie. Elle fera sagement si elle incline l'Autriche à compi-endre le danger pour ellemême du glissement vers Salonique, la nécessité de favoriser les peuples slaves des Balkans, au lieu de les entraver, ménageant ainsi à l'industrie austro-hongroise presque tous les bénéfices du magnifique débouché économique des Balkans.
Et mainlPiiant. (]ue faire en Macédoine?
Reconnaissons tout d'abord ijue la cause des Macédoniens est profondément juste, que la situation ofi ils se trouvent ne saurait se prolonger, que leurs réclamations par conséquent doivent être prises en considération sérieuse et sympathique. Ce qu'ils demandent, en somme, c'est simplement l'application de l'article 23 du traité de Berlin, pacte international portant la signature de toutes les grandes puissances. Les Macédoniens ont donc le droit absolu de s'en réclamer. En 1880. la commission européenne pour l'application de cet article 28 élabora un programme qui. sans éti-e j)arfait, était au moins une preuve de bonne volonté-. Les divisions de l'Europe permirent depuis aux autoriti's turcpies d'en éluder l'exécution. C'est ce programme qu'il faut reprendre et mettre au point, en ayant soin d'en exiger l'application aussi bien en Vieille Serbie qu'en Macédoine.
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(ju'dii ne se laisse |»(vs ari-iMiT siirluiil par les [)romossos ilc nM'oniios ([iic \ icnl ilc l'aire el fera encore le snllaii. Ces |ironiesses sitiil en ellesmêmes sans iin|)orl,ancc ridelle. Il ne l'aul pas s'y tromper. Abandonné à Uii-mèine, Alxl-nl-llarnid, le voulût-il. esL lolalenienl inipiiissanl a l'aiic l'onelionner en Macedoini; les reformes les jilus es- .senlielles. IjCs anicur's des e.xaclions cl, dos crimes aclm^ls sont non seulement les fonctionnaires turcs, mais encore et surtout les Albanais dont les mœurs médiévales sont demeurées sanguinaires et tyranniques à un degré ine.vprimable.
En face d'Albanais, les papiers que pourra signer le sultan seront de valeur nulle. Cela est d'autant plus certain que des cbefs albanais commandent à Yildiz-KiosU la garde particulière du sultan Sous couleur de garder le Commandeur des croyants, ils font régner dans le palais une véritable et constante terreur. Comme l'Iiistoire ancienne ou récente apprend à Abd-uI-IIamid que tous ses pr(''décesseurs sontmortsde mort violente, une crainte, explicable après tout, l'empêclie de froisser en quoi que ce soit les chefs albanais dont ce chef d'empire est en fait le lamentable prisonnier. Il en résulte qu'aucune exaction des Albanais de Macédoine ne saurait être l'objet d'une rc'pi'ession eflicace des autorités turques, puisque, si Abd-ul- Hamid l'ordonnait, il aurait prestjue immédiatement
à en sii[i|Kii-tt'r liii-nuMiic, à (loiislaiitinoiilc. lii n percussion sanyliinlc.
Après enquéU' ini]iarlialc. coinainru (| rninislratiori tur(|ue et les Alljaiiais, les deux causes de tout le mal. ne peinent en aucune façon se modifier d'elles-mêmes, ce cpie disait, le o noxemiire l'.tU2. /(• Moitreiiieiit wiicéiloiiien me parait absolument juste : « 11 n'est ([u'un procédé efficace, il n'en est qu'un de sérieux dc\ant la mauvaise foi ou devant l'impuissance du gouvernement oltoman : c'est une entente entre les signataires du traite d(> Berlin pour une action commune; etcette entente ne peut guère prendre d'autre forme que celle d'une conférence européenne. »
La grosse difficulté pour arriver à ce résultat, c'est que l'Allemagne, en soutenant le sultan, l'ait obstacle à l'accord de l'Europe.
