CHAPITRE XIII
Les Juifs persistent dans leur incrédulité , même après la mort de Jésus. — Facilité des anciens à se créer des divinités et des saints,; ce titre donné gratuitement par les premiers C^brétiens aux Fidèles. *— Les' Instituteurs des dogmes philosophiques re« gardés comme saints ou comme thaumaturges. •— Histoire de la naissance de Pythagore et de Platon, que les incrédules prétendent se rapporter à celle de Jésus. — De la Virginité des femmes , crue par quelques nations , même après leur enfantement. — - Epreuves pour être admis dans les sectes philosophiques , sinvies de leurs préceptes. — Les Miracles admis indistinctement par les anciens sectaires chrétiens ; cause de cette adoption générale , même par les Saints-Pères. -— Miracles attribués aux Pharisiens et au Diable sur Jésus. -— Cause de la substitution de la Cène mystique aux Sacrifices sanglans. — ^ Doctrine de Jésus sur le droit de la généralité des hommes au Sacerdoce.
xVprès la mort de Jésus , les Juifs persistèrent dans leur incrédulité. On lit dans les Acteêdeêjipôtrêê, ch, n^ V. 12-17, m^^ les Apôtres, 9ur lesqueU l'esprit de Dieu 9*était répandu, parlaient plusieurs langues selon les promesses du prophète Joèl , qui dit que Dieu répandrait êon esprit sur toute chair aus derniers Jour* du monde. Leshabitans de Jérusalem s'en moquèrent; ils disaient , en parlant des Apôtres et Disciples de Jésus , qu'ils
étaient pleins de vin; que l'esprit de Dieu ne descend pas et que celui du propitiatoire avait donné de faux oracles.
D'autre part , les Pharisiens et les Sacrificateurs juifs n'attendaient pas cette prochaine fin du monde (i), et regardaient comme fabuleuse la résurrection du corps. Us jetaient de la défaveur sur là divinité de Jésus ; ils soutenaient qu'on avait donné des Dieux pour pères à Hercule, Thésée, Sémiramis, Romulus, Platon, Pythagore et autres , dont la naissance et la vie lurent accompagnés d'événemens et de dénouemens miraculeux.
Us avaient sous les yeux les médailles de leur temps , et lesanciennes monnaies grecques^ romaineset égyptiennes, qui leur faisaient voir qUe les Rois et les Empereurs aspiraient aussi à se faire honorer par des titres divins seulement en usage pour les Dieux. Ds y lisaient BarnUuê Ptohmaios et £aêilisêw Cléopairœ, Divo JuUo Cœsariy etc. etc. ; et quoique ces inscriptions fussent adoptées par ces Souverains , et qu'ils s'attribuassent les épithétes de saints et de diyins , ils ne cessaient pas d'être mortels.
Les premiers Chrétiens avaient aussi un penchant in-
(i) M. du Séjour a publié , en 1776 , Un ouvrage sur les Comète»; il a pour but de rassurer le monde sur les craintes qu'il pourrait avoir d'un nouveau choc d'un, de ces corps. Far une prédsîon , par une clarté et une solidité de raisonnemens qui surpassent celle de tous ceux qui ont écrit sur cette matière , il rédiiit la probabilité \ 1/752,730. Déjà M. de Lalande l'avait évaluée , par approximation , à 1/76,000.
croyable à honorer par des titres sublimes^ des bommes viyans. S.* Paul, dans sa première Epitre auiK^CorinthienSy ch. XYty V. 1 et suiyàns, appelait saiiits, les Chrétiens pauvres qui habitaient Jérusalem. Le même S.^ Paul, dans son Epitre aux Philippiens, cA. vu , $ 2 , appelle saints ceux qui croyaient à la résurrection; dans un autre sens, il dit dans sa première Epitre aux Corinthiens, § i4 : « Le mari infidèle est sanctifié en sa femme, et la » femme infidèle est sanctifiée en son mari (1), autre- » ment tos enfans seraient impurs, et maintenant ils » sont saints ».
Il était bien facile à uù Empereur ou à un chef de parti, de se faire donner le titre de Divin y ei d'appeler êainU ceux auxquels il commandait , ou qui avaient la même croyance; et dans l'Histoire profane, on voit des prêtres qui eurent la faiblesse d'encenser les Rois et de les qualifier Fils de Dieu , conune il arriva à Alexandre : ils donnaient ces noms aux bons Rois* par reconnaissance , et aux tyrans par crainte.
