‹ La magie assyrienneChapitre 55 sur 201 · LA PHARMACOPÉE MAGIQUE · texte numérisé non relu

LA PHARMACOPÉE MAGIQUE

hâtives, qui l'avaient pour longtemps dispensé ou détourné de l'observation. Il avait commencé par attribuer aux différentes matières les qualités que lui suggéraient certaines particularités de leur conformation ou de leur coloration, ou simplement leur nom, quelquefois déformé ou détourné de sa véritable acception par un de ces contre-sens si fréquents dans l'étymologie populaire.

On sait que la croyance à la pharmacie sympathique, à l'existence d'un rapport entre la figure des plantes et leurs effets, en un mot aux « signatures », était admise par tout le moyenâge et que les superstitions populaires en sont encore tout imprégnées. « Uechium vulgare^dit Littré, étant tacheté comme la vipère, on Ta appelé vipérine, et on l'a prescrit contre les morsures de cet animal ». Aujourd'hui même la carotte doit uniquement au pigment jaune rougeâtrequi la colore sa réputation usurpée de remède souverain contre la jaunisse et les obstructions du foie. C'est ainsi que le symbolisme, base de toute magie, se retrouve aussi aux origines de la médecine et que la pharmacie, à ses débuts, se confond avec la magie.

Dans quelle mesure la pharmacie babylonienne s'était-elle dégagée du symbolisme enfantin des origines pour s'élever à l'empirisme ? C'est ce qu'il est très difficile de déterminer. Il est possible que l'herbe de conception, l'herbe d'enfantement, l'herbe d'amour, dont il est question dans un fragment cité par Delitzsch ' n'aient dû qu'à un rapprochement de ce genre leur réputation merveilleuse : on conçoit que des plantes comme le grenadier ou le pavot, grâce au grand nombre de graines que contient leur fruit, aient pu passer pour avoir la vertu de développer la fécondité. L'origine de cette réputation peut aussi n'être qu'un simple calembour sur le nom primitif de la plante et les mots erû, alâdu, râmu qu signifient concevoir, enfanter, aimer. L'herbe de jeunesse, dont

i. H W. 670 6. Cf. Légende d'Etana, I c.

Gilgames allait se servir lorsqu'un serpent la lui ravit, s'appelait « le vieillard redevient jeune1 ».

Pour décider en toute certitude de la part qu'il faut faire à l'empirisme et au symbolisme dans les recettes de la magie assyrienne, il nous faudrait une connaissance du lexique botanique et minéralogique qui nous manque et nous mauquera probablement longtemps encore. On conçoit en effet facilement que le nom d'une plante ou d'une pierre puisse revenir ad nauseam dans les incantations, sans qu'il soit plus facile d'en préciser le sens la centième fois que la première. Seule une tablette lexicograpbique pourrait nous tirer d'embarras. Les Assyriens nous ont laissé assez de documents de ce genre pour que l'on puisse espérer retrouver des listes détaillées et méthodiques, qui permettront d'identifier les noms jusqu'ici rebelles aux efforts des philologues. Pour l'instant nous en sommes réduits à traduire seulement quelques noms d'arbres très communs, comme le cyprès, le cèdre, le palmier,et quelques noms de plantes comme le sésame [et la menthe. Un grand nombre de noms de plantes comme le lardu, le mastakal, le kaltappan, doivent être simplement transcrits2; et nous ignorons même la prononciation assyrienne d'une très grand nombre d'idéogrammes désignant des végétaux, comme AN. H UL. LA; GAM. GAM; NU. LU5. JJA., etc. On comprend que, dans ces conditions, nous ne puissions guère nous aventurer à épiloguer sur les recettes de la magie assyrienne.

Une remarque cependant s'impose dès à présent. Nous sommes habitués, par ce que nous savons des magies modernes, à trouver dans les recettes les matières les plus

i. Gilgameï XI, 298.

2. Je crois avoir trouvé pour le pitru (= KAN. KAL) une identification

vraisemblable, ï^k* désigne en arabe une espèce de réglisse sauvage (As-

tragalus glycyphyUosI) que les Assyriens ont dû connaître. Les deux noms correspondent lettre pour lettre.

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