CHAPITRE XY
Des Gabalistes de Simon Ben-Jochaï. De ses Livres emblëmati^es et allégoriques , de sa doctrine. — Notices sur d'anciennes Idoles et sur celles des Gabalistes. — • Les Gnostidens dérnrent des GabaHstes. — Leui-s opinions sur Jésus. — Les Gabalistes persécutés par les Ghrétiens-Grecs. — Etymologie du nom des Gabalistes ; leur doctrine passe en Europe et cbez les Maçons. — Prêtres d'Eleusis incorporés aux Gnostidens. Signes et Emblèmes Gnostidens passés cbez les Maçons. — Les Opbites sortent des Gnostidens ; ils honorent Sérapis. Difficulté de l'admission à leur entière initiation. — Opinibns des Saints -Pères et des Pbilosophes sur l'initiation et les emblèmes de différentes sectes. -— Des causes pour lesquelles ces emblèmes sont devenus l'objet de l'idolâtrie des Mages. — L'allégorie du. Soleil passé dans le culte de différentes nations. — De Zoroastre et du Zend-Avesta. *- Gomparaison des Mages avec les Lévites. — Gaste des Mages , leurs devoirs , privilèges et doctrines. — ^Relation d'un moderne Voyageur sur lesParsis qui professent la religion des Mages. — Gode religieux' des Mages. — Gorruption sacerdotale. — > Ghrétiens de Syrie ; leurs doctrines diffèrent de celles de Rome.
XouTES les sectes juives - chrétiennes professaient quelque partie de la philosophie platonicienne ; c'est ce qui fit q^ïOrigène^ /. i, cA. vi, contre Celse, reprocha au Fils de Marie d'avoir emprunté plusieurs dogmes de Platon , et voilà pourquoi S.* Augustin avoue ^ dans ses
Canfesiions , lib. VU, eh. 9,10,20, que le commencement de TEvangile de S.^ Jean était dans les doctrines de Platon. La notion du Ferbe ou de la PAROLE DIEU est Tenue du dogme chrétien de Platon. Ce fut après avoir mis ce mot à la torture de mille manières, qu'il s'éleva chez les Juifs une autre société dite de la Cabale, profanée de nos jours, quoique jadis de profonds Sages militassent sous ses drapeaux.
C'est à Simon BenJochaï, qui vivait quelques années avant la ruine de Jérusalem , qu'on attribue l'institution de cette secte : il a laissé un écrit qui porte pour titre le Soehar, oa delà Splendeur; ce livre est tout rempli d'allégories et de métaphores. Avec de tels moyens , la Divinité est susceptible de plusieurs interprétations et inodificati(ms; il fieiudrait bien du t^nps et du bon sens pour interpréter et comprendre plausiblement cette production ; il faut dire néanmoins à sa gloire que ses allégories sont plus claires que celles de l'Apocalypse. Ce qu'il y a de curieux , c'est que ces deux écrits servirent au système maçonnique (1).
Ben - Jochaï peint Dieu sous l'emblème d'un grand visage de vieillard : « Sa tête est cachée dans un lieu » supérieur , on ne la voit pas. Il porte sur sa tête mille
(1) Bacon de Verulam était partisan du système de la Cabale; il établît dans son fie de Bensalem les lois cabalistiques que Moïse avait données (pag. 54, édition de Louvain, i648).
» millions de milliers ; sept mille cinq cents boucles de » cheveux blancs de laine; à chaque boucle il y a quatre » cent dix cheveux , ce qui répond au nombre que domie » la parole Kadoêch. Toutes lès partie du .visage ren- » ferment des choses extraordinaires , admirables. Cettç 9> barbe est au-4essus de toute louange, elle est blanche » comme la neige, elle descend jusqu'au nombril; c'est » l'ornement des orjiemens , la vérité des vérités. U y a » dans cette barbe treize parties qiri renferment toutes de » grands mystères ; mais il n'y a que les initiés qui les » comprennent. »
Simon eut une infinité de Scrutateurs. L'oirâiaiikjhvorable sur la Bible s'afiaiblissait tous les jours , et celle des Cabalistes augmentait. Ces sectaires soutenaient, conune les Esséniens, que dans la Bible les mots^étaient autant d'images des choses cachées, et qu'il fallait chanr ger les livres sacrés et les préceptes de la sagesse juive en allégories; car la Bible, prise à la lettre, ne pouvait produire que des schismes.