Lors de l'introduction des sectes chez les Juifs, les partisans de la philosophie de Platon et de Py thagore ,
(1) S.^ Paul devait, par cette doctrine, attirer à son parti toutes les femmes galantes qui auraient dû subir les épreuves des eaux amères; n'y aurait-il pas eu communauté de biens et de femmes chez les premiers Chrétiens ? ou cette doctrine ne serait-elle pas une conséquence de THistoire d'Abraham , de Sara et de Pharaon , qu'on a rapportée ?
pour donner un plus grand poids â leur dogme et â leur doctrine , publièrent que leurs maîtres étaient des saints j et que leur naissance avait été accompagnée de prodiges et de miracles extraordinaires. Lorsque le Christianisme parut j ils osèrent dire qu'on avait emprunté à la naissance de leurs Sages , celle qu'on venait d'attribuer à Jésus, Fils de Marie , afin -d'imprimer un caractère divin à ses doctrines et à son dogme. Ammonius, Jamblique, Plotin, Julien ont envisagé la naissance de Pythagore conune divine \ et ont comparé sa vie â celle de Jésus : ils disaient que Pythagore était fils du dieu Apollon, qu'un oracle avait annoncé sa naissance, que l'ame de Dieu était descendue du ciel pour l'animer, qu'il fut le médiateur et le conciliateur entre Dieu et l'homme, qu'il avait connu ce qui se passait dans l'Univers, qu'il avait commandé aux élémens, prêché les vertus les plus éminentes à l'humanité, et qu*enfin âgé de cent quatre ans, il avait été égorgé conmie Jésus par de féroces assassins qui en avaient fait une Divinité. Enfin, que Théane, sa femme, après sa mort, présida ses Disciples, de même que la Vierge-Mère avait présidé dans le cénacle les premiers Chrétiens. Plusieurs admirateurs de Platon établirent aussi sa divinité \ ils débitèrent que sa mère Perictione avait conçu et mis au monde cet enfant sans cesser d'être vierge, qu'elle avait accouché en sacrifiant aux Muses ; ils imaginèrent que Platon naquit entre des myrthes, que des abeilles voltigeant autour de
sa tête enduisirent ses lèvres de miel y et ces faits sont
rapportés par des auteurs très-graves.
C'est chez leat anciens peuples de l'Orient que Ton trouve toutes ces rêveries. Dans la Chine ^ l'union de la virginité et de Venfantement se trouve dans les légendes de ses différentes religions. Nous lisons dans TciUvrage de M. Benjamin Constant y que Loui^Ziu, mère de ChouH Bao, devint grosse à l'aspect d'une étoile. TotirPao d^ vint grosse en voyant une nuée brillante. HourSu, fleur attendue , la fille du Seigneur, est rendue féconde par un arc->en-ciel qui l'entoure et lui cause de l'émotion ; elle donna la lumière à No^Ui au bout de douze ans, Nittr- Oua est la plus célèbre des vierges-^^mireê ; elle est surnommée la souveraine des Vierges; ses prières lui valurent aussi des enfantemens miraculeux : des critiques ont établi quelques parallèles entr'elle et l'Hécate des Grecs qui parait postérieure à la Vierge chinoise. Les Vierges des Indiens étaient placées sur le Nénuphar ; dans leurs mystères , cette plante était le symbole sacré de la virginité. Les Egyptiens y substituèrent le Lotus sur lequel était assise la chaste Isis> symbole de la nature et mère des grâces.
Les premiers Chrétiens qui arrivèrent après les Chinois et les Egyptiens^ ont symbolisé la virginité par la Roêê, sur laquelle ils placèrent la Vierge^Mère ; ils enlevèrent cette fleur sacrée à Vénus, et si le Nénuphar et le Lotus avaient pu perdre la signification de leur sym-
bole chez les Chinois et chez les Egjrptiens , les Chrétiens ont conservé la leur dans la Ro0a Mystiea.
Tous les miracles dont nous venons de parler passèrent des Grecs aux Juifs avec la philosophie de Platon et de Pythagore, et on suivit dans toutes les initiations à ces sectes les pratiques de ces philosophes : on éprouvait la discrétion, la pénétration de celui qu'on devait initier, bien avant de lui accorder la connaissance de la vérité et de la nature : les initiés passaient de l'étude des mathématiques à celle de la nature , et de celle-ci à la théologie.
Platon , même après s'être instruit dans les sciences chez les Egyptiens et avoir appris chez les Italiens la philosophie de Pytiiagore, de retour à Athènes, établit et ouvrit une école qu'on appela Académie : on lisait audessus de la porte : « On n'est point admis ici sans être » géomètre». Nous connaissons un rite maçon.-, dans lequel, pour obtenir un Ordre, il faut démontrer que le carré de l'hypothénuse est égal aux carrés des catétes. (Voyez le Grade Maêter-Mapan , pay. 187, dans la ^thliothèque ilfaponfjt«6 , Baltimore 1817); tan^t il est vrai que, dans les différentes pratiques de la Maçonnerie,
on trouve les traces de toutes les sciences qui faisaient partie des anciennes initiations.