En dépit des déclarations les plus correctes faites sur les bords de la Sprée, toutes les cliancellcries savent qui conseille Abd-ul-Hamid. C'est de Berlin qu'on a engagé le Commandeur des croyants à accepter sans retard connue sans conviction le projet des réformes austro-russes. En retour, c'est à des officiers allemands que le padiscliah a voulu confier la réorganisation de la gendarmerie macédonienne. La Russie a proteste. De Berlin, on n'a eu garde d'insister, mais tout inditjue que le Kaiser va utiliser la crise actuelle jiour' resserrer encore à son profit les liens
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unissant dt-jà si furlçinciit la Tiii(|iiie vl l'AlIcinagne.
Cette tarti(|i.ic se ccinrdit. Si (iiiillaiinn' Il a avantage à tenir les eerclcs militaires turcs prêts ii une guerre contre les Bulgares, pour le cas oii les événements rendraient un éclat inévitable, l'empereur allemand a, j)ar contre, le plus grand intérêt à ce que la paix ne soit pas troublée encore en Orient.
Actuellement, il est eu train de recueillir à la fois les fruits de son habile polili<iue et surtout des fautes de ses adversaires.
Une guerre en Orient, et le commencement des travaux du chemin de fer de Bagdad, obtenu au prix de tant d'efforts, serait encore retardé.
Selon toute vraisemblance. Guillaume II va donc conseiller aux Turcs cette vieille politique dilatoire où ils excellent, mais en les invitant à la dissimuler sous des acceptations de réformes plus nettes et surtout plus rapides que jadis.
Cette tactique a d'autant plus de chances de réussir, que malheureusement les Russes semblent en faciliter le succès.
« Dans aucun cas, la Russie ne versera une goutte de sang », faisait-on dire récemment à l'ambassadeur du tsar auprès d'Abd-ul-Hamid.
Si cette déclaration d'inaction voulue a été faite, elle a; dû rassurer également le kaiser et le padischah.
Le goiiveriu'iiiciit de Pétershourg iiui-ail-il à se féliciter iriiiie réserve qui serait sysli'inaticjue et absolue? Jeu doute fort. Si j"eu juge par ce que j'ai constaté sur place, la Russie a déjà une situation très compromise dans les Balkans. L'abandon des Macédoniens à leur déploraljle sort é(|uivaudrait à la fin de l'inllucnce du tsai' en 'rur(juie d'Europe.
Expulsée d'Asie par le cbemin de fer allemand de Bagdad, expulsée des terres européennes de l'empire ottoman par ses propres erreurs, la Russie laisserait le champ libre au gouvernement de Berlin : elle se replierait sur elle-uième et se conlinerait en Exti'cme-Orient, pour la plus grande gloire des Hohenzollern.
C'est là une des consé(jucnces possibles de la crise macédonienne, et peut-être la plus grave de toutes ; car l'obstacle que l'intluence morale de la Russie dans les Balkans crée aux débordements teutoniques est une nécessité iuipérieuse de l'équilibre européen.
Cette évcutualité, le meilleur moyen de l'éviter, tout en donnant aux chrétiens de la Turquie d'Europe les réformes auxquelles ils ont droit, c'est encore d'insister pour soumettre la question macédonierme aux puissances signataires du traité do Berlin.
L'entente de l'Autriche et de la Russie est un premier pas vers la conférence eino|)t''eiiMe indis-
.iiiû I.A MACICUOlNh;
|ii'ri.s;il)li'. l^'adlH'sion de la France païaîl di'jii ae- (luisc. LAiigleleri'e, éclairée par l'allaire de Bagdad •sur les iiilenlions de l'Alleiiiagiie en Orient, coinprendra sans donle i inl(''ri''l. dans ce cas, de l'enlenle c<Mnniune.
L ('\eni|)le tlii i'a!>in('l de Sainl-Jaines enlrafnerail [irobahlenienl le Quirinai.