La philosophie de la Cabale se propagea extraordiuairement en Syrie , en Palestine et en Egypte , mais plus particulièrement dans cette dernière région où le système des allégories était en usage et où la Cabale même était pratiquée par les prêtres. Les emblèmes avaient une conformité étonnante avec ceux des Juifs dont nous avons déjà eu occasion de parler.'La philosophie de la Cabale se conserva en Egypte jusqu'au temps des Croi-
ses, et nous la Terrons eocoTe dans le i5.* siècle , figa-* rer dans le procès des Templiers, et postérieurement être en pleine Tigneur à la moitié dn 17.* siècle. Par oe qui noas reste, les Cabalistes croyaient à un seul IKea; ils enseignaient le dogme de son unité. Pour entrer dans leur confirérie, il £dlait des épreuves avant Finitiation.
Le Ytilgaire a soupçonné les CabaUstes d'idolâtrie, parce qu'ils avaient cette image allégorique qui leur servait pour se donner une idée quelconque relative aux oeuvres et 4 l'existence de Dieu. Les Cabalistes voulurent se représenter par cette image , que la création est éternellement continuée. Cette image leur servait aussi pour démontrer la perfection des choses divines qui tombent sous les sens. Conmie les Cabalistes suivaient dans le &it les lois juives, et qu'ils ne devaient pas se créer des images, ils en ont imagée une, telle que la raison leur assurait que le temps, que tout corrompt, ne s'aviserait pas de faire adorer le simulacre par eux adopté.
n 7 a eu de tout temps des superstitieux et des prêtres qui, pour leur intérêt, entretenaient les hommes dans Terreur : les idoles firent le tour du monde. Les Chrétiens de Rome, qui ont une confiance et une vénération aveugle dans de petites figures de bois ou de métal représentant des Saints , des Vierges , des Esprits , des Pères étemels avec barbe, ne sont ni les seuls, ni les premiers qui adoptèrent ces simulacres. Dans l'Antiquité,
il y eut des sectaires et des peuples entiers qui portai^il des Abraxas sur eux, auxquels ils attribuaient des pto* priétés miraculeuses. Ce qui arriva en fait de politique et de religion jadis , on le voit se succéder tous les jours : c'est la conséquence de l'instabilité et de la fiEÛblesse humaines.
Avant les Gnosticiens, les Cabalistes, etc., etc», les prêtres égjrptiens assuraient qu'ils avaient le pouvoir de communiquer aux statues quelque chose de la nature divine. Leveque , Eacur^. sur le SchamanUme, trad. de Thucydide, m, p, 398.
Les Grecs et les Romains croyaient que les Dieux s'in-*» corporaient aux statues par le moyen de la consécration, Van Dale, de Conê. in lih. de oraeul. 477. Les défenseurs du Paganisme prétendirent que les Simulacres étaient pleins de la présence réelle des Dieux , JamUie. apudPkot, hib, eod, 22S. jimoh. adv, GenteeYiy 17.'
U y eut au 19.* siècle , à en croire certains journau]^ qui sont soudoyés par les apostoliques , des statues en bois , en pierre et autre matière qui firent des signes , pleurèrent et parlèrent.
Les Cabalistes sachant que nos idées nous viennent des sens , et admettant que Dieu n'était pas un être corporel , pensèrent qu'on ne pourrait jamais enseigner le dogme d'un Dieu sans en fixer l'idée par des signes plus ou moins imparfaits. Alors ils choisirent cette image spirituelle qu'on peut dire image de parole.
afin de se donner l'idée la moins éloignée de la toatepnissanoe de TEternel. Outre les écrits de Ben-Jochaîy les Cshilistes en ont laissé d'énigmatiqaes demi l'in*terprétation a oocopé i^osienrs sairans ; c'est nne mine trës-profimdeet trés^difficile à exfdoiter, et de laqaelle on a tiréaTecbeaacoap de difficulté, an 16.* siède, quelque chose de bm; c'est d'elle qu'est sorti le rite dit de la Cabale. Leur doctrine était renfermée dans la PI, n/* VI. Peut-être que si de sages critiques se saisissaient des rapports qu'ib peuyent avoir avec les mystères ég3rptiensy ils en trouTeraient des notions utiles à Térudition et à l'illustration de la Maçonnerie.
