Ma#û VIII
LES RÎTES DESTRUCTEUR*. ^ENVOUTEMENT 81
choix des matières n'était pas laissé à l'inspiration de l'ensorcelé ou de l'exorciste. Même il arrivait que la provenance de la matière fut spécifiée : dans tel cas, l'image devait être en bitume des bords du Nâru ', dans tel autre, en cuivre du pays du Ndru s. Il serait extrêmement important de retrouver les raisons qui, dans chaque cas, avaient déterminé ce choix ; mais rien, jusqu'à présent, ne vient nous mettre sur la voie.
i. Ma&û VIII, 19.
-x. Ma#û II, 68.
Les rites transmetteurs.
La ressemblance de l'image avec son modèle, ou même une simple convention liant un enchantement à un objet quelconque, suffisent souvent pour que la destruction de cette espèce de substitut entraîne celle du charme. Mais il arrive aussi que la substitution ne puisse se faire que par un rite qui transmettra à l'objet ou à l'image le sortilège dont on veut délivrer un individu. Le plus simple et le plus naturel de ces rites est l'ablution qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, n'est pas toujours un rite destructeur et complet en lui-même, mais une première étape dans la transmission du charme. Au contact de l'ensorcelé, l'eau se charge des maléfices qui le souillent. Pour écarter définitivement le danger, en fixant le maléfice sur un nouvel objet, on versera sur lui l'eau des ablutions. Le patient sera donc délivré par une transmission à deux degrés. 'C'est ainsi que nous voyons le rituel de la série maklû prescrire à l'ensorcelé de laver ses mains sur l'image de la^sorcière', ou même de faire l'image du sorcier et de la sorcière dans le vase des ablutions1. Si l'auteur de l'ensorcellement n'est pas connu, ou si c'est quelque démon,
i. MaUû, VIII, 67; 83. CI. 67 qu'il faut lire : ina éti dunane Ifaiâiu. iimsi, sur les images qu'il lave aes mains. 2. Maklû, VIII, Sg-So : falam kaSiapi u kaSiapti Ha Mmu ina libbi eri
ut traduire : une image du sorcier et de la sorcière, en
1 dans le vase des ablutions.
LBS RITES TRANSMETTEURS 83
on jettera dans un carrefour les eaux d'ablution1, et le charme sera absorbé par la terre avec l'eau, à moins qu'il ne retombe sur quelque imprudent qui passera par là1.
Les nœuds sont, comme on le sait, d'un emploi général dans toutes les magies, et le symbolisme qui est au fond de cet usage est facile à comprendre. Le nœud figure très exactement l'impossibilité de se mouvoir et d'agir. Aussi est-il employé à la fois comme charme et comme contre-charme. Comme charme, il agit sur l'ensorcelé pour le réduire à l'impuissance et le priver de l'usage de tel ou tel de ses membres, de telle ou telle de ses facultés. Gomme contre-charme, il agit sur le démon qu'il paralyse, sur la maladie dont il arrête les progrès ou prévient l'attaque. C'est donc une arme à double effet, que les sorciers et les exorcistes emploient tour à tour. Les nœuds sont souvent donnés comme la cause du mal dont souffre le patient8, et « briser le nœud » est synonyme de « détruire l'enchantement »*; mais nous voyons aussi très souvent les nœuds prescrits comme remède contre le mal de tète ou les maux d'yeux. « Des cordes de laine rouge éclatantes..., contre Yafyarrikânu de ses yeux, à droite lie-les » s. La toison des jeunes chèvres qui n'avaient pas encore mis bas était tout particulièrement recommandée pour la confection des liens1, et ceux-ci étaient souvent de couleur bariolée7. On emploie aussi, de la même façon, l'anneau ou la bague qui, avant d'être une simple parure, fut sans doute un amulette dont la vertu symbolique' était comparable à celle du nœud. « Une bague, une pierre brillante qui de son pays a été apportée, contre le
i. IV R 16 b 49-56.
a. Cf. pp. 58-5g.