Les philosophes et leurs disciples enseignaient oralement les sciences de la vérité et de la nature : Pythagore n'a laissé rien d'écrit sur celles qu'il communiquait i
ses initiés , il a toujours voilé sa doctrine dont la partie morale est consignée dans les sentences suivantes :
« n est défendu de quitter son poste sans la volonté » de celui qui conunande ».
« Il faut éviter l'intempérance dans les choses néces- » saires à la conservation et l'excès en tout ».
a La tempérance est la force de Tame , l'empire des passions, elle fiait sa lumière; avoir. la continence, c'est être riche et puissant; la continence s'étend aux besoins du corps, à ses voluptés, aux alimens et à l'usage des femmes : réprimez tous les appétits vains et superflus.. L^homme est mort dans Tivresse du vin; il est furieux dans l'ivresse .de l'amour ».
« Il faut s'occuper de la propagation de l'espèce en hiver jet au printemps ; cette fonction est funeste en été et nuisible en tout temps. Quand Thomme doit-il ap* procher de la femme ? lorsqu'il s'ennuyera d'être fort ».
<( La volupté est la plus dangereuse des enchanteresses. Lorsqu'elle nous sollicite > voyons d'abord si la chose est bonne et honnête ; voyons ensuite si elle est utile et commode ».
« Il faut exercer l'homme dans son enfance à fuir ce qu^il devra toujours éviter (i), et à pratiquer ce qu'il
(i) Les critiques disent que la morale évangëlique découle de ces doctrines phQosophiques , et que c'est des préceptes de ^'ancienne Grèce que les Esséniens et les Cénobites tirèrent leurs idées de chasteté.
aura toujours à faire , à désirer ce qu'il devra toujours aimer , â mépriser ce qui le rendra en tout temps malheureux et ridicule ».
En poursuivant l'histoire des miracles^ on se convaincra que les écrivains qui nous laissèrent des mémoires sur les opinions des philosophes grecs introduites chez les Juifs , nous parlent de quantité de miracles opérés par beaucoup d'autres individus que les Chrétiens.
Tous les Chrétiens s'accordent à dire que Simon le Magicien^ de nation Samaritaine, avait fait des miracles ; un auteur en a fait le parallèle avec ceux .de Jésus ; il dit que y comme Jésus et Moïse, il fut instruit et initié en Egypte. Les Samaritains l'appelaient grande vertu de Dieu y et le crurent le libérateur du genre humain, tandis que les Chrétiens et une partie des Juifs appliquaient ces qualifications â Jésus. (Voyez les j^ote* dés ^pâtres, eh. viietix. )
S.* Epiphane de Haere^j pag. 54^ dit que Simon prêchait aux Samaritains qu'il était Dieu le Père, tandis qu'il se faisait passer chez les Juifs pour n'être que le Fils de Dieu. Cette contradiction ne pouvait exister dans des localités aussi rapprochées, et les Juifs se seraient scrulevés contre Simon , conmie ils le firent contre Jésus , pour avoir pris le titre de Fils de Dieu. Simon s'est borné à faire des miracles, il ne s'est pas arrogé le titre de Messie , il ne s'est pas mis à la tête de ceux qui conspiraient contre leur gouvernement. Les j4cte9 de9 Ap6-
ir€0, loeo ciiato, disent qu'il avait ébloui les Samaritains par sa magie ; ils ajoutent qu'il s'est fait baptiser et que , surpris des miracles de Philippe ^ il avait donné de l'argent aux Ap6tres pour obtenir , par Fimpoêition dei maitu j le don d'en faire aussi. Mais S.* Pierre s'y refusa et lui répondit que les grâces du Ciel ne se vendaient point.
On lit dans leaJetês dês Jpétres, que Simon ^ à l'aide de sa magie , avait séduit i Rome un grand nombre de ^ personnes ; il tâcha même d'en imposer à Pierre et à Paul^ qui se trouvaient dans cette ville ; Simon avait promis de voler et de monter au ciel comme Jésus. Il s'éleva en effet ; mais S.^ Pierre et S.* Paul se mirent à genoux en voyant le miracle ^ et prièrent ensemble. Simon alors . tomba y eut les jambes brisées et ses Disciples l'emportèrent en un autre lieu ; enfin ces mêmes Actes rapportent que Simon , honteux de sa défaite , se précipita d'un comble très-^levé.