GNOSTICIENS.
Des Cabalistes sortirent les Gnosticiens, qui, lorsque le Christianisme se répandit en Europe, disparurent commefondus dans lesténébres de ces siècles; néanmoins, par les annales de notre Eurojpe, par une infinité d'ou- Trages polémiques qui parurent jusqu'au temps des Croisés, on sait ce que leur théologie professait sur l'éternité des siècles et sur l'émanation des principes divins.
Ils disaient à leurs initiés : «Que celui qui adorait le yt Crucifié était Tétre le plus bas dans l'échelle des êtres , » et que celui , au contraire , qui , fourni de bon sens et )> assez éclairé pour être sàr que jamaisunhommenepeut » être le Dieu tout-puissant, qui n'a eu jamais de com-
» mencement, qui e^ éternel, que Celui-là se trouvait » déjà parvenu au point le plus élevé dans Véchelle des » êtres, et enfin à Tétat sublime d'homme, et qu'alors il » avait acquis, en devenant Gnosticien, toute la science » humaitie. )> Les Croisés apportèrent en Europe cette doctrine, et les Templiers furent accusés de la professer. Un Gnosticien a soutenu avec une repréhensible hardiesse que Jésus, adoré par ses Pontifes, n'était qu'un magicien.
Les Gnosticiens disaient que l'édifice emblématique de leur science était construit sur un carré dont les quatre angles avaient nom Sighé, Bathos, Nous, Âléteïa, qui sont expliqués par êilenee, profondmir, intelligence, vérité. Le Temple mystique de Salomon conserve ces attributs.. On croira âicilement que lôs Chrétiens grecs , du temps du Bas-Empire, qui ne connaissaient pas la doctrine des abstractions sublimes des Gnosticiens , toute en oppositioà à leur dogme , envisagèrent cette société secrète comme hérétique et payenne , et ne se contentant pas de Taccuser d'erreur, s'efTorcèrent de la taxer d'immoralité en renouvelant contre elle les calomnies inventées contre les Chrétiens, en Italie, du temps de Néron. Sacrifices humains , ablutions sanglantes, unions contre nature , il n'est point de crimes qu'on ne leur ait imputés dans leurs initiations et mystères. S.* Clément d'Alexandrie , leur rend plus de justice , quand il dit dans les Stromates, qu'il n'y a point de différence
du vrai Gnostiqiie au parfait Chrétien, quoicpi'il sât bien que la principale doctrine de cette société était la négation absolue de la divinité de Jésus : c'était la seule morale chrétienne que les Gnosticiens pratiquaient.
Les persécutions qu'on intenta à la suite de ces accur cations aux croyans d'un seul Dieu , fit que les Gnosticiens se cachèrent de plus en plus ; ils rendirent leurs assemblées très-secrètes , couvrirent leur dogme d'allégories ; aussi leur doctrine ne passa-t-elle à la postérité qu'oralement.
Le nomdeGnosticien vient du verbe grec cannaêire. GnôH seauion , a connais-4oi toi-même » , est l'inscription du Temple du Soleil ; c'est d'après cette inscription et les emblèmes sacrés de cette société qu'on appela les Gnosticiens , Prêtres du Soleil.
Un des préceptes oraux qu'on conserve dans plusieurs rites maçonniques y est le noeee te ipeum qui nous est parvenu de ces Sages« Q>n venons , d'après un Maçon trèsinstruit j « que toutes les sciences ne sont que peu de » chose vis-à-vis de celle qui , seule , peut nous fiure » deviner ce que nous sommes , d'où nous venons et ou » nous allons ; avec ce guide nous pouvons sans doute » faillir encore et agir quelquefois contre nos intérêts; » mais sans elle, il est impossible de faire dans tout le » cours de la vie humaine une action de conséquence >».
