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CHAPITRE I

DU VOL DES INSECTES

Fréquence des battements de l’aile de l’insecte pendant le vol ; détermination acoustique; détermination graphique. — Influences qui modifient la fréquence des mouvements de l’aile. — Synchronisme de l’action des deux ailes. — • Détermination optique des mouvements de l’aile; sa trajectoire ; ses changements de plan. — Sens du mouvement de l’aile.

Dans la locomotion terrestre, nous avons pu mesurer expérimentalement la pression développée par les pieds sur le sol; nous en avons déduit l’intensité des réactions imprimées au corps de l’animal. Ces deux actes se prêtaient également bien aux mesures directes. Dans le problème qui va nous occuper, les conditions sont bien différentes. L’air fournit un point d’appui aux ailes qui le frappent, mais c’est un point d’appui qui cède à chaque instant, ce n’est même qu’en raison de la vitesse avec laquelle il est déplacé que l’air résiste au choc de l’aile. Il faudra donc, dans l’étude du vol, connaître le mouvement de l’aile avec toutes les phases de sa vitesse, pour pouvoir estimer la résistance que l’air présente à cet organe. Les questions à résoudre se poseront dans Tordre suivant :

Quelle est la fréquence des mouvements de l’aile chez les insectes?

2*> Quelles sont les différentes positions successives que l’aile occupe pendant sa révolution complète ?

3® Gomment se développe la force motrice qui soutient et transporte le corps de l’animal?

I. Fréquence des mouvements de Vaile chez les insectes. — La fréquence des mouvements de l’aile varie suivant les espèces. L’oreille entend un son aigu pendant le vol des moustiques et de certaines mouches ; le son est plus grave pour le vol de l’abeille ou du bourdon; plus grave encore pour les macroglosses et les sphynx. Quant aux autres lépidoptères, ils ont, en général, un vol silencieux à cause de la rareté des battements de leurs ailes.

Plusieurs naturalistes ont essayé d’estimer la fréquence du battement des ailes d’après la tonalité du son que produit l’animal en volant. Mais pour que cette détermination présentât toute sa valeur, il faudrait qu’il fût bien établi que le son rendu par le vol tient exclusivement à la fréquence des mouvements de l’aile, de même que le son d’un diapason lient à la fréquence de ses vibrations. Or, les opinions varient sur ce sujet ; certains auteurs ont pensé que , pendant le vol, il se produit un mouvement de l’air à travers les stigmates de l’insecte et que le son qui se produit tient à ces mouvements alternatifs.

Sans partager cette opinion que bien des faits nous semblent démentir, nous croyons cependant que la méthode acoustique est insuffisante à fournir l’estimation de la fréquence des mouvements de l’aile. La raison qui nous ferait rejeter son emploi, c’est que la tonalité du son produit par l’insecte qui vole varie sous d’autres influences que les changements dans la fréquence des battements de l’aile.

Lorsqu’on observe le bourdonnement d’un insecte qui vole avec une rapidité uniforme, on s’aperçoit que la tonalité ne reste pas constamment la même. Quand l’insecte se rapproche de l’oreille, la tonalité s’élève; elle s’abaisse quand il s’éloigne. Il arrive quelque chose d’analogue lorsqu’on fait

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rapidement passer devant l’oreille un diapason en vibration : le son rendu s’élève, puis s’abaisse, et la différence peut atteindre un quart de ton et même un demi-ton. Il faudrait donc avoir soin que l’insecte sur lequel on expérimente soit toujours à la même distance de l’observateur. Ce phénomène perturbateur ne présente, du reste, aucune difficulté d’interprétation; Tacousticien allemand Pisko l’a parfaitement expliqué. Sans doute, les vibrations se reproduisent toujours après le même intervalle de temps ; lorsqu’une lame vibrante reste à la même distance de l’oreille, il faut à ses vibrations le même temps pour parvenir jusqu’à nous, et le phénomène , uniforme pour l’instrument, est uniforme aussi pour notre organe. Au contraire, si l’instrument se rapproche brusquement, la vibration qui se produit à cet instant a moins de chemin à parcourir pour venir frapper notre tympan ; elle est donc plus rapprochée de celle qui la précède, et le son gagne en acuité. Si l’instrument s’éloigne , les vibrations s’espacent davantage et le son devient plus grave. Tout le monde a pu remarquer, en voyageant en chemin de fer, que si une locomotive marchant en sens inverse passe en sifflant , l’acuité du son de cette locomotive s’élève tant que la machine se rapproche, tandis que le son devient plus grave quand le croisement s’est effectué et que le sifflet s’éloigne rapidement.

