IV il i5 b 60 et sunr
8. Perrot, Histoire de Vart, II, p. 495-496. Sur d'autres exemplaires du môme démoa, cf. Scheil R T. XVI, 33-36.
g. Publiée pour la première fois par Clermout-Ganoeau, Rev. arch.,
t. xxxvm.
sur ses deux faces, nous montre encore les démons sous une forme animale, au moins pour la plus grande partie. « La face que nous appellerons le recto est occupée tout entière par le corps d'un quadrupède fantastique, mi-partie ciselé en léger relief, mi-partie gravé. Le monstre est debout; il tourne le dos au spectateur, tandis que le bas du corps se présente de profil ou plutôt de trois quarts. Dressé sur ses pattes de derrière, le monstre semble vouloir s'élancer au-dessus de la plaque contre laquelle il est appliqué. Il appuie ses deux pattes de devant sur le bord supérieur de la plaque et sa tète passe par dessus le bord comme par dessus la crête d'un mur. Le bout des pattes de devant et la tête, qui font saillie hors du cadre, sont traités en ronde-bosse. Il suffit de retourner le monument pour voir la face du monstre, une face hideuse et féroce, au crâne déprimé, aux yeux flamboyants, à la gueule rugissante, dont le rictus formidable est celui du lion ou de la panthère ; les griffes ne démentent pas le caractère félin de la face. La bête est munie de quatre ailes. Deux grandes ailes à deux rangs de pennes imbriquées, viennent s'attacher à ses épaules ; elles sont abaissées et retombent symétriquement à droite et à gauche. de son corps. En dessous sont deux ailerons relevés et beaucoup plus courts, dont les extrémités seules sont visibles. Le corps, svelte et efflanqué comme celui d'un léopard, est orné d'une ciselure réticulée qui figure des écailles ou des taches. La queue en trompette vient presque s'arcbouter contre les reins. La verge du monstre, qui s'élève en suivant le contour de la partie inférieure de l'abdomen, offre exactement l'image d'un serpent. L'artiste a souligné son intention en donnant au gland la forme et l'aspect de la tête d'nn reptile. Les pattes de derrière, qui s'appuient sur le rebord inférieur de la plaque ne sont pas des pattes de quadrupède, ce sont plutôt des pattes d'oiseau, des pattes ornées d'ergots et de serres puissantes. Au verso, on
aperçoit tout d'abord en haut, se dressant entre ses deux
griffes cramponnées au bord de la plaque, la tète du monstre dont le corps se cache de l'autre coté. Cet être menaçant domine l'ensemble des scènes figurées au-dessous, et son rugissement y jette comme une note de terreur. Le tableau se divise en quatre bandes horizontales ou registres superposés, d'inégale hauteur, séparés les uns des autres par des filets en relief*. Dans le second registre, on voit sept personnages à tètes d'animaux, aperçus de profil et passant de droite à gauche; ils appartiennent à la catégorie de ces démons qui, suivant l'occasion, jouent le rôle d'ennemis ou de protecteurs de l'homme*. Le troisième registre contient une scène funéraire. A gauche un candélabre, et à droite un groupe de trois personnages ; l'un d'eux paraît être un homme, tandis que les autres ont des têtes de lion et ressemblent beaucoup aux démons de la zone voisine ; ils semblent brandir un poignard et se menacer du geste. Au milieu, un homme emmailloté dans une sorte de suaire, est étendu sur un lit. A la tête et au cbevet de cette couche se tiennent debout deux personnages a tête humaine et à corps de poisson. A l'extrémité du dernier registre, à gauche, s'avance, debout, un être monstrueux. Sa tête semi-bestiale, semi-humaine, est hideuse. Le crâne est aplati et bossue; un nez camard, une gueule fendue jusqu'aux oreilles complètent l'ensemble de ces traits repoussants. Le haut du corps est celui d'un homme, bien que la peau soit ponctuée, comme d'ailleurs tout le reste du corps, de petits traits verticaux qui indiquent de longs poils. Les bras sont l'un levé, l'autre baissé, comme ceux des génies de la seconde zone. Le monstre est muni d'une queue en trompette, comme celui du recto. Ses pattes sont des pattes d'oiseau. Il a des ailes dont on aperçoit le bout
;. Pour le premier registre, cf. chap. n, Amulettes.
ajouter que ce sont probablement les sept dont parlent les in- V. plus baut, p. ).
au dessus de son épaule gauche. Au centre du registre, glisse une barque. Dans celte barque est un cheval, vu de profil, le genou droit fléchi. Ce cheval porte sur son dos une divinité gigantesque et formidable qui se sert de lui non pas comme d'une monture ordinaire, mais comme d'un support; elle appuie sur les reins de l'animal son genou droit complètement ployé, tandis que sa jambe gauche, relevée, vient poser sur la tête même du cheval un pied armé d'une large serre d'oiseau de proie. Les jambes sont de forme humaine; il en est de même du corps, mais ici, comme chez le monstre qui marche sur la rive, on retrouve ces petites stries qui indiquent la villosité. Cette divinité a une tête de lion, ou plutôt de lionne, car si, à première vue, le sexe de cette figure peut paraître douteux, il est difficile d'expliquer autrement que ne le fait M. Clermont-Ganneau les deux lionceaux qui, de droite et de gauche, s'élancent vers la poitrine de la divinité. C'est pour téter les mamelles de la déesse qu'ils bondissent ainsi d'un même élan1. »
Suivant une croyance à laquelle nous avons déjà fait allusion, c'est en s'introduisant dans le corps de l'homme que les démons l'accablent de maux. Aussi les incantations dirigées contre eux sont-elles de véritables exorcismes, où on les somme de sortir : « Du corps de l'homme, fils de son dieu qu'ils s'éloignent, de son corps qu'ils sortent* ». L'une d'elles décrit en détail la possession des différentes parties du corps : « h'utukku méchant, l'ennemi, [celui dont le nom] n'est pas
prononcé est devenu son maître; celui que hors du corps on ne fait pas sortir est devenu son maître. Sa main il Ta frappée, et il s'est placé dans sa main; son pied il l'a frappé, et il s'est placé dans son pied ; sa tète il Ta frappée, et il s'est placé dans sa tête1 ». Dans une autre incantation, chaque démon a
i. Perrot, Histoire de l'art, II, pp. 362-7. Cf. fig. 6, p. 62.