Les critiques s'étonnent que de pareils contes puissent être reçus comme des vérités chez bien des religionr naires ; ils les disent extravagans et forgés sur la mythologie dicare ; mais ce qui les révolte encore plus^ c'est qu'ils ne trouvent aucun auteur profane antérieur au troisième siècle^ qui ait parlé de Simon^ si l'on excepte les Acte* deê Apétré* ; ce qui leur fait croire encore que ces Actes sont bien postérieurs aux auteurs auxquels on les attribue ; car^ disent-ils, si de tels faits
étaient arrivés à Rome , ils auraient été écrits par vingt auteurs contemporains ; il n'en manquait pas dans une ville qui était alors la plus renonmiée pour les sciences et les lettres.
Si on lit avec attention le& livres qui nous rapportent ces miracles y il parait qu'i ces époques il s'était fait une convention réciproque entre les différentes religions en fait de miracles. Les Saints^Péres voyant que tous les croyans tenaient aux mirucles de leurs instituteurs y se persuadèrent qu'il y avait moins d'inconvénient et de danger à admettre tous ces miracles samaritains ^ grecs et ég3rptiens, qu'à les nier, ce qui eât été impolitique. Ces Saints-Péres étaient tout-i4ait des hommes simples; ils se sont pour lors bornés à déclarer la supériorité des miracles opérés par Jésus et ses Disciples ^ sur ceux des dissidens et des Payens. Ils se modelèrent sur la Bible , qui, en parlant des miracles opérés par Mo'ise, les déclare supérieurs à ceux opérés par les prêtres égyptiens devant Pharaon , lors de Fesclavage des Israélites. Ces Saints-Pères avaient lu que les Pharisiens même foisaient des miracles. S.* Mathieu , oA. xn , i;. 27, le dit positivement , qu'ils chassaient les Démons ; n'importe, Jésus les chassait aussi par Béelzebuth : c'est de là , sans doute , que nous est venu Tadage quHin Diable en chasse un autre. Ils avaient lu que les Diables se mêlaient aussi de flaire des miracles extraordinaires. L'Evangile disait que Knabul emmena Jésus dans
le désiert , et qu'il le tint sept semaines à une diète rigoureuse; que du désert, il le porta en Tair sur les créneaux du Temple ^ et de là -sur la plus haute montagne.
Quelque pouvoir que le Diable ait eu sur le Dieu des Chrétiens y on ne trouve nulle part que le Prince des ténèbres ait eu autant de puissance sur aucun autre fondateur de religion , fftt-il Turc ou idolâtre. Dans toutes les religions anciennes , les piètres se sont arrogé le pouvoir exclusif de disposer à leur gré des forces de la nature et de celles de- son Grand-Architecte; à l'aide de cette croyance généralement établie , il s'exemptaient de porter le fardeau comniun à tous les autres membres de leur religion. Ces prétentions, qui compromettaient le droit d'égalité dans les castes existantes^ furent attaquées^^ par Jésus-Christ, ainsi que le rapporte l'Apôtre Jean. Jésus voulait que les hommes fussent conséquens^ (ju'ils abolissent à jamais ce genre ^crilége de caste pri-, vilégîée, qui a été le type de toutes les castes or* gueiUeuses et privilégiées de l'Univers, qui furent et seront toujours liguées entr'elles pour arrêter les progrès de la (i) civilisation et des sciences, et pour exister aux dépens de leurs croyans. Qui peut lire le Rituel des Juifs dans le Lévitique et autres y sans avoir le cœur soulevé des sanglantes et révoltantes cérémonies prescrites aux prêtres de la religion mosaïque, et ne pas
(i) Voyez des Destinées futures de fE urqpe ^jpar d^Herhigny,
plaindre les autres Juifs chargés de contribuer à un impôt aussi onéreux !
Les premiers Chrétiens qui^ d'abord ^ avaient été Juifs , assistaient à ce sacrifice et au partage des yiandes qui étaient cuites sur ces autels mêmes , où plus d'une fois on avait fait couler le sang des victimes humaines : on en trouve la preuve dans S. ^ Paul , dans les jicteê deê jipotref et dans les. écrits des premiers Saints-Péres.
Le nouveau culte de Jésus-Soleil , emblème mystique de la justice y avait substitué aux victimes TofiBrande du pain ; c'est ainsi qu'il avait changé ces sacrifices sanglans en paisibles agapes , qui se soutenaient à très-peu de frais. Ce nouveau système > prêché loin même de la Judée ^ avait attiré une infinitéde prosélites d'entre les Juifsqui ne pouvaient pas assister aux sacrifices de Jérusalem j étant établis ailleurs ) et dans la Judée et la Palestine ^ il attira tous ceux qui n'avaient aucun droit de participer aux viandes des sacrifices 9 malgré qu'ils y contribuassent. Les Esséniens fiirent les pretniers qui ne voulurent ni contribuer, ni assister, ni participer à ces sanglans sacrifices.