Dans ces condilions, il serait iiien ditlicile an gouvernemenide Berlin de ne pas suivre les autres états, non plus seulement ilans le domaine des promesses liumanitaires, vagues et décdamatoircs, mais sur le leriain <les réformes prati(|nes et réelles.
(Iraint-on qu'un tel eli'ort puisse aboutir à la eii'atioM dune grande Bulgarie? D'abord la Russie, l'Autrii lie. l'Allemagne, (|ui auraient certainement la [iri'pondérance dans ini tel congrès, sont d'accord pour n'en point \ouloir.
En outre, si, il y a cinq ou six ans, on pouvait dire ([ue les Bulgares macédoniens songeaient uniquement à se foruire dans la Bulgarie, aujourd'hui cette tendance n'est plus unique. A Solia, aussi bien (jue dans les terres slaves soumises encore au sultan, des idées nouvelles ont germé. Le grand nombre de réfugiés macédoniens qui encombrent déjà toutes les administrations civiles et militaires de la principauté de Bulgarie commence ;i lasser les Bulgares. Ils trouvent que les frères macédoniens occupent vraiment trop de places. D'autre
LA MAi:ioinii NK :iiii
part, les (lillV'iciilcs |i('i-soiinalili's (|iii. (Ic|uiis iiiio (lizaiiif il aiiiK'cs, ont r\r h la li'lc du iiKiin ciiicnl inac-iMloiiicii. iinsniu'iil le i;oiU du ]iou\oir. l'allés s'ai)aiidnuncnl \ oloulicrs à l'csiioir (|uo si uu jour le succès couroune leurs effoi'ls, elles auront l;i joie lion seulement d'aflranchir leur pajs, mais encore peut-être de le gouverner elles-mêmes. Sousl'aclion de ces deux causes, renforcées encore par la notion plus précise de l'opposition que ferait riùirope à la créalion d'une grande Bulgarie, l'idée d'uiu' autonomie de la Macédoine, qui aboutirait non point à la fusion du nouveau pays ainsi formé avec la Bulgarie, mais à la constitution d'un État autonome, « la AJacédoine », vassal si l'on veut de la Tur(|uie, a fait de rapides progrès.
Cette intéressante conception mérite du crc'dit. Sans doute, comme toutes les choses humaines, sa réalisation n'ira pas sans difficultés et sans lenteurs, mais peut-être en la discutant de bonne foi, arrivcra-l-on à recoimaître qu'elle contient en puissance une fornmle conciliatri<e dont la diplomatie européenne pourrait faire son profit.
Surtout, qu'on ne vienne pas dire qu'une telle solution ne saurait être envisagée, parce (|u'elle porte atteinte à l'intégrité de l'empire ottoman. Cette formule classique est constamment emplovée. Je prie simplement de considérer que si, à l'heure actuelle, la 1'urquie d'Europe a une superficie de 176.323 kilomètres et compte 6.300.000 habitants.
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cll<' a pciilu ei} Eniopi' au cours du dix-ncuvicmo si('cle :
LaRoumanie soit 131 .020 kiloin. et 5 920 000 lialj
La Serbie 48.303 2,u35 000
La Bulgarie 90 660 3 750.000
La Bosnie et l'iler-
zé;^ovine 51028 1.700.000
La Crète (on fait). 8 618 307 000
Soil au total 335.629 kiloiii. et 14.212.000 liai.
Dans les cent dernières années, la Turquie d'Euroi'e a donc perdu jirès de deux fois son territoire actuel et plus de deux fois sa population présente.
Dans ces conditions, il est permis de jxMiser que le di'-sir de ne point coniniencer à porter atteinte à l'intégrité de l'empire ottoman est parfaitement lidicule. Si, finalement, la solution nécessaire de la (|uestion macédonienne restreint encore le champ de la domination turque sur le continent, elle ne fera en somme que continuer une œuvi'C depuis fort longtemps commencée.
ÏABLI"] DES MATIÈRES
Introduction' : Le gouvcrnonient île lîiTliii et l'empire ottoman