‹ La magie assyrienneChapitre 4 sur 201 · I6.f or 3i · texte numérisé non relu

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tent encore par mainte allusion l'importance des devins et des magiciens. C'est un magicien qui préside à l'inauguration des travaux d'irrigation entrepris par Sennachérib1 dans la vallée du Gomel, et les songes ne jouent pas un rôle moins considérable dans les campagnes d'Asurbanipal que dans la légende de Gilgames. Même parvenus à une notion déjà élevée de la divinité, et capables d'un sentiment religieux comme celui dont témoignent certaines hymnes ou les inscriptions d'un Nabuchodonosor et d'un Nabonide, les Assyriens et les Babyloniens ne renoncèrent pourtant pas aux pratiques de la magie. Ou ne vit point chez eux de conflit entre la magie et la religion, mais, comme le montrerons, une intime union des deux moyens d'action quelles offrent à l'homme, l'incantation et la prière. L'histoire de ce que Ton a fort improprement appelé les « sciences occultes » chaldéennes, — tout se passait au grand jour — est donc une des matières les plus dignes de retenir l'attention de ceux qu'intéresse révolution religieuse del'Assyro-Chaldée.

Et cependant la nouveauté du sujet n'est guère inférieure à son importance. Sans doute Fr. Lenormant ouvrit la voie avec les deux volumes qu'il publia en 1874 et 1875 : La magie chez les Chaldéens et les origines Accadiennes. — La divination et la science des présages chez les Chaldéens, dont l'ensemble a pour titre : Les sciences occultes en Asie. Mais toute une partie des sciences divinatoires, et non la moins considérable, l'astrologie, avait été réservée par l'auteur qui ne Ta jamais traitée. D'autre part, le nombre des textes inédits publiés depuis vingt-cinq ans, les pro-

t. Sennachérib, inscr. de Bavian, 1. 27-30.

Qplis dans l'intelligence de ceux que Lenormant ;t utilisés, dous donnent le droit de penser que 'éprendre son esquisse avec quelque chance de plus loin, de la rendre plus exacte et plus comt ce que j'ai tenté de faire, et le volume sur la )je présente aujourd'hui au public n'est que le une série dans laquelle j'aborderai successive- 'ologie et les autres moyens de divination. ai à la fin de cette étude les textes magiques nt publiés, à l'exception des rituels et des ries d'incantations nu! Içâti, malflû et iurpu, puing, Tallquist et Zimmern (v. plus loin) ; je n'aude rares corrections à faire aux travaux de ces lu contraire, ceux qui voudront bien se donner : comparer mes traductions avec celles de mes constateront sans peine, qu'elles en sont souifférentes. Je n'en tire pas vanité, et le lecteur l'assyriologie ne devra pas s'en inquiéter. Je ne is avoir résolu toutes les difficultés et, si j'ai pu quelque progrès à l'explication des textes mae dois d'abord aux travaux d'assyriologues émini lesquels je dois citer Oppert pour la France, mmern et Delitzsch pour l'Allemagne. L'admionnaire de Delitzsch1 a enfin permis d'établir es certaines le sens, jusque-là assez vague, d'un bre de mots. Les temps héroïques de l'assyrio-

à propos des sorts et des rites destructeurs (chsp. iv et vu) âges intéressants de la série iurpu; tout ce que je dis des e l'envoûte ment (chap. m et vu) est emprunté à la série

aux textes ni-' kàli, ce sont plutôt des hymnes que des incan-

aap. ni.)

Ses UandwOrterbueh, Leipzig-, 1896.

logie sont terminés. Ce n'est plus à des rapprochements plus ou moius heureux avec des racines tirées de tous les compartiments du lexique sémitique que nous demandons l'éclaircissement des mots difficiles, c'est à la comparaison de tous les textes assyriens qui les contiennent. Il n'est pas besoin d'être assyriologue pour comprendre que celte méthode comporte une tout autre sécurité, et qu'ayant réuni pour la première fois des textes dont personne ne s'était encore astreint à traduire l'ensemble, — plus d'un traducteur s'est contenté d'extraire d'un morceau ce qui l'intéressait, ou ce qui lui paraissait le plus facile1 — j'aie pu résoudre un certain nombre de difficultés qui avaient résisté à mes prédécesseurs, ou éviter les erreurs où ils étaient tombés. Les notes placées à la fin du volume expliqueront, chaque fois qu'il sera nécessaire, pourquoi j'ai choisi tel sens plutôt qu'un autre, et, j'espère, justifieront mon choix. J'ai d'ailleurs marqué mon incertitude partout où le sens ne m'a pas paru suffisamment établi, et j'ai renoncé à traduire certains termes techniques, noms de substances et d'instruments, pour ne point donner à mes lecteurs l'illusion d'une fausse précision.