D'un autre côté, la philosophie grecque qu'on com'mençait à professer, faisait faire quelques progrés à la civilisation. Ces hommes éclairés ne voyaient dans ces Temples si renommés que de vastes boucheries , des autels dégoûtans de sang ; ils y trouvaient une mauvaise odeur par la graisse qu'on y br&lait, par les enitrailles et par la fiente . qu'on était obligé dç répandre.
Les Jaift les plus éclairés ayaient connu par leur histoire les atrocités commises par les Lévites } ils attribuaient tontes ces horreurs des temps anciens i l'usage de répandre avec joie le sang des victimes. Aussi la généralité désiraii^elle que l'on fit disparaître ces usages sanguinaires et barbares.
Le changement de culte et de sacrifices devint une nécessité générale : c'est une des causes principales de l'apparition de toutes ces sectes juives-chrétiennes cpii s'élevèrent en opposition aux anciens Sacrificateurs.
Tous ceux qui suivaient les nouveaux dogmes pouvaient participer à des sacrifices simples ; c'est aitisi qu'ils se dispensaient de payer le tributauxLévites etanx Sacrificateurs. Les Juifs qui professaient le Christianisme disaient que Jésus avait consacré tout homme prêtre devant le Père céleste ; ce qui fit dire à TertuUien de Baptismo : «iVM ne et laîei êoeerdoteê êumuêi.» » Il était bien naturel que les prêtres juife regardassent la doctrine de Jésus et de S.* Paul comme contraires au Dew téranomê , au Sacerdoce et aux lois divines. Moïse avait établi pour Sacrificateurs les fils d'Aaron, et la tribu de Lévi à la garde du Tabernacle, avec tous les privilèges, droits et bénéfices dont nous avons déjà parlé ; les descendans de ces castes privilégiées haïssaient indistinctement tous ceux qui professaient des doctrines subversives de leurs intérêts , et les Chrétiens étaient sur-tout détestés à cause de la doctrine de S.* Jean-Evangéliste, qui
disait clairement que Jéâus revendiquait tous ces droits et privilèges y pour tous ceux qui suivaient sa doctrine. Voici comment , au v. 6 de PApotalypêt , il parle de son maître :
« A lui, dis-je , qui nous a aimés ^ qui nous a lavés » de nos péchés dans son sang et nous a faits RoU et » SacrifièatetfTê ; à Dieu son Père , à lui soit gloire et » farce aux siècles des siècles» Amen yi.
Numa avait nommé soixante prêtres à Rome ; le choix devait en être fait par les Patriciens. Ceux-ci avaient conservé exclusivement ce droit du Sacerdoce jusqu'à l'instant où le peuple eut obtenu le droit de participer indistinctement à toutes les dignités de l'Etat ; néanmoins y en ce qui regarde les anciens prêtres de Rome j quoique les Patriciens romains exerçassent le Sacerdoce , les anciens Rois présidaient aux sacrifices ; et si nous n'avions pas le témoignage des écrivains , l'ancienne jBresque des Noces Allobrandines nous le prouverait.
Les droits du Sacerdoce , après que le peuple romain eut perdu une partie des siens , passèrent dans les mains des Empereurs, lorsqu'ils s'emparèrent de toute l'autorité romaine ) ils se créèrent les Grands-Prêtres de Jupiter et Janus , et exercèrent les fonctions des Souverains- Pontifes. Il est aisé de croire, après cela , que la doctrine de S.^ Jean , qui admettait tout le monde indistinctement au Sacerdoce, devait avoir bien des prosélytes.
Ck)mme on l'a pu observer , les premiers Chrétiens
étaient imbus des principes d'égalité de droits au Sacerdoce ; ces idées avaient prévalu soit en Grèce , soit en Italie. A Syracuse y colonie grecque, le Sacerdoce s'obtenait par l'élection du peuple ; cette dignité durait un an. En plusieurs endroits^ les prêtres étaient élus par le peuple ; cet usage dura chez les Chrétiens d'Alexandrie et de G>nstantinople. On a vu aussi qu'après que Judas , Apôtre et traître, se fut pendu, un G)ncile, composé des autres Apôtres et de cent vingt Disciples de Jésus , procéda i l'élection d'un nouveau Prince de l'Eglise. On y suivit l'exemple qu'avait donné Samuel, et le sort décida que Mathias remplacerait Judas.
Pour nous, dans nos Ordres et rites , le Sacerdoce et le Souverain-Pontificat est accordé indistinctement aux Frères qui suivent les travaux , qui sont zélés, éclairés et bienfaisans ; il n'y a pas de trace que le sort , conmie chez les Juifs et les premiers Chrétiens , nous ait fourni le choix d'un seul de nos Grands-Maîtres.
CHAPITBE XIV.