En somme, il est bien difficile d’estimer, d’après la tonanité du son que produit un insecte en volant, la fréquence absolue des battements de ses ailes. Gela tient d’une part au peu de fixité de la tonalité du son qui se produit alors, et qui, suivant la rapidité ou la direction du vol, passe à chaque instant du grave à faigu. En outre, il est difficile d’assigner la part qui revient à chacune des ailes dans la production du son. Enfin on peut se demander si l'aile d’un insecte, dans sa révolution, ne subit pas, par ses frôlements sur l’air dans lequel elle s’agite , des vibrations sonores beaucoup plus nombreuses que chacune des révolutions complètes qu’elle accomplit.

La méthode graphique fournit une solution simple et précise de la question qui nous occupe; elle permet d’évaluer,

à un battement près, le nombre des mouvements que l’aile d’un insecte produit à chaque seconde.

Expérience. — Sur un cylindre , on étend une feuille de papier que l’on noircit à la fumée d’une bougie. Ce cylindre tourne uniformément sur lui-même avec une vitesse d’un tour en une seconde et demie.

On prend alors, avec une pince délicate, l’insecte dont on veut étudier les mouvements alaires au point de vue de la fréquence, et, saisissant l’animal par la partie inférieure de l’abdomen, on le place de telle sorte que l’une des ailes, à chacun de ses mouvements, vienne légèrement frôler contre le papier noirci. Chacun de ces contacts enlève le noir de fumée qui recouvrait le papier, et comme le cylindre tourne, des points nouveaux se présentent sans cesse au devant de l’aile de l’insecte. On obtient ainsi une figure d’une régularité parfaite si l’insecte a été maintenu dans une position bien fixe. Ces figures, dont nous donnons quelques types, diffèrent suivant que le contact de l’aile avec le papier a été plus ou moins étendu. Si le contact est très-léger, on obtient une série de points ou de courtes bâchures comme dans la figure 70.

Fig, 70. — Montrant la fréquence des battements de l’aile chez un bourdon (les trois lignes supérieures) et chez une abeille ( la ligne ponctuée inférieure). — La quatrième ligne est produite par les vibrations d'un diapason muni d’un style qui exécute 250 vibrations doubles par seconde.

Il est facile, sachant que le cylindre fait un tour en une seconde et demie, devoir combien de révolutions del’aile sont ainsi notées sur la circonférence totale du cylindre. Mais il est encore plus commode et plus sûr de se servir du diapason chronographe, et d’enregistrer, à côté de la figure tracée par l’insecle, les vibrations du style dont ce diapason est muni.

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La figure 70 montre, à côté du graphique produit par Taile d’un bourdon, celui des vibrations d’un diapason qui, 250 fois à chaque seconde, exécute une double oscillation. Le diapason servant à évaluer les durées qui correspondent à une longueur quelconque du graphique, permet de constater que l’aile du bourdon exécutait 240 à 260 révolutions complètes par seconde.

Influences qui modifient la fréquence des mouvements de Vaile. Ce qu’on sait de l’influence des résistances sur la rapidité des mouvements que produisent les animaux devait faire penser que Taile qui frotte sur le cylindre n’a pas la rapidité normale de ses mouvements, et que ses révolutions sont d’autant moins nombreuses que le frottement est plus fort. L'expérience a confirmé ces vues. Un insecte exécutant les mouvements du vol en frottant assez fortement son aile sur le papier a fourni 240 mouvements par seconde ; en diminuant de plus en plus les contacts de Taile avec le cylindre, on obtint des nombres de plus en plus grands : 282, 305 et 321. Ce dernier chiffre doit exprimer sensiblement la vitesse de Taile qui se meut en liberté, car le graphique ne s’accusait plus que par une série de points à peine visibles. Au contraire, en frottant plus fortement on voyait retomber la fréquence des mouvements de Taile à 240 et même au-dessous.

