Ib., IV
puissance attribuée au nom de certains objets, à l'égal des objets eux-mêmes: c'est ainsi qu'en Italie où l'ail passe pour écarter les maléfices, il suffit, si Ton n'en a pas sous la main, de prononcer le mot aglio '. C'est pour cela qu'aujourd'hui encore on évite de parler d'un événement malheureux. Le nommer, c'est le produire, le causer ; et si l'on est obligé de le faire, on s'efforce de détruire aussitôt l'effet de ses paroles par des paroles de bon augure : quod omen du avenant ! Tous les peuples ont eu des périphrases pour désigner les démons, parce que les nommer c'est les évoquer*.
Cette croyance à la toute-puissance de la parole est certainement la cause de l'introduction, dans les incantations, de récits comme celui que nous lisons dans la XVIe tablette des Utukku méchants \ On y raconte comment les sept démons osèrent s'attaquer à S in, la lune; comment, après avoir repoussé une première fois Ôamas et Ramman accourus au secours de Sin, ils furent finalement vaincus. Ce mythe, symbole transparent de l'éclipsé de lune et de la victoire de la lumière sur les esprits des ténèbres, n'a pas été introduit ici, comme on l'a dit, dans l'espoir que les démons, remplis de confusion au souvenir de leur défaite, s'enfuiraient et laisseraient en paix le possédé. Ces êtres ne sont pas si vergogneux. Je verrais bien plutôt ici l'équivalent oral des rites destructeurs dont j'ai parlé plus haut. De même que les danses guerrières des Indiens simulant la fuite de l'ennemi sont pour eux un sûr moyen de le vaincre, la représentation dramatique de la déroute et de l'anéantissement des sept mauvais esprits aurait été certainement considérée comme un moyen infaillible de délivrer un possédé. Au lieu d'être mimé, un rite
t. Mélusine, Vil p. M*-
2. Eq assyrien hablu, habiltu, le destructeur et la destructrice. Cf. Surpu III, i36; IV R i a 66-6 a; ASKT n° ii, col. II, 16-19.