V. notamment IV R
qu'affecte volontiers l'incantation dans certaines magies. Je tiens pour moi que c'est une preuve en faveur de l'originalité et de la haute antiquité de la magie suméro-chaldéenne. Une magie comme celle de l'Europe au moyen-âge, formée d'éléments empruntés à toutes les traditions, possédait naturellement un grand nombre de formules et de mots magiques altérés par plusieurs transmissions, et dont le sens s'était complètement perdu. L'amour du peuple pour le mystère a pu engager les charlatans à composer sur ce modèle des incantations remplies de mots et de phrases inintelligibles \ Mais on ne conçoit pas que les choses se soient ainsi passées à l'origine. En tout cas les incantations assyriennes ne uous offrent rien de semblable. Elles sont aussi clairement écrites que sagement composées, et nous ne pouvons attribuer qu'à une connaissance encore incomplète delà langue les difficultés que nous éprouvons parfois à les comprendre. Le style n'est même pas dépourvu d'un certain souffle, et tout le monde appréciera, je crois, le charme poétique de certaines expressions dans le texte que voici :
« Incantation. C'est vous que j'invoque, dieux de la nuit, et avec vous j'invoque la nuit, la fiancée voilée, j'invoque le soir, la mi-nuit et le matin. Parce que la sorcière m'a ensorcelé et que la magicienne m'a maléficié, mon dieu et ma déesse crient sur moi. Pour quiconque me voit, je suis comme un malade; je reste debout sans me coucher, ni jour ni nuit. Ils ont rempli ma bouche de kû9 ils ont fermé ma bouche avec rupuntu. Ils ont réduit l'eau de ma boisson. Mon allégresse est devenue
i . Les incantations des coupes de Khouabir, qui proviennent de l'Irak du moyen-âge, contiennent aussi beaucoup de ces passages dépourvus de sens. M. Pognon (op. cit., p. i5 et note) y voit des fautes de scribes ignorants ou négligents. Cela est peut-être vrai dans une certaine mesure, surtout si l'on veut parler de l'origine première du galimatias. Mais la répétition des mêmes mots inintelligibles dans différents passages semble bien indiquer qu'on avait fini par leur attribuer une valeur magique et qu'on les a introduits consciemment dans le texte.