Une autre cause de modification, dans la fréquence des mouvements de Taile des insectes, c’est V amplitude même de ces mouvements. On doit rapprocher cette cause de la précédente, car il est naturel d’admettre que les grands mouvements rencontrent, dans la résistance de Tair, plus d’obstacle que les petits.

Quand on tient une mouche ou un bourdon au bout de sa pince, on voit que l’animal exécute parfois de grands mouvements de vol : on entend alors un son grave ; tandis que parfois son aile n’est animée que d’un très -léger frémissement qui rend au contraire un son fort aigu. Ce que Toreille révèle sur la différence de fréquence des battements que Tanimal peut imprimer à ses ailes, lorsque rien n’entrave leurs mouvements, est entièrement confirmé par les expé-

rieiices que nous avons faites au moyen du graphique. Saisissant les moments de grand vol ou de frémissement alaire, on enregistre ces deux sortes de mouvements et l’on trouve que la fréquence varie dans des limites très- étendues, à peu près dans le rapport de 1 à 3 ; la moindre fréquence appartenant aux mouvements de grande amplitude.

Les différentes espèces d'insectes sur lesquelles nous avons expérimenté, ont présenté aussi de très grandes variations dans la fréquence des mouvements de leurs ailes. Nous avons cherché autant que possible à comparer ces espèces entre elles dans des conditions semblables, c’est-à-dire pendant le grand vol, avec peu de frottement de l’aile sur le cylindre. Voici les chiffres obtenus comme expression du nombre des mouvements de l’aile à chaque seconde dans différentes espèces :

Mouche commune 330

Bourdon 240

Abeille 190

Guêpe 110

Macroglosse du caille-lait 72

Libellule '. 28

Papillon (Piéride du chou) J 9

Synchronisme de V action des deux ailes. En tenant convenablement l’insecte , on peut faire frôler à la fois les deux ailes sur le cylindre. On voit alors, d’après le tracé, que les deux ailes agissent synchroniquement et que toutes deux exécutent le même nombre de mouvements.

Du reste, on peut se convaincre qu’il existe une sorte de solidarité nécessaire entre les mouvements des deux ailes. Sur un insecte récemment tué, on voit, en imprimant des mouvements à l’une des ailes , que celle de l’autre côté suit, jusqu’à un certain point, les mouvements imprimés à sa congénère ; si Ton écarte une aile du corps de l’animal, l’autre s’écarte aussi ; si on la porte en haut, l'autre s’élève. La guêpe se prête très-bien à cette expérience.

Toutefois , dans le vol captif, certains insectes peuvent exécuter de grands mouvements de l’une de leurs ailes, tandis que l’autre n’exécute que de petites vibrations. La mouche

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carnassière, par exemple, affecte ordinairement ce genre de vol alternatif; quant on la tient avec une pince, rarement ses deux ailes se meuvent à la fois. La brusquerie et l’imprévu de ces alternatives , les déviations violentes qu’elles impriment à l’axe du corps de l’animal, nous ont empêché de recueillir le graphique simultané du mouvement de deux ailes et de savoir si , malgré l’inégale amplitude des mouvements, le synchronisme persiste dans ces conditions.

Les figures qu’on vient de voir montrent la périodicité régulière des mouvements du vol de l’insecte, mais elles font voir aussi que le graphique ne saurait représenter la totalité du parcours de l’aile, car celle-ci ne saurait être tangente à une assez grande partie de la surface du cylindre. Quels que soient les mouvements que l’aile décrive, sa pointe se meut évidemment sur la surface d’une sphère qui aurait pour rayon la longueur de l’aile, et dont le centre serait placé au point d’attache de cet organe avec le mésothorax. Or, une sphère ne peut être tangente qu’en un point avec une surface plane ou convexe ; aussi n’obtient-on, pour une série de révolutions de l’aile, qu’une série de points, si le cylindre tournant n’est que tangent à la pointe de Taile. Les graphiques plus compliqués ne sont obtenus que par des contacts plus étendus dans lesquels l’aile se plie et frotte par une partie de ses faces ou de ses bords.