Histoire des Juifs lors de leur captivité en Babylone , et de leur rentrée en Judée j leur haine pour les Samaritains. — Une colonie juive transportée en Egypte sous Alexandre -le -Grand. — - Juifs égyptiens qui passent en Espagne. -— Sectes Juives dans l'interprétation de la Bible. La Bible , base d'une grande partie des Religions sur le globe. S.^ Judas réforme la Bible. La Bible réformée , suivie par les Juifs de Babylone et de la Palestine. Les Chrétiens sont restés fidèles à la Bible de Moïse et des Prophètes juifs. -^ Doctrines Platoniciennes suivies par les Juifs d'Alexandrie ; elles produisent le dogme du Ferbe ou du Logos Fils de Dieu , dogme qui précéda le Christianisme. — S.^ Jean-Evangéhste suit cette doctrine , et en lait l'application à Jésus. S.^ Paul ne l'enseigne pas. — • Les anciens Hébreux n'admettaient pas l'immortalité de l'ame. •— • Mœurs et initiations des Essénieus. On est persuadé qu'ils prirent leur origine des Maçons. Les Esséniens en Egypte , après la chute de Jérusalem, sont comparés aux prêtres égyptiens ; quelque conformité entre les Esséniens et les Maçons. — • Des Thérapeutes sortis des Esséniens. Habitudes et doctrines de ces Chrétiens , et comparaison avec les Maçons. — Parallèle des Pharisiens avec les Saducéens : la Polygamie approuvée par les premiers : elle n'est pas admise par les seconds. -» Des H^odiens qui ne furent connus qu'à Rome. — Des Carpocratiens et de leur doctrine.
'Ecriture-Sainte ; Reg. iS, rapporte que les douze tribus d'Israël forent conduites captives en Syrie , et
que Salmanazar , Roi assyrien , avait ri^peuplé le payi» que jadis occupaient les Israélites par des peuplades assyriennes et babyloniennes.
Deux cents ans après cette déportation des Hébreux , deux tribus seulement , ou une partie de ces deux tribus, rentrèrent en Judée et à Samarie, sous la conduite d*Esdry. Les Juifs y trouvèrent ces peuples étrangers qui suivaient la religion de leurs pères, l'adoration de Dieu sous les emblèmes du Soleil et des deux principes ; ils les prirent en haine d cause de leur religion. Cette haine était sur-tout nourrie par la jalousie des prêtres dtsraèl. Cette rivalité fit éclater des guerres sanglantes entre ces deux peuples. Les Samaritains succombèrent et furent même incorporés, pour aiùsi dire, aux Juif^.
Malgré ces succès , les Juifs ne furent jamais qu'une petite peuplade , tributaire des grandes puissances ; et lorsqu'ils voului^ent se rendre indépendans, ils ftarent subjugués par le» Assyriens, Babyloniens, Egyptiens, Romains , qui tour-à-tour les déportèrent chez eux.
Lorsqu'Alexandre-le-Grand entra à Samarie (selon VHiêtoire des Juif 9^ par Bonaye, liv. 3> ch. ni), il fiit reçu par Ezéchias , Grand-Prétre des Samaritains, qui lui promit la victoire sut les Perses.
Ce qu'il y a de certain dans cette histoire , c'est que les Samaritains jouirent de la faveur d'Alexandre , qui fit des présens au susdit Grand-Prétre, et qu'il ne donna jrien au Grand-Prêtre des Juifs; il envdya m^e une co-
Il* 359 ^
lonie de ces peuples à Alexandrie, en Egjpte, qu'il venait de bâtir. Il est évident , malgré les opinions des apologistes hébraïsans, que , si Alexandre eût été bien disposé pour eux> il ne les eût pas condamnés i la déportation , eux qui étaient et qui sont aussi atta-* chés à la Judée.
Alexandre accorda néanmoins aux Juifs déportés les mêmes droits qu'aux Macédoniens et aux Grecs qui y étaient établis. Il résulte de ces faits , malgré quelques opinions contraires y que les Juifs furent amenés par suite des émigrations à porter des changemens dans leurs mystères et dans leurs initiations et doctrines. Ces dernières étaient tràs-secrètes et orales , comme la plus grande partie des initiations grecques et égypr<
tîemies.
Après la mort d'Alexandre > Ptolomée, son général, devenu Roi d'Egypte, entra en Judée, s'empara de Jérusalem, et enleva à ce pays cent mille honmies de ses habitans qu'il transporta en Egypte. Il accorda quelques faveurs à ses captifs; ce qui fit que plusieurs de leurs compatriotes , résidans dans leur patrie ^ la quittèrent et s'établirent volontairement en Egypte.