On trouvera ci-dessous la liste des principales publications ou études de textes magiques, postérieures au livre de Lenormant. Plus encore qu'à tous ces travaux, je dois beaucoup à la science obligeante du P. Scheil, dont les conseils ne m'ont jamais fait défaut, et à qui je suis heureux d'exprimer ici mes remerciements.

i . Oq trouvera dans le précieux ouvrage de Bezold : Catalogue of the cuneiform tablets in the Kouyunjik collection of the British Mustum, 5 vol . Londres, 1889-1899, la bibliographie relative à chacun de mes textes. On remarquera que plusieurs n'ont jamais été traduits, môme partiellement, bien qu'ils soient publiés depuis plus de vingt-cinq ans.

Lenormant, Etudes accadiennes, 1873-1880.

Haupt, Akkadiscke und sumerische Keilschrifttexte, Leipzig, 1881 .

Incantations, pp. 75-79; 82-106.

Oppert, Fragment» mythologiques, Paris, 1882. Halévy, Documents religieux de l'Assyrie et de la Babylonie, Paris,

Hommel, Die SemitUchen Vôlker und Sprachen, 1883. Jensen, De incantamentorum sumerico-assyriorum seriei quœ dici-

tur éurbu tabula sexta. ZK\ pp. 279-322; ZK%, pp. 15-61;

30&311 ; 416-425; ZA\ p. 152, 1884-86.

Peiser, Eint Satz in den Beschwôrung&formeln. ZA%, p. 102, 1887. Sayce, An assyrian talisrnanic tablet. BOR*, p. 17, 1889. Sayce, Lectures on the origin and growth of religion as illustrated

by the religion of the ancient Babylonians, 1891. Zimmern, Hexenbeschwôrungen bei den Babyloniern. BAZ, n° 337,

Bail, A bakylonian ritual text. J RAS, 1892, pp. 841-853. Tallqaist, Oie assyrische Beschwôrungsserie Maklft, Leipzig, 1894. Sctaeil, Conjuration chaldéenne contre le Khamsin. RT. XVI,

Craig, As$/rian and babylonian religious texts, Leipzig, 1895-97. Weissbach, Fine sumerisch-assyrische Beschwôrungs formel. 1VR.

16, 1, dans Mélanges Charles de Harlez. Leiden, 1896, p. 360;

King, Babylonian magie and sorcery, being the prayers of the lifting

of the htnd, Londoa, 1896.

Zimmern, Die Beschwôrungstafeln Sur pu, Leipzig, 1896. Boissier (L). Notes d'assyriologie. RS.9 II, pp. 135-145 (1894). VI,

pp. 143-151, 1898.

Zimmern. Ritualtafeln fur den Wahrsager, Beschwôrer and Sânger,

Leipzig 1899.

Weissbach, Zur Série maklû. BA\ p. 155, 1900. Martin (Fr.). Textes religieux assyriens et babyloniens, Paris, 1900.

Avant de commencer, je dois encore ajouter quelques mots str les principes qui m'ont guidé dans ce travail. J'ai

résolument écarté tout ce qui n'eût tendu qu'à grossir le volume sans éclaircir le problème. Ainsi je ne dirai rien de la question sumérienne, qui occupe une bonne moitié de de l'ouvrage de Lenormant. J'apprécie toute la gravité de la question et je crois même avoir trouvé des arguments décisifs pour une solution1, mais j'estime que c'est avant tout une question linguistique, et qu'il est en tout cas d'une mauvaise méthode d'invoquer tantôt la présence des Touraniens en Ghaldée pour expliquer l'existence d'une magie chaldéenne, tantôt l'existence d'une magie chaldéenne peut prouver la présence des Touraniens en Ghaldée. La magie est une chose si universelle qu'elle ne peut point servir à démontrer une filiation entre deux peuples, et que partout où on la trouve il est aussi légitime de supposer une création spontanée qu'un héritage. Je me suis également abstenu de rechercher les descendances de la magie assyrienne. Il est très vraisemblable que le retour des Juifs en Palestine, après la captivité de Babylone, amena les superstitions chaldéennes jusqu'aux rives du Jourdain, et d'une manière générale, que la magie du Talmud doit beaucoup aux incessants rapports entre Juifs et Chaldéens, depuis le départ d'Abraham d'Ur en Chaldée, jusqu'aux écoles rabbiniques de Babylone. Le sabisme lui aussi a probablement accueilli plus d'un rite babylonien et subi profondément l'influence d'une civilisation dont le prestige survécut longtemps à la ruine de Babylone. Mais la recherche de ces survivances est extrêmement délicate, pour ne pas dire impossible, des rites identiques se retrouvant aux deux extrémités du globe, sans qu'on puisse ima-

