VS
Et la foule reprend son train de vie ; mais l'apparition du mystérieux étranger reste dans leur esprit comme un vertige.
vu
— Seigneur , voici le désert.
Quelle route prenez-vous ?
— Arrête et écouté.
— J'écoute, Seigneur.
— Avant d'entrer dans la cité damnée, tu as passé par-dessus des villes mortes et des royaumes déserts...
regarde , maintenant.
— Quelle multitude ! quelle multitude ! que de gens en haillons! quelle tourmilière hideuse !
— Digne peuple des rois, princes et riches
de la cité damnée ! tu avais vu la réalité, tu vois maintenant l'apparence.
Cette fourmilière est fainéante et lâche comme ses maîtres. Si elle pouvait ne rien faire, elle ne ferait rien : elle ne travaille que par force; elle n'est juste que par crainte. Elle n'a que des besoins et des maladies, et pas la moindre sollicitude pour les souffrances d'autrui. C'est un peuple qui n'est pas un peuple; ce sont des apparences d'hommes et de femmes qui ne sont vraiment ni des hommes ni des femmes, Ca ne se souvient de rien, ca n'attend rien, ça voudrait ne rien faire, et c'est tout. C'est la populace des ombres damnées.
— En voici quelques-uns qui accourent à vous, Seigneur; ils viennent se joindre à ceux qui vous ont suivi de la cité damnée.
Leur allégresse paraît extrême !
— Si abondante que soit l'ivraie, il croît toujours quelques épis de pur froment.
VIÏI
Venez, venez, vous qui attendiez le bon maître ! Le bon maître ne visite que rarement ses serviteurs, et ne ressemble [)asau mauvais maître qui a toujours l'œil sur les siens.
Venez, venez, vous qui n'avez point désespéré de sa venue !
Venez, vous qui le reconnaissez !
Accourez, frères, accourez I
La moisson est faite ici : allons ailleurs. Allons, Seigneur!