Nous dirons comment la méthode graphique peut servir pour déterminer les mouvements de l’aile ; indiquons d’abord, pour la clarté de l’exposition, les résultats obtenus par une autre méthode.

II. Méthode optique pour la détermination des mouvements de Vaile. — Une fois bien convaincu de la périodicité régulière des mouvements de l’aile des insectes, d’après les expériences précédentes, nous avons pensé qu’on pouvait, par la vue, déterminer la nature de ces mouvements. En effet, si l’on pouvait attacher à l’extrémité de l’aile une paillette brillante, cette paillette parcourant sans cesse les mêmes points de l’espace laisserait une trace lumineuse qui devrait reproduire une figure régulière complète et dépourvue de la défor-

Marey. 13

Fig. 71. — Aspect d une guêpe à laquelle on a doré l’extrémité des deux grandes ailes.

L’animal est supposé placé dans un rayon de soleil.

Cette figure montre que la pointe de Taile décrit un 8 de chiffre très-allongé ; parfois même, l’aile semble se mouvoir absolument dans un plan, puis, l’instant d’après, on voit s’ouvrir davantage les boucles terminales qui forment le 8. Quand cette ouverture devient plus large, unedes boucles prédomine en général sur l’autre ; c’est ordinairement la boucle inférieure qui s’accroît et la supérieure qui diminue. Enfin,

roation que peut donner le frottement à la surface du cylindre. Cette méthode optique a du reste été déjà employée pour un usage analogue, par Wheatstone, qui, terminant par des boules métalliques brillantes des verges à vibrations complexes, obtenait des figures lumineuses variant avec les différentes combinaisons des mouvements vibratoires.

En fixant une paillette d’or battu à l’extrémité de l’aile d’une guêpe et en faisant tomber un rayon de soleil sur l’animal pendant qu’il exécutait les mouvements du vol, nous avons obtenu une image brillante des positions succès- , sives de l’aile qui donnait à peu près l’apparence représentée fig. 71.

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par une ouverture plus large encore, la figure se transforme quelquefois en une ellipse irrégulière, mais à l’extrémité de laquelle il nous a semblé reconnaître un vestige de la seconde boucle.

Nous pensions avoir indiqué le premier cette forme de la trajectoire de l’aile de l’insecte, mais une réclamation de M. J. B. Pettigrew nous apprit que l’auteur anglais avait déjà signalé cette apparence en 8 de chiffre du parcours de l’aile de l’insecte et qu’il l’avait représentée dans les figures de son ouvrage (1). On verra plus loin que, malgré cette concordance apparente, notre théorie et celle de M. Pettigrew diffèrent radicalement l’une de l’autre.

Changements du 'plan de Vaile. — La figure lumineuse que donne, dans ses mouvements, l’aile dorée d’un insecte montre encore que pendant les mouvements alternatifs du vol, le plan de l’aile change d’inclinaison par rapport à l’axe du corps de l’insecte, et que la face supérieure de cette aile regarde un peu en arrière pendant la période d’ascension, tandis qu’elle regarde un peu en avant pendant' la descente.

En effet, si l’on dore une grande étendue de la face supérieure de l’aile d’une guêpe, en ayant soin que la dorure soit bien limitée à cette face, on voit que l’animal, placé dans un rayon de soleil, donne la figure du 8 avec une intensité trèsinégale dans les deux moitiés de l’image, ainsi qu’on l’a représenté figure 71. Le caractère d’imprimerie 8 donne une idée de la forme qui se produit alors, si l’on considère le trait plein de ce caractère comme correspondant à la partie très -éclatante de l’image et le trait délié comme correspondant à la partie peu brillante.

Il est évident que la cause de ce phénomène réside dans un changement du plan de l’aile, changement par suite duquel l’incidence des rayons solaires, favorable pour leur réflexion pendant la période d’ascension, est défavorable pendant la descente. Si on retoure l’animal de façon à observer en sens

1 . On the mechanical Appliances by wich Fiight is attained in the animal Kingdom Transactions of the Linnean Society, 1867, p. 233.

inverse la figure lumineuse, le huit de chiffre présente alors, en sens inverse, l’inégal éclat de ses deux moitiés : il devient brillant dans la portion qui tout à l’heure présentait peu d’éclat et réciproquement.

