‹ La magie assyrienneChapitre 23 sur 201 · ASKT n° 11 col. II 62 ; IV R 16 a · texte numérisé non relu

ASKT n° 11 col. II 62 ; IV R 16 a

târu\ nommés dans nos textes parmi les utukku, et qui sont certainement des démons, sont plus d'une fois précédés du détermihatif divin. On ne peut pas davantage classer les êtres supérieurs à l'homme d'après le caractère bienfaisant ou malfaisant de leur action sur lui. Les dieux l'accablent souvent, sans même avoir toujours l'excuse du ressentiment; et nous avons vu que les mêmes génies sont alternativement invoqués comme secourables et exorcisés comme funestes. — Les démons sont à peine moins puissants que les dieux ; nous avons même vu que parfois il luttent contre eux avec avantage. Ce n'est donc pas non plus une supériorité physique, d'ailleurs assez difficile à mesurer pour nous, qui différencie le dieu du démon. La distinction devrait plutôt être cherchée dans la nature des rapports que l'homme établit entre lui et ces êtres surhumains; aux dieux seuls l'homme rend un culte, adresse des prières et fait des offrandes; sur les démons il n'agit que par l'incantation, ou tout au plus par le sacrifice alimentaire destiné à fortifier, non à concilier, celui auquel il est offert*. Sans doute les paroles magiques peuvent contraindre Ea et Marduk aussi bien que Yasakku, mais je ne connais pas d'exemple de prière adressée ou de sacrifice olFert à un utukku. Et si quelque texte aujourd'hui inconnu nous apportait un hymne à Namtâru, je n'en conclurais pas l'insuffisance de notre critérium mais l'indécision, assez facile à comprendre, des conceptions babyloniennes sur les dieux et les démons. La ligne de démarcation entre ces deux catégories d'êtres surhumains n'a jamais dû être très nette; elle a

i. Descente d'Utar aux enfers, 67.

2. Cette définition me parait plus précise que celle de Robertaon Smith qui appelle les démons : « des êtres surnaturels qui n'ont pas de relations régulières avec leurs voisins humains. » (The religion of the Sémites, p. 122 en bas). En tous cas il me semble impossible d'admettre avec cet auteur (t'6., p. 12 1) que les jinns sont essentiellement des étrangers et des ennemis. Tous les peuples ont de bons génies qui ne sont pas des dieux.

pu varier non-seulement avec les époques1 et les localités, mais avec les individus, et il n'est pas sûr qu'une connaissance plus complète de la religion assyrienne nous permette jamais de la tracer avec plus de précision.

i. Suivant une étymologie très vraisemblable, Enlil, avec lequel les Sémites identifièrent leur Bel, n'était, dans la religion primitive des Sumériens, que le démon en chef. Les démons sont appelés dieux : IV R i* a 14-20.

Les sorciers et les sorcières,

La langue assyrienne est très riche de synonymes désignant les sorciers et les sorcières. Les nuances qui les séparent sont assez effacées dans les incantations de la série ma khi } où ils semblent employés indifféremment l'un pour l'autre, et où ils sont souvent accumulés à propos d'un seul individu. Mais les mots différents ont dû, au moins à l'origine, désigner des choses différentes, et il est intéressant de rechercher si chaque nom ne correspondait pas primitivement à une catégorie spéciale de sorciers.

Le nom assyrien le plus fréquent du sorcier est kassapu, d'une racine ^ttfc, probablement identique à l'arabe, yft.i, empoisonner, malgré la légère différence de la première radicale. Le kassapu serait donc le sorcier qui opère au moyen de philtres et de breuvages empoisonnés. Le sumérien gai ufy-zu, que traduit kassapu, nous permet peut-être de préciser encore davantage le sens du mot. Ufy signifie imtu, rû'tu, rupustux et kispu. Ce dernier mot dérive de la même racine que kassapu ; les trois autres désignent la salive, le crachat, l'écume de la bouche, et, en parlant d'animaux comme les serpents, le venin. Uufy-zu est donc l'homme expert * dans les

i. Va 23 h 5.