Le Gnose est la vraie science , et la lettre G qu'on trouve dans le compagnonnage et autres Ordres , parait tirer son origine de la manifestation de la Gnose chez les
Gnosticiens. C'est la première lettre de ce mot que nous conservons dans TEtoile flamboyante. ( PL iJ^ , n.** 5o. )
L'Histoire Ecclésiastique dit que l'apparition de cette Société date de Tépoque où le Christianisme commença i se propager; elle la dit contemporaine de ce culte ^ comme si elle était la fleur ^ le fruits le tronc du même arbre.
liors de la destruction du Temple d'Eleusis par Alaric le Visigoth, l'an 596 de l'ère vulgaire, les prêtres qui purent échapper au glaive des barbares , se réfugièrent en Egypte et s'associèrent aux Gnosticiens avec les conservateurs des rites mosaïques chrétiens , ce qui augmenta leur nombre et leur science.
Il est dit dans JEpiph. Y , gue lea Gnoêtieienê se eonnaiêêaient entr^eux à leur manière de êe prendre la main. Ces signes gnostiques sont arrivés jusqu'à nous ainsi que leurs allégories.
Ce voile > dont Aehamot se couvrait^ se trouve dans le voile du Temple maçonnique : les Gnostioiens eu avaient fait une allégorie dans le récit d'Achomet. Le Bai^omet des Gnosticiens devint en après celui dça Templiers. On le voit , pour ainsi dire , enveloppé de la peau du Lion , que l'on sait être un des emblèmes du Soleil. La Nature était représentée par des symboles ainsi que l'Astronomie était rappelée par des figures : les Gnosticiens usèrent des signes du Soleil , des Etoiles et de ceux du 2iOdiaque; on les trouve dans les Abraxas; ils ' passèrent dans les emblèmes de la Maçonnerie
comme l'Etoile flamboyante cpii renferme le symbole de la Gnose. Ces emblèmes et doctrines passèrent en Occident, on en trouve une infinité dans les pierres sépulcrales de nos ancêtres , et plus particulièrement du temps de Domitien.
Les Ophites modelèrent leur système sur le dogme des Gnosticiens; ils ont existé aussi pendant les premiers siècles et à la naissance du Christianisme; à' l'image barbue , ils avaient substitué pour emblème de la Divinité, comme une grande partie des initiés égyptiens, le Serpent de Sérapis ; Tertullieu et les Saints-Pères s'imaginèrent qu'ils adoraient un Serpent matériel. Voilà assurément le comble de la déraison humaine. TertuUien dit, de Preserip, 47, (pie les Ophites avaient le Serpent en grand honneur , ils le regardaient comme leur Christ, leur Sauveur; ils le préféraient à Jésus, iparce que , disaient-ils , il possédait « la science du bien et du mal ». Dans cette supposition, ils suivaient Ift Bible qui décrit le Serpent tentateur d'Eve , comme ayant en lui toute science , ou ils se référaient au Serpent de Moïse , qui guérissait de la peste et des maladies , tandis que , dans le fait, l'un et l'autre n'étaient que le Serpent égyptien Sérapis , que Moïse avait trouvé dans les emblèmes du culte du Soleil et qui dât être en vénération bien avant les Ptolomées.
Les Ophites confessaient un Dieu Père incréé : ils furent persécutés à outrance par les Chrétiens d'Orient ;
ce qui les'porta à maudire le Galiléen dans ses prêtres, persuadés que ses institutions les avaient rendus aussi intolérans. Un de leurs emblèmes était la Croix tronquée, le Phallus qui devint par la suite le maillet maçonnique , et qui représentait le bois de vie , et la clé de la science ; ils avaient aussi le Calice ou le vase cosmogonique , symbole communaux Gnosticiens et qui se trouve dans le patère des Bfaçons. Ces emblèmes sont communs aussi aux croyans de Mitbe ou Mythras , qui existent dans llndost^n.
Les Ophites priaient devant la figure de Pentagone y qui était im des signes de leur institution, comme il était aussi celui des sept Sages de la Grèce.
Ces emblèmes passèrent en Europe avec leur doctrine , ils furent adoptés par les Croisés^ par les Roses-Croix, par les Chevaliers Templiers , et parvinrent aux Maçons.
