‹ La magie assyrienneChapitre 58 sur 201 · LES R1T€S ORAUX. INCANTATIONS ET IMPRÉCATIONS · texte numérisé non relu

LES R1T€S ORAUX. INCANTATIONS ET IMPRÉCATIONS

« l'égorgeur, le châtiment..., la perdition, la destruction... * ».

En même temps qu'elle précise le but des rites manuels et en assure l'efficacité, l'incantation les double en quelque sorte de leur expression orale. En bien des endroits les paroles prononcées ne font que répéter le geste. C'est ainsi qu'en dehors même des rituels proprement dits les textes magiques nous permettent de reconstituer bon nombre de cérémonies. « Je lève la torche, je brûle vos images f » ; ou bien : « Je vous enchaîne, je vous lie, je vous livre à Girru, qui brûle, consume, enchaîne, dompte les sorcières 3 ». Ces paroles sont pour nous des indications aussi nettes que peuvent l'être celles d'un rituel. Mais l'intention du rédacteur n'était certainement pas de guider l'exorciste et encore moins de nous fournir des renseignements. En joignant la parole au geste, il pensait augmenter la puissance de celui-ci. La parole a toujours eu pour les peuples primitifs, et même pour des peuples/!' une civilisation déjà avancée, quelque chose de mystérieux; on était d'autant plus disposé à en exagérer le pouvoir qu'on en comprenait moins le mécanisme, et l'on n'était pas loin de penser que les paroles valaient des actes.

Le mot est l'image sonore de la chose qu'il exprime, il en est l'équivalent exact, il est cette chose elle-même, et n'avoir pas de nom c'est proprement ne pas exister. Le poème de la création, pour signifier que le ciel et la terre n'existaient pas, dit qu'ils n'étaient pas nommés. Le nom et la chose étant un, connaître le nom d'un être, c'est en quelque sorte le posséder, en être le maître, comme on le serait par la possession de son corps, ou d'une partie de son corps, de ses ongles ou de ses cheveux. De là le soin qu'ont certains sauvages de cacher leur nom et qu'avaient les Assyriens de ne pas révéler le nom mystique de leur ville. De là encore la

i. BKBR i5a, i-i4- Cf. IVflia 48-5a.

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