Nous trouverons, dans l’emploi de la méthode graphique, de nouvelles preuves de ces changements du plan de l’aile des insectes pendant le vol. Ce phénomène est d’une grande importance, car c’est en lui que nous semble résider la cause prochaine de la force motrice qui déplace le corps de l’animal.

Pour .contrôler les expériences précédentes et pour nous assurer encore mieux de la réalité des déplacements de l’aile que la méthode optique rend perceptibles, nous avons introduit l’extrémité d’un petit poinçon dans l’intérieur des boucles du 8 de chiffre décrit par l’aile, et nous avons constaté que , dans l’intérieur de ces boucles, il existe réellement des espaces libres, en forme d’entonnoirs, dans lesquels le poinçon pénètre sans rencontrer l’aile , tandis que si l’on veut franchir l’intersection où les lignes se croisent, l’aile vient aussitôt battre contre le poinçon et le vol est interrompu.

III. Méthode graphique employée à la détermination des mouvements de Vaile. — Les expériences précédentes éclairent beaucoup l’interprétation des graphiques que l’on obtient par le frôlement de l’aile d’un insecte contre le cylindre noirci. Bien que les figures ainsi obtenues soient incomplètes le plus souvent, on peut, avec leurs éléments épars, reconstituer la figure que la méthode optique nous a indiquée.

On remarque d’abord que, sans gêner sensiblement les • mouvements du vol, on peut obtenir des tracés de 7 à 8 millimètres de largeur quand l’aile est un peu longue. La flexion légère que subit l’aile lui permet de rester en contact avec le cylindre dans cette étendue; on obtient donc un graphique partiel du mouvement. Or, si l’on prend soin de pro-

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duire le contact de l’aile avec le cylindre en des points différents du parcours de l’organe, on obtient une série de graphiques partiels qui se complètent les uns les autres et qui permettent de déduire la forme qu’aurait le graphique complet d’une révolution alaire. Supposons que, dans la figure 71, la courbe décrite par l'aile dorée soit divisée par des lignes horizontales en trois zones : l’une supérieure , formée par la boucle du haut; l’autre moyenne, comprenant l’entrecroisement des deux branches du 8 formant une sorte d’X ; l’autre inférieure, comprenant la boucle du bas- En enregistrant les mouvements de la zone moyenne, on

Fig. 72. — Graphique de la région moyenne du parcours de l’aile d’une abeille, montrant l’entrecroisement des deux branches du 8. L’une des branches se prolonge assez bas, toutefois le graphique de la boucle inférieure n’a pas pu se produire.

obtient des figures assez semblables entre elles, et dans lesquelles des lignes, obliques l’une par rapport à l’autre, se coupent entre elles. Il en est ainsi, dans la figure 72, région moyenne du graphique d’une abeille, et dans la figure 73, région moyenne du graphique d’un macroglosse du caillerait.

tr»g. 73. — Graphique de la zone moyenne du parcours de l’aile d’un macroglosse du caille-lait. Les traits multiples dont ce graphique est formé tiennent à ce que l’extrémité de l’aile est frangée et présente des aspérités multiples.

La zone supérieure de la révolution alaire donne des graphiques analogues à celui de la figure 74 dans lesquels sont bien visibles les boucles supérieures du 8 de chiffre.

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Enfin, les graphiques de la zone qui correspond au parcours inférieur de l’aile donnent également des boucles comme celles de l’arc supérieur (la figure 75 en montre un

Fig. 74. — Cette figure montre, dans le graphique d’une guêpe, la boucle supérieure et toute l’étendue d’une des branches du 8. La partie moyenne de cette branche est seulement ponctuée à cause du faible frottement de l’aile.

Spécimen), de sorte que le 8 de chiffre peut se reconstruire par le rapprochement des trois fragments de son graphique successivement obtenus.