i. Cf. Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, séance du 3o Octobre 1901.

giner le moindre rapport entre les peuples qui les pratiquent. Seule une tradition littéraire bien établie pourrait démontrer la transmission des pratiques et des croyances ; mais je ne connais pas d'incantation juive ou mandaïte dont on puisse dire qu'elle est la traduction d'une incantation assyrienne1. A plus forte raison n'ai-je pas cherché dans les débris de la magie grecque et latine les traces de la magie assyrienne. La conquête de l'Orient par Alexandre, puis par les Romains, ouvrit sans doute la Grèce et l'Italie aux influences chaldéennes. Mais parmi les charlatans qui se répandirent dans le bassin de la Méditerrannée beaucoup n'avaient de chaldéen que le nom, et comme l'a fort bien montré M. Bouché-Leclercq1, leur influence sur l'astrologie grecque fut presque nulle. Une pareille preuve est plus difficile à fournir pour la magie, dont les procédés sont moins spéciaux. Elle suppose en tout cas au préalable une connaissance exacte de la magie assyrienne. Urne suffirait d'avoir contribué à la procurer, et je croirais avoir mieux servi ainsi les études comparées que par une comparaison dont l'heure n'est peut ôtrepasencore venue. Enfin je n'ai point cherché adonner à cet ouvrage le luxe d'une érudition aussi stérile que facile en rassemblant à propos d'un rite tous les exemples analogues épars dans les recueils de folk-lore. Il me parait au moins inutile de mettre en ligne, à propos d'un fait quelconque, tous les faits du même genre, si l'on n'en rend pas par là l'intelligence plus complète, et la méthode me parait

i. Je dois pourtant signaler une curieuse analogie de structure entre les incantations assyriennes de la série maklû et Les inscriptions mendaïtes des coupes ie Rhouabir, dont nous devons une savante édition à M. Pognon. Mais ladémonologie est toute différente.

2 L9 astrologie grecque, 1899.

jugée par cela seul que le même déploiement peut-être recommencé à propos de chacun des éléments de la comparaison pris à son tour comme étalon. Toute comparaison qui n'est pas une explication est un hors-d'œuvre, et c'est pourquoi je me suis borné à demander aux magies étrangères le sens de quelques pratiques assyriennes qu'on y retrouve sous une forme plus simple ou plus claire.

Certes, quand même je n'aurais fait qu'un tableau fidèle et complet de la magie assyrienne, je croirais avoir fait œuvre utile. La vérité a une valeur intrinsèque, indépendamment de toutes les applications qu'on en peut faire. Mais il me semble que la question présente un intérêt général. En raison de. son antiquité et de sa longévité, la magie assyrienne me parait tout particulièrement propre à éclairer quelques problèmes dont l'intérêt n'échappera à personne. La magie et la religion sont-elles, comme on le croit généralement, et comme leur antagonisme fréquent semble l'indiquer, des choses absolument différentes, ou bien ont-elles un fonds identique? Quels sont, au point de vue de l'antériorité, les rapports de la magie et de la religion? Si la magie est, comme je le crois, primitive, son éclipse au profit de la religion a-t-elle été un progrès heureux, ou bien nVt-elle pas au contraire retardé de quelques milliers d'années le développement de la science positive? Je serais heureux si ces questions pouvaient recevoir quelque éclaircissement de l'étude des cunéiformes. L'assyriologie n'a pas pris en France le développement auquel on était en droit de s'attendre dans le pays où enseigne M. Opperl, que Rawlinson1 appelait « le père de la

i. Transactions du second Congrès international des orientalistes. Londres, 1874. Semitic section^ p. ai.