La plus grande partie des sectes qui se reproduisirent après les Esséniens, Gnosticiens, Cabalistes et autres , honoraient le Soleil comme la plus belle image de la' puissance de TEternel. Toutes ses sectes admettaient rUnité de Dieu, elles étaient par-là bien- éloignées de croire à la divinité de Jésus-Christ , sur-tout les Gnosticiens qui se vantaient de Vavoir compté au nombre de leurs Frères.
DES BASILIDIENS.
Les Basilidiens paraissent absolument sortir des Esséniens et être mélangés avec les Gnosticiens.
Basilide disait à ses adeptes : m Vous devez toul )» connaître , et personne ne vous connaîtra ».
Il nous reste de leur ancienneté j des monumena dans les Abraxas qui renferment des signes mystérieux el que nous rapporterons en son lieu. X^ nom d' Abraxas, qui se trouve gravé sur une quantité de pierres des pr»-r mier et second siècles de Tére chrétienne, donne en lettres grecques la valeur de trois cent soixante-cinq , le même nombre des degrés du fiuneux cercle d'or du tombean d'Orcmaudyas, toujours relatif au cours annuel du Soleil. La cuirasse de Pharaon-Amasi, consacrée à Minerve dans rile de Rhodes, était remarquable par la trame, dont le fil était tordu en trois cent soixante-cinq autres, allusion à la durée de Tannée ; preuve nouvelle que les religions anciennes doivent leur origine à l-Astronomie.
Les Basilidiens avaient deux images au lieu d'une seule , comme les Gnosticiens^ Tune avait barbe , et l'autre sans barbe; ces simulacres étaient allégoriquement honorés par eux.
S.^ Irenée a cru que c'étaient les images de Jupiter et de Minerve, et s^en^est prévalu pour les accuser d'ido-* latrie. Basilide obligeait ses Disciples à se taire pendant cinq ans, comme jadis les Disciples de Pythagore* H croyait ce temps nécessaire à la préparation de l'initiation et pour être à même de recevoir la Gnoêin ou la science humaine. Un seul entre mille était admis au sanctuaire , £l la connaissance de ce qui regarde la Divi-
nité ; et sur dix mille initiés , deux seulement étaient agréés pour participer entièrement à la révélation entière de tous lés secrets arrachés à la nature. Ces sectef étaient toutes des écoles de philosophie.
M. OuYistroff ctt>it que dans l'initiation supérieure) en parlant des mystères anciens, on devait se borner i déâiontrer Funité de Dieu et l'immortalité de Tame , par des argumens philosophiques ; ce qui parait en op position aux témoignages suivans.
Qément d'Alexandrie , Strom. Y, 3 , dit expressément , en parlant des grands mystères : « Ici finit tout ensei-^ » gnement, on voit la nature et les choses ».
Ce iqu'on né peut révoquer en doute , c'est que, lors de Texistence de ces premières sociétés, que nous ap** pèlerons toujours juives -chrétiennes , lés notions de morale étai^it trè»-répandues et connues du vulgaire; et si elles eussent fait l'essence des mystères , elles ne pouvaient aucunement mériter les magnifiques éloges des hommes, des sa vans de l'antiquité, qui ont cru que dans ces sociétés il existait la révélation des sublimes vérités, et que leur institution en était l'unique objet. Après cette remarque , il est très-évident que ces sociétés et leurs mystères auraient cessé d'exister du moment où les vérités secrètes eussent été enseignées publiquement ; et pour lors , Pindare , Platon , Cicéilon , Epictète n'en auraient aucunement parlé avec tant d'admiration, si le Hiérophante s'était occupé de leur apprendre avec
tant d^appréts et ayec tant de secret , ses opinions , ses doetrines et celles de son ordre et société ^ lorsqu'on enl pu trouver, et apprendre tous ces enseignemens dans des livres et dans des écoles publiques. Observons qu'à ces époques , la morale et la philosophie avaient atteint un si haut degré d'élévation^ qu'aucune notion sur la première ne pouvait rester inconnue et inaccessible; il paraît 9 pour lors, que, dans Finitiatioii de ces sociétés, on devait découvrir aux initiés de grandes vérités morales et philosophiques, cachées au vulgaire, conservées par des traditions orales qui remontaient au premier âge du monde^ Ces connaissances , placées au milieu du polythéisme , formaient l'essence et la doctrine secrète des mystères.