'2. L'idée de « savoir » n'est pas contenue dans zu, car ufczu est l'équivalent de kiSpû et de rufyû qui signifient simplement maléfices. Contre Deitzsch, HWy s. v, kaèèapu, et Tallquist, Mà^lû, p. n5, n. 4.

crachats et les venins. Nous verrons plus tard, en étudiant les procédés de la magie, que les Assyriens attribuaient une puissance très grande aux sécrétions de la bouche. Il nous suffira pour l'instant d'avoir établi que le kassapu est proprement le sorcier qui sait les utiliser pour opérer ses enchantements.

Le rétine se distingue pas, pour nous, du kassapu. Comme lui, il emploie pour ses maléfices (rufrû, sumérien ufau), la salive des hommes et des animaux. —Epiêue&t, de tous les termes, le plus général; il est dérivé d'une racine très employée en assyrien tfSK, qui signifie simplement : faire, agir. Il est remarquable que, dans d'autres langues aussi, la magie a été désignée comme l'action par excellence. L'allemand zaubern a été rapproché par Jacob Grimm du gothique taujan, de l'allemand thun, et de l'anglais to do, qui tous signifient : agir. La magie est en bas latin factura, en italien fatlura, en portugais feitigo, tous mots dont le sens primitif est trop clair pour qu'il soit utile d'insister. — Nous verrons plus loin que l'envoûtement était une pratique très répandue chez les sorciers assyriens, et que l'image de la personne que l'on voulait envoûter était souvent enfermée dans un mur ou sous les dalles d'un pavage. C'est peut-être par allusion à ce procédé que le sorcier est parfois appelé saf}iru} d'un vefrbe safyâru qui, aux formes usafesadet ustafcsad, signifie entourer d'un mur, enfermer. Quant au mot paéistu, il est certain qu'il désigne proprement la sorcière qui fabrique des onguents (napsaltu). Les œuvres de la sorcellerie sont attribuées par les Assyriens aux femmes plutôt qu'aux hommes, et il semble qu'ils ont cru les sorcières plus nombreuses et plus puissantes que les sorciers. La plupart des incantations sont dirigées contre les sorcières, et quand les sorciers sont nommés avec elles, ce n'est guère qu'en passant, et pour rentrer bientôt dans l'ombre. Ainsi dans la première incantation de la série maklû, nous lisons : « J'ai fait une image de mon sorcier et de ma sor -

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cière1. » Mais tout ce qui suit est exclusivement consacré à la sorcière : «Funeste est l'incantation de la sorcière; que ses paroles retournent à sa bouche, que sa langue soit arr&éhée, etc. ». Ce préjugé n'est pas spécial aux Assyriens. Uout le moyen âge a cru la femme mieux douée que l'homme pour la sorcellerie, et les savants docteurs n'ont pas été embarrassés pour expliquer le « fait ». « Quiconque, dit Vair1, a ces deux parties (l'irascible et la concupiscible) de l'esprit promptes et exercées sur leur objet, il peut estre dit propre et viste charmeur... Et de là vient qu'on voit plus de femmes sorcières et charmeresses que d'hommes : car elles sont si desbordées en leur courroux et cupidités qu'elles ne s'en peuvent retirer, ni se commander aucunement; qui fait qu'à la première et moindre occasion qui s'offre elles bouillonnent d'ire et fichent une œillade ardente et farouche sur ce qu'elles veulent ensorceler ». Rodericus a Castro' rapporte une explication moins subtile, et plus voisine probablement de celle qu'aurait donnée un Assyrien. « Si l'on demande à ces gens pourquoi beaucoup de femmes fascinent, ils répondent que c'est parce que leurs mois acquièrent facilement une qualité pernicieuse. Si on leur demande pourquoi, parmi les femmes, ce sont les vieilles qui fascinent davantage, ils disent que c'est parce qu'en elles les mois se changent plus rapidement en venin à cause de l'âge et de l'absence de chaleur, et que la purgation mensuelle, supprimée et devenue vénéneuse, se répand dans le corps entier, imprègne les esprits, et surtout ceux qui sortent des yeux; que ces esprits contaminent l'air et frappent de fascination les enfants et gens délicats ». Nulle part autant qu'en Orient la femme n'a été considérée comme un être impur et malfaisant, faible et méchant, qu'il faut à la fois mé-

2. Trois livres de charmes, p. 126. Cité par Tuchmann : la Fascination, dans Mélusine, II, p. 410.

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