science assyrienne. » C'est peut-être que trop de personnes sont portées à ne voir dans ces recherches que la satisfaction d'une vaine curiosité et n'en saisissent pas toute l'importance historique et philosophique. Je voudrais que cette étude servit à les détromper, et à éveiller quelque vocation. Enfin je serais largement* payé de mes efforts si le Maître dont les admirables études sur la religion égyptienne m'ont fait aimer l'Orient et m'ont décidé à laisser pour lui la beauté grecque, M.Maspéro, pouvait reconnaître que ce livre a fait faire quelque progrès à la connaissance des plus vieilles susperstitions de l'antique Ghaldée.

Paris, le 31 octobre 1901.

Les documents dont nous disposons pour étudier la magie assyrienne appartiennent à des catégories très diverses. Nous avons d'abord les amulettes, avec ou sans inscription; puis les kudurru et les temenu avec leurs formules d'imprécation dont nous parlerons en détail plus tard. Mais le groupe le plus important est formé par les recueils d'incantations et les formulaires rituels que nous ont conservés les tablettes cunéiformes. Ces tablettes sont de minces galettes d'argile, rectangulaires, de 1 à 3 centimètres d'épaisseur environ, écrites sur les deux faces, souvent sur plusieurs colonnes, et de telle sorte que le haut du revers vienne s'appliquer contre le bas de la face, ou, si l'on aime mieux, que, pour passer de la face au revers, il faille faire tourner la tablette non pas autour de la tranche gauche, comme la feuille de nos livres, mais autour de la tranche supérieure. Les colonnes, qui sont disposées de gauche à droite sur la face, vont de droite à gauche sur le revers. Les dimensions et l'importance de ces tablettes varient beaucoup; certaines ne contiennent que quelques lignes, mais nous en avons qui en comptent jusqu'à 223 (Maklû II) ou même 353 (Utukku limnu Y). Une tablette porte ordinairement plusieurs incantations. Chacune d'elles est désignée par le mot siptu (incantatioi), placé entête de la première ligne; elle est séparée de la suivante par un trait horizontal.

La plupart des incantations nous sont parvenues sous la forme de recueils composés d'un nombre variable de tablettes. Chacun de ces recueils était désigné par un nom tiré, soit d'une

des cérémonies essentielles qui accompagnaient la récitation du texte, soit du démon qu'il devait exorciser ou de la maladie qu'il devait guérir. Ainsi deux des séries les mieux connues aujourd'hui, s'appellent maklû et surpu, deux mots qui signifient, avec des nuances qui nous échappent encore, combustion; les incantations qui les composent étaient en effet destinées à être récitées pendant la destruction par le feu d'images de sorciers et de sorcières, ou d'objets symboliques. Les prières nié kâti, ou de « l'élévation de la main », comme leur nom l'indique, devaient se dire la main levée, geste de prière que les monuments figurés reproduisent souvent. Les séries Utukku limnu, Labartu et Murns kakkadi étaient employées contre les démons malfaisants, la Labartu, et le mal de tête. Ces recueils, comme les autres ouvrages littéraires, étaient aussi désignés par les premiers mots de la première tablette. De même que le poème de la Création s'appelait enuma élis, la série maklû s'appelait aussi alsikunusi ilâni muéiti, comme cela est attesté par une variante de la suscription finale sur un des exemplaires de la première tablette1. Il est même probable que ces appellations de maklû et de surpu qui ne sont pas conformes à la pure tradition classique, n'étaient pas primitives, mais qu'il faut y voir la trace d'un usage populaire admis tardivement, et pour plus de brièveté, dans la littérature1.

Chacune des tablettes d'une série porte un numéro d'ordre : première, deuxième... tablette maklû;^ quatrième, cinquième tablette surpû. Cette mention est précédée de la première ligne de la tablette suivante. Cette espèce d'amorce suffirait, à défaut de numérotage, pour rétablir Tordre des tablettes. Ainsi après la dernière incantation de la première tablette

i. 82-5-aa, 5o8.

2. À côté de ces recueils, d'une unité absolue, et qui n'admettent aucun élément étranger, nous avons aussi des compilations où l'on paraît avoir réuni, pour un usage spécial, des extraits d'ouvrages très différents. Le texte II R 17-18 (notre n° 1) semble être un de ces recueils factices.

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