Cette hypothèse concilie les contradictions apparentes du système religieux des Anciens sur la matière et sur Tame, et s'accorde parfaitement avec les traditions orales des Croisés, et en particulier des Templiers, qu'on pré* tend être les instituteurs des Maçons. Il faut remarquer ici que plusieurs S.**-Pères de l'Eglise donnent des notions très-intéressantes sur les mystères, et en font tour-âtour des éloges brillans ou des peintures odieuses.
S.* Clément d'Alexandrie , qui passait pour avoir été initié , et Eusèbe , Prepar. Evang, n, 3 , tantôt leur prêtent le but le plus frivole et même le plus honteux , les transforment en école d'athéisme ( eohort ad Genteê ) , tantèt ils prétendent que les vérités qu'on y enseignait
avaient été dérobées par les philosophes à Moïse ^ à Salomon et aux Prophètes {Stram, v^ pag. 65o); et même, selon ce dernier , ce sont les philosophes qui ont établi les mystères (Sirom. v, pag. 681). TertuUien, plus logicien, en attribue Tinvention au Diable (de Preêcr. ad Hœret. 4o.) Arnobe , Athenagore et S.* Justin en ont tous parlé de la même manière.
Leurs éloges et leurs blâmes peuvent être également vrais , sans en être moins désintéressés. Ici il faut distinguer deux époques. Il est certain que de grands abus s'étaient glissés dans les mystères. La corruption avait commencé à répandre quelques notions sur les cérémonies qui s'y pratiquaient , et Tindiscrétion des mystes avait divulgué des symboles^ tout tendait à profaner les mystères déjà déchus de leur dignité primitive. Mais si nous nous rapportons aux temps où les mystères fleurissaient , les témoignages en leur faveur sont unanimes; partout ils sont présentés coname Torigine des arts, des sciences, des lois. Il est bien naturel que ces mystères étant l'appui du polythéisme après la corruption sacerdotale , les Sainte-Pères , qui suivaient une doctrine différente , les regardaient comme les foyers de Terreur, et ne pouvaient dans leur intérêt mettre assez d'ardeur à les discréditer.
Après les divulgations et le discrédit par les ennemis de la science, il est facile d'en déduire que les emblèmes religieux égyptiens, grecs, juifs, chrétiens, gnosti-
ciens, de la Cabale, romains et autres, n'étaient intelligibles qu'aux seuls initiés (1); c'est ce qui amène le vulgaire à se former à cet égard des systèmes de tkéo^ logie sur le polythéisme. Nous avons dit que les secrets des initiés étaient consignés oralement; le temps, les î^évolutions, les guerres ont fait perdre une partie de ces doctrines ; il n'est resté dans les Temples que leurs en-» seignes. Le vulgaire, qui n'approfondit jamais rien, en établis^nt sa théologie , a cru voir dans ces emblème^ des signes d'idolâtrie , et en fit des religions moustruenases. Il y a des critiques qui pensent que la religion de Rome n'en a pas été exempte.
U résulte de ce qui précède, que des peuples entiers se sont formé un système à leur gré de la Divinité apparente; ils établirent des. légendes et des hêureusês nowvelleê , pour donner quelqu'ombre de raison à un culte qui n'était plus soutenu par la tradition orale deâ initiés anciens, qui se trouvait inconnu au vulgaire, et qui devint par-là absurde et monstrueux.
La généralité des Philosophes égyptiens, grecs, romains , comme aussi les Saints-Pères se firent un sy^
(1) En preuve que les emblèmes qui dérivaient de la religion égyptienne étaient mystérieux à tout autre qu'aux l'nîtiés , oh tà dans Eusèbe , de Prep. Euang, , lib, 11 , a qu'entre les prêtres s égyptiens, il y -avait une caste qui ne s'occupait ; même au temps -» de Joseph rfaistorien , que de Tinterprétation des hiéroglyphes. » Le Sacerdoce et Tinitiation étant perdus , ont donné lieu à établii* mille erreurs.
téme â part y et les sentimens des uns détniiAireat souvent ceux des autres^