‹ La magie assyrienneChapitre 76 sur 201 · LES DIEUX DANS LA MAGIE · texte numérisé non relu

LES DIEUX DANS LA MAGIE

Une magie moins puissante prétendait contraindre une magie plus puissante à la seconder. Il y avait bien là une espèce d'inconséquence, mais qui n'était point de taille à embarrasser la conscience populaire. Plus tard seulement, par un nouveau progrès de la pensée, on conçut la divinité comme capable de résister aux sommations du magicien, et on imagina de se concilier son appui par la louange et la flatterie, ou de l'acheter par de coûteux sacrifices. L'histoire de la magie assyrienne est celle de ces différentes étapes.

Une tradition dont nous ne pouvons pas fixer la date, mais qui semble fort ancienne, rapportait à Ea l'invention de tous les arts utiles, et spécialement de la magie '. On en trouve fréquemment l'écho dans les incantations qui mettent en scène le dieu et son fils Marduk. Celui-ci s'apitoie sur le malade, dont l'état est d'abord décrit; il va trouver son père et lui expose les ravages causés par la maladie. Ea se fait prier, prétextant que son fils est aussi savant que lui, et finalement indique le remède qui soulagera le malheureux mortel :

« Dimetu est sortie du fond de la mer ; le sort est descendu du fond des cieux. Les ajjfyazu comme l'herbe ont couvert la terre. Aux quatre coins de l'horizon leur éclat accable, brûle comme le feu ; ils rendent malades les hommes dans leurs demeures, angoissent leur corps. Dans les villes et les campagnes ils font gémir, ils font crier petits et grands, enchaînent hommes et femmes, les remplissent de douleur; dans les cieux et sur la terre, comme une tempête ils exercent leur fureur et se mettent en chasse : où le dieu exerce sa colère, ils accourent en poussant des cris. Rencontrent-ils un homme contre qui son dieu est irrité, ils le couvrent comme un vêtement, ils fondent sur lui, le remplissent de venin, lient ses mains, attachent ses pieds, tenaillent ses flancs, l'arrosent de fiel.

i. Bel niméki, maître de la sagesse, maëmaêu, magicien, sont les épithètes qui lui sont le plus fréquemment appliquées; l'exorciste est l'envoyé d'Ea, IV R 3o* a 3o-3a.

Par la malédiction et l'enchantement, son corps a été accablé , et sa poitrine affaiblie par l'oppression, la toux. La bave, l'écume ont rempli sa bouche; sur lui les gémissements et la douleur ont fondu, il est complètement accablé. Jour et nuit il erre, la maladie ne lui laisse pas de repos. Marduk le vit il alla trouver père dans sa maison et lui dit: « Mon père, Dimetu est sortie du fond de la mer ». — Pour la seconde fois !, il lui raconta la chose : « Je ne sais pas ce qui est arrivé à cet homme, ni comment il guérira ». — Ea répondit à son fils Marduk : « Mon fils qu'ignores-tu, et que puis-je t'apprendre ? Marduk qu'ignores- tu, et que puis-je ajouter à ta science? Ce que je sais, tu le sais aussi. Va mon fils Marduk !

Que dame des plaines et des hauteurs....*. Que Nikilite, le

seigneur des créatures, transmette sa cruelle maladie à la vermine de la terre. Que Damu, le grand exorciste, rende ses pensées propices. Que Gula, la dame qui ressuscite les morts, le guérisse par l'attouchement de ses mains sacrées. Et toi, Marduk, seigneur miséricordieux, qui rappelles les morts à la vie, dissipe son enchantement par ton incantation sacrée qui donne la vie. Que l'homme, fils de son dieu, soit pur, resplendissant, brillant ; qu'il soit lavé comme le vase de sikkati, qu'il soit purifié comme le vase de crème ! Â Samas, le premier des dieux, confie-le; que Sam as, le premier des dieux, le confie aux mains propices de son dieu pour le sauver » ».

Le dialogue entre Ea et Marduk revenait si fréquemment dans les incantations, en des termes toujours identiques, que le plus souvent on ne faisait que l'indiquer par ces trois péri cope s : « Marduk le vit. — Ce que moi (je sais). — Va mon

fils4».

i. C'est-à-dire dans les mômes termes que ci-dessus, comme l'indique le début de son discours : « Dimetu est sortie du fond de la mer. »

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