‹ La magie assyrienneChapitre 66 sur 201 · LES RITES ORAUX. INCANTATIONS ET IMPRÉCATIONS · texte numérisé non relu

LES RITES ORAUX. INCANTATIONS ET IMPRÉCATIONS

gémissement, ma joie n'est plus que deuil. Levez-vous, grands dieux, écoutez ma plainte, faites-moi justice, connaissez mes actes. J'ai fait une image de mon sorcier et de ma sorcière, de mon envoûteur et de mon envoûteuse. Je dépose ma plainte à vos pieds, et je réclame justice. Puisqu'ils ont fait le mal et se sont appliqués à des choses impures, puissent-ils mourir, et que je vive! Que leur magie, leur sorcellerie, leurs enchantements soient dissous ; que le tamaris, dont le bourgeon est éclos, me fasse resplendir, que le me délivre, que les paroles hostiles aillent au vent. Que le maétakal, dont la terre est couverte, me purifie, que le gissesaku, dont la moisson est remplie, me délivre. Devant vous, je brillerai comme le kankal, je serai resplendissant et pur comme le lardu. L'incantation de la sorcière est funeste. Que ses paroles retournent à sa bouche, que sa langue soit coupée, que les dieux de la nuit l'exterminent à cause de sa sorcellerie. Que les trois veilles de la nuit dissolvent ses enchantements. Que sa bouche soit du suif, sa langue du sel. Que les paroles de malheur qu'elle a prononcées contre moi fondent comme du suif; que le sort qu'elle m'a jeté soit dissous comme du sel. Son nœud est dénoué, son enchantement est rompu; toutes ses paroles vont remplir le désert, sur Tordre des dieux de la nuit »\

L'incantation qui ne se borne pas à exorciser le mal, mais appelle toute espèce de malheurs sur celui qui l'a causé ou le causera est proprement une imprécation. Les documents eunéiformes nous en ont conservé un grand nombre. Gomme elles sont presque toutes écrites sur des amulettes, nous les examinerons en parlant de ceux-ci.

i. Maklû I, i-3i. Cf. IV H 3 6 1 8.

Lies rites préventifs. Amulettes et

talismans.

Mieux vaut prévenir que guérir. Ce sage précepte qui, à côté de la médecine, a donné naissance à l'hygiène, peut être auss regardé comme le principe de bon nombre de rites magiques. Sans attendre que l'action des démons se traduisit par quelque maladie, ou que la sorcière lenr eût jeté un sort, les Assyriens cherchaient dans certaines pratiques, qu'il nous reste à étudier, une garantie contre toute influence mauvaise. A plus forte raison, s'ils avaient été une première fois éprouvés, devaient-ils s'efforcer de prévenir une nouvelle attaque des puissances malfaisantes qu'ils avaient vaincues, mais qu'ils supposaient naturellement décidées à reprendre la lutte et à venger leur échec.

Les rîtes qui avaient exorcisé les démons, anéanti les sorcières et leurs enchantements, pouvaient également les tenir à l'écart. Mais il était impossible d'établir autour des personnes ou des choses que l'on voulait préserver, une célébration ininterrompue de ces rites. Il fallait qu'un nouvel artifice vint, en quelque sorte, en assurer la répétition automatique et continue, ou suppléer a une surveillance ou à une activité qui se serait quelque jour trouvée en défaut. C'est le double service qu'on attendait des amulettes portés sur quelque partie du corps, suspendus aux portes, ou placés au seuil des maisons. Comme nous le verrons, l'usage des amulettes se rattache tantôt aux ntflt aux rites oraux, tantôt à tous les deux.

Le moyen le plus simple de multiplier sans cesse, comme sans fatigue, la récitation d'une incantation, et d'en prolonger indéfiniment l'effet, était de la copier. Pour les esprits primitifs, récriture n'est pas une simple réunion de signes conventionnels qui n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont interprétés : elle a la même vertu que les mots et les choses dont elle est le symbole. C'est ainsi que chez plusieurs peuples l'absorption d'une feuille de papier couverte de quelques lignes d'écriture empruntées à des livres sacrés est considérée comme un remède infaillible, et que certains voyageurs ont vu leur ordonnance, traitée comme un charme, et non pas exécutée mais avalée. Nous ne savons pas si les Assyriens avaient conservé dépareilles pratiques, mais nous avons la preuve que des tablettes d'argile, recouvertes du texte d'une incantation, étaient suspendues aux portes des maisons pour en éloigner les maléfices. « Sur la porte et le verrou... est placée l'incantation de Siris et de Ningiszida », dit la septième tablette 4 de la série maklû. Deux exemplaires des tablettes d'argile préparées pour cet usage nous sont parvenus, et sont aujourd'hui conservés au British Muséum. En voici la description résumée d'après M. King, qui les a publiées \ Elles sont, comme la plupart des tablettes, de forme rectangulaire, mais l'un des petits côtés est muni d'un appendice formant queue et percé d'un trou destiné évidemment à recevoir la corde qui permettait de les susprendre. Les dimensions de ces tablettes — la plus grande a plus de quinze centimètres de long — et leur fragilité, suffiraient à établir qu'elles n'étaient pas portées au cou ou au poignet. Les mots : ina MU asar duppu êdêu saknu, c'est-à-dire : « dans la maison où cette tablette sera placée... » montrent d'une manière décisive à quel usage les tablettes étaient destinées : elles étaient suspendues à la porte ou dans quelque endroit de la

i. L. io-ii.

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