PROGRAMME SECRET DES FRANCS-MAÇONS CANADIENS
La Maçonnerie canadienne, depuis qu’elle existe dans notre province, a déjà initié des milliers d'hommes à ses mystères, et par conséquent elle leur a fait adopter ses vues religieuses et sa doctrine sociale.
Bon nombre de ces maçons, il est vr'i, ont depuis brisé toute relation avec les loges. Sans trop savoir ce qu'était la Maçonnerie, par étourderie ou curiosité, ils s'étaient fait reeevoir dans l'Ordre : mais, dès qu’ils entrevirent le bout qu'il se propose, ils se hâtèrent de sortir, et depuis, ils sont redevenus bons et sincères catholiques.
Un certain nombre encore ne seront jamais pour
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la société que des non-valeurs. Incapables de comprendre les doctrines philosophiques des loges et d’apercevoir les fins qu’elles poursuivent, ils ne
‘voient dans les cérémonies d'initiation qu’une amu-
sette, dans les réunions des frères qu’une occasion de rire et de faire bombance.
Ces personnages épais, ‘ces imbéciles, ces grossiers ” comme les nomment dédaigneusement lé hauts maçons, ne seront, sans doute, jamais fort dangereux pour la société. La Maçonnerie, cépendant, les reçoit avec empressement, car ils lui rendent de précieux services. ‘A défaut d'esprit, ils ont des écus ; ils font nombre, et remplissent la caisse.”
Surtout, fonction importante dans l’ordre, ils servent à masquer aux yeux des profanes les agissements des maçons actifs.
Ceux-là seuls sont dignes du titre de francmaçon. Ambitieux, intelligents, sachant très bien ce que veut la Franc-Maçonnerie et le voulant euxmêmes, ils mettent au service de l'Ordre leurstalents et l'influence politique ou sociale qu'illeur a procurée pour travailler plus efficacement à ses fins secrètes.
Leurs efforts commencent à obtenir des succès marqués en Canada.
Et pourtant, dans notre province de Québec, la tâche est ardue, il faut l'avouer.
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Le pays est encore foncièrement catholique. La législation, au moins dans ses grandes lignes, se col.forme aux principes chrétiens, et le clergé exerce une influence considérable. Les mœurs publiques contrôlées par l’enseignemert de l'Eglise condamnent les doctrines et les actes qui lui sont contraires, et imposent à toutes les classes de la société le respect extérieur du culte et des croyances religieuses.
Cependant les idées maçouniques font leur chemin. |
Ne pouvant arriver en ligne droite, elles se glissent obliquement, à la sourdine et pénètrent peu à peu dans toutes les classes de la société.
Le programme maçonnique n’est écrit nulle part.
On n’en parle jamais officiellement ni dans la presse, ni dans les assemblées politiques, mais ce
programme existe.
Un groupe, plus considérable qu’on ne pense, d'hommes influents et habiles travaillent activement à le mettre à exécution. Ils vont lentement mais sùrement au but. La chose est évidente pour quiconque * suivi avec un peu d'attention la marche des idées et des faits, dans notre province, depuis quelques années surtout. Aussi, sans craindre d’être taxé d’exagération, je crois pouvoir résumer, dans les propositions suivantes, l’ensemble de ces opé-
rations maçonniques, depuis une dizaine d’années à peu près.
Programme secret des francs-maçons Canadiens français.
Les francs-maçons Canadiens français auront un soin extrême de cacher leur affiliation aux loges. Le mystère fait leur force et leur sûreté.
Pour éloigner tout soupçon, ils continueront donc de fréquenter les églises, d'aller à la messe ; même, s’il le faut pour leur influence, ils communieront à Pâques, tout excommuniés qu’ils sont.
Le franc-maçon Voltaire le faisait bien.
Le prosélytisme se fera parmi la jeunesse surtout, dans les conversations, les clubs, les assemblées politiques et littéraires. On avancera des propositions favorables à la doctrine des loges :
« L'Etat est entièrement indépendant de l'Eglise.”
‘“ La Religion n’a rien à faire avec lu politique.”
‘ Respectons le prêtre à l’église, recevons l’instruction qu'il donne en chaire, mais, hors de là,
réclamons en politique toute la liberté de nos actes.”
# Les majorités font loi. On doit toujours obéir à leurs décisions, car toujours ce qu’elles prescrivent est juste: Vox populi, vox Dei.”
‘“ Toutes les Religions sont bonnes. Que chacun garde celle où il est né, et respecte les croyances de ses voisins.”
“ L’Education appartient à l'Etat.”
‘ Ila le droit et le devoir de la surveiller, de la diriger, de l’imposer même pour le bien général.
“Il peut la rendre “ gratuite, obligatoire et laïque.”
Ces propositions et autres semblables, débitezles de zive voix, mais ne les formulez 7amais par écrit.
Si l’on vous attaque, expliquez, atténuez, voilez.