Philadelphe, fils de PtQtemée, donna la liberté aux Juifs; quelques-uns retournèrent chez eux, mais la plus grande partie resta en Egypte , par attachement aux nouveaux syst^es philosophiques religieux, et pins encore par le bien-être que leur procurait ce sol heureux. Ceux
et
qui prirent ce parti établirent les Synagogues hellénistes, comme le dit Scaliger, et ce fiirent ces Juifs qui composèrent la yersion grecque de la Bible dite des Septante , et par l'ordre de ce même Philadelphe , attendu que ceux qui se trouvaient en Egypte avaient amené à leur religion et mystères une infinité de prosélytes grecs.
La ruine de Jérusalem par les Romains causa aux Juifs, outre la perte des mystères , celle des sciences; et ceux d'entr'eux qui échappèrent à Tépée des Romains et aux flammes ; ou qui ne furent pas vendus comme esclaves^ cherchèrent un asile et le trouvèrent soH en Orient , dans Babylone, où il y avait encore une grande partie des familles de leut nation qui avaient été dé-^ portées dans les anciennes guerres , soit en Occident , dans TEgypte , qui en contenait de puissantes et de triariches ; mais ces Juifs , miraculeusement arrivés en Egypte, portèrent avec eux, là comme ailleurs , leur esprit d'intolérance et de rébellion, ce qui causa une .sédition et le nouveau massacre qu'on en fit. Les familles les plus aisées s'échappèrent en Espagne \ elles s'appelèrent Sefharadt, Plus tard , elles prétendirent descendre du Roi David, et regardèrent avec mépris les Juifs des autres tribus qu'ib. trouvèrent en Espagne.
Les Juifs ayant habité pendant long-temps l'Egypte ,
ont dûi nécessairement connaître les doctrines qui y
étaient suivies. Us durent même adopter la méthode qui
^existait de temps immémorial d'expliquer leurs' Livres
sacrés, comme les Egyptiens , par allégories. On est d'autant plus fondé à le croire ^ que la secte juive qui adopta ces maximes était originaire d'Egypte. Eusèbe, au eh. x, soutient que du temps dé Ptolomée-Philometor, les Juifs égyptiens étaient partagés en deux factions, dont l'une tenait au sens littéral. de la loi, tandis que l'autre, perçant à travers Técorce , y trouvait une philosophie plus relevée.
Philon , Juif et Egyptien, qui vivait du temps de Jésus- Christ > trouvait toute l'ancienne philosophie égyptienne dans le sens mystique de la Bible et dans ses allégories. La Bible servit de base aux religions modernes. Il est aisé de voir que ces religions chrétiennes et mahométanes qui couvrent le globe sortent de la juive; tant il est vrai que la haute destinée de la religion judaïque y qui aujourd'hui est détestée presque par tout le genre humain, devait produire toutes les institutions des Musulmans et des Chrétiens, et de la catholicité passée, présente et future.
Quant à cette partie des Juifs qui , après la destruc-^ tien de Jérusalem ^ se cachèrent en Judée et y restèrent clandestinement ou par autorisation , ils étaient gouvernés par un Prince de leur nation qui jugeait leurs différends ; ce qui se conserva même sous le règne des dominateurs qui la subjuguèrent. L'an 160 après l'ère chrétienne, les Juifs eurent pour Prince un certain Judas qu'ils appelèrent le Saint ; il écrivit une nouvelle
Bible qa'il réyisa, et donna à la nation une espèce de code ciyil et ca[noniqae à l'usage des fidèles. Il fut appelé le Mùnah.
Après sa mort y ce livre fut commenté ; on l'appela le Talmudàe Jérusalem ; il eut aussi pour titre la Gamave, qui veut dire la doctrine. Cet ouvrage fut ensuite corrigé par le rabbin A. Azé, qui tenait école i Sora; car la langue qui existait alors à Jérusalem était très-corronapue, par suite de la domination et par le séjour des étrangers qui s'y étaient établis. Le même rabbin entreprit de corriger les Œuvres de S.* Judas et d'y faire des additions nécessaires.
La mort interrompit ses travaux^ ses Disciples y mirent la dernière main ^ et ce code étant rédigé à Sora , on Ta appelé le Gamave ou le Talmud de Babjrlone , qu'on préfère à celui de Jérusalem , par les raisons que je viens d'indiquer.
Les Chrétiens destinés i être toujours en opposition avec leurs anciens co-religionnaires, regardèrent la Bible f rejetée }>ar les Hébreux savans , comme un livre divin ; ils anathémàtisèrent le Talmud , qui était honoré par les Juifs.