Fig. 75. — Graphique de l’aile d'une guêpe; on y voit nettement plusieurs des boucles inférieures. (Ce graphique est obtenu en tenant l’insecte de façon à frotter le cylindre par la partie postérieure de la pointe do l’aile, ce qui donne des graphiques très-étendus.)

Si Ton pouvait recueillir tout entier, d’une seule fois, le tracé d’une aile d’insecte, on aurait donc une figure identique à celle que notre savant acousticien Kœnig a obtenue le premier avec une verge de Wheatstone accordée à l’octave, c’est-à-dire décrivant un 8 dans l’espace. Cette formetype, nous la représentons fig. 76.

On va voir que la méthode graphique se prête à d’autres expériences destinées à vérifier celles que nous avons déjà faites par d’autres méthodes. En faisant varier l’incidence de l’aile sur le cylindre tournant , on peut prévoir à l’avance quelle sera la figure tracée, s’il est vrai que l’aile décrive

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réellement la forme d’un 8. Or, si l’on obtient une figure conforme aux prévisions, ce sera la preuve évidente de la réalité des mouvements que nous avons admis.

Fig. 70. — Graphique d’une verge de Wheatstone accordée à l’octave, c’est-à-dire vibrant deux fois transversalement pour chaque vibration longitudinale (figure empruntée à R. Kœnig], Le ralentissement du cylindre produit la condensation des courbes vers la fin du graphique.

Supposons que l’aile de l’insecte, au lieu de toucher le cylindre par sa pointe, comme nous l’avons vu tout à l’heure, le touche par un de ses bords, et admettons pour un instant que le huit de chiffre décrit par l’aile soit tellement allongé qu’il s’écarte très-peu du plan qui passerait par l’axe ver^ lical de celte figure. Pour peu que nous pressions l’aile contre le cylindre, le contact sera continu et le graphique non interrompu; mais la figure obtenue ne sera plus celle du 8; ce sera, si le cylindre est immobile, un arc de cercle dont la concavité sera tournée du côté du point d’implantation de l’aile, point qui occupera précisément le centre de la courbe décrite. Si le cylindre tourne, la figure’se déploiera comme l’oscillation d’un diapason enregistrée dans les mêmes conditions, et l’on obtiendra un graphique plus ou moins approché de celui qui est représenté figure 77.

Fig. 77. — Graphique obtenu avec l’aile d’une abeille oscillant dans un plan sensiblement tangent à la génératrice du cylindre de l’enregistreur.

Cette forme, que la théorie faisait prévoir, se retrouve toutes les fois que le plan dans lequel l’aile se meut est rendu langent à la génératrice du cylindre.

Mais en examinant ces graphiques, il est facile d’y reconnaître des changements dans Vépaisseur du trait : des parties qui semblent faites par une friction plus ou moins forte de l’aile sur le cylindre ; c’est précisément là que réside une preuve nouvelle de l’existence du mouvement en 8 de chiffre, ainsi que nous allons le montrer par une contreépreuve synthétique.

Prenons une verge de 'Wheatstone accordée à l’octave; munissons-la d’une aile d’insecte en guise de style et traçons les vibrations qu’elle exécute. Nous obtiendrons, si le cylindre est immobile, des figures en 8 lorsque l’aile touche le papier par sa pointe perpendiculairement appliquée sur sa surface, et, si le cylindre tourne, on aura des 8 déployés.

On peut, avec une verge accordée à l’octave, obtenir des tracés identiques avec ceux que donne l’insecte ; on en jugera par la comparaison des deux figures suivantes :

Fig. 78. — Graphique d’une guêpe; on a orienté l’animal de façon que- son aild touche le cylindre par sa pointe et trace surtout la boucle supérieure du 8.

Fig. 79. — Graphique d’une verge de Wheatstone accordée à l’octave, munie d’une aile do guêpe et orientée de manière à enregistrer surtout la boucle supérieure du 8.

Enfin, la méthode graphique fournit aussi la preuve des changements de plan de l’aile de l’insecte pendant les différents instants de son parcours.

