LES RITES TRANSMETTEURS
sèment le texte, dans l'état où il nous est parvenu, ne nous permet pas de nous faire une idée très nette de la manière dont s'opérait la transmission, car nous ne voyons pas sous quelle forme les maléfices étaient enfermés dans le corps du cochon. Le choix de l'animal rappelle d'une manière très curieuse la délivrance du possédé opérée par Jésus : « Et tous ces démons le priaient, en disant : Envoie-nous dans ces pourceaux, afin que nous y entrions. Et aussitôt Jésus le leur permit. Alors ces esprits immondes étant sortis entrèrent dans les pourceaux' ».
i. Marc, V, i2-i3.
Lia. pharmacopée magique
Les rites destructeurs sont employés surtout] contre les sorts et les sorciers. Contre les maladies, quelle qu'en soit la cause, possession, maléfice ou mamit, on emploie très souvent des drogues magiques. Cette règle n'a d'ailleurs rien d'absolu : les rites pharmaceutiques sont rarement employés seuls, et ils ne sont point réservés au cas de maladie.
Le fait d'utiliser, pour la cure des maladies, des matières animales, végétales ou minérales, ingérées par le patient ou appliquées en onguents, cataplasmes ou fomentations sur certaines parties du corps, parait aujourd'hui absolument étranger à la magie, et il est certain, par exemple, que l'usage de l'arsenic contre la fièvre n'a rien que de très scientifique. Nous savons que c'est un de ces poisons qui agissent sur tous les êtres de l'échelle organique, dont la puissance « parasiticide *> est incontestable; et comme nous savons d'autre part que la fièvre est une maladie parasitaire, nous ne voyons rien de magique dans l'efficacité de l'arsenic contre la fièvre. Mais l'esprit humain n'est point arrivé du premier coup et sans détour à concevoir ainsi les choses. Avant même de s'élever jusqu'à l'empirisme qui, s'il ne déduisait pas logiquement l'effet thérapeutique d'un médicament de ses propriétés chimiques, avait néanmoins déjà une base scientifique, la constatation des résultats invariables, l'homme avait traversé de longs siècles d'obscurs tâtonnements. Ou plutôt il s'était dégagé, avec beaucoup d'efforts et de lenteurs, d'idées préconçues et de théories