Les Talmudistes disaient qu'on pouvait être absous de pécher contre Moïse y mais que celui qui contredisait les Docteurs mérite la mort ; ils décidèrent , par leur nouveau code , leurs cas de conscience , et l'établirent comme loi divine. Les Talmudistes de Babylone ont ci*a
que cette nouvelle Bible contenait l'ancienne loi orale ; des Chrétiens , malgré l'opposition de Rome, après avoir bien examiné le Talmud /TenTisagèrent comme un livre saint y religieux , mystérieux ; ils y trouvèrent les métaphores des anciens Chréti^is , et même leurs paraboles, telles que celles des vierges folles , des ouvriers envoyés i la vigne et autres. Les Juifs publièrent que les Chrétiens avaient emprunté d'^ux de telles idées , tandis que les Chrétiens en dirent autant des Juifs , et chacun crut avoir raison. «
Il est constaté par l'histoire que , du temps de Pythagore , les sciences et les arts furent apportés en Grèce de l'Egypte, après plusieurs siècles. Les Grecs , plusieurs siècles après , devenus conquérans sous Alexandre-le- Grand , introduisirent leurs doctrines et leurs disputes scolastiques partout où les conquêtes, le commerce et leurs colonies les appelèrent.
Alexandrie, nouvellen^ient bâtie, fut colonisée par les Juifs qui vinrent en foule pour peupler la nouvelle ville. Il en résulta un mélange d'hommies de différentes natioot et religions ', elles donnèrent naissance i plusieurs associations philosophiques et religieuses dont nous allons parler.
Le platonicisme était publiquement enseigné par les Grecs à Alexandrie; il fut reçu avidement jMir les Juifs-'-Alexandrins qui le communiquèrent à ceux de la Judée et de la Palestine; de U, l'origine de toutes les
sectes jvÎTes y dont une oontiOTtfsa mCine avec Jésus- Ckristy comme le rapporte k NoaTean-Tesfeunenft.
(7esi de œ mélange des Jnifii aTCC les Grecs qa'est sorti le lÀfOê dos premiers, que les natoniciens enseignaient être le F^rhê , le Diea qoi aTait créé le inonde; celte doctrine était connneel sniTiepar dos Inifii, avant Taf^iarition des dogmes chrétiens.
Fliilon, Juif, qoi TiTait qndqoes années avant ï donnée à Jésus y a ditqQeDicaseniarîaaiecle^#rfe, et qoe le monde naqoit de ce mariage : TaiylicatîoB qne Ton avait &ite de ce mot Fêriê (Lofos) à la diriniié de JésQSy est dàrivée de celte doctrine arrivée de la Gièee
« EgJP^-
11 est â ffwimmr anssi qoe lonies lessedes jpiWy
dont nous parierons, anpdmnl les kununiujnsliii Fib
àê /Mm. n était natnrd qae, Jésw regarde
co-reKgionnaires comme TliOBune josie par eaf^.., ■- y
Iitappcléana8i^«ris(£0y«#) et lïb AAm : ilcst
mâéleVcdhe, le Xsyar avec Dieu, qoe partent 3 y est confnAa et pi» indistinctenient. S.^ Pud qni piéchaît le Christianiaine dans des pays oà ce dogme et ks doctrines égarptiennsB jnives n^'élaîent pas encore connoes on snivies, s'est bien gudé de qnalîfier k Fikde Diea Ai nom de Z^yar, soit dans ses Ej^trcs anx ciens, soit dans cdDes adressées anx Hâociix de TArie.
Néanmoins en Egypte et en Judée y avant le commencement du Christianisme y la philosophie de Pythagore et de Platon avait jeté de profondes racines parmi les JuijGs^ ce qui occasionna les dogmes des Esséniens^ des Thérapeuteà , des Saducéens, des Carpocratiens^ des Cabalistes Gnosticiens , des Basilidiens , des Manichéens; tous ces dogmatiques adaptèrent à la philosophie susdite^ une partie des doctrines des mages et des prêtres égyptiens ; elles se répandirent avec le temps en Asie , en Afrique et en Europe. Ces diflTérenteâr sectes juives-chrétiennes conservèrent les mystères du Temple de Salomon avec l'allégorie du Grand-Architecte qui était le Messie juif 9 idée que les Juifs conservent encore de nos jours. EUes arrivèrent derechef en Europe par le moyen des Ch.".*. Croisés qui rapportèrent à leurs frères les Chrétiens d^Occident, les mystères du Temple à réédifier ^ avec le culte de l'unité de Dieu ; culte dont les institutions sont aussi anciennes que les premières traditions du monde , qui ont pour base l'adoration de Dieu , pour mystère Fétude de ses ouvrages, pour communication les signes et allégories , et pour résultat la bienfaisance.
Les Croisés en nous rapportant ce culte , nous transmirent les mystères , les initiations y les emblèmes y les signes y les mots et les secrets connus par les Sages de l'Antiquité, qui se trouvaient, .comme on Ta dit, en Palestine et en Egypte.