‹ La magie assyrienneChapitre 68 sur 201 · BOR, III p · texte numérisé non relu

BOR, III p

fort heureusement rappelés k l'attention des assyriologues par Messerschmidt1. La représentation figurée y est moins complète que dans l'exemplaire publié par M. Clermonl-Ganneau, mais elle est heureusement éclairée par une inscription. La copie de Layardest si mauvaise qu'on n'en pourrait rien tirer si le texte de Sayce, dont la teneur est presque identique, ne nous mettait sur la voie. Grâce a la copie de Sayce nous pouvons deviner, malgré les lacunes, que nous avons affaire à un amulette destiné à écarter les mauvais rêves envoyés par les esprits infernaux.

Ces amulettes, suspendus k Ja porte ou dans quelque cour de la maison, ne protégeaient l'Assyrien qu'autant qu'il restait chez lui. Pour se défendre au dehors, il portait de légers amulettes dont il ne se séparait point. Les cylindres gravés en pierres dures, que possèdent nos musées, sont pour nous les témoins irrécusables de cette coutume. Ceux qui ne portent pas d'inscriptions, ou dont les signes, gravés & l'endroit, auraient donné par empreinte un « négatif » ne sont certainement pas des cachets, et n'en ont jamais pu servir. D'autres, de par les inscriptions qui y sont gravées, doivent être regardés comme des offrandes ou des ex-voto. Tel est ce cylindre à légende sumérienne de Kilullaguzalal, sur lequel on Ht : « A Sitlamtaea, roi à la main puissante de Sirgulla, pour la vie de Dungi, maie puissant, roi d'Ur, Kilullaguzalal fils d'Urbabi a fait. Ce cachet, « que mon roi vive (dans la joie de son coeur) » est son nom »'. Ou cet autre d'Urananbad : « A Nusku, sukkalu d'Enlil, son roi, pour la vie de Dungi, le mâle puissant, roi d'Ur, roi de Sumer et d'Accad, Urananbad, patési de Nippur, fils de Lugaléarhj, patési de Nippur a consacré' ».

i. OH m toits tische Litteratur ZeUung, mai igot, p. 173-180. Un quatrième exemplaire a été publié par Scheil AT. XX p. 5g) un cinquième, encore inédit est signalé par King : Babylmian Religion and Mythology,

S'il est certain que les cylindres ont été employés comme cachets, pour donner aux actes l'authenticité, ce n'est probablement là qu'un usage secondaire et dérivé. Primitivement, ils ontbien plutôt servi d'amulettes, et les représentations figurées qu'ils portent en sont la preuve. On a été trop porté à voir dans les œuvres de la glyptique assyro-babylonienne l'illustration de la légende de Gilgameâ, et spécialement de quelques épisodes tels que sa lutte avec le taureau et le lion. Cette interprétation, acceptable pour quelques monuments1, est, le plus souvent, tout à fait insoutenable. Il me paraît impossible de voir, dans le cylindre de New- York reproduit dans l'ouvrage de M. Perrot1, Gilgames et Eabani aux prises avec le taureau et le lion. Le poème ne nous dit point qu'Eabani ait eu les cornes, la croupe et les membres postérieurs du taureau, comme le personnage qui lutte avec le lion sur le cylindre en question, mais seulement que son corps est velu, que sa chevelure est longue comme celle d'une jeune femme, qu'il ne fréquente pas les hommes, mais vit avec les gazelles, les bestiaux et les animaux aquatiques *. Je verrais donc bien plutôt dans ce monument, et dans les cylindres à représentation analogue4, la lutte des bons et des mauvais génies. D'ailleurs s'il fallait maintenir l'interprétation courante, Gilgames et Eabani personnifiant comme le dit très bien M. Perrot6 « la lutte des divins protecteurs de l'homme contre les forces aveugles de la nature, contre les toutes puissances du mal », il n'en resterait pas moins établi que ces motifs de décoration symbolisaient la défaite des mauvais esprits, et qu'ils avaient en conséquence la

i. Par exemple pour le cylindre reproduit dans Perrot II, fig. 225. Cf. Menant, Glyptique orientale, I, 66 sqq.

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