La fig. 80 montre le tracé fourni par une aile de macro glosse disposée de manière à toucher le cylindre par son bord postérieur. En n’approchant pas trop l’animal du cylindre, on arrive à ne produire que des contacts intermittents; ceux-ci ont lieu au moment où l’aile décrit la partie des

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boucles de 8 dont la convexité est tangente au cylindre. Les frottements qui occupent la moitié supérieure de la figure alternent avec ceux qui en occupent la moitié inférieure. On voit de plus que ce n’est pas la même face de l’aile qui a produit ces deux sortes de frottements. En effet, il est évident

Fig. 80. — Tracé des mouvements de raile^d’un macroglosse froltant sur le cylindre par son bord postérieur.

que les traits de la moitié supérieure, formés chacun d’une série de hachures, sont produits par le contact d’un bord frangé, tandis que les contacts de la partie inférieure sont produits par une autre partie de l’aile qui présente une région dépourvue de franges, et laisse une trace plus blanche, à contours mieux définis.

Ces changements de plan n’existent que dans les grands mouvements de l’aile. C’est un fait important à signaler, car il nous mettra sur la voie du mécanisme de leur production. La figure 81 est fournie comme la figure 80 par les mouven.ents de l’aile d’un macroglosse; mais, par l’effet de la fatigue, ces mouvements avaient perdu presque toute leur amplitude.

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Fig. 81. — Graphique de l’aile d’ua macroglosse fatigué. Ou n’y voit plus la forme en 8, mais une simple oscillation pendulaire.

On ne voit dans cette figure qu’une série d’oscillations pendulaires indiquant que l’aile ne fait que s’élever et s’a-

baisser sans changer de plan. La ligne brillante qui borde les parties ascendantes et supérieures de ces courbes s’explique par les flexions alternatives de l’aile qui frotte contre le papier et montre que la face supérieure présentait une aspérité qui laissait une trace prononcée, tandis que la face inférieure ne présentait pas d’aspérité semblable.

IV. Sens du mouvement de Vaile. — Il manque encore un élément très-important pour avoir la connaissance complète des mouvements que l’aile de l’insecte exécute pendant le vol. En effet, la méthode optique, en nous indiquant tous les points du parcours de l’aile dont la pointe est dorée, ne nous indique pas dans quel sens se fait ce parcours; quel que soit le sens dans lequel l’aile se meuve dans son orbite, l’image lumineuse qu’elle fournit doit toujours être la même.

Un moyen très-simple nous a fourni la solution de cette nouvelle question ; voici en quoi il consiste :

Soit (fig. 82) l’image lumineuse que fournissent les mouvements de l’aile droite d’un insecte. Des flèches indiquent le sens dans lequel s’exécutent ces mouvements que l’œil ne

peut suivre. Pour déterminer le sens de ces mouvements, on prend une petite baguette de verre poli et on la noircit à la fumée d’une bougie; puis, tenant cette baguette perpendiculairement à la direction dans laquelle l’aile se meut, on en présente la pointe noircie en a, c’est-à-dire en avant de la boucle inférieure. On tâche de faire pénétrer cette pointe dans

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l’intérieur du parcours alaire, mais dès qu’elle pénètre dans cette région, la baguette reçoit une série de chocs de l’aile qui frotte à sa surface et enlève le noir qui la recouvrait. En examinant la surface du verre, on voit que le noir a été essuyé à sa partie supérieure seulement, ce qui montre qu’au point a de son parcours, l’aile est descendante. La même expérience étant répétée en a\ c’est-à-dire à la partie postérieure du parcours alaire, on trouve que la baguette a été frottée par en bas, c’est-à-dire qu’en a' l’aile était ascendante. On peut constater de la même façon que l’aile remonte aussi en h et descend en b'.

Nous connaissons maintenant tous les mouvements que l’aile d’un insecte exécute dans son parcours, ainsi que le double changement de plan qui les accompagne. La connaissance de ce changement de plan nous a été donnée par l’inégal éclat des deux branches du 8 lumineux. Or on peut s’assurer que dans le parcours de l’aile descendante, c’est-àdire de 6' en a dans la figure 1, la face supérieure de l’aile regarde un peu en avant, tandis que de a' en b, c est-à-dire dans la remontée, cette face regarde un peu en arrière.

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