Si vous ne pouvez pas expliquer, niez hardiment avoir jamais rien dit de semblable,
Affaiblissez le plus possible l'autorité ecclésiastique en la critiquant librement.
Neutralisez-la en resserrant de plus en plus le cercle de son action, par tous les moyens en votre pouvoir.
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Il faut en venir à mûrer le prêtre dans la sacristie et'dans son église. Faites pénétrer cette idée parmi le peuple. A l’occasion, demandez aux tribunaux civils d'appuyer cette doctrine basée sur les vieux principes gallicans, et si favorable à la propagation des idées maçonniques.
Favorisez tout ce qui s'annonce avec des principes flottants, indécis, faciles, des vues libérales, des tendances plus prononcéesdu côté des idées modernes.
Soutenez ces hommes, vantez leurs lumières, exaltez leur science. Faites à leurs œuvres un succès d'opinion publique ici et à l'étranger. S'il y a des distinctions honorifiques à obtenir, qu’elles soient accordées, autant que possible, à ceux qui se font plus volontiers les champions du progrès moderne.
Par contre, combattez tous ceux qui se donnent coms les défenseurs avoués, des doctrines catholiques, et qui les soutiennent par la parole et par la plume.
Faites à ces hommes une guerre de corsaire !
Insultes, sarcasmes, insinuations malveillantes, accusations mensongères, calomnies, en un mot, tout ce qui se trouve dans l'arsenal de la Maçonnerie sera bon pour les combattre et les écraser.
L'éducation est aujourd’hui plus que jamais le grand levier pour le bien et le‘mal. La Maçonnerie continentale fait des efforts suprêmes pour s'emparer de l’école, et par l’école devenir maitresse de la société.
Commençons ici un travail analogue.
Les difficultés sont sérieuses, l'Eglise contrôle actuellement notre système d'éducation publique. Pourtant, la transformation est possible.
Elle dépend du concours de quelques hommes et d’une situation que les chances politiques peuvent amener à brève échéance,
Si le pouvoir tombe entre nos mains, à l’aide de quelques mesures législatives, nous échapperons au contrôle catholique ou nous le dominerons. Nous pourrons même garder intact notre système actuel, avec ses rouages administratifs d'importation française.
Changeons les hommes, et l'éducation est à nous.
Nous avons le corps, il ne s’agit plus que d’y introduire une âme animée de nos principes.
En attendant, préparons les voies.
Centralisons le plus possible. La centralisation est la grande force de nos œuvres.
Restreignons les libertés des écoles indépendantes. Parlons avec réserve de l’enseignement des religieux tout en lui donnant quelques louanges de convention, montrons-le inférieur en bien des points à l’enseignement laïque.
‘l'est moins pratique, moins avancé dans ses méthodes, moins au courant des améliorations modernes, moins à même de préparer des hommes pour les luttes de la vie... etc.”
Combinons, en même temps, des mesures habiles qui, peu à peu, sans secousse, sans éveiller l’attention publique, augmenteront la force du pouvoir central et prépareront les voies à l'unification de méthode et de direction.
Ce jour-là, notre but sera atteint. Il n’y aura plus qu’à suivre l'exemple de la France, et à imposer aux élèves des Manuels de morale civique. Le pays sera à nous.
Encouragez de toutes manières les journaux les
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plus hardis à défendre et à propager les idées modernes.
C’est par la presse surtout, que la Franc-Maçon:nerie peut plus facilement et plus sûrement répandre ses doctrines.
Au milieu d'une Rédaction catholique, glissez un frère, ou du moins un homme favorable à nos idées. Mais qu'il soit prudent et habile, car sa besogne demandera une grande souplesse G'esprit.
Il sera l'avocat discret de nos doctrines et les fera pénétrer, goutte à goutte, dans l'esprit de ses lecteurs.
Aujourd’hui, un article avec des principes dangereux ou faux, mais enveloppés de formules respectueuses et soumises.
Demain, une appréciation défavorable à des hommes ou à des œuvres catholiques.
Un autre jour, un éloge de la Révolution et de ses bienfaits, une excuse de ses violences, une communication attaquant quelque vérité religieuse ou sociale,
L'écrivain maçonnique a mille moyens à sa disposition, pour distiller dans un journal le L%fson de la doctrine des loges.
Les articles ne sont pas signés. Toute la Rédastion est censée responsable mais en définitif cette responsabilité ne retombe sur personne.
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Si un catholique indigné de ces attaques veut les relever dans le Journal, cet être collectif, nommé la Rédaction, fera une espèce d’apologie : ‘: l’article a été écrit à la hâte, il avait échappé à la révision .… on le regrette … etc.” Formules banales qui ne rétablissent rien, et qui ne remédient à rien.
Le censeur sera cependant obligé de s’en contenter et de se taire. |
La mauvaise doctrine restera et l’on aura soin, le soir, de la commenter dans lés conversations et dans les clubs.